Philippe Grimbert
Un secret

Le livre de poche

 

 

Katell
Quand, après American Darling de Russel Banks, on passe à Un Secret, aïe, aïe, aïe ! Justement, quand je le lisais, je me disais, qu'est-ce qu'un grand auteur aurait pu faire de ce sujet en or (un Vargas Llosa, un Coetzee, un Banks...) ? L'histoire est valable en elle-même, mais hélas, c'est plat, c'est bourré de clichés, c'est pauvre et c'est terne ! Et en plus, chose impardonnable à mes yeux, c'est qu'il entremêle sans arrêt des réflexions que nous avons pu nous faire a posteriori (notamment sur les camps et l'occupation) à l'évocation des événements passés. Je pense par exemple, à la recherche des survivants au Lutétia (il vaut mieux lire Marguerite Duras à ce sujet...). Bon, enfin, lorsque j'ai compris que l'auteur n'était pas écrivain mais psychanalyste, je l'ai absout. Cependant, je trouve cela bien pauvre...

 

Florence
J’aurais aimé aimer ce livre qui raconte une histoire vraie et bouleversante. Mais j’ai été extrêmement gênée par la forme. J’aurais préféré que cela se présente comme un témoignage et non pas comme un roman au style pesant rempli d’images et d’interprétations carrément lourdes du genre (p. 83) « Aussi longtemps que possible, j’avais retardé le moment de savoir : je m’écorchais aux barbelés d’un enclos de silence. Pour l’éviter je m’étais inventé un frère, faute de pouvoir reconnaître celui qui s’était à jamais imprimé dans l’œil taciturne de mon père. »
Je trouve que l’auteur dessert son propos en jouant maladroitement avec les mots. Je crains qu’il ne soit tout simplement pas un écrivain. Quant à ses talents de psychanalyste, j’avoue que les titres de ses autres ouvrages contribuent à m’en faire douter : Pas de fumée sans Freud, Chantons sous la psy... Bof, bof !

Brigitte
J'ai bien aimé le livre de Philippe Grimbert. Ca se lit très rapidement (en un après-midi), ce qui a dû plaire à certaines !
Il n'était pas facile de faire un livre sur un pareil sujet, déjà si souvent traité, et surtout un BON livre... sur l'élimination des juifs pendant la guerre de 40. Grimbert y est parvenu. Tout est dans le travail d'écriture au sens large : la construction du fil du récit autant que l'écriture en elle-même. Sa brièveté donne de la force au texte. À mon avis le personnage central est celui d'Hannah. On n'entre jamais dans son intériorité, elle est toujours en retrait et c'est pourtant elle qui détient le ressort de l'histoire. Son acte manqué lors de la présentation des papiers à la ligne de démarcation est la conséquence directe de son état de destruction absolue depuis qu'elle a appris que Maxime et Tania se sont rejoints à Saint-Gaultier. De son point de vue (sans doute partiellement inconscient), elle et Simon son fils n'ont plus aucun espace de vie face à l'amour qui lie Maxime et Tania, il est donc logique qu'elle se précipite dans l'abîme.
Faire raconter ce drame par le jeune garçon, dont la naissance n'a pu avoir lieu qu'à cause disparition d'Hannah et Simon, est une vraie trouvaille. Je suis cependant moins à l'aise devant le personnage de Louise, peut-être un peu convenu, mais elle est indispensable pour l'élucidation du secret.

Monique
Je ne pourrai pas être là ce soir. Je pars voir les jonquilles et les tulipes dans le jardin... le saule, les aulnes, les barques, les canards et les hérons cendrés sur la rivière... J'ai lu le livre de ce soir il y a un an ou deux : un livre agréable à lire, émouvant, mais sans surprise. Le secret, on le voit venir longtemps à l'avance. Côté écriture, on nous brosse dans le sens du poil : rédaction réussie.

Françoise D
Je l'avais déjà lu il y a très longtemps et j'avais été très déçue par rapport à ce qu'en disaient les critiques de l'époque. Je trouve dommage qu'un tel sujet n'ait pas rencontré un véritable écrivain : Philippe Grimbert n'est pas à la hauteur de son sujet. Qu'en aurait fait un Philippe Roth ? Encore une fois, c'est une grosse déception.

