Eric Hazan
LQR, La propagande du quotidien

Liber-Raison d'agir

 

Claire
Liliane avait été très convaincante quand elle nous avait vanté ce livre que nous avions décidé de programmer. Je l'ai acheté les yeux fermés, je l'ai ouvert..., avec toutes ces notes en bas de page... j'ai eu une syncope et ai essayé de le faire déprogrammer, en vain... Je l'ai lu aux Antilles.... en fait sans difficulté. Je l'ai annoté et avais l'intention de restituer un avis argumenté, ce que je n'ai pas fait hélas. Ce livre m'a exaspérée. Un livre paresseux, mal foutu, qui ne tient pas la route. Il dénonce à tort et à travers. Il n'est jamais convaincant. Et lui ? Où est-il ? Que prône-t-il ?
Et soudain p.106-107... " il est là, il est là ! " Il est mû par une nostalgie stérile de la révolution, de la lutte des classes. Il utilise en fait lui-même une langue de bois (émancipation, subversion) qui le discrédite. Cette cueillette de mots était un début, mais le livre m'inspire presque du mépris.
J'ai trouvé un article plus sérieux que mon avis à l'emporte-pièce, bien charpenté, auquel j'adhère totalement : http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=1163

Ève
J'aime bien ce genre de livre, je me sens " pousser des neurones ". C'est un dangereux gauchiste, mais cependant il a un grand talent de décryptage. J'ai été gênée au départ par " ce langage n'est pas né d'un complot organisé ". Le projet est peu clair, mais je me sens interpellée : " on parle tous LQR ". L'auteur est de mauvaise foi, mais j'ai tout de même bien aimé le livre.

Christine
Je suis de l'avis de Claire, en moins violent. Je n'ai pas de mépris, mais je suis déçue. C'est trop survolé, on apprend peu de choses. J'ai été plus intéressée par les champs militaires, le passage sur la crise. Il y a un saupoudrage d'exemples pris dans tous les journaux. A qui ce livre s'adresse-t-il ? Ça ne donne pas de clés.

Monique
Je ne l'ai pas lu en entier par manque de temps et de disponibilité d'esprit. Je suis très gênée par le titre " la langue de la 5e République " en comparaison avec la LTI. On ne peut pas comparer avec la langue du 3ème Reich. On ne peut pas les mettre sur le même plan. Les exemples qu'il donne ne sont pas spécifiques à la 5ème République, ce sont des expressions de la langue d'aujourd'hui, c'est beaucoup plus large. Ce n'est pas intéressant. Mais à qui s'adresse ce livre ? On est tous pris là-dedans, mais on en est conscient. Les journalistes, les publicitaires, sont très au point et ne cachent pas l'utilisation qu'ils font de la langue. Le décryptage de l'image et de la publicité s'apprend désormais à l'école. On n'est pas dans une dictature. Tout ce qui est dit sur le langage guerrier, on trouve ces mêmes études plus approfondies sur le langage amoureux utilisé depuis très longtemps ; il y a transposition du vocabulaire d'un domaine à un autre. Le langage utilisé par les politiques ne trompe personne.
On n'est pas dupe. Les humoristes comme Coluche le décryptent depuis longtemps. La conclusion ne permet pas de comprendre son projet.

Jacqueline
Ça fait partie des livres qu'on lit et puis qu'on oublie. J'attendais des révélations. Je l'ai lu avec amusement. Il parle d'une langue, mais prise par le petit bout de la lorgnette. Je suis allée voir sur internet qui est cet auteur, et j'admire son passé courageux (il a été entre autre porteur de valises pour le FLN). J'ai pris à la bibliothèque La LTI de Kemperer à laquelle il se réfère. Ce sont des carnets de notes, son journal de l'époque. J'ai relu le début de La LQR : l'auteur " pinaille " et c'est embêtant, exemple : le mot " crise ", un euphémisme !

