Nicolas Gogol
Le Journal d'un fou (suivi de Le portrait et de La perspective Nevsky)

Librio

 

Monique
Le quartier est trop bloqué : un métro sur six lignes 12 et 50 minutes entre deux bus 89 ; alors je jette l'éponge. J'ai lu Le journal d'un fou. J'avais été marquée par Les Âmes mortes et j'aime beaucoup l'univers de Gogol. J'adore la façon dont mine de rien il peint au vitriol et dans le détail les travers des gens de son époque. En se présentant souvent comme "un pauvre type fragile de la tête", donc peu crédible, pitoyable et non dangereux, il dépeint le monde, comme il va, autour de lui. Les problèmes de limite entre normalité et folie ne sont pas sans m'intéresser non plus (Kafka...) en général sur le plan humain. Et puis, ce que je trouve remarquable chez Gogol, comme dans Le nez, c'est qu'on passe sans trop s'en rendre compte, petit à petit, de la raison, du réalisme, à l'anormal, au fantastique, et qu'on finit par se faire avoir. Après, on marche, ou pas. Moi, je marche et je me marre : les délires du fou dans l'hôpital psychiatrique m'amuse beaucoup. C'est un auteur qui nous emmène dans "son" univers et j'aime bien.
J'ouvre Trois quarts, car je préfère le Gogol peintre de la Russie profonde des Âmes mortes. Bonne soirée à tous les grands lecteurs et grands marcheurs.


Geneviève
Désolée de vous avoir posé un lapin ce soir : la perspective d'un séjour prolongé en fin de soirée sur un quai de la ligne 9 m'a fait reculer ! Par ailleurs, je n'avais pas énormément de choses à dire sur Le journal d'un fou, une nouvelle que j'ai lue avec plaisir mais sans m'y attacher réellement. Peut-être ai je été un peu déconcertée par une traduction et un vocabulaire un peu vieillots. Dans le genre folie de "rond de cuir" je préfère franchement l'énigmatique Bartleby et son célèbre "I'd rather not". Ceci dit, j'ai été sensible à la poésie absurde, si proche de Devos, du dialogue avec le chien et à la gradation de cette descente aux enfers. J'aurais aimé entendre votre avis, je me contenterai de le lire. J'ouvre la nouvelle à moitié.

Françoise D
Je penserai à vous ce soir. Pourquoi on ne lirait pas un Doris Lessing qui vient d'avoir le Nobel (vous avez lu Le Carnet d'or en 92). Je n'ai pas aimé le Gogol, trop "fou" pour moi. J'ai préféré Le portrait, mais sans plus.


Françoise O
Je sors d’un cours sur la folie... J’ai relu Le Horla après Le journal d’un fou qui est très sec, avec une présentation froide de ce délire qui devient schizophrénie. L’argument n’a pas d’intérêt (le délire) ; l’intérêt c’est qu’il ne souffre pas ; le Horla souffre. Le fou de Gogol souffre seulement quand il entre en hôpital psychiatrique : il devient malheureux quand il est repéré comme fou. La description des catégories de la société russe de 1857 est intéressante. La perspective Nevsky, c’est aussi cette description, à l’intérêt sociologique. Le portrait rappelle Le Portrait de Dorian Gray, c’est une hallucination. J’ouvre un quart car je me suis un peu ennuyée. Au fait, Gogol en fait des contes moralistes, par exemple : « La gloire ne peut apporter de joie à celui qui l’a volée sans la mériter » dans Le portrait qui est le récit de la déchéance de celui qui passe pour quelqu’un d’autre en devenant riche. Le Horla, c’est meilleur que Gogol...

Jacqueline
J’ai lu outre Le journal, Le manteau, Le Portrait, Le nez qui font partie des nouvelles pétersbourgeoises. Le journal est grinçant, je n’aime pas beaucoup, mais je suis admirative. Je remarque le mélange du grotesque, du familier, mais je ne suis pas emballée. La description de la société est effectivement intéressante. J’ai préféré Le manteau. Gogol est influencé par le fantastique allemand, il aime Hoffman. Le mélange de réalisme et de fantastique ne rend pas si mal le délire de ce petit fonctionnaire. Le passage des chiens qui écrivent des lettres m’a fait rire. Je suis admirative sans enthousiasme. J’ouvre à moitié à cause du mélange.

Anastasia
Je n’ai lu que Le journal. J’ai trouvé ça extraordinaire. Je voulais lire les autres, mais j’ai perdu le livre en prenant un bain. Il est peut-être sur une étagère de la salle de bains. J’ai beaucoup aimé. En vous écoutant, je comprends pourquoi. J’ai aimé l’histoire des chiens, la folie progressive. A quel moment ça dérape ? Il n’est pas vraiment amoureux.

