Marc Dugain
La chambre des officiers

Nous avons lu ce livre en octobre 2001.

Roman adapté au cinéma par François Dupeyron, avec Sabine Azéma, André Dussolier, Denis Podalydès.
Visite en rapport au musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce

Christine
J'ai fait chambre (des officiers) à part… J'ai lu La chambre des officiers, étant donné la brièveté du récit, ce n'est pas un exploit. Je ne suis pas emballée. L'auteur a trouvé un bon titre, un sujet original mais je reste sur ma faim. Au début j'étais franchement agacée, je trouvais les personnages stéréotypés (le juif, le catho breton et le radsoc du terroir...), les situations mille fois lues et relues (le départ pour la guerre, la nuit d'amour avant le front). Cela m'a paru plus intéressant quand les gueules cassées quittent l'hôpital pour retrouver le monde, mais tout va trop vite. J'aurais préféré que l'auteur approfondisse quelque chose plutôt que de tout effleurer. Ce que j'ai préféré et qui me permettra d'entrouvrir le livre (à moitié) : la soudaineté de l'attaque allemande, le pauvre type ne voit rien venir, le trouble que le héros ressent quand il est enfin en présence de l'ennemi à Versailles, l'aura des gueules cassées auprès des Africains. Qui a eu le courage d'aller voir le film ?
Claire
J'avais lu ce livre il y a quelques mois avec enthousiasme et l'avais proposé au groupe d'autant qu'il sortait sur les écrans, et c'est toujours passionnant de découvrir une adaptation au cinéma d'un livre qu'on a lu. Je suis allée au musée des armées qui vaut vraiment la visite, même si ce qui concerne les gueules cassées est réduit. VOIR les gueules cassées dans un film et par le biais des moulages qui sont présentés est saisissant, car on a du mal à se représenter un visage avec un énorme trou qui supprime le nez, une partie du menton, etc. (il paraît qu'il y a 1200 masques inaccessibles au public et qu'il y a eu 500 000 gueules cassées). J'ai eu le même enthousiasme pour le film, pour la distance, la retenue, jamais de complaisance, et le film m'a énormément plu. Je n'ai pas du tout été sensible aux stéréotypes que dénonce Christine, peut-être parce que je n'ai pas déjà lu ce qui lui donne une impression de déjà vu. Pour ma part, ce livre est un petit chef-d'œuvre.
Jacqueline
J'ai trouvé ce livre passionnant. Il suscite plein d'émotions. La fin est trop belle, on n'y croit pas trop. Mais ce livre m'a beaucoup plu.
Liliane
J'ai été très impressionnée. Par le sujet, certes attractif. Je me suis interrogée sur l'écriture, et j'ai relu le livre, puisqu'il est court. J'ai observé ce qui rend l'écriture efficace : des phrases courtes, nominales, très nombreuses, des jeux sur les mots qui suscitent une complicité avec le lecteur, beaucoup d'implicite, de l'humour noir, une dérision, et jamais de commentaires psychologiques ou de réflexions. Le jeu des temps compte aussi : au début un passé composé assez léger , le passé simple pour le seul passage "Clémence" et tout le reste au présent : une façon de s'anesthésier. A partir de la lettre de Clemenceau, le personnage reprend vie et le récit reprend lui aussi au passé. La visite du musée m'a fait découvrir un univers, m'a permis de sortir du cliché. J'ai été touchée par le paradoxe : l'armée, c'est la guerre, c'est la mort et la médecine ramène à la vie et progresse pendant la guerre à pas de géant. Je suis un peu déçue par la fin, un peu rapide.
Manuel
J'ai adoré. J'ai vécu le début physiquement. C'est efficace, pas complaisant. Il y a un optimisme extraordinaire. La fin est agréable. Le récit à la première personne, on y croit. Pour moi aussi, c'est un petit chef-d'œuvre.
Marie-Jo
J'ai été très touchée par ce livre que j'ai beaucoup aimé. Le ton est juste, fluide, très réussi. J'ai juste été gênée par le monologue intérieur quand le narrateur apprend le diagnostic. J'ai apprécié l'humour noir. En fait, on parle très peu de la douleur. Je suis d'autant plus touchée par le thème que j'ai une collègue qui a été brûlée, défigurée. Le noyau de la personne est resté pourtant identique. Le narrateur dit "A l'intérieur, je suis resté le même".
Françoise
Je suis restée sur ma faim. J'aurais aimé un texte plus fouillé, un récit plus approfondi concernant les rapports humains, dans les descriptions de la vie quotidienne ou même du contexte politique et social. Le style reflète une sorte de distance, de détachement par rapport aux souffrances décrites : est-ce de la pudeur ? La pudeur pourrait s'expliquer s'il s'agissait d'un récit autobiographique, mais là, est-ce lié au style de Dugain en général, ou est-il choisi pour ce narrateur ? En tout cas, c'est un sujet intéressant et rarement abordé : les gueules cassées (je me souviens des billets de loterie pour les gueules cassées).
Brigitte
Ce livre est intéressant, mais est davantage un documentaire.
Une polémique s'enclenche sur la distinction livre littéraire/livre documentaire. Ce livre est sous-titré "roman". Pourquoi serait-il moins littéraire que Vie et destin de Grossman, lu récemment dans le groupe ? Eh bien justement, Vie et Destin est-il littéraire ? Et Si c'est un homme de Primo Levi, personne ne va nier que c'est un chef d'œuvre ! Bref, et finalement, le littéraire des uns ne serait-il pas le documentaire des autres, de même que l'érotisme pour les uns est la pornographie des autres ?…
J'ai relevé des phrases très "concentrées" (par exemple, la mère qui a " un esprit en forme de garde-manger "), des réflexions fines sur l'identité, le vieillissement. Le fait que le livre est court évite justement le mélo, permet de ne pas appuyer. Il caresse comme on fait sur des cicatrices.
Monique
J'ai bien aimé. Je ne connaissais pas le sujet. Ce qui m'a vraiment plu, c'est l'amitié entre ces hommes. Il y a quelque chose de l'ordre du miracle. Ce livre est très optimiste. Le coup dur n'entame pas le soutien entre les êtres. J'ai aimé ce livre simple, qu'on peut partager avec tout le monde. Il me rappelle Effroyables jardins. J'aime la distance, la pudeur de ce livre. Pour en revenir à la critique sur l'aspect stéréotypé, par exemple, la présence de cette femme au bout du couloir n'est pas stéréotypée. J'ai aimé aussi la fin, savoir ce qu'ils vont devenir…
Sandrine
J'ai eu du mal avec ce thème, difficile en raison de l'actualité. Mais je l'ai dévoré jusqu'à la fin.

Loana
J'ai commencé le livre à la clinique, ce qui n'était sans doute pas une bonne idée, je l'ai aussitôt refermé et je ne l'ai pas rouvert, et quand je suis enfin allée au cinéma j'ai vu Chaos de Coline Serreau que j'ai vraiment beaucoup aimé, et toute la salle riait beaucoup…

Lien vers le musée virtuel consacré aux gueules cassées

 

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En 1914, tout sourit à Adrien, Ingénieur officier. Mais, au début de la guerre sur les bords de la Meuse, un éclat d'obus le défigure. En un instant, il est devenu un monstre, une "gueule cassée". Adrien ne connaîtra pas l'horreur de la guerre. Transféré au Val-de-Grâce, il y passera cinq ans de sa vie.

 

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