Les Reliques
Jeanne Benameur
Les Reliques
Les Demeurées

Ça t’apprendra à vivre

 

 

Françoise G
Dans Les Reliques, la poésie qui devient un roman, c’est quelque chose d’inconnu un peu difficile au début, puis merveilleux. On va à l’essentiel et les gens sont très vivants, très présents. Avec la mère des Demeurées et dans les trois hommes des Reliques, on a l’humanité même. Mira me paraît mystique…

Jeanne Benameur
... Mira=Marie...

Françoise G
... les trois noms font penser aux Rois mages : il y a quelque chose de religieux, des relations entre le haut et le bas. En voyant le mot « roman » sur les livres, on s’interroge. Ces personnages qui sont là, pourraient être pour des enfants...

Jeanne
... une amie me disait « il faudrait trouver un nouveau mot » concernant pour moi le texte pour enfants : j’écris dans ce lieu de l’infans, « d’avant le langage » pour amener à l’écriture quelque chose qui est dans le blanc, dans le silence. Il faut beaucoup travailler. Mon travail, c’est d’enlever. Je n’écris pas pour ceux qui n’ont pas la parole. J’écris pour ceux qui l’ont, la perdent, retournent au lieu d’avant. Pour moi, chaque être humain est profondément divin. Par un lieu, une histoire, une espèce de présence, on refait alliance avec quelque chose au fond de nous. Mira, ce qu’elle fait est miraculeux avec son trapèze et les gens retournent différents chez eux. C’est le vertical...

Françoise G
... en vous lisant, j’ai retrouvé des choses que je faisais moi-même enfant, je m’y revois...

Jeanne
... ce texte des Reliques, je l’ai écrit il y a longtemps, d’abord sous forme d’un texte théâtral sauf que les trois hommes attendaient « la petite » : la fille de Mira et des trois hommes, puis je l’ai fait disparaître.

Monique
Moi j’ai trouvé qu’il était encore là, cet enfant. Je croyais qu’ils étaient auprès d’un enfant : les Rois mages viennent pour un bébé aussi. J’ai beaucoup aimé vos livres. J’aurais voulu avoir le temps de mieux préparer. Avec des élèves à Villeneuve-la-Garenne, j’ai lu Samira des quatre-routes ; dans un manuel de 4ème, il y a un extrait de Ça t’apprendra à vivre, très beau, sur le mensonge. J’adore l’image de la couverture de l’édition folio. J’ai lu Les Demeurées, qui me rappelle une élève borderline avec une mère dingue : les premières pages sont magnifiques. Mots cailloux, mots-galets. On est dans cette femme et à l’extérieur, dans l’intériorité de cette petite fille. L’écriture est magnifique. J’ai lu Les Reliques qui m’a rappelé La Loutre de Mingarelli (avec les trois dans le camion)...

Jeanne
... nos univers sont très proches. Il n’y a pas de femmes chez lui, pas d’hommes chez moi...

Monique
... il y a une page (29) que je pourrais apprendre par cœur comme un poème. L’éjaculation collective m’a plu et m’a rappelé Michel Tournier quand Robinson fait l’amour avec la terre...

Jeanne
... je n’arrivais pas à l’écrire, c’est Alain André qui m’a aidée à l’écrire...

Monique
... je vois cela comme un rituel cosmique ; je pense à quelque chose de la préhistoire, un culte de quelque chose. C’est écrit par une femme mais c’est puissamment masculin...

Jeanne
... ah, écriture masculine ou féminine... Quand on écrit on n’est plus personne et même pas une personne (une pierre ?). Pourtant comme j’ai connu la maternité, les règles, mon écriture est donc féminine...

Françoise G
... si Alain André vous a aidée, cela veut dire que ce n’est pas évident...

Monique
... j’aime les textes poétiques, donc j’aime cette écriture. Donc j’ai envie de lire d’autres livres de vous. L’écriture est à l’os. Je suis très contente de vous lire et de vous voir.

