Yasunari Kawabata
Pays de neige

Livre de poche

Brigitte
Voici mon avis sur le livre. Je regrette de ne pouvoir entendre celui des autres, qui m'aurait peut-être ouvert des clés que je n'ai pas su trouver seule. J'ai énormément aimé le début. Le voyage en train avec la vision du paysage par la fenêtre sur laquelle se superpose l'image de Yoko, c'est une grande réussite. Dans l'ensemble du texte, toutes les descriptions sont absolument magnifiques. J'ai aussi beaucoup aimé la fin. Le mort de Yoko, la voie lactée, l'incendie. C'est vraiment un grand écrivain. En fermant le livre, il me reste beaucoup d'interrogations. C'est peut-être une qualité pour un livre de ne pas livrer les clés des relations entre les protagonistes. Je suis cependant restée sur ma faim. Je n'ai pas suffisamment compris ou dénoué ce qu'il se passe entre Shimamura, Komako et Yoko. Quel est le mystère qui relie les deux femmes ? J'aimerais aussi entendre ce que vous direz sur l'aspect érotique du livre. Bonne discussion.

Jacqueline
J'ai lu ce livre en 1973, mais j'ai dû en rester à la scène du train. Je n'en avais aucun souvenir. C'est un livre merveilleux : l'ambiance, les descriptions extrêmement proches, j'ai retrouvé l'atmosphère du ski et de la montagne. Mais c'est aussi un univers lointain : l'opacité des personnages, les relations entre les deux femmes, le malade. Qui est l'héroïne ? Yoko, présentée au début ? Ou Komako, celle qui est au devant de la scène tout au long du roman ? Cela produit un effet d'étrangeté, une ignorance par rapport aux personnages. On attend. Quand Komako parle de son journal, on se dit cela va éclairer les choses, il existe une vérité écrite. Mais cela n'arrive pas. Restent des impressions très fortes. En ce moment, il y a l'exposition sur les estampes japonaises, le monde des geishas, qui produit la même étrangeté. Ces femmes n'étaient pas des prostituées. Je l'ouvre aux trois-quarts, pas en entier parce que cette part de mystère m'empêche d'y adhérer complètement.

Béatrice
Il y a deux fils : l'étrangeté et la beauté. C'est le mystère de la vie, même les personnages s'en rendent compte. Mais, je suis restée sur le seuil, il me manque des clés. La beauté des paysages, des descriptions, les visages des femmes, les insectes. Je l'ouvre aux trois-quarts, car il est difficile de le mettre entre toutes les mains.

Loana
Malgré les " japoniaiseries ", tout est vrai dans ces rapports hommes/femmes. Ce mec est le symbole de la goujaterie masculine, comme tous ceux que j'ai rencontrés. Je l'ai lu en une nuit et j'étais dans une colère monstre à cause des rapports entre ce mec et cette nana : elle a 16 ans quand elle devient geisha, elle est rachetée par un vieux qui meurt avant de l'installer et elle est obligée de retourner dans son village natal. On voit comment elle vit : lui est dans le poétique, elle calcule qu'elle a 4 ans pour rembourser, à raison de 90 engagements par mois, elle se saoule, elle est malade. Elle est entraîneuse : visiblement, elle a beaucoup de talent. Et le mec la regarde : comme c'est beau, comme c'est inutile… Jamais il ne s'implique, ne s'engage, il ne voit rien, ne fait rien pour sa réputation. Il est là, bourré de fric, use et abuse de tout. Enfin, je l'ouvre en grand car il y une finesse pour suggérer tout cela, un mystère face aux personnes. Je me suis mise dans sa peau à lui, émerveillée par les paysages. La dureté, il n'en parle pas. De cet accoutrement de geishas qui déforme les corps. De toute cette histoire pour se laver les cheveux. J'ai ressenti un grand malaise à la première lecture. A la seconde, j'ai été saisie par la dureté, la couche d'hypocrisie et des rapports sociaux ritualisés, c'est monstrueux.

