Traduit de l'akkadien
par Jean Bottéro
L'épopée de Gilgameš : le grand homme qui ne voulait pas mourir

Nous avons lu ce livre en mai 2003.

Jacqueline
J'ai lu à mon petit-fils des passages de la version traduite par Abed Azrie de l'arabe. Elle avait été établie il y a longtemps par un savant irakien, Taha Baker, qui l'avait traduite de l'akkadien et il ne m'est pas différent que la Mésopotamie d'autrefois soit l'Irak d'aujourd'hui. Ce que j'ai lu à mon petit fils se présente comme un poème que l'on lit sans rupture dans un bel album illustré par un contemporain. Cela lui a plu et m'a peut-être facilité la lecture.
Mais la traduction de Bottéro avec ses parenthèses, ses tours, sa fidélité scrupuleuse rend merveilleusement sensible ce travail extraordinaire qui me paraît titanesque pour retrouver, sur un support qui a traversé les millénaires, un texte écrit dans une langue aussi lointaine. C'est pour moi une énigme : je voudrais en savoir plus sur le déchiffrage, sur la manière dont s'est établie la connaissance de ces langues, l'akkadien, le sumérien… que l'on peut traduire en arable, en français…
De plus, je rends hommage à l'honnêteté du travail de Bottéro qui permet à chacun de se créer sa propre traduction. Quant au récit lui-même, il m'émerveille. Les sentiments qui évoquent les personnages sont si proches :
- les abus de pouvoir du héros tout puissant, qui se conduit en Don Juan et rend nécessaire de lui trouver un rival frère
- le rôle civilisateur de la belle fille "de joie"
- l'alternance de crainte et de courage chez le héros
- le chagrin terrible de Gilgamesh à la perte de son ami qu'il ne surmonte qu'en entreprenant une quête impossible
- les limites qu'il lui faudra bien admettre y compris en se faisant voler la jeunesse éternelle
- à travers les émotions qui les traverse, qui sont les nôtres et que le texte évoque avec sobriété, c'est un monde aussi inconnu et inaccessible qui apparaît dans le détail du récit ou dans ses péripéties, ce qui renouvelle l'intérêt en maintenant une constante curiosité.
Autre intérêt : découvrir cette mythologie sumérienne notamment ce déluge dont je pensai que lorsqu'on le rencontre dans la mythologie grecque c'était des influences de la mythologie biblique. Merci au groupe de m'avoir permis de connaître ce livre.

Martine
Je n'ai pas eu le courage de rentrer dans le texte à trous. J'ai lu la presse mais je n'avais jamais entendu parler de ce livre. Je vais me plonger dans ce monument.

Sandrine
L'Épopée de Gilgamesh m'a beaucoup émue car cet écrit, profondément humaniste, concentre LA question existentielle de l'homme: Quel est le sens de la vie? Pourquoi la mort? Si l'humanité a indubitablement évolué en quelques milliers d'années, notre intelligence et notre connaissance pour tenter de résoudre ces deux questions n'ont pas bougé d'un iota, belle leçon d'humilité! Si la retranscription "gruyère" du texte (la globalité des tablettes retraçant cette épopée n'ont pas été toutes retrouvées) est d'emblée un frein pour rentrer dans l'histoire, sans parler des références culturelles liées à la civilisation mésopotamienne, je crois néanmoins que le jeu en vaut la chandelle (les notes explicatives sont très bien faites dans cette édition).
C'est un vrai bonheur que de retrouver Gilgamesh et Enkidu, nos deux héros au grand cœur, qui ne sont pas seuls puisque les femmes sont aussi présentes. A noter que l'image de la gent féminine est nettement moins héroïque: entre la courtisane (dont le seul mérite est d'avoir provoqué la rencontre des deux amis), la déesse Ishtar (ou la femme source de problèmes pour l'homme) ou la tavernière ...
Avis aux lecteurs de la Torah ou de l'Ancien Testament : le déluge comme l'idée des 7 années de famine ne sont pas sortis de la boîte de Pandore !

