Henry Bauchau
Œdipe sur la route

Nous avons lu ce livre en mars 2002.
Nous lirons un autre Bauchau en 2008, Le boulevard périphérique.

Françoise
Je l’avais déjà lu et l’avais trouvé un peu « barbichonnant » comme dirait Claire, mais j’étais allée jusqu’au bout. Et puis je l’ai relu pour ce soir, et pareil, je l’ai de nouveau terminé. Donc, je me dis que malgré tout quelque chose m’a (re)tenue, mais quoi ? Savoir ce que deviennent les personnages, sans doute, bien qu’à priori le sort des acteurs du mythe m’indiffère. Je comprends bien que le mythe fondateur de la psychanalyse fascine les psy (et donc l’auteur). J’ai une grande admiration pour Freud, mais il me semble qu’il serait temps de dépasser cela. L’auteur, lui, veut aller plus loin que Freud, en prolongeant et en renforçant le mythe. Le style, narratif et distancié (à cause du mythe ?), est très simple avec parfois des maladresses, des répétitions (voulues ?). C’est une écriture, un rythme lents. On sent que l’auteur est aussi poète, mais comme il le dit lui-même, il ne tend pas vers l’original, mais l’originel. Sa quête est intéressante, encore faut-il y adhérer. Il a le sens du récit, certains passages sont agréables, il se dégage de l’ensemble une atmosphère particulière, une fresque assez cohérente et convaincante. Donc pour conclure, je n’ai pas vraiment aimé, mais tout de même assez pour en lire les 302 pages ; ça ne m’a pas donné envie de lire la suite (Antigone) mais j’aimerais bien jeter un coup d’œil dans son journal intitulé Soleils levants sur la Vienne car il a séjourné - et écrit - à Montour, mais oui… dans le gîte de ma maison de campagne !

Liliane
J’en ai entendu parler avec enthousiasme. J’avais des réticences en raison des relents scolaires de l’œuvre. J’ai entendu une lecture à France Culture : gonflante ! Je me suis quand même mise à lire et ai été étonnée : mes a priori ont disparu. J’ai été gagnée, envoûtée. L’écriture est tout sauf simple. Elle est porteuse. Je n’ose pas la qualifier de « poétique », mais elle est pleine de résonances et transporte. Bauchau est fasciné par les mythes : c’est un mystère qui résiste, il y a un secret. Bauchau prend bien le relais du mythe, il en transmet le goût. Ses personnages obéissent avec passion à une nécessité intérieure qu’ils ne connaissent pas. Ils sont conduits par des risques vers un accomplissement, mais ce n’est pas explicite. Ce livre retranscrit donc bien le mystère du mythe et sa force. L’écriture est incantatoire. J’ai lu Diotime et les lions, dont l’écriture est très différente. On y trouve des thèmes récurrents. Tout plie devant l’énergie et la conviction que Diotime met dans son projet.

Jacqueline
J'ai lu ce livre l’an dernier et il m’avait beaucoup plu. Cela me pesait de le relire. Finalement, j’y ai retrouvé le même intérêt, l’envie de connaître la suite. Le début me paraît très fort. Les images sont très justes concernant ce qui arrive à Œdipe. J’ai lu Les récits de la vallée heureuse où j’ai retrouvé « Constantin » ; en fait c’est un morceau du récit d’Œdipe sur la route. Puis je suis revenue à Œdipe, qui m’a paru comme une suite de petites nouvelles formant chacune un tout. J’aime la façon dont l’auteur utilise le présent : on ne sait pas ce qui va arriver, on sent une résistance qui rend bien le présent de la vie. Je connais mal la mythologie : le labyrinthe, la vague qui sont évoqués ; c’est très riche.

Brigitte
On m’avait dit « c’est un livre extraordinaire ». J’imaginais une transposition d’Œdipe. Cela m’a rappelé mes études de grec et de latin et ça a été la douche froide. Je connais bien les mythes et cette histoire. Je ne voyais par les personnages comme ça. Consciencieuse, j’ai tout lu, c’est bien écrit, on est pris dans l’histoire, l’histoire des deux bergers a une fraîcheur. Mais j’ai été gênée par mon passé scolaire. Dans l’ensemble, c’est intéressant, mais sans m’apporter plus que ça. C’est un peu scolaire, travaillé, par un gros travail d’écriture et d’érudition.

Claire
Il y a longtemps que Loana nous rebattait les oreilles avec cet auteur…J’ai essayé à plusieurs reprises de le feuilleter en librairie et à chaque fois, ce fut la certitude d’un pensum, d’une lecture intellomerdouillante. Je l’ai lu à Madère et suis revenue sur mon préjugé. J’ai été prise par le récit, les récits (enchâssés). Les personnages ont une forte présence. Il y a quelques moments chiants, notamment le chapitre avec le poème indigeste. Mais de loin en loin, j’ai été totalement surprise au cours d’une page, d’un dialogue, une émotion qui me saute à la gorge, à peu près incompréhensible. La place des différents arts est étonnante dans le récit. Tout au long du livre, une question : mais pourquoi écrire sur Œdipe ? Qui est cet auteur dont je ne connais rien ? En tapotant sur Internet, j’ai mieux compris, il est psychanalyste. Son œuvre elle-même est étonnante, avec ses ramifications sans œuvres vraiment tranchées.

Loana
J’ai lu d’abord Antigone, qu’on m’avait offert qui représente à peu près tout ce que je ne peux pas aimer a priori. Les livres de Bauchau ne sont en effet pas des livres pour midinette... J'ai lu Le régiment noir et c'est Œdipe sur la route qui m’a emballée. J’ai assisté à une séance de signatures où Bauchau m’a complètement séduite. J’ai acheté ses journaux à l’époque où il écrivait Œdipe, puis Antigone. Œdipe est fait par Bauchau à partir de ses rêves. Le livre est plein d’images et d’histoires. C’est une réécriture du mythe. Ce livre m’a réconciliée avec le destin, le don, l’inspiration. Bauchau m’a fait changer. J’aime beaucoup les récits qu’on trouve à côté, détachés de l’œuvre d’origine. Il avait commencé par écrire un poème sur Antigone. J’aime encore mieux Antigone qu’Œdipe. J’ai tout relu avec beaucoup de plaisir.


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Déchu, aveugle, Œdipe a franchi les portes de Thèbes. Antigone aussitôt se met en chemin. Non loin se tient Clios, ou le bandit, dont la cruauté est célèbre à travers l'Attique. Ainsi débute l'errance d'un demi-dieu maudit, de sa fille, de leur compagnon.