Françoise
Le projet est séduisant, mais si l'on suit Hazan et contrairement à ce qu'il dit, la LQR (page 119, dont " les mots ne sont jamais utilisés dans la conversation ") est l'inverse de la LTI selon Goebbels : " nous parlons la langue du peuple... il faut utiliser son langage, parler sa propre langue ". Il est vrai que le langage actuel véhicule le " politiquement correct " et qu'on le veuille ou non on en est imprégné, exactement comme il arrive aux femmes d'avoir des propos misogynes sans même en avoir conscience. Mais j'aurais aimé plus d'analyse à partir des mots que cite l'auteur, comment interpréter tel ou tel ? quel sens y donner ? Les exemples sont très bons mais après les avoir cités, Hazan se livre à une critique idéologique globale sans analyser le choix de ces mots.
Il est violent (" on vit les banquiers sauter par les fenêtres, ce qui malheureusement ne s'est jamais reproduit "), parfois excessif (" la banalité du mal " qu'il dénonce aujourd'hui n'est tout de même pas la même que celle du temps de la LTI) ; à d'autres moments je peux être d'accord mais le lien ne me paraît pas évident.
L'apathie, le consensus mou, sont-ils exprimés par :
Problème, au lieu de question
Réponse pour solution
Expertise pour expérience
Restructuration pour licenciements
Mouvements sociaux pour grèves
Demandeurs d'emploi pour chômeurs
Handicapés pour infirmes, etc.
Familles modestes pour pauvres
C'est moins violent (comme malentendant ou malvoyant pour sourd ou aveugle),
moins discriminant (comme agent de surface au lieu de homme de ménage).
Donc a priori pas forcément une mauvaise chose, comme l'auteur le dit lui-même " on pourrait y voir comme un effet de la pacification des mœurs ". Bien sûr, on peut dire que ce langage sert le pouvoir, mais que dit le peuple ? Il dit chômeur, pas demandeur d'emploi.
Il dit grève, licenciement, pauvre... Il n'est pas dupe, contrairement à ce que semble penser Hazan. A côté de ce relevé sémantique, Hazan procède à une critique idéologique/politique qui me semble détachée du propos initial. Hazan a une vision monolithique de " l'opinion ", mais il n'en est rien. Que ce soit à propos du chauffeur de Florence Aubenas (p.92), ou de l'anti-américanisme, ou du lundi de Pentecôte (son renvoi en p. 112 est faux, nombreux ont fait la comparaison avec la vignette auto). L'opinion justement a réagi au langage du pouvoir. En fait, il ne fait pas confiance au " peuple " qui ne s'en laisse pas forcément compter, mais n'en tire pas forcément les conclusions que l'auteur souhaiterait (vote Le Pen  ). Le système politico-économique du 19ème et début 20ème a disparu et donc le même vocabulaire ne peut s'appliquer. Il est vrai que les exclus ne sont pas forcément des opprimés, ou des exploités, mais ce sont bien des victimes, contrairement à ce que dit Hazan. Même A. Laguiller dit " travailleurs " (et non ouvriers). C'est en effet " le remplacement du capitalisme industriel par le capitalisme financier " là, je suis d'accord.
Conclusion : Cet essai est aussi un pamphlet, et comme tel, il dit des vérités, des demi-vérités, des exagérations qui servent son auteur parfois de mauvaise foi. C'est dans l'ensemble une bonne critique mais j'ai du mal à en percevoir la finalité. Mais au moins, comme tous les essais, c'est une source de discussion.

Sabine
L'analyse est pointue, trop peut-être (j'ai été parfois larguée par des tournures syntaxiques périlleuses pour mon petit esprit). Son livre reprend un thème cher aux bacheliers de philo : les mots peuvent-ils dire le monde ? Vaste sujet, et qu'Éric Hazan n'aborde pas assez. J'aurais aimé qu'il dépasse ses simples constats linguistiques et qu'il pousse la réflexion au-delà : comment les mots peuvent-ils changer la réalité des choses ? En quoi les mots perversent-ils la réalité, mais aussi comment les mots changent de sens parce que la réalité change... Sur l'évolution du langage, beaucoup de livres ont été écrits, et je me souviens de deux bouquins : l'un très sérieux de Claude Hagège, très intéressant, mais je n'ai plus le titre en mémoire, l'autre, très drôle d'un ex chroniqueur du Nouvel Observateur, Alain Schiffres : le langage des Parisiens, ou quelque chose comme cela. Il étudiait de façon très humoristique l'évolution du langage "bobo", publicitaire, etc. En résumé, ce petit livre est intéressant, mais parfois difficile, ennuyeux et n'abordant pas assez les causes de cette évolution langagière.

