Amos Oz
Seule la mer
Comment guérir un fanatique

Gallimard

 

Manu
J’ai lu d’abord Seule la mer puis Comment guérir un fanatique. Il y a des livres, on ne sait pas pourquoi on les aime. J’ai aimé les références à la Bible, aux textes sacrés. Amos Oz présente un univers dans lequel je me suis plongé, j’ai savouré, je prenais mon temps. Le jeu, c’était de trouver les fils entre les différents personnages. C’est un livre symphonique, avec des mélodies, des choses opaques, d’autres délirantes. Lorsqu’il parle des olives et de la féta, c’est extraordinaire, on est à Tel Aviv. Ça m’a donné envie d’y aller... Comment guérir un fanatique est constitué de textes issus de trois conférences. Dans le troisième texte, il donne des solutions pour qu’Israël et la Palestine s’entendent. Il imagine un appartement commun dans lequel on partage la salle de bain et la salle à manger. Ce sont des idées révolutionnaires, c’est un homme d’une rare intelligence. Il pense que les Palestiniens et les Israéliens vont mettre moins de cent ans pour s'entendre. Il fait le parallèle avec les Européens. C’est un message très positif.
J'ai pensé au film The Bubble. On y voit la jeunesse israélienne qui vit au jour le jour, avec insouciance, ils sortent tous les soirs alors qu’à 10 km de là, c’est la guerre.
Aidez-nous à divorcer parle des réfugiés palestiniens de la guerre de 1948, de la diaspora, des parents qui rêvent de l’Europe. Amos Oz est une grande découverte. Je lirai d'autres livres d'Amos Oz.

Françoise D.
J’avais lu Une Panthère dans la cave, son enfance sous l’occupation britannique. J’avais assez aimé mais j’étais mitigée. Seule la mer est complètement différent. D’abord, il y a le rythme de l’écriture, un peu comme des haïkus. Je pense que lorsqu’on le lit en hébreu, il y a une musique particulière qu’on ne retrouve pas dans la traduction française. Il y a une déperdition.
Tous les personnages sont sur le même plan : la morte, la vie quotidienne à Tel Aviv. L’œuvre n’est pas détachée de son auteur : il se met en scène en tant que narrateur dans le livre, c’est intéressant de connaître son point de vue. L’érotisme sous-jacent, la sexualité palpable des personnages sont bien rendus alors que ce n’est pas évident.
Idem concernant la dimension fantastique ; quelque chose qui m’énerve d’habitude : le fils qui parle à sa mère, le périple au Tibet. Mais là, c’est très bien fait, on y adhère.
A propos du conflit israélo-palestinien, il fait une comparaison entre Shakespeare et Tchekhov. Il est pour Tchekhov, parce que dans l’œuvre de Tchékhov, si personne n’est vraiment satisfait, la vie continue. Alors que chez Shakespeare, tout le monde meurt. A noter qu’il est membre fondateur du mouvement La Paix maintenant
J’ai bien aimé mais je n’ai pas un enthousiasme débordant, je pense qu’on perd avec la traduction française.

Claire
Manuel nous avait indiqué l'émission Metroplis d’Arte sur Internet
(formidable :http://www.arte.tv/fr/art-musique/1963980.html): Amos Oz est un type passionnant, sa vie est passionnante. J’ai lu Comment Guérir un fanatique, mais contrairement à Manu, j’ai trouvé le troisième texte un peu redondant. Le premier est formidable. Il étudie la démarche de l’écrivain, l’anti-fanatisme, avec son humour et ses digressions, c’est très original.
Au début, à l’idée de la lecture de Seule la mer, avec ce rythme particulier, cette allure de poésie, je me suis dis : « je vais ramer », car je suis assez rétive à cette forme. Finalement, on arrive à s’y retrouver parmi les personnages ? Mais je ne l’ai pas lu plus avant...

Jacqueline
Je ne connaissais pas et j’ai commencé par un conte : Soudain dans la forêt profonde. C’est très bien, c’est un conte sur la tolérance, mais ça n’a pas complètement fonctionné. J’ai enchaîné avec Comment guérir un fanatique, et ce fut une découverte. C’est simple, bien fait, il parle bien, même si j’ai été un peu déçue que ce soit des conférences et pas un texte enchaîné. Je suis sûre que je suis une fanatique et que je ne guérirai pas !
Ensuite, j’ai lu Seule la mer. J’ai été prise par le texte, pas du tout gênée par le rythme poétique. Je regrette de ne pas pouvoir le lire en hébreu. Il manque les assonances, les vers. Il va à la ligne et on ne comprend pas pourquoi. Mais je n’ai pas été vraiment gênée. Je ne l’avais pas encore fini, je suis partie et le charme a été rompu, je n’étais plus dans la forme versifiée.
Je voudrais lire Histoire d’amour et de ténèbres et Une panthère dans la cave.