Manu
Cette lecture a été une épreuve avec de nombreuses coquilles, des phrases incompréhensibles. Je suis resté très extérieur à leur histoire. Les paysages sont très beaux mais au bout de 50 pages, je me suis lassé. Je voulais voir où il voulait en venir. Il tourne autour du pot et toute cette longue description sur le tissage du chanvre, ça m'a rasé : on ne comprend pas le lien avec l'histoire. Je pense que la traduction est mauvaise : il y a des " que " partout, des tournures de phrases orales qui ne sont pas crédibles. Dans la scène de l'incendie, ils conversent tout en courant : on n'y croit pas. Je suis déçu. Je m'attendais à un truc vraiment fort. La traduction date des années soixante, il y a une déperdition de l'essence du livre. Au début, on est surpris par l'atmosphère. Mais les descriptions sont trop longues, les choses pas crédibles. Je n'aime pas les non-dits. Je n'ai pas compris leur relation à trois. J'ouvre ¼ parce que c'est le premier Nobel japonais…

Katell
Je partage l'avis de Rozenn, c'est également ce que j'ai vu : une fille qui bosse et un mec qui la trouve jolie. " Je t'ai quittée parce que tu étais intéressante… " (sic !). Peut-être parce que c'est par rapport à mon expérience personnelle… C'est très cruel pour cette fille. J'ai trouvé les descriptions très justes, on s'y croit vraiment.

Liliane
Je ne l'ai pas encore fini. Je n'étais pas contente, je n'avais pas envie de lire Kawabata. J'essaye de le lire, mais ça me résiste. Les Belles endormies, ce fantasme érotique, je n'ai pas réussi, même avec plus de maturité. Je reste au seuil. Il y a un fossé culturel et c'est très difficile pour moi de l'appréhender, de saisir la visée de Kawabata. On pourrait adhérer à ce que dit Rozenn, cela en ferait une histoire humaine universelle, qui passerait à travers la culture, l'écriture, les symboles… Mais je reste hermétique à cette étrangeté culturelle. Si on n'est pas imprégné de ces signes culturels, on passe à côté. C'est incroyable que dans ce trou perdu, il y ait des geishas. J'ai été sensible à la préciosité de la traduction : cette imagerie picturale qui est développée, surlignée. Je pense que ça n'a rien à voir avec la culture japonaise. Je passe à côté. Cela donne une image mièvre de la condition des femmes, de la solitude des hommes. L'auteur s'est suicidé, il y a quelque chose de lui dans ce personnage de Shimamura. On se raccroche à des clichés de culture : les nuques graciles, les mouvements des kimonos. Si c'était mieux traduit… L'attente, la retenue, on attend une déflagration à la fin ? Elle ne vient pas, c'est énigmatique. C'est une petite porte sur une autre culture, mais je n'ai pas réussi à entrer.

Christine
Moi, ce qui me plaît, c'est que je n'y comprends rien. J'y ai pris beaucoup de plaisir. Je suis complètement étrangère à ces rapports entre hommes et femmes, je ne comprends rien à leur relation : elle lui court après, mais y met une certaine distance, cela m'intrigue beaucoup. L'homme est le personnage le plus antipathique. Les femmes sont plus généreuses. J'aime beaucoup le début, la scène du train où tout se met en place et au fur et à mesure, avec ce jeu de miroirs : observer sans être vu. Dans l'exposition sur les estampes japonaises, il y a toujours une personne qui se cache et qui observe. Et ces contrastes entre le rouge et le noir, l'incendie/la glace. J'ai bien aimé les personnages comme la maîtresse de musique, mais moins les paysages, et même pas du tout en fait. Il y a beaucoup d'allusions à son don pour la musique, elle a du talent, elle s'entraîne mais c'est vain. Ce livre me permet d'approcher un peu la culture japonaise. Le personnage féminin est incompréhensible, à la fois impudique et réservée. Il y a des tas de symboles : sur sa bouche, sa peau que l'on devine, la voix de Yoko, je trouve cela merveilleux, j'ai été séduite mais pas par l'aventure.

Françoise
J'ai un avis mitigé. Je l'avais dans ma bibliothèque, je l'avais lu. J'ai retrouvé cette espèce d'atmosphère en vase clos, la neige, la chaleur des bains, mais effectivement l'histoire et les personnages sont ratés. Je trouve très bien ces descriptions de paysages, l'atmosphère du lieu, les rapports entre les gens, les personnages, les caractères. On ne comprend rien, qu'est-ce que Yoko vient faire ? Komako est une geisha, mais elle ne veut pas qu'on les voie ensemble et pourtant le tenancier tient le compte de ses heures. Peut-être que je passe à côté, il y a des choses qui m'échappent. Si la traduction avait été plus directe…, mais dans le fond, cela n'aurait pas changé mon avis. Le clair-obscur, la neige qui nettoie et purifie les tissus, ffft. Il y a un incendie, Yoko se suicide, et je n'ai rien compris à la dernière phrase. Mais j'ai été intéressée par l'atmosphère du village, de la montagne et de la neige, plus intéressée par les personnages secondaires que des principaux. C'est tout cela qui m'a retenue, le reste est trop elliptique. Je veux bien qu'on m'explique. C'est un monde tellement différent du nôtre. Personne n'a parlé de l'érotisme, je pense qu'il y en a.

