|
"L'ouragan Katrina enfante un nouveau roman",
Bois Sauvage, Hubert Artus, L'Express (site web), 17 octobre
2012
Concernant la tragédie provoquée par l'ouragan Katrina
en 2005, nous avions lu les derniers romans de James Lee Burke. Au printemps
dernier, a paru Zeitoun de Dave Eggers (Gallimard), récit de l'après-ouragan.
Voici qu'une nouvelle voix vient étayer le propos : celle de Jesmyn
Ward, 35 ans, née dans l'Etat du Mississippi et vivant à
présent en Alabama. Lorsqu'elle remporta le National Book Award
en 2011 pour ce livre, Bois Sauvage , elle déclara que c'était
la mort accidentelle de son frère qui l'avait poussée à
devenir écrivain.
Bois Sauvage est une contrée du Mississippi, à quelques
encablures du golfe du Mexique. En ce mois d'août 2005, une tempête
approche, qui au fil des jours augmente en puissance. Avant qu'elle ne
produise le drame que l'on sait, nous suivrons une famille qui vit de
bric et de broc. Ce, durant les douze journées précédant
l'arrivée de l'ouragan. La mère est morte en couches il
y a quelques années. Au quotidien, c'est Esch qui semble porter
toute la famille. Narratrice du livre, elle nous raconte son père,
Claude, imbibé d'alcool mais aussi totalement absorbé par
sa mission de protéger la demeure familiale de la tempête
annoncée. Il y a l'aîné, Randall, qui fait le forcing
pour être pris en équipe universitaire de basket. Il y a
Skeetah, quinze ans, qui vole dans les magasins pour entretenir sa pitbull
China, afin que ses victoires aux combats de chiens rapportent toujours
plus d'argent. Et Esch ? Elle a bien du mal à trouver sa place,
couchant avec les copains de ses frères pour leur faire plaisir
alors qu'elle en aime un autre, Manny. Dont elle est enceinte.
Narré par cette jeune fille forcée de devenir femme avant
l'âge, ce roman est porté par un style simple et direct,
sans effet de manche. Il privilégie un peu trop les dialogues,
au détriment du reste du corpus, qui manque d'impact. Néanmoins,
voici une chronique familiale et sociale réaliste et marquante.
La grande trouvaille de Jesmyn Ward est l'obsession de sa narratrice pour
la tragédie grecque et la figure de Médée. Une obsession
qui grandit à mesure que Katrina approche. Comme Médée,
Katrina est venue pour tuer... L'ouragan devient le personnage principal
d'un livre dont les échos, aussi sociaux que mythologiques, en
font un des romans remarquables de cette rentrée.
|