Alberto Manguel
Le Livre des éloges

Nous avons lu ce livre en juillet 2008 lors de notre deuxième Semaine Lecture. Nous avions lu Une histoire de la lecture en avril 2001.

Nicole
J'aurais dû le lire à l'avance. J'ai aimé l'éloge du livre de poche auquel il donne ses lettres de noblesse, c'est très élégant. Le texte sur les libraires est très beau. Le parallèle entre Gilgamesh et E.T. est émouvant, le texte sur les dodos succulent. C'est un livre pour la table de chevet, à reprendre.
Yolaine
Je n'ai pas eu vraiment le temps avec le festival de jazz. C'est un peu difficile, le texte sur la bible ; j'ai décollé avec les foires, puis l'ai lu à l'envers : le texte sur les dodos m'a beaucoup plu. Ça m'a donné un peu le tournis, le vertige. C'est à déguster dans une retraite... Je suis mitigée comme pour Annie Ernaux. Il y a des moments très chouettes, mais les livres ce n'est pas la vraie vie, opinion dont je changerai peut-être...
Michèle
J'ai bien aimé. Il y a beaucoup de références. Il manque l'odeur des livres dans le texte sur les libraires. J'ai aimé le passage sur les morts d'Egypte que l'on enterre avec leur livre, la date limite de vente dans les foires, feue la librairie Maspero, la cinémathèque à laquelle j'allais en même temps que Manguel. Mon grand père m'avait appris à lire dans 93 de Victor Hugo, mais je n'ai pas suivi toutes les références.
Monique
Je suis partagée, j'adore Manguel. J'avais lu Le Dictionnaire des lieux imaginaires, puis L'Histoire de la lecture que nous avons lu avec le groupe, puis le Livre d'images un peu moins réussi. J'avais beaucoup aimé Chez Borges que nous avons lu sur une proposition des Bretons en même temps que Conversations à Buenos Aires. Ce livre-ci m'a un peu déçue, car il est moins fort. Je suis gênée par les références hispaniques. Il y a moins d'anecdotes. J'aurais préféré lire un chapitre par soir. J'aime les titres, mais quand on lit le texte, ils ne sont pas forcément adéquats. L'éloge de la France est plus inattendu, avec la rue du Chat qui pêche à coté du groupe lecture…
Jackie
Je ne connaissais pas Manguel. J'ai aimé. Il désacralise. Il fait tomber de son piédestal par exemple la Bible, présentée comme un fourre-tout. Le livre de poche est présenté comme un ami, alors que j'ai été élevée dans le seul respect des livres reliés. J'ai été étonnée par le chapitre des foires et les livres d'enfants qui changent en même temps que nous…
Jacqueline
Je ne sais pas si c'est parce que je suis fatiguée, mais je n'ai pas beaucoup aimé. J'ai souri. Le chapitre sur l'horreur est à côté de la plaque. Auschwitz aussi. Il parle des librairies, mais pas des libraires. La France c'est sympa, avec son inventaire à la Borges. J'avais aimé L'Histoire de la lecture, mais sans plus. Je sauve l'éloge de l'impossible et la librairie Maspero.
Marie-Thé
Eh ben voilà. Je n'ai pas tout lu. J'ai commencé par les dodos, puis ai lu à rebours, crescendo. Il faut avoir le temps de lire, car on a envie de s'arrêter. J'ai bien aimé le fond et la forme. Je me suis identifiée aux dodos et aux mésanges... : le côté boulimique avec les livres et l'envie de mettre de l'ordre. L'éloge de la France est un peu facile : il aurait pu parler à Beaune de l'hospice et à Sélestat de la bibliothèque... Quant au blasphème, l'éloge n'est-il pas le contraire du blasphème ? J'ai aimé l'éloge de l'impossible. L'éloge du cadeau m'a rappelé le passage d'Amélie Nothomb où l'on ne sauve pas la vie de quelqu'un qui aurait une trop grande dette envers vous...
Lona
L'éloge du plaisir m'a plu. Les notes d'humour sont à souligner et le fait d'avoir un livre pour chaque instant. J'ai peiné pour les références, snobinardes. Il aurait pu développer, continuer indéfiniment. Les foires, c'est amusant. De même Bush, Pinochet et Ben Laden au même niveau...
Marie-Laure
Contrairement à ce que la quatrième de couverture me laissait penser, ce n'est pas un livre intello. J'ai eu beaucoup de plaisir, merci Claire. Je me suis perdue dans les références, mais ce n'était pas grave. J'ai été sensible au mémorial des libraires, aux librairies virtuelles, au labyrinthe d'idées qui aide à penser : oui, ce livre m'a aidée à penser, résumant la semaine. Certaines pages sont source de sagesse.
