Quatrième de couverture :
« Que vient chercher à Saint Domingue cette jeune avocate new-yorkaise après tant d'années d'absence? Les questions que doit poser à son père mourant nous projettent dans le labyrinthe de la dictature de Rafael Leonidas Trujillo, au moment charnière de l'attentat qui lui coûta la vie en 1961. »


 

Mario Vargas Llosa
La fête au Bouc

Nous avons lu ce livre en septembre 2002.

Katell
J’ai aimé ce roman qui fait revivre les derniers jours de Trujillo. Un bon Vargas Llosa : il sait à merveille mettre en scène ses personnages. J’adore ses dialogues, très bien construits et tout à fait dans le langage parlé. Les trois destins, celui d’Urania, de Trujillo et des conspirateurs, sont conduits d’une main de maître. Même si on ne connaît rien à Saint Domingue, on n’est absolument pas perdu dans le récit historique. Les scènes de tortures sont abominables et le dernier chapitre haletant. Pourtant, j’avais eu une petite baisse d’intérêt au milieu du roman. J’ai eu du mal à me repérer parmi les conspirateurs et aussi parmi les nombreux personnages cités. Puis je me suis dis "peu importe" et j’ai continué le récit qui s’achève de façon brillante.
Roselyne
J'ai lu La fête au bouc. C'est un peu dur à lire à cause de toutes les horreurs qui sont décrites ou évoquées. J'étais contente quand j'ai eu terminé. On peut se poser la question du rôle de la violence (et de la cruauté) en politique. La comparaison des attitudes de Trujillo et de Balaguer est intéressante de ce point de vue. On est conduit à penser que la violence est malheureusement inévitable, mais de là à l'ériger en système de gouvernement et à gouverner par la terreur ! Quel est le rôle joué par l'histoire des périodes antérieures dans cette "fatalité" dont souffrent beaucoup de pays des Caraïbes et d'Amérique du sud ?
Sabine
J'ai adoré, même si j'ai buté sur les cent premières pages (difficulté à démêler les trois histoires, à identifier les personnages). J'aurais aimé avoir Fernando sous la main pour qu'il me donne des explications historiques. Mais la lecture progresse, avec les horreurs, les lâchetés, le courage des opposants et l'histoire d'Urania, dont je n'ai à aucun moment deviné la fin (de l'histoire). Ce livre m'a donné envie d'en savoir davantage sur les dictatures latino-américaines ; mais je me suis fort bien souvenue des problèmes lors de la coupe du monde de football en Argentine en 78 (notre prof d'histoire nous inondait d'articles de presse entre deux leçons sur la Révolution française).
Marie-Jo
Je ne lis jamais le (gros) livre de l'été. De plus, je n'aime pas les romans historiques. J'appréhendais donc cette lecture. Je suis tombée sous le charme dès les premières pages. J'ai aimé le fond et la forme. La mise en scène de la dictature est très pertinente. Vargas Llosa montre comment une dictature gangrène une société, sans didactisme, avec justesse. La description de la servilité des dirigeants est très réussie. Et du droit de cuissage. Les portraits, aussi, très pathétiques, comme le sont les soucis de vessie du dictateur. Les scènes de torture et de viol sont écrites avec une puissance magistrale. Je n'avais pas vu venir le viol d'Urania (protestations de ceux qui ont tout vu depuis le début, puis de ceux qui n'ont rien vu….). J'ai lu le livre en espagnol et j'ai beaucoup aimé la forme. Les points de vue sont variés. Le narrateur parle parfois à la troisième personne, parfois tutoie le personnage, ce qui instaure des distances différentes, ou une empathie. Le style est très travaillé. Urania, personnage inventé, est très vraisemblable. Un suspense est ménagé à la fin de chaque chapitre et entraîne la lecture. Un livre qui m'a très intéressée et touchée.
Claire
Je souscris à tout ce qu'a dit Marie-Jo. Pour une fois, le plaisir de lire un pavé ! J'ai beaucoup aimé le montage dans le livre : à la fois des différents chapitres se passant à trois temps différents et avançant dans le temps (et pour celui se passant au présent reculant dans le temps…), et à l'intérieur des chapitres ; dans certains dialogues, on change de temps et d'époque dans la clarté : quelle maîtrise ! L'écriture m'a paru raplaplate, mais efficace. Ce n'est peut-être pas le sujet pour donner un plaisir de la sculpture des métaphores! Mais il y a le plaisir de l'architecture. Je note l'absence de complaisance dans les scènes nombreuses de violence. La fin, où Balaguer prend le pouvoir, est passionnante. Quand on sait qu'il a quitté le pouvoir il y a peu (il est mort le mois dernier…).
Martine
J'ai beaucoup aimé ce roman très bien construit. Le style lisse est proche du journalisme. Je trouve le personnage d'Urania très fort. J'ai été énervée par plusieurs redites : l'auteur renarre certains événements ; l'éditeur n'a pas bien fait son travail (acquiescement de plusieurs lecteurs qui ont noté ces répétitions). J'ai été gênée par les passages au "tu". L'analyse assez fine des ressorts d'une dictature me paraît universelle et pas seulement liée à l'Amérique latine (voyons chez nous Louis XIV) : on arrive à mieux comprendre comment des peuples tombent sous la dictature. Les mêmes ressorts sont utilisés partout où il existe une dictature, y compris sans doute pour Hitler.