Claude
J'ai aimé ce livre. J'ai été passionnée par le sujet à la Dolto : le secret qui détruit une famille. La réaction de l'adolescent face au documentaire projeté en classe est curieuse : il passe du rire à la colère en frappant un de ses camarades. Grâce à Louise, il renaît et n'a plus besoin de ce frère invisible. Hannah est un être beaucoup plus discret : quand elle part, on se dit qu'elle part avec son enfant. J'ai aimé le moment où il dit à son père qu'il connaît le secret et qu'il le déculpabilise.

Manuel
Je n'ai pas grand-chose à dire. J'ai la même réaction face à ce livre que Françoise D : un sujet qui n'a pas rencontré son auteur. Le traitement est précieux, scolaire. La réaction de la mère dans le bar m'a semblé peu crédible... L'auteur m'a laissé sur ma faim.

Sabine
C'est vrai que ça se lit vite... Est-ce autobiographique ?

Claire
Mais c'est écrit " roman " !

Sabine
Je ne me suis pas interrogée pour savoir si c'était crédible. Tous ces problèmes de mémoire qui plombent les familles m'ont intéressée. Je n'ai pas trouvé ça " minable ". J'ai été effondrée par la scène du bar. L'acte de la mère est plus un acte d'altruisme pour laisser vivre l'amour de Maxime. Ça n'a pas la finesse d'Effroyables jardins. Je pense que j'aurais été plus indulgente si c'était un récit au lieu d'un roman : d'où le ratage. Mais je l'ai relu plusieurs fois et, à chaque fois, j'ai eu les mêmes émotions fortes.

Avec les élèves, ça marche du tonnerre de dieu...

Jacqueline
Je l'ai lu dans une édition en gros caractères ce qui a fragmenté ma lecture. J'ai eu du mal avec les personnages : les oncles, les tantes... je les ai difficilement repérés. C'est un roman qui me touche, m'a attendrie à cause des enfants. Pour moi, ce n'est pas seulement un roman sur la déportation mais sur la façon dont les souvenirs se reconstruisent. On ne sait pas si l'arrestation est un sacrifice d'après le récit de Louise. C'est une impression de sacrifice. Ce qui m'a intéressée, c'est le roman de l'apprentissage du narrateur malgré le personnage de Louise qui un peu schématique. Ça m'a plu mais... je n'ouvre pas en grand : c'est un roman intéressant et j'ai bien aimé.

Françoise O
Je l'ai lu deux fois. C'est une histoire qui vous bouleverse. Ce n'est pas l'histoire qui m'a intéressée mais la reconstruction de l'histoire racontée par Louise. C'est un psy qui écrit et pas un écrivain. Il y a tout au long de ce roman, le poids du non-dit.
J'ai fait une analyse pendant ma deuxième lecture sur, justement, les non-dits, les alertes au lecteur pour les souligner. Il y a en fait deux secrets : il est juif et il avait un demi-frère. Après ses découvertes, grâce à Louise, il entre dans le même silence que ses parents jusqu'à la révélation à son père de sa connaissance du secret lors de l'accident avec le chien. Le silence n'a fait que se répéter. Je n'ai rien vu de pensé dans la réaction et le comportement d'Hannah dans le bar. Je crois qu'elle a réellement été prise de panique. Je me suis posé la question de savoir comment présenter les choses aux enfants. Par moment ça m'a paru presque trop simple.
Pour moi, ce n'est pas un livre d'écrivain, c'est une livre de construction, de reconstruction.

Annick entre et
C'est une amie psy qui me l'a offert. Et qui avait été bouleversée par l'histoire. Ces histoires cachées, ces histoires de famille, la touchaient beaucoup. J'ai lu le livre d'une traite. Les psys ont beaucoup reproché à Philippe Grimbert sa démarche de raconter son histoire. Et les littéraires lui reprochent de n'être pas écrivain... J'ai été extrêmement touchée par cette histoire de silence, de culpabilité. Je n'ai pas été gênée par l'écriture car elle va à l'essentiel. C'est une histoire de famille exceptionnelle située dans un contexte dramatique. Tout le début sur le corps creusé par le secret est très bien décrit. L'enfant porte le silence de cette histoire. La scène du bar est remarquable d'économie. C'est un livre que j'ai largement offert mais je pressentais l'accueil qui lui serait fait au groupe lecture. Mais pour ce soir je l'ai relu de façon addictive : il y a quelque chose dans ce livre qui me prend. J'ai remarqué que le récit de l'enfance est au passé alors que le récit de Louise est au présent. C'est un livre fort dans ce qu'il évoque.