Claire
J'avais lu Les Belles endormies et j'avais adoré. J'étais donc pleine d'impatience. J'ai été extrêmement gênée par la traduction, avec une pléthore d'adjectifs, un embrouillamini exaspérant, notamment dans les descriptions. Je renvoie au site http://www.plathey.net/livres/japon/kawabata.html qui donne des exemples de bonne et de mauvaise traduction, et nous on a bien sûr la moche. Un exemple : la mauvaise : " Et quand le train se mit à rouler, l'espace d'un bref instant, un reflet vint tomber sur la fenêtre de la salle d'attente : le visage de Komako y apparut comme une lueur, pour disparaître aussitôt. Et le vermeil de ses joues, tout irréel déjà, avait eu le même éclat que celui qui s'était piqué au coeur de la neige éblouissante dans le miroir matinal. De nouveau, pour Shimura, ce fut la couleur annonçant un adieu au monde du réel. " Et la bonne : " Le train s'ébranla, aussitôt les vitres de la salle d'attente brillèrent, et à peine le visage de Komako s'enflamma-t-il dans cette lumière qu'il disparut ; ses joues étaient écarlates comme elles l'étaient dans le miroir, l'autre matin sous la neige. Et c'était là à nouveau pour Shimamura la couleur de la séparation d'avec la réalité. " : spectaculaire, non ?
Ce qui m'a tenue suffisamment, c'est la visite touristique. J'ai sorti mon guide sur le Japon pour mettre un peu couleur et voir les costumes… J'aimais bien l'exotisme des évocations (obi, hakama, samisen), mais je ne suis pas arrivée à voir quel était le projet de l'auteur. Le narrateur ? Je ne crois pas qu'il dénonce les rapports sociaux. Loana et Katell, votre lecture ne tient pas le coup… Vous y lisez votre propre vie…. Je pense plutôt comme Christine, qu'il y a un projet d'esthète, sur l'art, la vie, gnagna. Mais c'est plaqué, comme son histoire de ballets occidentaux ou sa traduction de Valéry et d'Alain qui arrive comme les cheveux sur la soupe. Ça me paraît toc. Dans l'art japonais, on retrouve cet aspect là : les jardins zen merveilleux, les estampes j'adore, et puis y a des temples kitch avec des petits dieux en tablier, un côté pacotille. Bref je trouve que ce projet tombe à plat.

Michelle
Un livre très japonais. La libido du mâle japonais ne me touche pas, la poésie non plus. Je n'ai pas compris la fin, pas plus que les relations entre les personnages.

Nicole
L'histoire ne m'a pas passionnée, très lente. Le personnage masculin est égocentrique, insupportable. Les personnages féminins ne sont que des servantes. J'ai eu constamment envie de pousser Komako à la révolte. Il y a des passages sublimes, surtout au début. Sublimes d'horreur aussi : par exemple le restaurant offert à la Geisha et repris par la femme légitime de son protecteur.


Marie-Charlotte
J'ai eu du mal à entrer dans le texte. Il y a de très belles descriptions d'ambiance, une osmose de l'extérieur vers l'intérieur des gens, mais pas de repères temporels. Le mâle dans toute sa splendeur veut réaliser des fantasmes mais ne va jamais concrètement au bout de ceux-ci.

Lona
Les descriptions sont agréables et souvent belles. Mais je n'ai pas bien compris l'histoire. Le personnage principal est très égocentrique. Il n'y a pas d'action.

Mon
J'ai beaucoup aimé. J'ai été très sensible aux descriptions, superbes. La scène du train est particulièrement réussie. J'ai aimé l'image des deux mondes séparés par un tunnel. La mentalité très différente de la nôtre nous surprend. J'ai eu envie d'en savoir plus sur le rôle de la geisha. Yoko participe à l'atmosphère d'irréalité qui enveloppe tout le livre. Elle finit brûlée comme une espèce de fantôme. Elle n'existe que par sa voix. Elle est sublimée par son amour pour Yokio. Ces rapports hommes-femmes sont très typiquement japonais. La recherche de pureté se manifeste par la blancheur de la neige, le blanchiment du chanvre. Tout est hors du temps. Le village est à peine réel, le pays étrange. J'ai été très sensible à ce glissement vers un royaume hors du temps.

