Somerset Maugham
Le Fil du rasoir

10/18
domaine étranger


Brigitte
Au début, ça me plaisait, ensuite ça devient un peu long. C'est finalement assez daté. Un point me semble intéressant à relever, c'est la présence de l'auteur narrateur à l'intérieur de l'histoire.
Sinon, Eliott m'a énervée et Larry est bien gentil, mais je n'arrive pas à m'intéresser suffisamment à lui. Quand à Isabelle, responsable de la mort de Sophie, je l'avais bien subodoré, mais ça ne marche pas pour moi. J'ai été frappée par les descriptions qui suivent l'entrée en scène de chaque personnage, ça aussi ça date. J'avais lu autrefois, il y a bien longtemps, La Servitude humaine et j'en gardais le souvenir d'un bon livre. Je me demande ce que ça donnerait si je le relisais maintenant.

Manuel
Je remercie la personne qui a proposé ce livre. Le personnage d'Elliot est croustillant de snobisme ridicule. On se demande bien pourquoi il vit tout seul. L'histoire des sous-vêtements m'a beaucoup fait rire ! Le livre paraît daté avec ses tournures de phrases et ses expressions mais il n'est pas ennuyeux. Le milieu arriviste américain est croqué avec justesse, avec ces grandes fortunes et ces one self made. J'aime beaucoup la construction du récit et ses retours en arrière, les propos rapportés (avec mise en garde) inclus dans le récit. Enfin personnellement c'est un plaisir de lecture.

Françoise D.
Je fais partie de ceux qui ont dit " oui oui, je l'ai lu quand j'étais jeune et je l'avais aimé " il y a plus de 40 ans, mais sans m'en souvenir du tout ; et en le relisant, je me suis demandé ce qui avait bien pu me plaire à l'époque, mais je ne dis pas que je ne l'ai pas aimé cette fois-ci. Oui c'est daté, ce milieu...! La société hyper friquée de maintenant est différente, mais n'a rien à lui envier dans le genre odieux, j'en suis sûre. J'ai beaucoup aimé le style, précieux, sophistiqué, tout à fait adapté à l'ambiance compassée, snob et rigide. Aucun personnage n'est attachant. L'auteur et le narrateur se confondent puisqu'il se nomme dans le texte...

- Le chœur
Mais non c'est un artifice, le narrateur joue à être l'auteur !

Françoise
C'est de toute façon un vieux con ! Quel conformisme, on dirait Agatha Christie. Par ailleurs, la fin, le récit de Larry et ses interrogations mystiques m'ont fait penser à Siddhârta que j'avais détesté. Mais on pense aussi à Proust, ça rachète. Jusqu'à la fin il nous tient, et il y a de l'humour, de l'ironie, je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent qu'il ne se passe rien. Mais, avec ces mêmes thèmes qui lui sont chers, la religion, le mysticisme, la morale, la quête d'autre chose, Graham Greene, lui, aurait fait un chef-d'œuvre !

Françoise O.
Pourquoi ce livre qui avait tout pour m'agacer (milieu social, invraisemblances) m'a-t-il charmée ? L'auteur étant lui-même acteur s'adresse au lecteur et m'a fait entrer dans l'histoire en nous en faisant part. J'ai lu ce livre sur une longue période en lisant de temps en temps et en retrouvant les personnages comme de vieilles connaissances. Elliott m'a touchée. La fin du livre ne se termine pas. Je pensais que Larry était culpabilisé, que c'était lui qui avait tué son camarade au combat. Par moment, c'est outrancier, caricatural.

Monique
C'est tout comme toi. Ah la la ! Il y a longtemps que je n'avais pas lu un roman sans pouvoir fermer la lumière le soir ; ça m'a fait comme lorsque je lisais Dostoïevski à 17 ans, je suis rentrée à fond car il nous laisse croire qu'un être avait un secret. J'ai adoré, contente de retrouver le livre le soir, un peu déçue par son voyage en Orient (trop didactique) et de la fin, mais tant pis. Dans ce livre, dès les premiers chapitres, on croit qu'on va trouver quelque chose. Pour le plaisir de la lecture, je l'ouvre aux ¾ ; oui Elliott est agaçant mais c'est magnifique, ça fait penser à Proust et Huysmans avec leur modèle, Robert de Montesquiou. Je trouve ennuyeux quand on commence les premiers chapitres avec Elliott, puis il disparaît, Larry aussi nous lâche avant la fin, c'est un peu décevant. Je me demande pourquoi il a écrit ce livre, il met beaucoup de lui, la recherche de Larry est très moderne (les soixante-huitards qui vont en usine, dans les ashrams). Je suis très contente de l'avoir lu.

