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Le soir, ma mère lisait Sans famille
aux enfants.
- Comme c'est beau Sans famille ! disait-elle toujours. C'est un
des plus beaux livres qui existent !
- Les livres
de la marquise Colombi étaient également très
bons ! disait-elle. Dommage qu'on ne les trouve plus ! Tu devrais dire
à ton éditeur, me disait-elle, de rééditer
les livres de la marquise Colombi ! Ils étaient si beaux !
Moi, j'avais offert aux enfants L'Incompris.
C'est Paola qui me l'avait lu quand j'étais petite ; à ce
moment-là, elle aimait en effet beaucoup les histoires très
tristes, émouvantes, qui finissaient mal et faisaient pleurer.
Ma mère n'aimait pas L'Incompris. Elle trouvait que c'était
trop triste.
- Sans famille est mieux, disait-elle, il n'y a pas de comparaison.
L'Incompris est trop sentimental. Ça ne me plaît guère.
Ah parlez-moi de Sans famille ! Capi ! Monsieur Vitali ! Les beaux
langes ont menti. Honore tes père et mère. Les beaux langes
ont dit la vérité.
Et elle continuait à énumérer
les personnages du livre et les titres des chapitres qu'elle connaissait
par cur. Et bien qu'elle eût déjà lu le livre
à ses enfants, bien qu'elle en lût un chapitre par soirée
à mes enfants, elle tombait toujours sous le charme de ces aventures
qui prenaient par moment un tour dramatique mais ne finissaient jamais
mal ; elle tombait particulièrement sous le charme de Capi, le
chien savant pour lequel, aimant beaucoup les chiens, elle avait une vive
sympathie.
- Ah, j'aimerais avoir un chien comme celui-là."
Natalia Ginzburg, Les
mots de la tribu
Grasset Cahiers rouges, p. 251-252
*L'Incompris, livre pour enfants de la romancière anglaise
Florence Montgomery
(1843-1923).
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Natalia Ginzburg
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