Régine
Je suis entrée dans ce livre à reculons, à cause de l'horreur des scènes de torture… Mais j'ai vite éprouvé une fascination, en dépit d'une certaine incompréhension, pour cette radiographie d'une société gangrenée par la dictature. Le conspirateur qui, une fois l'attentat réussi, n'a pas le comportement attendu et se retourne contre ses complices, m'a sidérée ; c'est l'aspect psychologique qui m'a intéressée aussi, notamment sur le goût de la servitude. L'histoire concerne effectivement toutes les sociétés. J'ai beaucoup appris sur l'humain. C'est magistral, maîtrisé, profond et j'aime bien l'ironie que j'y devine. Je le relirai.
Françoise
J'introduis un bémol parmi ces louanges. C'est trop long. Surtout la partie Urania. Il y a beaucoup de répétitions. C'est une "chronique d'une mort annoncée" ratée. Pas assez palpitant, style pas assez " clinique ". Je suis d'accord avec Michèle Gazier dans Télérama, c'est un lourd récit informatif et journalistique et du coup il aurait mieux fait de s'en tenir tout simplement à une biographie de Trujillo. Mais le côté informatif est très intéressant, on voit bien comment tient une dictature, et la partie la plus intéressante commence à partir de l'assassinat de Trujillo, qui privilégie le côté historique, le déroulement factuel des événements. Ainsi que toute la partie consacrée à Balaguer. Comme le dit L'Huma, c'est une belle leçon politique. Malgré mes réserves et ma déception, je ne regrette pas de l'avoir lu. J'aurais tendance à en dire la même chose que de Grossmann l'année dernière : l'intérêt est historique, pas littéraire.
Liliane
Je n'ai lu que des polars cet été et je craignais de ne pas le lire jusqu'au bout. Je partage tous les commentaires positifs. Je connaissais peu de choses sur l'histoire de la République dominicaine et j'ai eu ainsi accès à ce pan d'histoire. J'ai été un peu agacée au début par le passage au " tu " et puis j'y ai trouvé de l'intérêt. Le choix du roman permet des explorations que ne permettrait pas une biographie, notamment sur la manière dont la terreur de la dictature entre dans l'intimité des personnes. J'admire aussi la composition, la progression des différentes histoires, la limpidité en dépit de la complexité ; alors qu'il y a 24 chapitres, la mort du tyran se situe au 12ème. Alors qu'il a disparu, l'angoisse est encore plus grande. C'est un beau travail d'écriture.
Jacqueline
C'est un drôle de livre pour l'été… C'est vrai qu'il y a du suspense, que la lecture est facile. L'histoire d'Urania me paraît bateau ; je n'arrive pas à identifier quoi que ce soit avec elle ; c'est trop artificiel. Tous les autres personnages, en revanche, ont une consistance, sont intéressants, bien dépeints. Une biographie n'aurait pas pu rendre ce qui est décrit ici. Mais c'est vraiment dur pour un roman d'été…
Fernando
Vargas Llosa habite à Londres, est souvent à Madrid ; il écrit régulièrement dans El Païs ; il n'écrit donc pas dans la langue péruvienne. Par exemple, les Péruviens utilisent beaucoup d'argot, notamment pour décrire le sexe. Son écriture est espagnole, commune à tous les apôtres du business… il écrit en sachant qui va le lire : les Péruviens ne font pas partie de son marché ; d'ailleurs, au Pérou on n'achète pas les livres, on les photocopie... Les thèmes de Vargas Llosa : le sexe, le pouvoir ; dans ce livre, c'est plutôt le sexe du pouvoir que le pouvoir du sexe. Les personnages sont noirs, on ne le sait pas ; il n'y a pas d'odeur, de sueur ; on ne sent pas non plus la tension frontalière avec Haïti, ni la haine entre noirs et blancs. Vargas Llosa est très universel par sa pensée ; mais jusqu'ici tous ses romans se passaient au Pérou (sauf un au Brésil). Le livre est très documenté. Seul un romancier peut inventer certaines scènes ou aller dans la pensée des personnages : c'est son mérite principal. Par ailleurs, il n'accable pas le dictateur, il fait un gros effort pour le présenter avec sa capacité de travail, de gestion. La plupart des critiques ont souligné la faiblesse du personnage féminin et moi non plus ce personnage de novela ne m'a pas convaincu. Je n'ai pas remarqué les répétitions et je penserais plutôt qu'elles sont voulues, comme dans un concerto. Le personnage de Johnny Abbes est très intéressant. Est-ce que ce livre apporte quelque chose dans l'œuvre de Vargas Llosa ? Depuis sa campagne présidentielle, il a écrit des choses mineures, minces. Je trouve qu'il est moins fort qu' Un poisson dans l'eau. Il montre que le réalisme plaît toujours. Il s'est beaucoup opposé au baroque latino-américain. Sa langue est très efficace, sans faille, avec un dosage réussi de subjectivité, de violence très maîtrisée. Ce n'est pas cucul la praline, n'est-ce pas ?

Béatrice Commengé, auteur notamment de L'homme immobile (Gallimard), était présente, mais n'avait pas lu (encore) le livre.

Muriel était présente, n'avait pas lu le livre et a très envie de s'y plonger.

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :

à la folie, beaucoup, moyennement, un peu, pas du tout


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