Jacqueline
Je ne vous connaissais pas. C’est une chance de rencontrer l’écrivain des Reliques. J’ai pensé aussi à Mingarelli à la première lecture. J’ai eu quelques difficultés à entrer dans cette histoire : Mira semblait irréelle. Il y a une grande sobriété d’écriture mais pas toujours la sensation de réalité. Je n’ai pas vu la signification religieuse. Et le cirque ? Le cirque refuse la mort, il la laisse au village, aux sédentaires. Le langage des personnages ? Ils sont souvent dans des instincts : au fond tout ça l’histoire de l’écriture. Les Reliques, c’est ce que fait l’écrivain et alors tout le livre a pris sens : qu’est-ce que le livre deviendra ? C’est désespéré...

Jeanne
... pour moi, c’est une espérance. On fabrique de fausses reliques qui nous relient avec le haut et le bas et d’autres personnes en feront quelque chose. Pour écrire ce texte, je suis passée par des passages très difficiles, cela emmène près de la folie : le fait de vivre après la mort de ceux qu’on aime parce que la mort continue. C’est un texte violent et âpre. Dans Les Reliques, ils sont tout seuls. Ils ne peuvent que « faire œuvre ». Ce texte peut faire peur. Moi aussi je lis beaucoup et des textes m’ont tenue à l’écart...

Jacqueline
... le groupe permet ça, de s’approprier du texte que l’on n’aurait pas lu seul.

Claire
Je me sens proche de la petite fille demeurée. Souvent je ne comprends pas. Par exemple, je ne plaisante pas, je n’ai pas vu qu’ils se masturbaient... La poésie me barbe. J’ai lu Ça t’apprendra à vivre, plein de réel, qui m’a plu. J’ai juste eu un problème, avec la voix : qui parle me disais-je ? La petite fille ? Ce n’est pas possible. La narratrice faisait l’enfant...

Jeanne
... c’est une sacrée critique, car c’est la femme que je suis aujourd’hui qui écrit la légende des émotions de la petite fille d’autre fois...

Claire
... je remarque les très beaux cailloux de l’écriture à l’os : « on mangera triste » ; je m’interroge d’autres fois : « ton regard me noie dans les draps »...

Jeanne
... je voulais rendre les échos des voix des différents âges qui nous traversent ensemble ; je ne nie pas l’importance de la psychanalyse. La réalité je m’en fous, c’est la vérité que je veux. Je pense à Nathalie Sarraute avec les pronoms différents. J’ai essayé d’écrire ce livre à la troisième personne, mais c’était trop distancié, cela ne marchait pas. Je voulais « descendre » dans la tête de la petite fille...

Claire
... puis j’ai lu Les Demeurées comme une histoire symbolique, formidable, puis j’ai attaqué Les Reliques...

Jeanne
... la face nord...

Claire
... je reconnaissais l’écriture travaillée, le rythme, avec les phrases nominales qui scandent, l’univers, les morceaux de musique (Claire lit un petit passage qu’elle trouve « typique ») ; mais ne sont-ce pas des sortes d’habitudes d’écriture ? Je me suis surtout posé des problèmes... de réalité : comment ces trois hommes vivaient-ils ? de quoi ? ils ne peuvent pas être amoureux de la même femme sans jalousie, etc...

Jeanne
... il faut parfois lire sans « raisonner »...

Claire
... c’est un livre, je suis dedans ou dehors, parfois je n’y suis pas...

Françoise G
... moi aussi parfois je ne suis pas loin de cette impression car l'auteur rend par les mots très émouvants ce qui n’est presque plus rien...

Claire
... par exemple ce n’est pas possible de prendre terre et poussière...

Jeanne
... mais si ! Les mots sont différents des choses ! C’est comme quand je vais voir un tableau, je vais voir l’œuvre et je ne recherche pas la copie du réel. Mon prochain livre est différent. Ici j’avais besoin de cette scansion. Mais parfois je n’y arrive pas. Et puis cela dépend bien sûr comment cela résonne avec chaque lecteur...

Annick A
J’ai lu Ca t’apprendra à vivre qui m’a très touchée car l’enfant est véritablement là. A quel point on est dedans ? Avec le choix du « je » et de l’adresse à d’autres « tu », les frères et sœurs. J’ai été touchée par la solitude de la petite fille, qui se met à l’extérieur de la famille...

Jeanne
... en exil...

Annick A
... mais il manque de cette enfance les mots de plaisir et de jeux...

Jeanne
... maintenant je les ai retrouvés, je pourrais les écrire, mais pas à l’époque, avec la nécessité d’écrire : c’étaient ces choses difficiles, c’est de l’écriture que vient le sens, on cherche quelque chose...

