"À l'hôpital ils m'ont donné un flacon de comprimés. Je les ai pris pendant un mois. Pour être sûre. Au bout d'un mois, j'étais censée évacuer ça - lui, je veux dire."

J'avais envie de partir. De dire stop. Mais le prix de la confession, ai-je appris, c'est que tu reçois une réponse.

Au bout d'un mois de comprimés, alors qu'il aurait déjà dû ne plus être là, tu as senti un petit coup à l'intérieur de toi. Ils t'ont vite ramenée à l'hôpital, cette fois aux urgences. "Je l'ai senti donner des coups de pied pendant qu'ils me faisaient traverser en trombe les salles grises, avec leurs murs dont la peinture s'écaillait. L'hôpital sentait encore la fumée et l'essence à cause de la guerre."

Après avoir seulement injecté de la novocaïne entre tes cuisses, les infirmières y sont allées avec un long instrument en métal, et ont simplement "gratté mon bébé de l'intérieur de moi, comme les pépins d'une papaye".

C'est cette image, si pragmatique et prosaïque, la préparation d'un fruit que je t'ai vue faire des milliers de fois, la cuillère qui glisse le long du cœur orange chair de la papaye, une soupe de pépins noirs tombant dans l'évier d'acier avec un plouf, qui rendait ça insupportable. J'ai tiré la capuche de mon sweat blanc par-dessus ma tête.

"Je l'ai vu, Little Dog. J'ai vu mon bébé, juste entraperçu. Une masse brunâtre en route vers la poubelle."

J'ai tendu la main à travers la table et effleuré le côté de ton bras.

Un bref instant de splendeur, Folio, p. 187-188

 


› Retour à la page Vuong de Voix au chapitre