Giuseppe Tomasi Di Lampedusa
Le Guépard

Nous avons lu ce livre en novembre 2007.

Christine
Je l'ai relu en allant à Palerme. Mais auparavant j'ai lu le roman qui a inspiré Le Guépard à Lampedusa Les Princes de Francalanza de Federico Roberto écrit au XIXème siècle. En lisant Le Guépard je suis restée sur ma faim. Les deux livres sont quand même très proches. Dans Le Guépard, seul Fabrizio est un personnage fouillé alors que les autres sont superficiels. Le livre me semble incomplet, inabouti. J'ai apprécié le personnage de Fabrizio, notamment la scène du bain et aussi le passage de sa mort. Ce n'est pas un chef d'œuvre mais ça se lit bien.
Brigitte
J'ai vu le film lorsqu'il est sorti en 1962. J'avais été sidérée par la première scène avec la récitation du rosaire par Fabrizio. Je suis très contente d'avoir lu le livre maintenant. Le livre complète le film ; il dit plus de choses. Le personnage de Fabrizio est très intéressant. J'ai aimé l'écriture, particulièrement la conversation entre Don Fabrizio et Don Perrone à propos de la couleuvre à avaler. J'ai aimé la description de l'Italie rococo et décadente. L'auteur ne tombe pas dans des défauts d'écriture tels l'emploi abusif d'adjectifs. La fin est intéressante avec les trois sœurs tombées en bigoterie mais ce n'est pas le plus intéressant. La féodalité traditionnelle est bien décrite, féodalité qui exploite encore à une époque pas si éloignée de la nôtre. Don Fabrizio est entre deux époques. Féodalité et modernité. Il sait que son monde est révolu. Trancrède ne réussit pas aussi bien.
Françoise G
J'ai vu le film il y a trente cinq ans et j'ai lu le roman quelques années plus tard en y retrouvant le même plaisir. L'écriture de l'ancienne traduction collait au film. En relisant la nouvelle traduction, le livre colle moins bien au film et du coup il était moins présent. Ma lecture a été plus laborieuse. Le livre est une magnifique fresque historique sur l'unité italienne que j'avais étudiée en troisième... C'est une grande fresque sociale également car on y fait allusion à Marx. La mort est présente en permanence : c'est un livre sur la décadence. Les descriptions très longues des palais ne sont pas ennuyeuses, ce sont des métaphores de la mort. Il y a de l'érotisme dans le couple Tancrède/Angelica, finissant avant d'avoir commencé. Le film s'arrête à la fin du bal. La dernière partie ne m'a pas plu avec les différentes histoires de la famille. J'ai été gênée par le télescopage entre le temps du roman et le temps de l'écriture.
Geneviève
J'avais vu le film et n'avais pas lu le livre. Je viens donc de lire le livre et le film a été présent pendant toute ma lecture. Le livre ajoute le registre des odeurs : tout est magnifique et en même temps tout pourrit. C'est en accord avec la double personnalité de Fabrizio que l'on perçoit mieux dans le livre : décalage entre le prince et son monde qui disparaît avec lui. Le dernier chapitre est moins intéressant. Dans le roman, le personnage d'Angelica est plus nuancé. L'histoire d'amour est déjà pourrie avant d'avoir commencé.
Manu
J'ai peu lu le livre mais le film me semble très fidèle. Les dialogues sont présents, mot pour mot. Dans le livre on ressent la moiteur de la Sicile à travers la description du jardin et des roses pourries. Le film est magique et magnifique. On retrouve l'ambiance décadente de Palerme avec ses vieux palais délabrés que côtoient les petites rues.
Jacqueline
Je n'ai jamais vu le film ou peut-être par petits bouts. Je suis très contente qu'on ait choisi ce livre. J'ai eu un vrai plaisir de lecture. J'ai eu du mal à commencer mais j'y ai trouvé du plaisir. C'est un vrai roman à l'ancienne avec des subtilités psychologiques. Maintenant je vais voir le film. J'aime le prénom Fabrizio qui m'a rappelé Stendhal. J'ai beaucoup aimé les descriptions, les scènes de chasse, le voyage pour aller à la campagne sous la chaleur, les interventions de la gouvernante française. J'ai eu l'impression de partir en vacances en Sicile. J'ai envie de m'informer sur l'indépendance italienne. Il y a beaucoup de choses sur le temps qui passe. J'ai beaucoup aimé la scène de la mort du prince et Concetta qui, comme son père, est lucide : le temps qui passe, l'absurdité des choses.
Concetta...
Je n'ai pas marché. J'ai eu du mal à lire après la page 160. Je n'avais pas vu le film. J'ai essayé de le voir récemment et je n'ai rien compris. J'ai fini par lire le livre en entier. Le personnage de Don Fabrizio m'a intéressée mais j'ai l'impression que le livre est inachevé. J'ai lu dans la foulée Éloge des femmes mûres et, par contraste, je me suis régalée...
Françoise D
Je ne suis pas d'accord avec toi. La fin est importante, on voit jusqu'où va la décadence. C'est la dimension historique qui apparaît. Le personnage principal, c'est Don Fabrizio. Les autres sont des personnages secondaires, sauf le père Pirrone et la façon dont il intervient dans sa famille. Dans cette continuité, l'intervention de l'Eglise à la fin est très intéressante. Du film, je ne me souvenais que du bal, le film n'a pas parasité ma lecture. J'ai eu un réel plaisir de lecture. La fête dans le palais avec les volets fermés, la chaleur de la Sicile, les odeurs, la sensualité...
Claire
Je me suis régalée à cette lecture. Je n'ai pas vu le film, je n'ai pas senti les odeurs. Ce qui m'a énormément plu, c'est l'écriture, j'en aurais voulu encore plus, avec l'histoire des générations suivantes... C'est élégant, en permanence. Le décalage apporté par le narrateur qui sort du temps de l'écriture me plaît aussi, au contraire de Françoise. (Claire, dans le ravissement, lit quelques passages, que "Concetta" trouve moches...). Il y a beaucoup d'humour, personne n'en a parlé. Un humour qui n'est pas racoleur. Elégance et humour...
Florence
J'ai vu le film lorsque j'avais 6 ans. J'ai lu le livre en allant en Italie, mais je viens ce soir et je ne l'ai pas encore fini. Il y a beaucoup d'humour noir. J'ai été intéressée par la métaphore animale : la description des animaux a une part importante dans le livre. L'aspect politique du livre est également intéressant : " il faut que tout bouge, pour que le monde ne bouge pas ". Le prince est conscient de l'injustice, de la misère qui l'entoure. Quand il refuse d'être sénateur, il donne une analyse intéressante de la Sicile. Il y a un petit côté La recherche du temps perdu : la fin d'une classe sociale, la classe déchue. Il paraît que le palais du Guépard est devenu un "Bed and Breakfast"...
Monique
Je n'ai pas vu le film mais le livre m'est très cher. J'ai beaucoup aimé. Il y a de la narration, des descriptions, ce qui me plait le plus c'est le personnage du prince Fabrizio qui est mélancolique. Cette mélancolie, ce temps qui passe, peuvent être élargis à une dimension universelle. J'ai surtout apprécié le passage de la mort de Fabrizio, j'ai aimé sa lucidité lors de ses derniers moment lorsqu'il compte les paillettes d'or de ses meilleurs instants de vie.