Annick A
... avec Les Reliques, j’ai eu plus de mal. On est dans l’archaïque, « d’avant la parole ». Mais quand on y allé voir, on n’a pas envie d’y retourner. Pour moi, l’animalité, ce n’est pas plaisant, je m’en suis défendue, de cette idée de la préhistoire. Ils sont « brutes » et le crime bestial. Il y a beaucoup de sensualité, par rapport à l’arbre, à l’odeur...

Jeanne
... le coté bestial est aussi grand raffinement. L’immanent et la transcendance : j’avais envie de m’approcher de « ça », de ce qu’il y a eu en nous.

Geneviève
J’avais lu Les Demeurées : j’avais énormément aimé. Je l’ai fait beaucoup lire. Et Samira des quatre-routes puis Présent ? Que je nomme toujours Pour. Il y a un sens qui me soulageait, par rapport aux Reliques où je ressens les deux aspects de tout ce qui a été dit. J’ai aimé mais je l’ai aussi repoussé, c’est beau mais c’est en dehors de moi. J’ai un vrai problème avec la poésie et le regrette, car j’aimerais aimer ça, c’est comme si je restais à la porte. Dans ce livre, cela fait écran, j’ai besoin d’un univers réel...

Jeanne
... en fait dans Les Reliques, il n’y a pas d’enfant.

Annick L
J’avais lu Jeanne en jeunesse, comme Même si les arbres meurent, le livre que je préfère sur le deuil avec une finesse, une délicatesse et j’ai été émerveillée par l’attention aux petits objets, au quotidien. Il y a une sensualité de la vie dans ce qu’elle a de plus simple et de plus profond. Après j’ai lu Les Demeurées, je l’ai lu et relu. Un des plus beaux livre, un joyau - cisellé, raboté - sur l’avènement du langage que l’institutrice a fait advenir. Le travail de l’écriture est un travail de l’accouchement. Quelque chose advient de l’arrachement (sans perte de la mère). Les Reliques, c’est plus sombre trop triste. Ils sont vieux, mais gardent une « sève de vie », ils gardent vif le désir qu’ils avaient de cette femme...

Jeanne
... je n’ai peut être pas réussi. Dans cet obscur, ils créent une autre dimension. Ils n’ont plus que leur enveloppe corporelle, mais ils font œuvre. La quête n’est pas forcément dans les bonheurs conventionnels. On est dans le blanc, le noir et le rouge. IL n’y a pas de soleil. J’ai été marquée par Giono et surtout Un Roi sans divertissement...

Françoise G
... car Giono met sur les choses des mots un peu décalés qui nous font voir autre chose...

Jeanne
... j’ai beaucoup de mal avec le « familier », je déménage beaucoup...
Je m’interroge sur le titre de mon prochain livre :
- Laver les ombres
- C’est comme pleurer
- Déliées
Qu’est-ce que vous préférez ?

Le groupe
C’est comme pleurer.

(suite des avis de ceux qui n’ont pas rencontré l’auteur)

Françoise D
Tout simplement je n'ai pas accroché, ce langage pseudo fantastico-poétique m'a gonflée, et l'histoire m'a semblée pareille et incomplète (moi j'ai besoin qu'on m'explique tout, je suis un peu demeurée). Bref, je me suis ennuyée... aucun intérêt.

Françoise O
J'ai beaucoup aimé Les Demeurées. J’ai courageusement lu Les Reliques. Mais je n'ai jamais aimé le cirque. Tout, profondément est pour moi pénible. Le Clown me serre le cœur et ne me fait jamais rire. Un animal dressé est, pour moi, un animal qui a été battu. Le pire est le numéro de trapéziste. Le public me semble attendre le drame, trouvant que sans filet, c’est tellement mieux!!!!! Affreux.

