Pascal Quignard
Terrasse à Rome

Nous avons lu ce livre en décembre 2002.

Manuel
Je ne sais comment vous parler de cette œuvre singulière, sombre, obscure : à la manière noire. Je me suis souvent perdu dans ce récit labyrinthique fait de flash-back et de descriptions d’estampes racontant le destin de Meaume. Le projet est tiré par les cheveux, le récit est parfois ennuyeux et conté dans une langue banale. L'ensemble est artificiel. Pourquoi avoir cherché à compliquer un récit dont l'argument est assez ténu ? Un livre que je ne conseille pas et qui me fait fuir le Goncourt de cette année.
Françoise Del
À première vue, le roman est très proche de La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier : il fait revivre un graveur du 17ème siècle. Mais alors que dans Chevalier Veermer et la jeune fille revivent vraiment et avec une troublante intensité, Meaume le Graveur reste mort. Il n’y a que la scène où le fils inconnu manque de lui trancher la gorge qui n’ait pas un encéphalogramme complètement plat. Je me suis ennuyée -pas longtemps il est vrai- à lire ce livre. La littérature française est décidément courte de souffle (le chapitre XIII a 13 lignes), étiolée, prétentieuse (comme la phrase au dos du livre) ou le dernier chapitre détaché du livre : pourquoi donc ? Il n’a rien de particulier : c’est juste pour faire original ? Enfin c’est attristant. Je vois que le monsieur a beaucoup publié. 167 pages écrites gros avec beaucoup de blanc sans style, un grand nombre de passages obscurs, l’obscurité n’étant pas due à la profondeur de la pensée, mais à l’incertitude de la syntaxe. Prenons le dernier chapitre : « La grand-mère de Meaume baptisa l’enfant avec un doigt de sang de Concini quand on l’eut déchiré pour le fortifier ». La logique nous fait comprendre que ce qui est déchiré c’est le placenta (ou le cordon ombilical) et que c’est l’enfant qu’on veut fortifier, mais il faut relier plusieurs fois l’antécédent de l’enfant qui est le doigt. Le style est à la fois plat, pauvre et obscur : quelle réussite ! Et dire qu’il a obtenu un prix !
Muriel
Ça m’a barbée. Jusqu’à l’histoire d’amour, j’ai aimé, ensuite on ne comprend pas. Peut-être suis-je bécasse, mais j’assume.
Régine
Honnêtement je n’ai pas tout compris, j’ai trouvé cela filandreux. Je croyais qu’il s’était suicidé, mais non, il est mort… Je me suis ennuyée ferme. Il y a 2, 3 petites phrases qui donnent à penser. Je n’ai rien lu de Quignard, qui me fait penser à Modiano. La gravure, je n’y connais que quick. Trop c’est trop. Il m’a échappée, trop évident peut-être. J’espère ne plus en lire. Je verrais d’un bon œil qu’on me le remboursât. C’est ampoulé et sec.
Françoise Dub
Lecture sans plaisir (peut-être dû en partie à mon état d’esprit du moment – mais justement...). Le récit est mal fagoté avec ses répétitions, ses retours en arrière … c’est un parti pris artificiel, comme s’il était trop commun de respecter la chronologie. Tout cela justifie-t-il ? Ce qu’en dit l’auteur : « C’est un livre difficile », mais non, pas du tout. Peut être a-t-il voulu dire « difficile à écrire » : cette peine transparaît et en fait une lecture chiante…
De même l’auteur prétend refuser l’allusion, l’ellipse, avoir besoin de concret (?)… ça ne m’a pas frappée. Aussi lorsqu’il dit du héros « afin que privé de visage, il soit tout à son œuvre », ça ne se ressent pas dans le récit. J’ai envie de dire comme Claude Gellée au héros, « je ne comprends rien à ce que vous racontez ». Il n’y a aucune atmosphère (contrairement à La jeune fille à la perle ou La demande, et je ne parle pas de L’œuvre au noir !). Je n’ai rien trouvé d’attachant dans ce livre. Je suis toujours restée à l’extérieur.
Claire
Contrairement aux avis jusqu’ici donnés, j’apprécie le talent d’écriture, le style épuré que j’avais aussi apprécié dans Le mot sur le bout de la langue, mais ce talent se perd. Son projet que Quignard expose dans des interviews est loupé : il prétend opposer la création venue de rien (la tabula rasa de Descartes) et la manière noire qui considère que la plaque de cuivre est déjà rayée par « les traditions historiques, ethnologiques, animales » ! Par ailleurs, chaque chapitre relèverait « d’un genre littéraire particulier : déposition lettre, conte, tableau, dialogue ». Quignard dit lui-même qu’il a été dans sa vie autiste à deux reprises. Visiblement, il y a des séquelles importantes… Son érudition entraîne une obscurité, alors qu’au début les personnages sont intéressants. C’est un auteur décevant.