AVIS DES BRETONS
Lil
Lorsque j'ai entamé cette lecture, connaissant le film, j'étais préparée à l'ennui... "Erreur, erreur, dit le hérisson, en descendant de la brosse à reluire !" : j'ai dévoré le bouquin en deux soirées !
L'écriture est superbe, le personnage principal, passé au scalpel, extrêmement présent, (sous les traits de Burt Lancaster, c'est vrai !).
Un livre sur la fin d'un monde, sous le regard lucide, souvent drôle et cynique (j’ai beaucoup ri !), de l'un de ses plus prestigieux représentants. Ce prince a tous les défauts de sa classe : il n'y a aucune surprise à le voir vivre, sauf qu'il sait accompagner le changement pour le meilleur de ses intérêts – seules les filles resteront prisonnières des traditions. Quel destin tragique pour les femmes de ce milieu. Livre très misogyne.
Inutile d'épiloguer sur le rôle de l'église et son aptitude à se placer "du côté du manche", eux aussi tristement connus. Une manipulation réciproque entre le Prince et son Jésuite "à la loyale" ! J'ai jubilé !
L'ascension de la bourgeoisie, sur fond d'unité italienne, est à peine caricaturale : un titre et une place au soleil contre une bourse d'or... Nous avons tous des exemples de ce type de contrat où il n'est pas question d'amour, mais d'alliance.
De très belles réflexions sur la mort, la vie, le sens et l'absurdité de la vie. Dans la scène touchante et sublime de la mort du Prince, nous est donné le bilan lucide et cruel d'une vie.
Bref, j'ai beaucoup aimé et j'en aurais bien lu davantage !
Jean-Pierre
Quand j'ai ouvert le livre, je croyais entrer dans un roman. Les pages se succédant, je me suis dit que, peut-être, c'était un livre d'histoire, d'histoire sicilienne et italienne du 19ème siècle, et mon ignorance à ce propos m'a fait craindre, à juste titre, des difficultés à suivre le récit, voire à le comprendre. Du plus, fainéant comme un pape, je n'avais aucune envie de me documenter sur le sujet. Et puis, petit à petit, mon opinion se précisa : il s'agit en fait d'une étude d'ethnologie, et même de paléontologie.
Les affres si tragiques qu'ils en deviennent comiques d'une aristocratie agonisante s'étalent à longueur de pages, complaisamment décortiquées dans des descriptions de sentiments et de lieux d'une futilité désespérante, et baignant dans cette oisiveté si élégante d'une classe à bout de souffle, empêtrée dans ses soucis de toilettes et de bienséance. De même, sont disséquées les traditions séculaires et dérisoires, les petitesses pitoyables et (n'ayons pas peur des pléonasmes) minuscules qu'elle prend pour des signes ostentatoires de grandeur, et sous le joug desquelles les intérêts d'une bourgeoisie naissante et avide la ploie, sans parler du fond d'écran d'un menu peuple qui souffre mille morts avec fatalisme et participation active.
Voilà tout le résumé du livre : l'aristocratie autopsiée au scalpel par le moribond lui-même, la nouvelle classe dirigeante empressée de prendre toute sa place au soleil des ors et du pouvoir, la plèbe superstitieuse et respectueuse, oui not' bon maître. C'est bien une œuvre de sociologue de parti pris. Quant à la forme, même si par moment je fus pris par une langue splendide, tarabiscotée, ampoulée et ornée de fioritures, je trouve le livre trop long, encombré de considérations et de détails superflus, de descriptions innombrables et fatigantes.
Mais il se détache quand même des pages magnifiques pleines d'une philosophie désabusée et marquées par le renoncement pathétique du Guépard.
Nicole entre et
Je n'ai eu le temps de lire que la moitié du livre, mais peut-être n'ai-je pas mis beaucoup d'ardeur pour continuer.
Pourtant en réfléchissant, je ne lui trouve pas beaucoup de défauts : l'analyse de cette fin de société aristocratique au travers de la vie du comte de Salina (quel macho !) est finement menée.
Certaines scènes sont saisissantes, de vraies photos en mots, en particulier la scène du bain après l'arrivée en villégiature.
J'ai vu le film il y a longtemps, je l'ai vite oublié à part la scène du bal. J'ai bien peur de ne pas finir le livre, mais je ne l'oublierai pas aussi vite.