Lona
Les Reliques, c’est de la vraie poésie ! C’est léger, aérien, accessible, comme un conte pour enfants. C’est bien écrit. C’est une histoire d’amour ! Une histoire originale, qui se déroule dans un petit cirque rural : un magicien, un clown et un dresseur de fauves. Ces personnages assez rustres, vivent en marge de la société ! Tous les trois sont amoureux et ils se partagent la même femme : Mira la trapézite, la femme de l’air ! Mira meurt : accident ou suicide ?
Les trois resteront siamois : trois cœurs collés ensemble. Et ça bat. Ils sont devenus cette étrange chose vivante Trois cœurs ensemble, pour une seul : Mira. Ils sont liés pour toujours. Chacun d’eux est trois, chaque fois et ils seront trois à continuer à pousser devant eux leur vie, une grosse boule passée d’étoiles. Mira, l’amante parfaite, comme tous les hommes en rêvent sans le dire, car les hommes savent qu’il existe cette sorte d’amour, un amour qui n’attend rien, un amour qui s’espère lui-même dans chaque étreinte. Mira devient la relique, celle qui leur permet de vivre : une relique qui demeure bien après que tout a disparu. Derrière le verre, la relique est là, protégée. On la vénère... On ne garde pas l’air qui passe... On peut croire à l’horizon. Il faut laver la mort... C’est un hymne à l’amour ! Les sujets récurrents de Jeanne Benameur : la vie, l’enfermement, la marginalité, l’affection, le regard de l’autre, l’amour, le souvenir, la reconstruction, la mort, la filiation.
J’ai lu aussi Ça t’apprendra à vivre : c’est bien écrit : les phrases sont courtes, la lecture est facile, le ton est juste. Beaucoup de retenue dans les émotions. On balance entre le là-bas d’Algérie et le ici en France. Les deux récits se superposent... Rappels historiques : la guerre d’Algérie, un couple mixte, des enfants mélangés. La petite porte le prénom d’une tante décédée : est-elle une enfant de substitution ? Chacun cherche sa place : dans la famille, dans le couple, dans la fratrie, dans la société. Silences, mensonges, complicités, non-dits, violence, enfermement... La quête de l’amour maternel ; un besoin de mère, un besoin égoïste, possessif, une mère à ne pas partager. L’écriture va être salvatrice. Une biographie. Une belle histoire !

Marie Thé
Ça t'apprendra à vivre
J'ai aimé ce récit de l'enfance. Je l'ai trouvé triste, le déracinement, les murs de la prison, mais aussi la prison intérieure... L'auteur cherche sa place... Jeanne Benameur a trouvé les mots justes pour décrire son univers. Cependant, je n'ai pas vraiment trouvé d'émotion dans ce livre : la peur, tellement présente, masquerait-elle cela ?

Les Reliques
Je n'ai pas aimé l'atmosphère, ce côté morbide ; déjà avec un titre pareil, j'y allais à reculons ; insupportables reliques... Je n'ai pas aimé non plus le monde du cirque ; j'ai pensé : pourquoi tout ce cirque ? Après Les Reliques j’ai lu Ça t'apprendra à vivre et c'est comme si tout à coup ça s'éclairait : ainsi, dans un chapitre intitulé "Le faux journal" je lis : « JE dis tout mais je maquille. Jamais à nu... Je suis dans ces pages mais il faut savoir m'y trouver ». Mira, le cirque, n'y aurait-il pas de l'auteur et de son histoire cachées derrière ?
Pour revenir aux Reliques, je note qu'il est souvent question d'espace, de temps, même si au début tout semble s’effacer (avec la neige, la montre). Mais l'espace est toujours délimité. (Comme jadis l'habitation dans la prison ?). Pour ce qui est du temps, on "voyage" dans sa vie. (Cela fait penser à la psychanalyse) : " Zeppo rentrera à nouveau dans son corps de vieil homme. Les cris du petit garçon s'affaibliront... " "Zeppo, lui, est " là depuis l'enfance... " Les 3 personnages masculins (qui je pense n'en font qu'un) peuvent aussi représenter différents âges de la vie. Autre exemple de ce " voyage " dans la vie, les photos enlevées des albums par Zeppo, la vie à rebours. " Ils ne se rendent pas compte qu'il leur donne l'unique possibilité d'en finir avec la peur. On commence par la fin et on remonte... "
Autre chose qui a retenu mon attention, c'est la légèreté de Mira qui s'élève, " comme si elle quittait cette terre qui s'engloutissait sous elle. " L'aérien, le souterrain, reviennent souvent, de même le souffle. Mira est " un souffle qui passe " ou : " le cirque ne sut pas la garder. On ne garde pas l'air qui passe. " Plus tard " eux creusent pour déposer "... En lisant tout ceci j'ai pensé yin, yang, qi.
Beaucoup de choses dans ce livre que je n'ai pas beaucoup aimé... Je retiens encore " C'est l'absence qui les garde. Mieux que n'importe quel geôlier ". Ou : " Seuls de leur espèce errante. " L'espace, la place, encore...
Vers la fin, tout se sang, puis le sperme, les larmes, et ce refrain " oh! La vie ! " (p92), j'ai trouvé cela insupportable. Finalement ces reliques sont un trésor, quelqu'un frémira un jour en les découvrant, et Mira sera vivante... Je rapproche ceci de la fin de Ça t'apprendra à vivre : le briquet enterré sous le sable, c'est une flamme enfouie, de même la tombe du père... Tout cela annonce Les Reliques.