Geneviève
Je l'ai lu rapidement et avec beaucoup de plaisir. Il évoque une époque qui me fascine. Je l'ai lu comme un récit autobiographique. L'écriture " rédaction " ne m'a pas gênée. Il y a un côté comédie de boulevard qui prend une dimension de tragédie à cause du contexte historique. Parfois j'ai trouvé qu'il en faisait un peu trop notamment avec le trou. Le récit manque quand même de souffle. Je me suis posé la question : pourquoi Louise lui raconte toute cette histoire ?

Claire entre et
Pour moi récit ou roman : c'est pareil. C'est de la littérature ou c'en est pas...
Je l'avais lu à Noël et qu'en reste-t-il ? Un livre oublié renaît ici d'habitude grâce au groupe, en vous écoutant. Ça n'a pas été le cas : qui aime qui ? J'ai tout oublié ! La situation et l'histoire sont exceptionnelles : c'est ce qui ne m'a pas fait lâcher le livre. C'est un effort sincère qui touche mais j'ai ressenti une gêne : justement l'effort d'écrivain avec l'exemple qu'a cité Florence p. 83 qui est représentatif de son effort littéraire, et c'est raté je trouve aussi. Ce que vous avez identifié comme projet littéraire de reconstruction est explicite dans le livre, " grossièrement ". Je me suis posé la question : est-ce un livre pour le groupe lecture ? Non c'est un livre pour les élèves...

Marie Thé
Je l’avais lu à sa sortie, je m’y suis remise ; il me procure toujours autant d’émotion. Tout est dit simplement... Il suffit d’un geste (d’autres papiers présentés par Hannah) et de ces mots « C’est mon fils » pour que tout bascule. C’est effrayant. Il y aurait tant à dire, mais j’ai plus de mal à parler des livres que j’ai beaucoup aimés, et peut-être encore plus de celui-ci.
Quelques réflexions quand même.
Sur le nom. Grinberg devient Grimbert. « Mais « aime » avait recouvert « haine », dépossédé du « j’ai » j’obéissais désormais à l’impératif du « tais ». Le nom est resté Grimbert, fidélité au père ? (p.178)
Sur le Secret « Le lendemain de mes 15 ans j’apprenais enfin ce que j’avais toujours su. » Les origines, le frère caché ; l’enfant, puis l’adolescent ploient sous le poids du secret. Mais lorsqu’il apprendra la vérité, même son corps changera. « Je m’étoffais, mes creux se comblèrent... le vide sous mon plexus s’était atténué, comme si la vérité y avait été jusque-là inscrite en creux... je ne succombais plus sous le poids de ce silence, je le portais et il étoffait mes épaules. » Ce n’est plus « Je cachais mes jambes et mon torse étroit dans des vêtements amples. » Ce passage me fait penser aux personnes déportées, au frère qui aurait pu avoir cette apparence.
Et puis, il y a Sim, la peluche. Une trace de Simon, comme une partie de lui, le début de son nom. Puis l’arrivée du chien Echo, cela fait écho... Sa mort aussi fera écho, fera résonance, le père se sent coupable de ce qui est arrivé. Mais c’est « sa douleur et sa culpabilité de toujours » qui sont là. « Seule la haine des persécuteurs était responsable de la mort d’ Hannah et de Simon. » lui dira son fils en le délivrant aussi de son secret.
Je retiens aussi vers la fin les « sillons » dans les mains, les mêmes traces du père au fils. Les sillons, cela fait aussi penser à la terre, là où sont les racines.
Autre chose, je ne comprenais pas vraiment Maxime dans sa « volonté d’être incinéré ». Difficile à imaginer quand on sait comment ont péri les siens. Mais c’est ainsi qu’il les a rejoints.
Je retiens encore cette phrase où il est question de Louise et d’Esther : « Lorsque je les avais vues s’éloigner... désemparées comme après leur passage de la ligne... je m’étais glissé entre elles, mon bras sous le leur, pour conduire mes deux vielles amies jusqu’au porche du cimetière. » Je pense à Simon, brusquement séparé d’elles, et qui a franchit un autre porche sans elles à Auzwitch. Mais lui aussi aura sa place et sa tombe, lui aussi laissera des traces grâce en partie au grand livre de souvenirs et à ce livre-ci.

 


 

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Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas...