Louis-René des Forêts
Le bavard

Nous avons lu ce livre en juillet 1988 et en juin 2001.

Sabine (qui nous communique son avis sur Le Bavard rédigé pendant six heures de surveillance d'examens)
Je pourrai me contenter de citer la quatrième de couverture de Quignard, beau résumé, mais dont je n'ai pas saisi tout le sens. Voici donc mes pensées les plus profondes : j'ai beaucoup aimé ce livre car :
1-De cette logorrhée, qui dit tout et rien, l'auteur a su créer un climat et un narrateur-personnage très attachant, mêlant intelligemment le temps du récit et celui de l'écriture.
2. La première partie repose sur la déclinaison de toutes les variations de la modalisation ou, dit plus clairement, il utilise tous les moyens que lui offre la langue française (en anglais, c'est différent) pour exprimer le possible, le probable, le doute, la négation (emploi des adverbes, de l'imperfectif- conditionnel, imparfait, etc., des verbes modalisateurs comme croire et pouvoir). Certaines pages (44, 45) seraient parfaites pour une étude stylistique. Dans cette première partie, le narrateur s'amuse à construire et déconstruire sa pensée et son récit. Il m'a semblé que l'auteur parodiait Proust (dans cette recherche du temps), Camus (par l'étrangeté de cet étranger à ce qui se passe).
3. Dans la seconde partie (celle que j'ai préférée), j'ai été très sensible à l'atmosphère créée. Là ont ressurgi Kafka (typographie de la ville, p. 90) et Knut Hamsun (délire de la persécution).
4. Le ton est différent dans chacune des trois parties (ce qui m'a beaucoup plu). La dernière partie est une analyse du bavardage (p. 144) et il me semblerait intéressant de faire le même éloge du silence ! Pour conclure, le personnage a quelque chose de burlesque et pathétique comme les héros picaros, navigant dans un univers inquiétant, fantastique et cynique. Mon enthousiasme pour ce livre est juste limité par une lecture qui fut parfois laborieuse. Voilà !
Françoise Del(qui nous écrit)
Je viens de commencer et de finir Le bavard - car ça se lit relativement vite - et j'ai trouvé ça chiant, prétentieux, avec de temps en temps une phrase assez belle, bienvenue. Je conseille plutôt d'un auteur indien, Seth, Un garçon convenable, 1470 pages, très intéressant.

Catherine
Le Bavard est une folie douce qui reste malheureusement trop égocentrique pour pouvoir dégager du plaisir. Monologue parfait qui conduit à un désintéressement total, voire à un ennui.

Liliane
J'ai essayé de lire ce livre par deux fois. Je l'ai vendu. Je l'ai racheté. Il faut être un peu maso pour lire un livre pareil. Ca m'a coûté de le lire. Comme face à un bavard, je pensais à autre chose pendant que je lisais. Il faudrait prendre ce livre avec distance et humour. Hélas, il manque d'humour, se prend au sérieux. On devrait prendre plaisir à l'exercice, mais la forme est soporifique.

Françoise Dub
J'ai trouvé ce livre exaltant, riche, je suis emballée par le texte, fascinant, remarquable. J'ai lu aussi Ostinato, différent, avec moins d'humour. Car pour moi, il y a beaucoup d'humour dans ce jeu de chat et de souris avec le lecteur. Je suis admirative.

Madeleine
Je rappelle que le groupe lecture avait lu La Chambre des enfants (en 1991) ; j'avais aimé. Le Bavard, selon moi, il faudrait le lire d'une traite, comme une conversation. Je suis entrée dans le jeu dès le début. Je regrette que d'emblée (p. 9), on connaisse le projet du livre ; du coup, il n'y a pas de surprise. Je reconnais que c'est très intellectuel, en même temps que daté (proche du nouveau roman).

Claire
Je suis une des survivantes de la soirée de 1988 où l'on avait déjà lu Le Bavard dans le groupe. A cette époque, 13 ans auparavant, j'avais énormément aimé ce livre, emportée par l'écriture et son labyrinthe ; j'ai retrouvé les citations préparées pour le groupe tirées de Voies et détours de la fiction, une longue interview de Des Forêts, et de Le vœu de silence, de Pascal Quignard sur son œuvre. Ça m'a été impossible de le relire. Comme si le livre était défraîchi. Et puis, ces écrivains qui écrivent pour répéter qu'ils arrêtent d'écrire (Blanchot, Laporte, Des Forêts, Noël), c'est barbant. Reste la performance. Passionnée à l'époque, j'avais aussi vu une expo de peintures de l'auteur qui m'avait beaucoup plu ; les vagues photocopies que j'ai gardées me paraissent cucul.

Jacqueline
J'ai eu du mal à le lire, il ne faut pas être fatiguée ! Le je, les images, me rappellent Sarraute. Ainsi que Robbe-Grillet. Je souligne que c'est écrit en 1946, ce qui m'étonne. Le début est laborieux, mais avec des atmosphères… auxquelles j'ai a été sensible… paysages de neige… Fan de Quignard, j'ai été impressionnée par la quatrième de couverture.

Manuel
J'ai eu un mal fou, d'ailleurs je n'ai pas fini le livre. J'ai été pris au jeu de la langue et pense aussi qu'il vaut mieux lire le livre d'une traite, car il est difficile à reprendre… ces phrases longues… j'ai eu l'impression de lire les phrases d'un fou, comme quelqu'un qui se met à parler tout seul dans le métro. Les procédés que décrit Sabine ne me font ni chaud ni froid, car il n'en reste rien. Si c'est un exercice de style, ça ne m'emballe pas. Pourtant on visualise, c'est bien ficelé. Et puis on ne sait pas pourquoi il est fou. Quant aux appels au lecteur, c'est énervant, prétentieux. Il n'y a pas de plaisir. Je finirai quand même le livre.

Marie-Christine
Je n'ai pas acheté le livre, ne l'ai pas lu et ne le lirai pas après nous avoir entendus…

Nous avons eu aussi beaucoup de bavardages ce jour du Bavard sur Loft story évidemment, sur la nécessité de dresser son chien, sur la nouvelle version d'Apocalypse Now, sur les lectures que nous prévoyons pour l'été…

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Le narrateur veut confesser son mal au lecteur: il est un bavard. Il évoque
donc les circonstances de sa première "crise" violente de bavardage. Un soir dans un bar, il est fasciné par une femme belle et impassible. Il danse avec elle, et, après une altercation avec l'amant de cette femme, un rouquin agressif, il réussi à offrir à celle-ci un verre.