Liliane (qui a proposé ce livre)
Vous vivez dans le meilleur monde possible, tant mieux pour vous. Pour moi, LQR - trop court - débouche sur l'idée qu'il faut changer les institutions et sortir de la Ve République. C'est comme le livre de Saramago La Lucidité. Ce petit livre pose des questions que certains ne veulent pas entendre. Il y a un problème de conservatisme, une inquiétude sur ce qui se passera demain. Ce livre parle de cette inquiétude.

Marie-Laure
Éric Hazan, est pour moi un engagé professionnel et intellectuel. Son travail à l'intérieur de ce livre a été : le décryptage des mécanismes de domination. Le lien avec la langue de propagande du troisième Reich m'a impressionnée par le biais de la page 21, quand le docteur P. fait siens les propos antisémites des nazis alors qu'il est juif et qu'il s'adresse à des voisins, des amis juifs du même ghetto que lui. Pénétrer dans les mots à ce point, pour ne plus entendre ce que l'on est entrain de dire c'est... étonnant. Les références au monde du travail sont pertinentes aussi : la différence entre entrepreneur et patron, le soin pris par nos élites à positiver est flippant. Le mot crise qui normalement se situe dans un moment bref de l'espace temps, alors que là elle dure des lustres. Bref, bien que j'aie conscience de cette manipulation, je n'avais jamais analysé les mots dans ce sens. Je ne peux m'empêcher de repérer ces euphémismes dans mon quotidien et j'essaie d'en employer le moins possible. Les termes guerriers : opération coup de poing, bavure pour meurtre, fer de lance, etc. Le maghrébin, citoyen d'un pays qui n'existe pas, un marocain, un algérien, un tunisien d'accord mais... et tous islamistes en plus... Plus d'ouvriers spécialisés mais des travailleurs émigrés.
Et les polonais, les portugais, les italiens, émigrés ? Les mots en ismes...
Enfin tout cela me dérange, toute cette novlangue. J'ignore si j'ai su transcrire ce que j'ai ressenti au travers ce livre mais ce que je sais : c'est que je n'aime pas, dans cette manipulation, c'est qu'elle sert à faire de moi et de nous des décervelés.

Marie Thé
Je me doutais bien qu'on était manipulés par le langage d'aujourd'hui, mais à ce point...
Ce livre m'a ouvert les yeux et m'invite à ouvrir davantage les oreilles, sur tout.
Je n'avais pas réalisé que certains mots couramment utilisés aujourd'hui permettaient d'en masquer d'autres qui poseraient problème. Ainsi (p.107) on ne parle plus d'exploités ou d'opprimés, mais d'exclus. Où sont passés les premiers ? Mieux vaut ne pas y penser sans doute, car qui dit exploité ou opprimé, dit exploiteur ou oppresseur. " D'ailleurs, non seulement les exclus ne sont victimes de personne, mais ce qui leur arrive est le plus souvent de leur faute. " (p. 108) Autre chose, un peu plus loin : maintenant il est question de maintenir " la cohésion sociale ", autre façon de dire " l'ordre ". (p.110) etc., etc. Il faudrait que le contenu de ce livre se répande dans toute les couches sociales ; pardon, dans toutes les classes sociales.
D'ailleurs, pourquoi en parle-t-on si peu, de ce livre ?

Jessica
Au début je me suis dit " chouette, on va s'entendre... ce que tu me dis là, je le ressens et le vois chaque jour et m'en affole un peu plus à chaque fois ", puis bon, les premières pages passées, il se répète beaucoup. Et toujours la même démonstration : terme + exemple... à force, je me suis lassée du procédé. Et puis bon, une notion après l'autre finalement, c'est la même dénonciation.
Mais ça n'enlève en rien l'intérêt du livre, et l'écœurement ressenti à sa lecture en constatant, une fois de plus, toute cette manigance. Je pense y jeter un coup d'œil régulièrement, comme ça, histoire de rester vigilante. Et le conseillerai malgré tout.


Mon
J'ai abordé ce livre avec intérêt. Tout ce qui a trait au langage médiatique et publicitaire m'a fait prendre conscience de cette intoxication que nous subissons : euphémismes, mots masqués, vocabulaire belliqueux... Je me rends compte que je repère beaucoup mieux ces mots dans les productions quotidiennes et habituelles de tous nos médias. J'avoue que mon intérêt s'est par la suite émoussé. Cependant tout ce qui est dit de l'emploi de «maghrébin», «quartier sensible», « islamiste » m'a paru très juste, j'ai survolé (donc très mal lu) la fin.