Liliane (qui a apporté une magnifique édition épuisée de la traduction de Abed Azrie)
En voyant le texte de l'édition conseillée (farci de signes et d'annotations), j'ai cherché une autre édition plus limpide qui ne ferait pas barrage à mon plaisir de lire. J'ai conservé l'édition savante pour les précieuses informations documentaires que je pouvais lire librement. Il m'a fallu deux lectures pour m'introduire dans cet univers. J'ai été passionnée par l'apport culturel que cette lecture a déclenché. Quant à la légende elle-même, seule la fin m'a touchée, à partir de la mort d' Enkidu et le désespoir de Gilgamesh qui ne peut supporter l'idée de mourir à son tour. Cette partie est plus lyrique, l'écrivain de cette période plus proche de notre sensibilité peut-être. Le début n'a pas le même souffle et n'a pas pour moi la force d'un mythe.
Une édition disait que le narrateur est placide, cela me paraît juste et déroutant à la fois. Peut-être est-ce pour cela que j'avais du mal à mémoriser l'ensemble des péripéties.
La traduction y est aussi pour quelque chose, je préfère "doubles heures" à kilomètres par exemple. Les résultats des recherches archéologiques (les photos de l'édition Berg International) accompagnent admirablement bien le voyage que cette lecture nous incite à faire. C'était captivant.

Christine
Je n'ai pas encore fini, j'en suis à la mort d'Enkidu. Il m'a fallu un gros effort pour entrer dans le texte et me laisser porter par la légende. L'introduction est très intéressante et nous place à son niveau ; dommage que toute l'histoire y soit narrée, c'est gênant. J'ai du mal à juger de cette première œuvre littéraire : il faut que j'aille jusqu'au bout, puis je me plongerai à nouveau dedans. Les répétitions m'entraînent ; mais ce serait plus agréable d'entendre le texte.

Katell
Je n'ai pas fini non plus. Je ne connaissais pas du tout. Je trouve ça passionnant. C'est un tel monument. En même temps, c'est hyperchiant, à cause des parenthèses, des crochets, des notes, etc. Cela fait trop de niveaux de lecture. Ce n'est pas un livre pour le métro. J'ai lu les notes surtout, car je ne comprenais pas forcément le texte. 5000 ans que ça a été écrit. Je n'ai pas trouvé que les histoires était passionnantes (Katell rougit en disant cela). Je peux dire ce que je veux dans ce groupe : je suis tiraillée entre mon éducation et mes études et ce que je ressens…

Claire
Je l'ai lu il y a 3 mois : je ne me souviens de rien. Heureusement que j'ai pris des embryons de notes. Je n'avais heureusement pas lu la préface qui comme beaucoup de quatrièmes de couverture tue le récit. Mais autant l'effort pour restituer les blancs, les manques est honorable, autant les termes qu'emploie le traducteur pour s'exprimer à l'intention du lecteur profane - dit à répétition ingénu - sont imbuvables : la dilacération des lambeaux, équiparer les documents, le pourchas de cette glorieuse, les débuts lacuneux, etc. Si les péripéties constituent un polar sumérien, je n'ai ressenti aucune émotion, je n'ai pas perçu des grands thèmes type la vie-l'amour-la mort ou une dimension de mythe. J'ai été contente de visiter un monument, comme le Panthéon.