Ève
Je ne partage pas tout ce que vous avez dit, le style est agréable, suranné. J'ai eu du mal à m'intéresser à l'histoire, aux personnages en dehors d'Elliott qui est plus travaillé, plus intéressant. Larry m'a assommée avec sa quête mystico. Il y a des invraisemblances en effet. La distance du narrateur ne m'a pas convaincue. Je trouve ça très futile. Je suis arrivée essoufflée. Je n'ai pas bien compris ce que ce livre raconte. Le style par chance est agréable.

Jacqueline
J'ai trouvé ça rasoir (sans jeu de mots) !
J'y crois, je prends l'auteur très au sérieux, je ne lirai pas d'autres Maugham, mais j'ai de la curiosité, ses autres livres lui ressemblent-ils ? Ce que je trouve fatigant, c'est le côté convenu. Il n'y a aucun suspense.

(Monique et Françoise D. protestent et poussent des cris...)

Je trouve ça ridicule l'histoire d'amour, j'ai fait l'erreur de penser qu'il est américain, la guerre fait penser à Salinger, autrement plus intéressant. Le personnage cherchant un sens à la vie est intéressant, mais la lecture est ennuyeuse. Le monde de Proust est artificiel. La philosophie de ce jeune homme influencé par l'Orient à la mode est peu intéressante. Le point de vue du narrateur : bof. Il y a un moment drôle avec la femme modèle qui change de peintre pour devenir peintre. Je n'aime pas la conclusion : chacun a eu ce qui devait avoir. C'est sans surprise.

Françoise D
Jacqueline, pourquoi tu l'ouvres ¼ ?????

Rozenn
Je n'en suis qu'à une petite moitié car je m'étais trompée de livre. C'est bien pour le métro et le train. J'en ai parlé et quelqu'un me l'a envoyé, j'ignore qui... La bibliothèque décorée où on ne peut pas mettre de livres m'a fait rire. Si je n'avais pas lu American darling, j'aurais aimé, mais à côté, ça ne tient pas. Je n'ai pas grand chose à dire. Vous ayant entendues, je ne sais pas si je vais le finir, il y a une sorte de halo autour de ce livre, il a le charme d'un champagne éventé. Le narrateur qui interpelle le lecteur ça m'a paru procédé, c'est " understatement ", léger, alors que c'est dramatique. C'est écrit à la surface, alors que la violence de l'autre...

Claire
Je ne me souvenais de rien en venant ce soir, rien de rien, sauf que j'avais eu beaucoup de plaisir il y a pourtant moins de 6 semaines. J'ai relu la quatrième de couverture et le personnage est revenu. Une réserve : les portraits sont catastrophiques, scolaires, tous faits sur le même modèle. Ce que j'ai aimé : le côté conte de fées hollywoodien. Ça se passe beaucoup à Paris, dans un milieu protégé, les artistes d'alors ont une place de choix, mais curieusement pas les écrivains. Y a pas d'intrigue ??? Mais c'est un suspense permanent ! Le personnage écrivain, on y croit. J'ai été intéressée par les personnages, Larry est fascinant, il se néglige, se fiche de son apparence, mais fait un saut à Londres pour se faire faire un costume ! Non mais ! Je suis fascinée par les usages de ce monde. La traduction avec ses subjonctifs, bof. Les rapports entre l'auteur et le narrateur sont sûrement très intéressants : que pense l'auteur du narrateur ? Ce livre ? Du plaisir, du plaisir...

Jean-Luc
Je l'ai lu d'un trait, donc apprécié. C'est bien écrit et bien composé : il y a une progression intéressante d'une petite dizaine de destins croisés, en interaction, de laquelle émane une sorte de suspense.
C’est aussi un bon tableau des vices et vertus de l'âme humaine : hypocrisie, jalousie, oisiveté, vengeance, faisant le pendant à la solidarité, la bonté, voire une certaine sainteté.
Il y a là aussi le spectacle intéressant de la haute société anglo-saxonne et française de l'entre-deux guerres, avec la période particulière de la grande crise économique de 1929.

Nicole entre et
J'ai également lu ce roman d'une traite et y ai trouvé une histoire qui tient en haleine avec l'envie constante de voir plus loin comment les personnages vont évoluer ; seulement, voilà, leur évolution - et il ne pouvait vraiment pas en être autrement - n'est que la continuation de leur vie étriquée, mis à part leur portefeuille bien gonflé ! Seul Larry sauve le tableau et encore ! Les portraits d'Isabel et Elliot qui, je l'espère, a vu qu'au paradis il n'y avait pas de distinction de classe, sont terrifiants ; la misogynie est présente tout au long du livre. Seules Suzanne et surtout Sophie m'ont inspiré de la sympathie.
L'écriture a également eu une grande importance dans mon plaisir de lecture.
Pour tout cela j'ouvrirai le livre en entier.
Mais, pour toutes les idées conservatrices qu'il véhicule et surtout parce que je n'ai pas réussi à comprendre si l'auteur était partie prenante ou ne faisait que décrire une société à un moment donné, je l'ouvrirai à moitié.

