Victor Segalen écrit
ce roman à Pékin en 1913-1914. Il paraît en 1922, trois ans après la mort de l'auteur.
Portrait de Victor Segalen
par Louis Talbot
en 1904 (à 26 ans).

Couverture de l'édition de 1922 de René Leys, illustrée par Georges-Daniel de Monfreid.

Victor Segalen
René Leys
Nous avons lu ce livre en décembre 1999.
Nous avons pu visiter une exposition à la BNF "Victor Segalen, voyageur et visionnaire".
Un film : Segalen. Regard sur la Chine", documentaire de Maria Zinfert, diffusé le 29 janvier 2011 sur Arte : ICI (52 min).
François Mitterrand présente en 1972 ce livre qu'il a lu et aimé : ICI sur le site de l'INA (3 min).


Claire
J'ai tout lu, étonnée de ne pas m'être arrêtée, car je trouve le livre inintéressant. Avec l'expo, le livre prend chair. C'est un personnage réel qui a inspiré le personnage, il y a une lettre de lui. Mais le texte lui-même... La structure avec des dates m'exaspère, les personnages sont intéressants, mais rien ne se passe, c'est trop long, trop emberlificoté.
(Claire parle de l'exposition.)

Monique
J'ai beaucoup aimé ce livre. Dès la première page, ça commence par une négation. J'ai aimé la forme de journal, c'est léger.
J'aime beaucoup ce papillonnement par rapport à R. Leys. On se pose des questions, on soupçonne le narrateur. Peut-être qu'il bluffe, peut-être pas. J'ai trouvé cela extraordinaire, par moment on y croit, parfois non. Il y a une légèreté entre fiction et réalité, comme un haïku entre l'éphémère et ce qui dure. On ne sent pas l'effort. La surprise à la fin, après l'avoir lu, c'est de découvrir que ce R. Leys a vraiment existé et que Segalen n'a jamais su s'il fabulait ou pas.

Christine
Moi aussi j'ai beaucoup aimé. Je l'avais lu il y a deux ans et l'ai relu avec autant de plaisir.
J'ai aimé que le narrateur et l'auteur soient confondus. J'ai beaucoup aimé les descriptions, les formes géométriques, quand il se promène à cheval autour de la ville ; j'aime la sortie de la maison, l'approche du palais, le goût du danger.
Plus qu'une amitié, c'est une séduction. Segalen a besoin d'être séduit. Segalen souffle toutes ses histoires à René Leys.
J'aime les passages dans les quartiers de restaurants et de courtisanes. Et la fin qui surprend même quand on la connaît déjà.
J'aime le style, l'économie de moyens, l'agitation, la rébellion. C'est une grande réussite, tout ce travail entre le réel et l'imaginaire. C'est un livre original et un écrivain singulier.

Liliane
J'adore. J'aime les rendez-vous avec ce livre le soir. La promesse tenue.
C'est difficile d'analyser ce qui me plaît autant. Pas la Chine. Il parle de la Chine avec une certaine distanciation. Une ironie. Une lucidité terrible.
Quand il aime une femme, il a une manière de la décrire qui montre qu'il est déjà revenu de tout cela. Il exprime une philosophie de la vie. Segalen sait transmettre quelque chose de fugace du réel.
J'aime la manière dont René Leys est introduit. On apprend son nom tardivement. Notre curiosité est attisée. Il s'amuse d e son personnage. "Et je dis :… il a tout écouté sans m'interrompre" : cette ellipse est savoureuse.
Victor Segalen a beaucoup d'humour par rapport à lui-même. Il y a un jeu de manipulation. "René Leys n'a rien dit encore. Quel à-propos !" Il y a un mélange de regards poétiques, de séduction mutuelle, de dérision, de passion pour un univers mystérieux.

Jacqueline
J'aurais décroché peut-être si je n'avais pas vu l'expo avant. J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Peiking. On compare Segalen à Proust, il jouait un personnage, n'avait pas besoin d'un professeur. Je n'arrive pas à faire coïncider le narrateur avec Segalen.
(Jacqueline parle de l'exposition, des reliures de sa femme.)


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La quatrième de couverture :
"René Leys vous donne le ton exact de certains Moments chinois, qui durèrent parfois des mois entiers ; ces journées qui s'ouvraient dans le lever de la paupière de l'aube... de bons chevaux attendant dans la cour où crevaient tous les matins les fleurs de Lotus de la grande vasque... Retour vers dix heures, après la conquête toujours nouvelle de la plaine impériale. Puis l'après-midi studieuse sur les caractères et les textes ; le crépuscule sur la Muraille qui possède la ville. Je me souviens d'un Certain Ciel qui entra tout entier dans mon cœur. Et l'arrière-soir, une partie de la nuit, se passait bien véridiquement à Ts'ien-men-waï, dans le tohu-bohu des couleurs de lumière, le turbulent mystérieux des cours compliquées, des théâtres, de la scène et de ce qui se passe derrière toute la scène du monde...
Le lendemain était pur, renouvelé ; un goût de jour neuf dans la bouche."
(Lettre de Segalen à Hélène Hilpert, avril 1919.)