Brigitte
J’ai beaucoup aimé. J’en avais vaguement entendu parler, vu une interview à la télévision à l’occasion du Salon du livre. Il est très cultivé, il est extrêmement libre : il peut tout se permettre. Des textes de quatre lignes, de la prose avec des phrases coupées. On peut faire une dizaine de lectures de ce livre. Tel Aviv, les scènes au Tibet, la vie, la mort, les relations familiales, l’enfant prodigue, quelques passages de l’Ancien testament. Avec toute sa culture, il passe d’un registre à une autre et tout reste très cohérent. J’ai été très touchée par le personnage de Bettine, le problème de la distance dans une relation chaleureuse, solide, avec de l’estime réciproque, mais de la distance quand même. Il montre comment les plus âgés vivent. C’est rare que j’aime autant un livre (j’en aime aussi les titres) : je l’ouvre en entier.

Christine
D’abord, j’ai lu Ailleurs, peut-être. Ca se passe dans les années 60 et 70. C’est la vie dans un kibboutz. La forme est beaucoup plus classique. On retrouve cependant sa façon de construire un livre. Il raconte les personnages du kibboutz, dans ce milieu clos. Il a une distance, une dérision, une ironie, une liberté de ton. Ce kibboutz est à la frontière de la Jordanie. En face les Palestiniens jettent des bombes. C’est l’histoire de ces pionniers et le narrateur prend position. On sent très bien qu’il vit dans le kibboutz et s’adresse au lecteur. Ici, la forme n’est pas encore aboutie, mais assez similaire à Seule la mer. Il y a aussi l’histoire d’une relation sexuelle entre un homme de cinquante ans et sa maîtresse est la fille de l’amant de sa femme... C’est un peu incestueux. J’ai aimé la façon dont le discours s’installe, les relations entre les gens. Page 37 et page 189 : toute l’humanité d’Amos Oz est là.

Monique
Je suis beaucoup plus mesurée. Je l’avais acheté il y a un an ou deux. Je l’ai lu deux fois. La première, comme un papillon, je n’ai pas cherché à comprendre. Il y avait des pages que j’adorais, d’autres que je ne comprenais pas du tout. Est-ce Albert le narrateur, est-ce Je ? J’aime beaucoup la forme, qui est bizarre, étonnante. Il aborde des choses graves et profondes, l’histoire de son pays, nos origines, l’enfance, la mère... Mais la forme les rend légères. Est-ce des vers en hébreu ? Je ne sais pas. Cela fait penser aux vers libres.
J’ai beaucoup lu La Bible, cela me rappelle la forme des versets de l’Ancien Testament, des phrases entières de psaumes, du livre de Job, du Cantique des cantiques...
J’ai beaucoup aimé le passage sur Orphée. Il a une réflexion sur son rôle d’écrivain et de poète. Les textes courts marchent bien. J’ai été juste un peu gênée par le retour du fils vers sa mère, le père attiré par la petite amie de son fils, des choses physiques qui me plaisent moins. Mais j’ai aimé le contrepoint du fils au Tibet. Il y a plein de beaux personnages. Il pose des questions mais sans répondre. J’aime le sautillement, le papillonnement : la vie est compliquée mais on peut papillonner.

Geneviève
Je ne n’ai pas lu Seule la mer. Je voulais l’emprunter à la bibliothèque, mais tout était sorti. La librairie était pillée. A la bibliothèque, il y avait Toucher l’eau, toucher le vent (1973). Cela se passe après 1945, la période de migration vers la Palestine. C’est vraiment joli, à la fois un conte et un roman. Cela m’a fait penser à Chagall, à Isaac Bashevis Singer. Les descriptions de paysages sont magnifiques. Sa femme est soviétique, il y a un contraste entre la forêt polonaise et russe et la vie au kibboutz. Il y a un charme et une musique mais ce roman manque un peu d’ampleur.


Un texte de Le Clezio sur Amos Oz dans Libération (mars 2008)

Des interviews d’Amos Oz :

Lire (juin 2002)

L’Express (mars 2006)

 



 

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Albert Danon est seul. Sa femme Nadia vient de mourir d'un cancer, et son fils Rico est parti au Tibet. Bettine, une vieille amie, veuve elle aussi, s'inquiète pour Albert. Surtout lorsque Dita, la petite amie de Rico, emménage chez lui. Un certain Doubi Dombrov veut produire le scénario de Dita, mais il veut surtout Dita. Qui couche avec Guigui, en pensant à Albert, ou à Rico. Qui pense à sa mère ; et ne veut pas rentrer du Tibet.

La question du fanatisme obsède notre monde contemporain. Nos sociétés occidentales, à tort ou à raison, ont l'impression de devoir combattre un ennemi invisible, car sous la forme paroxystique du terrorisme, le fanatisme frappe, au nom d'une foi ou d'une idée, sans que nous sachions comment répondre à cette agression de notre mode de vie et de nos modèles de société. Le Proche-Orient peut se prévaloir d'une tragique longueur d'avance en ce qui concerne les fanatismes de toute sorte. Amos Oz a toujours été un spectateur engagé de l'histoire de son pays et de sa région, et dans les trois textes rassemblés ici (dont l'un a déjà été publié sous le titre Aidez-nous à divorcer !), il tente un début de réponse face à ce défi.