Fanfan
J'ai buté sur des références et je ne connaissais pas Manguel. Je n'étais pas émue, mais à chaque fin de chapitre, je refermais le livre pour réfléchir. Les éloges ne pourraient pas continuer indéfiniment, car ils tournent uniquement autour du livre. Le chapitre sur les libraires est magnifique. Les dodos, j'ai adoré.
Muriel
J'ai beaucoup aimé. J'ai reconnu des références espagnoles. J'ai trouvé des passages émouvants (l'Argentine). C'est souvent très amusant. Et bien écrit. Contrairement à Bouvier, c'est vivant, avec de l'esprit, de l'allant. J'ai bien aimé les dodos. Et les réflexions sont intéressantes.
Lil 
Le Monbazillac m'a achevée... Cette lecture correspond à ce que j'attends d'un livre. Il rend intelligent. Si j'ai été écrasée par les références, j'ai été contente de retrouver Mallea. Le livre m'embarque, mais m'apporte aussi des connaissances. Merci. C'est une belle clôture pour cette semaine.
Françoise D 
J'ai envie de faire l'éloge de la préface : elle fait partie du livre, est un éloge parfait. Je n'ai pas été gênée par les références ; il est savant sans être pédant. J'ai été émue par l'Argentine. Borges est cité sans cesse, on sent l'admiration que Manguel lui porte. Je l'ai presque lu deux fois. On se sent intelligent, c'est un bonheur. Je n'aime que les livres de poche ; la France c'est un peu facile. J'ai aimé le dialogue de Brod et Kafka sur l'espoir. Et on découvre aussi des connaissances (sur Gutenberg par exemple). C'est un livre qu'on peut garder, très réconfortant.
Claire 
Ce livre ne serait-il pas fait pour nous ?... En tout cas, la préface rappelle doublement le groupe lecture : " Lorsque s'achève la lecture d'un livre, on a aussitôt envie d'en parler à quelqu'un " ; elle parle aussi de risque et lorsqu'on propose un livre au groupe, on prend le risque de l'entendre assassiner ; c'est moi qui ai proposé ce livre, de plus sans l'avoir lu...
Le texte de Manguel rappelle aussi les pas du groupe lecture à Paris : la librairie Shakespeare & Cie et l'hôtel ou descendait Borges devant lesquels nous sommes passés à Paris lors de la visite des Bretons.
Même si comme pour Bouvier ce livre rassemble des textes épars à l'origine, contrairement à l'édition Zoé, l'Escampette nous donne une œuvre, une composition, chaque texte valant en soi et le tout étant plus qu'une somme. L'ensemble constitue, non pas comme Lazarillo de Tormes un monument historique, mais un monument de grâce : gracieux et musical. Et pour une préface ou une postface, contrairement à Chaves ou Bouvier, quel hors d'œuvre !
Je parle de musique, mais il ne s'agit pas d'une note tenue ; le plaisir au fil des éloges a pour moi varié : exquis pour les animaux, savoureux pour les libraires, délicat pour les contes, succulent pour les dodos...
Constante, l'érudition est goûteuse : sans la prétention de Bouvier, elle est légère, n'exclut jamais, car on retrouve les siens, et meme l'oncle Picsou a sa place.
Comme Doris Lessing, il nous parle de famille, celle des livres, où l'on couche... sur les pages des chroniques, où l'on emballe... des rouleaux, et où " c'est dans la poche " a un autre sens.
Comme Alain Rémond, il raconte son autobiographie, mais à travers sa bibliothèque.
Et avec encore plus de malice que Lazarillo de Tomes, il se moque de l'église par la bouche de Mme du Deffand : " quel dommage que le Saint-Esprit eût aussi peu de goût ! "
Différemment d'Annie Ernaux, il sait rendre l'histoire contemporaine (les caricatures de Mahomet, la situation de la petite édition) et la société de consommation (" l'aspect grand bijoutier des pâtisseries "). Il sait meme donner la parole à Mallea, l'abonné à l'autisme...
Fantaisie, humour, esprit constants surgissent sous sa plume, sous son coup de pinceau. La gravité, voire le tragique ne sont pas absents, comme dans ce condensé d'émotion à propos des libraires argentins exilés, torturés, assassinés : " les livres qu'ils m'avaient vendus, et que je garde encore, constituent pour moi leur mémorial ".
Pourquoi ce livre me plaît tant ? Parce que le monde y est vu comme un livre : la Bible est " un des livres de Dieu ; l'autre, celui que nous appelons monde ". Parce que je sens le plaisir de qui écrit et qui donne du plaisir à longueur de phrase. Je perçois l'art de vivre de cet auteur ou " chaque créature (comme chaque geste, chaque objet, chaque saison) prend une signification littéraire ". Le monde de Manguel est " contaminé par la littérature " et cette contamination, je la sens comme une forme d'hédonisme qui nous contamine à notre tour.