Marie Thé
Quelques mots seulement. En effet, j’ai "survolé" le livre, après avoir revu le film, m'attardant ici et là sur la beauté d'une page, consciente en même temps de passer à côté d'un grand livre, fascinée par le prince Salina, émerveillée par des passages comme : "Les Siciliens ne voudront jamais s'améliorer, pour la simple raison qu'ils se croient parfaits : leur vanité est plus forte que leur misère ; toute intromission de personnes étrangères aux choses siciliennes, soit par leur origine, soit par leur pensée, bouleverse notre rêve de perfection accomplie, dérange notre complaisante attente du néant ; piétinés par une dizaine de peuples différents, les Siciliens croient qu'un passé impérial leur donne droit à de somptueuses funérailles " ou " Nous fûmes les Guépards, les Lions : ceux qui nous succéderont, seront les Chacals, les Hyènes. Et tous tant que nous sommes, Guépards, Chacals, Brebis, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la terre. "etc.
Quant au film, il m'en a rappelé un autre de Visconti que j'ai aussi beaucoup aimé : Ludwig ou le crépuscule des dieux : la splendeur, puis l'écroulement d'un monde..., même si Louis II de Bavière est bien différent du Prince Salina.

 

 

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En 1860, une aristocratie décadente et appauvrie, sourde aux bouleversements du monde, règne encore sur la Sicile. Mais le débarquement des troupes de Garibaldi amorce le renversement d'un ordre social séculaire. Conscient de la menace qui pèse sur les siens, le prince de Salina se résigne à accepter l'union de son neveu Tancrède avec la belle Angélique, fille d'un parvenu. Ultime concession qui signe la défaite du Guépard, le blason des Salina...