Lil
Je l'avais lu « jeunette », en anglais, un classique recommandé qui m'avait plu ! Je m'y suis donc replongée, me pourléchant les babines à l’avance. Catastrophe : j'avais pris 40 ans et le livre aussi ! La mise en place des personnages traîne, traîne... Je me suis moi-même traînée jusqu'au krach ! « Chouette, voilà qui va changer la donne, me suis-je dit, voilà qui va mettre du beurre dans « mes » épinards » ! Eh bé, pas du tout, c'était reparti, avec juste ce qu'il faut de sel pour tenir jusqu'à la dernière page !
On ne sait trop où est l'auteur dans cette description sociale, de la upper class américano-européenne de l'entre-deux guerres, peu passionnante (je me répète !), Le racisme de classe est insupportable, la misogynie à vomir ! Même ce « pauvre » Larry (3 000 dollars de rente, tout de même, ce qui est une aide substantielle à l'élévation de l'âme) et pour lequel, j'aurais pu avoir quelque indulgence, se laisse aller à des propos (et un comportement) d'une extrême et révoltante misogynie (parlant de son amante espagnole : c'était un petit animal, un joli petit animal, domestiqué, certes...). Vous qui avez sabré André Gorz, serez-vous plus indulgentes pour ce Larry mystique ???
Et cette quête, peut être à la mode, à cette époque (on pense à Huxley, à Isherwood...) et réchauffée dans les années 70, m'est arrivée totalement refroidie. Le personnage d'Eliott est trop chargé, caricatural... Sophie est une figure sympathique... Mais, bof !
Je l'ouvre cependant à moitié, pour l'écriture, rien que pour l'écriture, Je suis totalement séduite par ce style... A chacun ses faiblesses, que voulez-vous !

Jean-Pierre
Ô le bon gros joli roman photos auquel il ne manque que les photos ! Il faut s'accrocher, ou alors être fan de Nous Deux, pour ingurgiter jusqu'au bout cette guimauve indigeste, où les personnages dignes de la Comtesse de Ségur se débattent délicieusement dans des affres tellement convenables.
L'argent, évidemment, est maître du jeu. Il hante le quotidien si futile, ma chère, il gouverne les vies dérisoires, régente les sentiments calibrés, habite les consciences et même les inconsciences, pollue les pensées et écrase les amours.
Le bohème local est un globe-trotter philosophe ascétique mais rentier (ce qui est bien pratique quand même), qui rejette son monde pour se lancer dans la recherche du paradis absolu dans une fuite en avant aussi ridicule qu'illusoire et que l'auteur cherche en vain à rendre initiatique. Tout ça pour accoucher d'une œuvre testament misérable et rentrer dans le rang ! Même sa quête ésotérique ne peut pas faire passer le brouet de platitudes et de lieux communs chers à la bourgeoisie triomphante.
L'on côtoie des milliardaires soi-disant ruinés mais qui passent leur temps au golf et dans les réceptions mondaines. L'"héroïne" est parfaitement frivole et, eu égard à l'état du monde, ses préoccupations vestimentaires sont on ne peut plus superficielles. Les soucis des pauvres et gentils capitalistes ballottés dans la tourmente de la grande crise de 1929 s'expriment dans des boudoirs où l'on sert le thé et dans le ronron des convenances de la "bonne société" dirigeante et si chrétienne, ce qui, comme chacun sait, n'est pas forcément antinomique.
L'espèce d'amateur d'art, ectoplasme dédaigneux de la populace, marquis poudré prospérant dans le vase clos d'un microcosme scandaleusement riche, et qui sert d'alibi à l'auteur pour raconter cette indigente histoire, tourne en rond autour de son nombril, en imaginant qu'il est le centre de l'univers.
Entraîné par l'auteur qui joue aux confesseurs et prend de la sorte une petite distance (mais que diable fait-il dans cette galère ? Ah oui, il parle de son monde !), on contemple effaré une galerie de parasites parfaitement incrustés dans la chair de ceux qu'ils sucent mais qui sont totalement absents de l'œuvre. Ces gens superflus n'ont pas de couilles, ils n'ont que des comptes en banque.
Le summum est atteint et même dépassé par les guérisons miraculeuses. Pour un peu, on apercevrait Bernadette Soubirous travestie en indienne pour un peu plus d'exotisme. Il ne manquait que cette dimension pour rendre l'œuvre impérissable. Elle y est. Bravo. C'est très réussi. On s'emmerde ferme. On n'est pas sur le fil du rasoir. On est complètement dedans.
J'ai refermé le livre et ne le rouvrirai pas : ça évitera les courants d'air.

