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Critique. De son expérience carcérale
dans l'italie des années de plomb, Goliarda Sapienza a tiré
un fascinant "cours accéléré de vie", qu'elle
raconte dans L'Université de Rebibbia.
Goliarda Sapienza, c'est d'abord un pur joyau, L'Art de la joie,
écrit au tournant des années 1970 sous la lucarne d'une
mansarde romaine. Longtemps boudé par les éditeurs transalpins,
ce brûlot incandescent met en scène une éternelle
insoumise, une lady Chatterley libertine et libertaire qui, dans la Sicile
fantomatique des vendettas, traverse trois générations en
flirtant avec le diable afin que l'existence, ici-bas, ne soit pas un
enfer. Née à Catane en 1924 dans une famille d'anarcho-socialistes,
fille d'un disciple de Gramsci, comédienne à ses heures,
Goliarda Sapienza a eu jusqu'à sa mort - en 1996 - une vie particulièrement
agitée et elle a même connu la prison, en 1980, à
cause d'un vol de bijoux.
Elle raconte, dans L'Université de Rebibbia, cette détention
dans le plus grand pénitencier de Rome, un séjour pendant
lequel elle croisa tout ce que l'Italie des années de plomb comptait
de proscrites -marginales, droguées, gitanes, filles perdues et
enragées d'extrême gauche. D'emblée, Goliarda Sapienza
rappelle que le monde carcéral "révèle la
maladie du corps social" et, au lieu de succomber au désespoir,
elle transforme sa réclusion en une école de liberté
et de rébellion spirituelle: un "cours accéléré
de vie" où son esprit en perpétuelle ébullition
plonge dans ce qu'elle appelle "un grand chaudron de personnalités,
de destins et de déviations". Rentrée moralement
épuisée entre ces quatre murs, elle finira par y trouver
une raison de vivre et une rédemption provisoire, au terme d'une
confession qui détonne passablement. Parce qu'elle a su rester
une femme hors norme, assoiffée d'absolu et de rage dans la maison
des morts.
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