Jean-Pierre
Maso, je l'ai lu deux fois (à cause du Prix Nobel...). C'est un roman sans histoire, sans logique. Peut-être à cause des différentes époques d'écriture, ce qui entraîne un ensemble non cohérent. Il y a de belles descriptions de la nature, mais ce sont de brefs éclairs dans l'ombre. Quel est le rôle de la Geisha ? Prostituée/proxénète ? Yoko est-elle morte ? Les parties documentaires, genre fabrication de boîtes de sardines en Ardèche sont très ennuyeuses. Les fautes de syntaxe et d'orthographe sont-elles dues à la traduction ?

Jessica
Je n'ai pas été sensible aux descriptions. J'ai cherché des réponses à mes questions tout au long du livre, ne les ai pas trouvées. Je n'ai pas compris les relations entre les personnages, la fin.

Maryvonne
J'ai lu le livre deux fois, mais je ne suis pas rentrée dans l'histoire. Je n'ai pas été sensible aux paysages. Le rôle des Geishas ? Dame de compagnie qui peut... Je m'interroge sur la difficulté à entrer dans une autre culture que la sienne. Je n'ai pas compris les relations entre les personnages, ni la fin.

Lil
J'ai beaucoup aimé l'écriture : classique, belle, poétique, très esthétique, toute en suggestions, en demi-teintes, enveloppant paysages et personnages d'irréalité, de mystère... Je suis, également, très sensible à l'amour fusionnel des orientaux pour la nature : la nature est reine : ils s'y ressourcent, ils y puisent sérénité, paix et bonheur. Les descriptions sont sublimes : lumières, transparences, couleurs, blancheur, ombres. La beauté de la nature est souvent associée aux visages, aux yeux des femmes. La scène du train est magnifique. Le rythme du récit est lent, irritant... comme dans les films japonais où un raclement de gorge toutes les 10 minutes ponctue une action qui se traîne... Le personnage de Shimamura, oisif, machiste, insupportable d'égocentrisme, finalement pathétique (on se dit : le pôvre) serait une cible idéale pour les féministes ! Il se complaît à rêver sa vie, intéressé par l'esthétique pure, les méditations contemplatives et l'effort gratuit. Le discours est très machiste. La scène rapportant la vie de la geisha Kikuyu dont le restaurant est repris par la femme légitime de son protecteur laisse rêveur... Yoko, n'existe que par sa voix et ses yeux. Qui est-elle ? Quelles sont ses relations avec Komako, avec Yukio ? Se suicide-t-elle en fin de livre ? Tout semble toujours baigné dans le mystère. Parmi toutes les curiosités japonaises découvertes au cours de ce livre, j'ai beaucoup aimé l'histoire de la toile de chijini, ce chanvre blanchi sur les prés couverts de neige, qui m'a fait penser à la façon dont les Bretons nettoyaient leurs costumes, en les offrant à la rosée matinale... Et puis, surtout, j'ai adoré le kotastu : si j'en avais eu un à ma disposition, lors de la lecture de ce livre, je me serais sûrement endormie, avant le troisième séjour de Shimamura, en rêvant aux paysages sublimes du pays des neiges...

Jeanine
Lenteur et incompréhension = culture japonaise. J'ai cru à une rivalité entre deux femmes. J'ai attendu la passion et ai été déçue. J'ai apprécié les descriptions.

Désirée
Bien aimé le début, mais l'histoire ne démarre qu'au dernier chapitre. Ce livre laisse beaucoup de place à l'imaginaire. Je n'ai pas bien compris les personnages. Les descriptions sont jolies. Je n'ai pas trouvé l'histoire. Question culturelle ?

Dawn
J’ai beaucoup aimé. Le narrateur est inutile, il observe cette femme comme si elle était dans un film ou un insecte.




 

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À trois reprises, Shimamura se retire dans une petite station thermale, au cœur des montagnes, pour y vivre un amour fou en même temps qu'une purification. Chaque image a un sens, l'emprise des signes se révèle à la fois net et suggéré. Le spectacle des bois d'érable à l'approche de l'automne désigne à l'homme sa propre fragilité.