Jean-Luc
Ça t'apprendra à vivre
Ce n'est pas très gai. Le début de ce livre me rappelle tristement une époque que j'ai vécue sur place, et qui à l'évidence a profondément marqué l'auteure. C'est une longue plainte dans un langage vif, simple, naturel pour décrire la méchanceté et la bêtise humaines. On a l'impression, et pour cause, d'avoir là, la description d'un "monde-prison"qui tourne en rond sans espoir. C'est aussi un livre de l'exil d'une famille qui, à travers son histoire et ses péripéties, reste fermée sur elle-même et figée dans l'impossible oubli du déracinement. C'est le récit d'une souffrance.

Les Reliques
Un huis-clos ? Sorte d'élégie moderne qu'on pourrait imaginer accompagnée du Stabat Mater de Pergolèse.
Les 3 compères (clown, dompteur, magicien) qui ne vivaient que par une passion commune envers leur « amie-amante » trapéziste, allant jusqu'à provoquer sa mort et quasiment la leur par jalousie, nous décrivent ainsi un drame à base d'amour fusionnel dans un ménage à quatre.
J'ai lu ce livre comme une fiction illustrant la misère humaine et son antidote à travers l'amour commun et possessif d'une trapéziste. Dans le noir de la dure existence du cirque, nos trois artistes ont quelqu'un à aimer, à admirer, qui réchauffe leurs cœurs, pour qui ils tremblent tous les soirs, pour qui ils lèvent les yeux au ciel plein d'admiration : c'est une chance inouïe.
Malheur à qui brisera leur rêve car cet amour est vital, et en ce sens tragique.
Un soir c'est la chute provoquée par une tourterelle « téléguidée », conséquence de la jalousie : c'est aussi la chute de tout le monde.
Restent les reliques récupérées et enterrées dans un rite funéraire et quasiment sacré.

Nicole
J'ai lu Ça t'apprendra à vivre avec beaucoup d'intérêt et d'émotion, comme une biographie. J’avais lu deux ouvrages de l'auteure (Les Demeurées et Les Mains libres) et j'étais curieuse de connaître ce qui avait marqué son enfance, afin d'avoir un éclairage supplémentaire sur ses romans. J'ai retrouvé l'écriture que j'aime, de cette auteure, avec l'importance donnée à chaque mot, mots qui lui ont permis d'exister et de survivre au contexte difficile de son enfance.
Quant aux Reliques, un vrai bonheur de lecture, même si le thème côtoie constamment le malheur. Grâce à l'écriture, j'ai emprunté le trapèze de Mira pour les personnages, bien sûr symboliques, que j'ai imaginés, surtout Nabaltar et Hesior. J'ai eu plus de mal avec Zeppo. J'ai été très sensible à leur amour pour Mira, à leur souffrance muette quand cette dernière les a délaissés pour le dompteur et à leur souffrance active (l'épisode de la mort du dompteur est un passage fascinant) quand ce dernier l'a laissée, provoquant son abandon de la vie.
J'ai été très sensible aussi à la façon dont ils ont transformé leur cahute en « demeure » (le coffre qui crée le chez-soi) en enterrant le coffre au centre de la pièce. « La seule magie qui existe sont les images qui dorment dans la tête de chacun » et que le cirque est là pour les réveiller dans la tête des petites gens, qui n'ont pas « d'habits du dimanche ».
Pourquoi livre ouvert aux ¾ ? Parce que j'ai trouvé trop long l'épisode du sang de Saint-Janvier. Peut-être ne l'ai-je pas très bien compris.