Monique
Je vous admire car vous dites des choses … Moi je l’ai lu deux fois, je l’avais acheté pour aller en Italie. Je ne comprends pas et ne mémorise rien. C’est la première fois que ceci m’arrive. J’attendais qu’on m’éclaire. Son projet apparaît dans des articles, on ne le comprend pas en lisant le livre.
Christine
Il n’y a rien à comprendre. On nous raconte une histoire. J’ai bien aimé l’exercice d’écriture ; les gravures : on ne sait plus si on est dans la gravure ou dans la réalité, avec un jeu des temps. Les passages sur les femmes sont sensuels, elles ont une réelle présence. L’histoire de l’acide, l’absence de couleurs, c’est intéressant ; il y a beaucoup de thèmes, mais au total, je trouve que je ne connais pas cet auteur, je ne connais pas son univers.
Renée
Je l’ai lu 3 fois : je l’ai lu cet été et puis j’ai tout oublié ; je l’ai relu car j’avais des perplexités. Ce livre est extrêmement précieux et très simple. En laissant tomber des choses, en se laissant aller au tintement des phrases (« Il mange une gaufre », « Les lecteurs vivent dans des angles »), se détachent comme des aphorismes : « un jour, le paysage se traversera »… J’ai adoré qu’il ait eu 8 extases, je trouve ça marrant de faire l’inventaire de ses extases. Il faut piquer. Je ne sais pas si j’ai aimé. Moi aussi, je n’ai rien compris. C’est chichiteux avec des éclats.
Katell
C’est rare, je n’ai pas d’avis. C’est le troisième livre que je lis dans le groupe et le troisième qui ne me plaît pas… Je n’ai rien compris. J’ai essayé de suivre la chronologie et j’ai renoncé. C’est du sous-sous-sous Narcisse et Goldmund (d’Hermann Hesse). Ici c’est plat, érudition à 2 francs machin-truc. On dirait qu’il écrit au fil de la plume, je trouve ça surfait. J’avais lu Les tablettes. Il y a quelques perles, 2, 3 phrases…le buste des jeunes filles, et bof.
Brigitte
Ça m'a plu et beaucoup intéressée. Il ne faut pas trop essayer de comprendre. J'ai trouvé ça intéressant. J'ai regardé les gravures de Callot chez moi et j'ai retrouvé des lieux de Paris dont il est question dans le livre. J'ai cherché Louis de Siegen dans le dictionnaire des hommes célèbres, je ne l'ai pas trouvé. J'aurais aimé connaître ce graveur. Je pense qu'il faut se laisser emporter sans se forcer à comprendre le déroulement de toutes les pérégrinations au gré des circonstances. Le livre est un peu comme une gravure : on distingue un endroit très soigné, un autre, puis un autre, sans qu’on n'ait de recul pour voir l'ensemble. J'ai souligné beaucoup de passages qui donnent à penser. Les « procédés » de l'auteur ne me gênent pas. J'ai bien aimé. A mon avis, c'est presque mieux que La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier car on est dans la création. Je vous trouve durs.
Jacqueline
C’est le contraire de Tracy Chevalier, l’auteur est du côté de Meaume. Le livre m’a fait le même effet que La demande, avec cette réflexion sur la vieillesse, ce qu’a été sa vie, son métier. C’est vrai qu’une fois fermé, je ne sais plus bien. Il y a des événements importants, mais c’est pudique. De bric et de broc, comme une gravure : des détails et le principal. Je l’ai autant aimé à la deuxième lecture : le chaos, l’inventaire… comme si on feuilletait des gravures. Le style, ça accroche, sur la sexualité c’est direct, merveilleux. Et ses histoires d’amour…

Sabine
Etrange, séduisant parfois, énervant pour les mêmes raisons, et qui n'engage pas à une prochaine découverte.

 

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Ce récit nous mène à travers l'Europe des artisans au XVII ème siècle, sur les pas de Meaume le Graveur. De Bruges à Rome en passant par Luneville et Venise entre autres, Meaune fuit et s'inspire des paysages qu'il parcourt et de ses rencontres pour nous conter son aventure à travers ses œuvres.