Lona
J’ai eu plaisir à relire ce livre. J’en avais complètement oublié le contenu. Une saga d’un monde embourgeoisé, mondain, friqué et apparemment superficiel... Pourtant on aborde des sujets sérieux comme le devoir, le patriotisme, la valeur du travail, le sens que donne les uns ou les autres à la vie, à la mort, à la valeur de l’argent, la recherche de l’amour, de la sécurité, de la vérité, de l’absolu, de Dieu. Chacun à sa manière est arrivé où il le souhaitait : Elliot reconnu dans sa vie mondaine ; Isabel bien ancrée dans une sécurité matérielle, entourée d’un homme qui l’adore et de ses enfants si bien élevées ; Suzanne mariée et reconnue ; Sophie ayant trouvé son échappatoire ; et Larry, débarrassé de tous soucis bassement matériels a-t-il trouvé son bonheur ?
Tous les personnages sont attachants, même cette chipie d’Isabel !

Jessica
Au début, j’ai eu peur ; j’ai trouvé que c’était d’un classique effrayant (le sujet, l’époque, le lieu, le contexte, même les personnages et que dire de l’écriture... bouh, on se serait cru dans les lectures imposées au lycée) et puis, finalement, je suis restée accrochée au fil jusqu’au bout sans trop me faire prier. Curieux non ?
J’ai apprécié la forme de l’écriture : cette façon d’aborder le lecteur, de faire des rapprochements dans les faits, les flash-back, les avances rapides, etc., le tout en fonction de ce qu’arrive à glaner l’auteur dans ses conversations. Et je crois que c’est grâce à ce procédé que j’ai marché dans l’histoire car dans le fond, on sait tout de suite qu’Isabel n’est pas pour Larry, qu’il n’est pas pour elle, on devine rapidement les événements de 1929, puis la fin est prévisible de toute façon. Mais bon, j’ai marché jusqu’au bout : j’ai apprécié surtout les personnages secondaires (Sophie et autres personnages féminins très forts aux destins sinon pathétiques réellement tragiques), la déchéance d’Elliott (passage comique de la mort) et le changement de caractère d’Isabel qui paraît bien pâle et bien niaise au début et qui, ensuite, se révèle être noire et mauvaise. Sans parler de l’ambivalence de l’auteur/confident/témoin/acteur bref, quel est son rôle à lui ?
En revanche, le personnage de Larry a fini par me lasser un peu ; le seul intérêt de ce personnage évanescent est dû, je pense, au procédé de Maugham de le faire vivre à travers les récits des uns et des autres. Larry m’a plu car il est là sans être là, il est présent à chaque page alors qu’il fait peu partie de l’histoire à proprement parler : et là encore c’est le procédé qui est intéressant et non le personnage. Quant au milieu bourgeois, suffisant, pédant, superficiel etc., il m’a lassée très vite aussi : mais où est donc l’intérêt de mettre en histoire des personnages dont le monde est si petit, et le nombril si gros ???
Bref, impressions un peu mitigées, le roman ne me laissera pas un grand souvenir.

Katell
Je me souviens très bien quand j'ai lu ce livre. C'était l'été 1999, Dorine commençait à marcher (encore des références de mère de famille !) et j'étais en vacances dans un gîte à la ferme en Touraine. Je ne me souviens pas du tout de l'histoire, mais d'un roman d'apprentissage, avec un héros, et que cela m'avait énormément plu ! Je retrouve dans l'avis de Claire mes émois de midinette - j'adore ce type de roman !- du Voici Victorien... Bref, je n'avais pas boudé mon plaisir à l'époque mais je ne l'ai pas relu.

Marie-Thé
Ce livre ne me paraissait pas attrayant, j’avais même pensé qu’il devait être « rasoir ». Et puis, j’y suis entrée, et j’ai aimé, je ne peux même pas dire pourquoi. Ce roman m’a captivée. Ah ! Ces personnages ! J’ai beaucoup aimé Larry même s’il m’a parfois déçue. J’ai détesté Elliot, insupportable et irrécupérable, à mon avis. Ce livre m’a un peu fait penser à Proust, peut-être est-ce un peu pour cela que je l’ai aimé...

 


 

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Larry Darrell, jeune américain idéaliste, renonce à un mariage d’amour pour aller voir le monde, sans trop savoir ce qu’il cherche. Délaissée, Isabel Bradley choisit la sécurité, le confort. Elle n’aura de cesse, lors de leurs retrouvailles, de tenter de reconquérir un Larry toujours en partance.

 

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