Lil
Il me faut tout de suite prévenir : je suis une inconditionnelle de Jeanne Benameur, de cette écriture concise, forte, dense, toute de poésie qui vous remue le cœur et les tripes ! Cette auteure possède l'art de dire le silence. (Combien j'ai aimé Les Demeurées et Les Mains libres !)
Dans ce livre autobiographique, Ça t'apprendra à vivre, chaque mot pèse son poids. J'ai cheminé tout près de cette petite fille, avec beaucoup d'émotion : comme elle nous parle vrai de toutes les violences faites à cette famille, ligotée dans le silence et les non-dits dont chacun souffre à sa façon. J'ai adoré la manière dont se dessinent peu à peu, au fil d'anecdotes quotidiennes, les portraits des parents et de la fratrie, toujours avec cette écriture économe qui condense et suggère à la fois, avec beaucoup d'élégance et de sensibilité (par exemple les 4 dernières lignes du livre qui nous apprennent la mort du père). Cette petite fille découvre la violence de la guerre, l'ambivalence des adultes, leurs mensonges, leur égoïsme, leurs souffrances, leurs contradictions, leurs ruses... tout ce dont chacun se sert pour survivre et exister, et elle, ce sont les mots : magnifique passage où l'enfant capte, pour elle seule, l'attention de la mère, en lui lisant ses rédactions - "Nous appareillons ensemble , loin de l'appartement, dans mes mots " ou encore, le récit du vrai/faux journal – ou encore la façon dont elle séduit ses camarades de classe en leur brodant des histoires de palais orientaux et de princesses voilées... Que de sensibilité et de justesse dans la description de l'exil, (par exemple p.110 – l'installation sur la plage), de l'enfermement, de la difficulté à s'acclimater, à s'ancrer, à se forger une identité lorsque trois pays d'origine sont à disposition : Arabe ? Française ? Italienne ?...
La lecture de ce livre m'a été indispensable pour entrer pleinement dans l'œuvre de Jeanne Benameur, suivie de Comme on respire. Et malgré la douleur qui perle à chaque page : un vrai bonheur de lecture !
Pour Les Reliques, à la première lecture, j'ai trouvé quelques longueurs, des passages un peu confus.
Je l'ai relu, me suis laissée totalement porter par le texte et ce fut l'éblouissement, comme d'habitude !
On y retrouve la qualité d'écriture de Jeanne Benameur : concision, densité, poésie, sensibilité...
Il y a tout dans ce livre : une superbe réflexion sur la mort, l'absence de l'être aimé, les souffrances induites chez ceux qui restent et la façon dont ils s'en arrangent, la difficulté à vivre, la solitude profonde de chacun, la différence, l'exclusion, le silence, la légèreté (ceci m'a particulièrement touchée), le temps, l'animal et l'humain, et l'amour qui nous rend vivants ! J'ai adoré ces trois hommes, unis dans leur amour fou pour Mira, si touchants dans leur tentative de la garder vivante à jamais, solidaires et cependant si seuls... Quelle magnifique histoire d'humains qui nous renvoie à notre propre finitude et à la mort de ceux qu'on aime !


 



 

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Un camion de cirque débarque un jour de neige trois hommes sur le bord d'une route : Hésior, le magicien, Zeppo, le clown, et Nabaltar, le soigneur de fauves. Ils vivent là, dans une ancienne cabane de chantier, en désaccord avec le temps. Mira, leur amante est morte. Que subsiste-t-il de cette trapéziste extraordinaire, qui leur permettait l'envol sur terre ?

 

 

Les Demeurées

Les demeurées, ce sont une idiote du village et sa fille, fruit d'un contact éphémère avec un ivrogne de passage. Entre ces deux êtres d'infortune, nulle parole. Leur amour est silencieux, bâti sur leur seule présence l'une à l'autre. Leur vie recluse, solitaire, doit cependant prendre fin lorsque la petite Luce prend le chemin de l'école.

Ça t'apprendra à vivre
1958. Une petite fille est arrachée au pays où elle est née, l'Algérie. exilée avec sa famille en métropole, dans une ville de la façade atlantique, elle découvre qu'ils ne sont que des à moitié, des demi. Quand seront-ils entiers ?