Françoise
Les tablettes, leur histoire, leur origine, leur traduction, cette mémoire de 35 siècles ressuscitée, je trouve tout cela passionnant, exaltant, fascinant et je suis très admirative du travail de Jean Bottéro et de ses confrères ; nous leur devons beaucoup. Je suis donc ravie d'avoir fait la connaissance de Gilgamesh, je trouve qu'après ça on se sent moins idiot…
Cependant, je dois avouer n'avoir pas eu un très grand plaisir de lecture. La forme n'y aide pas. Tous les renvois en bas de page interrompent sans arrêt la lecture (par exemple, pourquoi avoir converti à chaque fois les " bêru " en kms, au lieu de les laisser et nous indiquer une seule fois pour toutes l'équivalence), sans compter les commentaires en marge (à mon avis inutiles), et le texte lui-même en italique, truffé de crochets, parenthèses, etc. sûrement indispensables aux connaisseurs, mais totalement inutiles pour les -humbles- ignares comme moi. Tout ceci rend la lecture pénible. Puisque de toute façon il s'agit d'une traduction qu'on ne peut juger, pourquoi n'avoir pas livré une narration fluide (comme pour la Bible ?). De plus, à chaque fois que le traducteur mentionne un "mot à mot", je trouve qu'il aurait mieux fait de le garder, car plus poétique (ex. p. 123 "Offre-moi ta volupté" est moins bien que "Offre-moi en cadeau ton fruit").
J'ai trouvé surprenant et intéressant de retrouver un récit du déluge et de l'arche de Noé, déjà !

Loana
J'avais très envie de le lire et j'ai encore envie de le lire. Je suis partie dans l'enthousiasme, j'étais persuadée de continuer, mais je n'ai pas continué. Je me pose la question de la traduction si l'on compare les deux livres que nous avons, celle de Bottéro et celle de Abed Azrie. Quel est le texte, le vrai texte ? L'un rebutant, l'autre séduisant.

Brigitte
Je l'ai lu il y a 4 ans. J'ai été furieuse vis-à-vis de mes études pendant lesquelles je n'en ai jamais entendu parler. Merci Monique. Maintenant on en entend davantage parler. Je viens de le relire. Ce n'est pas un genre littéraire auquel on est habitué. On ne fonctionne pas dans ce type de littérature : il faut une certaine familiarité, une aisance pour y entrer. Il y a aussi une culture (où on coupe des cèdres). Je le lisais en attendant à l'hôpital Curie. Les gens y sont dans l'angoisse -est-ce que je vais mourir, pas mourir-, c'était intéressant de le lire dans ce contexte. Dans le livre, on retrouve cette angoisse constitutive de la personne humaine. Je suis frappée à la fois par la distance du livre et sa proximité.

Monique
Si j'avais 5 livres à emporter sur une île déserte, il y aurait Gilgames. J'ai un ami conteur qui lit énormément de contes qui me l'a fait connaître. Gilgames est un condensé de l'histoire humaine. Je venais de lire la Bible et le Coran quand je l'ai lu. En dehors du livre de Bottéro, les versions et les éditions que je connaissais étaient moches. Je n'avais pas envisagé les difficultés que Bottéro qui fait autorité créerait. J'ai été touchée par ce qui vous a gênée : les parenthèses, les trous. A la première lecture, je n'aurais pas aimé que l'on me bouche les trous ! Les premières phrases m'ont transportée, le titre aussi. J'ai été vraiment accrochée à partir de la mort d'Enkidu. J'aime les répétitions, je les trouve poétiques ; j'ai ressenti pour la première fois ce qu'on dit de la littérature orale et de ses répétitions. Retrouver l'histoire du déluge de la Bible est émouvant, et la recherche de l'immortalité, le serpent au fond du puits qui prend l'herbe de la longévité. Je l'ai lu une deuxième fois et j'ai encore plus apprécié que la première…

 

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Quatrième de couverture :
La légende héroïque de Gilgamesh qui, avec ami Enkidu, sauvage non civilisé, a d'abord recherché et conquis la gloire. Mais, devant le cadavre d'Enkidu, Gilgamesh comprend tout à coup que rien n'a de valeur si la mort doit tout nous arracher un jour. Alors il repart et au prix d'efforts surhumains, il recherche l'immortalité, mais, près du but, il échoue.

Gilgames étranglant un lion sous son bras

 

Récit du déluge, tablette d’argile, fragment de la légende de Gilgamesh, réécrite au 7° siècle avant J.-C (British Musuem)