Jean-Luc
Ce livre met en lumière un phénomène sociologique bien connu : toute société, toute classe sociale, tout groupe, à chaque époque a son langage conforme à ses intérêts. Il met en relief le langage politiquement et socialement correct de la 5ème République qui aboutit à camoufler, adoucir, embellir... la réalité, ceci au bénéfice des élites, des puissants : la crise économique est plutôt appelée ralentissement de croissance, les chômeurs sont plutôt des demandeurs d'emploi, les pauvres deviennent des gens à revenus modestes, la démocratie n'est que l'exploitation des pauvres par les classes dominantes, etc.
Ce procès me semble partial, car que dire de la langue de bois de multiples partis, mouvements révolutionnaires, clubs de pensée, voire mouvements charitables et humanitaires : le grand soir, l'avenir radieux, le sens de l'histoire, les masses laborieuses... autant de mots tout faits, mots valises qui ont accompagné combien de révolutions avortées. C'est plus une diatribe qu'un essai.

Lil
De l'importance, à toute époque, de l'utilisation de la langue, à des fins plus ou moins avouables, mais toujours au bénéfice des utilisateurs. A partir de là, je n'ai pas appris grand chose de ce livre. Que l'époque soit confuse, en perte de vitesse et de valeurs, dédiée toute entière au dieu « profit », au détriment de l'être humain et de l'environnement, que les gens de pouvoir, conscient de ne pouvoir stopper notre inéluctable progression vers le mur, tentent de masquer leur impuissance (tout en profitant de la situation)..., tout cela peut expliquer le règne de ce langage d'économistes et de publicitaires. Pour ma part, je suis depuis longtemps convaincue, que nous sommes matraqués, manipulés, intoxiqués par le biais des médias et de ceux qui s'en servent (quels qu'ils soient). Chaque mot correspond à un besoin précis : les Inuit ont 20 termes à leur disposition pour désigner « la neige », nous nous avons « la maîtrise quantitative des flux et les procédures d'éloignement » pour parler d'immigration. On aimerait, cependant, qu'à la suite de ce pamphlet virulent, Éric Hazan nous dise ce qu'il propose.

Nicole
Le sujet est brûlant, mais j'ai été déçue vers la moitié du livre, ce n'était qu'un inventaire, et les discours de M. Raffarin m'ont toujours paru être des modèles du genre, pas si particulier à la 5e République me semble-t-il.
Je me suis donc arrêtée en route et ai sauté à la conclusion, qui finalement résume très bien le livre et aurait fait un bon article dans un quelconque journal !
Pourquoi ouvert à moitié, je me le demande en donnant mon avis, je me trouve généreuse.

Jean-Pierre
Ce livre est effrayant, non pas tant par ce qu'il dévoile car nous ne sommes pas naïfs au point de croire à l'angélisme du monde, mais par les exemples concrets qui prouvent la manipulation constante que nous subissons, à notre corps défendant. Au début était le Verbe, celui qui nous a faits humains, plus que le rire ou l'intelligence. Qu'il soit aujourd'hui utilisé au point de devenir le comité central du mensonge, de l'hypocrisie et du trompe-l'œil, pourrait nous le faire haïr et nous entraîner dans le gouffre du silence salvateur. Mais ne serait-ce pas le but recherché ?
À vrai dire, n'en a-t-il pas toujours été ainsi ? Depuis qu'un singe a pris la parole, il s'en est servi pour asservir. Il est vrai que de nos jours, le fait est conscient, enseigné, pratiqué à grande échelle par les tenants des rênes, les décortiqueurs du langage et de ses chausse-trappes, les illusionnistes de la preuve par neuf, les dérobeurs du bon sens incontournable, les adorateurs du pragmatisme roi.
Tout ce qui est véridique est rejeté : la spontanéité, la sincérité, la franchise, au profit du calcul, de la spéculation, de la publicité. D'ailleurs, on ne confronte pas les idées, on communique. On n'échange pas, on commerce. On ne critique pas, on fait de la réclame.
L'auteur nous en livre des paquets, des preuves de cette gigantesque manipulation. C'est peut-être bizarrement ce qui finit par rendre sa démonstration un peu lourde, et moins crédible qu'avec un peu plus de retenue. Il reste cependant de la lecture un besoin de vigilance et un volonté de prise de conscience de la nécessité de garder les yeux ouverts pour que nous voyions toujours les vessies là où certains voudraient nous faire voir des lanternes.


 

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