Françoise O - C’est un homme qui n’a pas de sentiment (il ne souffre pas, n’aime pas).

Jacqueline - C’est normal, c’est la folie qui prend la place de la souffrance. Je l’ai vu au cinéma. Il y a eu une pièce aussi.

Claire
Je l’ai lu il y a deux mois et donc j’ai oublié. J’ai peut-être eu l’avis de chacune d’entre vous. J’ai voulu relire les 30 pages, c’est rien, mais ça m’est tombé des mains. Je crois que j’ai trouvé ça un peu puéril. Mais pas mal quand même. Les Ames mortes, je crois que c’était un moment fort dans le groupe quand nous l’avions lu il y a 15 ans.

Sandrine
J’ai d’autant plus apprécié la lecture du Journal d’un fou et de La perspective Nevski, que Nicolas Gogol est l’un des rares auteurs russes passés et présents confondus, à être aussi bref et succinct dans ses propos...
Le thème de l’enfermement omniprésent dans ces deux nouvelles est multiple : qu’il s’agisse de l’enfermement professionnel bloqué par les lourdeurs et la hiérarchisation de l’administration, de la solitude psychologique du héros, qui ne présente aucun intérêt pour ses concitoyens, de son enfermement social, car il ne peut prétendre à l’amour d’une femme ou évoluer dans un milieu au dessus de sa propre condition.
J’aimerais également mentionner l’emprisonnement de l’âme slave dans la ville de Saint-Petersbourg l’européenne, qui fait ressentir les héros de Gogol comme de véritables étrangers dans leur propre pays et pose la question de l’identité russe, toujours d’actualité. Si l’enfermement glisse peu à peu vers l’aliénation, à quel moments ces héros peuvent-ils être effectivement considérés comme fous ? Quelle est la frontière entre la folie et la normalité ?
L’écriture de Gogol, instinctivement me rappelle celle de Maupassant : des nouvelles brèves, violentes voire souvent tragiques, des personnages en marge de la société. Je serais curieuse des résultats d’une étude comparative de l’œuvre de ces deux auteurs presque contemporains : Gogol est mort en 1852 et Maupassant est né en 1850 !

Lill
J'ai apprécié ce récit bien orchestré du glissement progressif d’un homme dans la folie (descente de deux mois, rythmée par la perte des repères temporels, spatiaux et les bouffées délirantes).
C'est à la fois comique, émouvant et pathétique :
- comique des situations : par exemple, les scènes avec les chiens ou les interprétations délirantes du comportement des autres face à sa folie...
- émouvant par ce que l'on devine de la réalité quotidienne de cet homme, une réalité sinistre si l'on en croit son portrait fait par l'intermédiaire des lettres canines – vie et condition médiocres, travail inintéressant, manque d'argent, vêtements en piteux état, laideur, solitude affective...
Il s'invente une autre vie : les bouffées délirantes masquent les humiliations et surviennent lorsque les choses deviennent émotionnellement trop fortes pour lui (il essaie d'ailleurs de s'imposer le silence !)
- pathétique lors de l'épisode à l'HP : malmené, il appelle sa mère comme un enfant !
Mais, il est aussi très irritant dans sa misogynie, son antisémitisme, sa haine des francs-maçons, de la France et son mépris pour tout ce qui n'est pas noble ! On voit, en toile de fond, la société russe de l’époque. Enfin, j'ai ri de la façon dont il nous parle de sa frustration sexuelle : « Tout coq a son Espagne, elle se trouve sous ses plumes, non loin de sa queue »...

Marie Thé
J’ouvre ce livre à moitié pour l'atmosphère, surtout.
De cette nouvelle lue il y a plusieurs semaines, il me reste le souvenir d'un monde étrange, où l'absurdité du quotidien peut faire basculer dans la folie ; et alors, quel délire... D'un monde confiné, étouffant, on est propulsé dans un univers surprenant ; l'espace, le temps, tout est bouleversé... Sous tout cela, les tourments de Gogol, bien sûr...

Nicole
Je l'ai lu après La Question humaine et j'ai retrouvé avec plaisir l'atmosphère des romans russes.
J'ai souri au début m'attardant plus sur la caricature de la vie bureaucratique et de la société pétersbourgeoise que sur la "folie" du personnage. Après l'épisode des échanges canins, que j'ai cru être un procédé comique, mon attention s'est concentrée sur ce personnage, puisque sans nom, dont le naufrage dans la folie est pathétique.
Tout cela est convenu, mais j'ai quand même été touchée par cet homme délirant subissant les soins thérapeutiques effroyables de l'époque.




 

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Conte absurde dans lequel les personnages étranges laissent peu à peu place à leurs caractères réels