Enfin, comme le montre bien la préface, Manguel crée un genre à la Montaigne, entre essai et fiction : des histoires démarrent à tout bout de champ. Et ce flirt entre les genres ajoute au plaisir de la promenade d'un genre à l'autre. Manguel est vraiment tout à fait mon genre...
Jean-Pierre
Le livre des éloges m'a d'emblée paru trop court. Il me semble que bien des domaines ou des personnages eussent mérité d'être élogeasionnés. A titre d'exemple, j'eusse aimé qu'y figurassent : l'éloge du fox à poil dur, l'éloge de la Franc Maçonnerie ou des concierges, l'éloge du point G, l'éloge du museau à la vinaigrette, l'éloge du vélib, etc. etc.
Il est vrai qu'on ne peut pas tout élogé dans un petit ouvrage, fût-il de haute tenue. Il est probable également que les innombrables citations d'auteurs, d'œuvres, de lieux ont dû tarir la source qui les inspira, c'est-à-dire l'érudition exotique et littéraire de l'auteur, que, cette veine peut-être épuisée, il lui eut fallu recourir à des recherches improbables, et que, de surcroît, la limite qu'il s'est lui-même fixé dans le choix des dits éloges lui aura sans doute paru suffire pour étaler son talentueux éclectisme.
Cependant, et à titre d'exemple, je voudrais vous montrer, avec mon manque total de savoir-faire, ce qu'il aurait pu dire de l'éloge de l'éloge : " Comme l'a écrit le Maréchal de Hurle-Pêts dans son célébrissime ouvrage : " Sous la griffe du serpent ", il en est de l'éloge comme de la soupe aux poireaux : plus " vous touillez, plus vous touillez. Aussi bien, on ne prétendra pas ici avoir de regret " inconsolable pour le défunt moulin à légumes. Aucun esprit éclairé ne pourra " ignorer ce qu'il ne sait pas, ainsi que les frères Brisons-là et leur cousin Cétacé l'ont " si expressément vécu lors du voyage qu'ils firent en Absurdie pendant la décennie " de mai à juillet 912, et qu'ils ont résumé dans leur récit posthume : " Nous ne dirons " rien, mais nous n'en pensons pas plus ".
" En réalité, l'éloge, car rappelons-le, c'est de lui dont nous parlons céans, ne vaut " que par son silence. Et si le silence est à l'or ce que la moutarde est au lapin, la " raison n'est pas suffisante pour rendre l'éloge triste, voire funèbre. Affirmons ici " avec Platon, Nietzsche, BHL, Frédéric Dard, Kierkegaard, le douanier Rousseau, " BHV et des tas d'autres qu'il serait fastidiable de nommer, que l'éloge de l'éloge ne " saurait être que réciproque et circulatoire, et pour tout dire giratoire. "
Mais je ne veux pas lasser l'assistance publique, et j'arrêterai là ma prétendue et cependant docte démonstration, pour revenir à l'ouvrage qui nous occupe aujourd'hui, et pour ma part me préoccupe.
Après une première partie dédiée à des éloges quasi religieux aux livres, aux bibliothèques, aux libraires, enfin à tout ce qui touche à la littérature, véritable spécimen de masturbation intellectuelle, il est heureux que l'auteur, hélas toujours bardé de références, de souvenirs, de connaissances, apparemment véritable globe-trotter de sa littérature, qui nous assomme d'exemples puisés dans son éléphantesque mémoire et dans son effrayante culture livresque et touristique, ait tout de même consacré la seconde partie du livre à d'autres éloges plus universels, émaillés de phrases chocs comme "les mérites douteux de l'originalité et de la nouveauté", "les subtilités d'une langue sont une gêne lorsque la communication se réduit à la pure et simple transmission de données techniques", "Tout le monde se moque que tu sois né honnête", "tresser le sable, ce n'est pas une impossibilité, c'est un défi", "La survivance d'êtres comme Pinochet, Bush et Ben Laden montre que Dieu a une patience assurément singulière". De même son éloge à l'Argentine, émouvant et plein de chair, ainsi qu'une liste de photographies saisissantes de la France, tout cela m'empêche de ne pas aimer un peu ce livre. Eu égard à cette dernière partie et aussi au style (il écrit très bien), je l'ouvre donc à moitié.






 

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Le livre des éloges se meut entre la fiction et l'essai, et doit probablement son heureux titre à un livre de poèmes que, sous le même intitulé, publia en 1908 un écrivain argentin très curieux, Enrique Banchs, auteur de quatre ou cinq livres de poèmes qui étonnèrent Borges, lequel en fit grand éloge...