Sandro Veronesi
Chaos calme

Grasset

 

Christine
Je ne suis pas emballée, mais les premières pages sont alléchantes : j'aime bien la façon dont on rentre brutalement dans cette histoire de sauvetage suivi de la mort de l'épouse du narrateur. Je marche aussi dans les débuts du veuvage et cette idée de chaos calme, cet homme qui dénie toute douleur ou qui n'en ressent réellement aucune. Mais ensuite je m'ennuie dans la galerie de portraits : les collègues (je les confonds tous), la famille (frère, belle-sœur), les mères des copines de la fille, les voisins, etc. Franchement, on aurait pu attendre que ce livre sorte en poche, il n'y avait pas urgence !

Manuel
J’ai mis du temps à le lire. J’ai beaucoup aimé le début : il perd sa femme, sa rébellion passive, ces tranches de vie, ces scènes répétitives (l’enfant trisomique), le déjeuner avec les pâtes à la sauce tomate... Tout cela, j’ai aimé. Le moment où ça se gâte, où l’on n’y croit plus, c’est le moment où il se fait courtiser pour être le numéro deux de la super entreprise; c'est quand même énorme... Ça m’a déplu, ces gens très puissants qui viennent le voir, c’est long, c’est du remplissage, je me serais passé de cette partie-là.
Dans son écriture, il utilise des termes très recherchés, des termes psy, j’ai dû même aller chercher dans le dictionnaire. C’est un vocabulaire très emprunté. J’ai trouvé que c’était un livre pour bobos : on a un type riche, qui n’est pas dans le besoin et il lui arrive une histoire banale. Les personnes déversent leur mal-être, des platitudes. Et ce cadre mal dans sa peau, ça ne m’a pas touché.
Si le début est bien, 500 pages, c’est trop long. J’ai trouvé également qu’il y avait une grande absente : Lara, qui est peut-être le personnage le plus intéressant. Ce frère qui se drogue... c’est très artificiel. Ces références de bobos : Radiohead (que j'adore!), la scène de shoot... Comme il l'avoue à la fin du livre, ce sont des gens inintéressants, qui ne m’ont pas passionné. J’ai trouvé cela fabriqué, avec de grosses ficelles. En plus, je vois Nanni Moretti à toutes les pages...

Jacqueline
Je l’ai lu il y a assez longtemps et assez vite oublié. Je n’avais pas envie de le reprendre. Ça m’a bien plu, c’est une belle histoire de deuil. J’ai aimé la distance qu’il prend, l’atmosphère du bouquin, tous ces gens qui n’ont pas grand chose à faire. On laisse couler, on laisse le monde venir, ça n’est pas si mal que ça. J’ai bien aimé le côté « sautillant », c’est-à-dire plein de points de vue sur plein de gens. Je n’ai pas aimé ses histoires de travail, je n’arrivais pas à m’imaginer, je ne suis pas rentrée dans ces problématiques. Les personnages sont quand même bien décrits, le copain, je le vois bien dans un bureau même si je ne comprends rien aux histoires de chefs.
J’ai trouvé la fin superbe : il se rend compte qu’il emmerde sa fille. Je l’ai lu avec plaisir, je me souviens d’une atmosphère. Ce n’est pas un livre qui m’emballe mais je crois que c’est un bon livre. Je n’ai quand même pas éprouvé une grande émotion.

Françoise D
Quand j’ai commencé à le lire, je me suis dis : oulala ! Mais où on va ? En fait, j’ai accroché petit à petit et je l’ai lu jusqu’au bout avec plaisir malgré quelques longueurs. J’ai été étonnée qu’il fasse toute une montagne de cette première scène, celle du sauvetage (les coups de queue...) ! Le parti pris de départ (je ne bouge pas et les gens viennent à lui), ce projet, est intéressant. Le héros sert d’exutoire. Il y a des personnages plus ou moins intéressants, touchants, comme le petit mongolien, d’autres moins. Tout ce qui tourne autour de son boulot, de ce milieu pété de fric, ce n’est pas manichéen. Son collègue qui part en Afrique, c’est un personnage bien portraituré. Je n’ai pas compris le personnage du grand magnat qui vient pour le rencontrer. La fin est très bien. C’est bien trouvé sa fille qui le ramène à la réalité. On ne le devine pas, je me suis laissé surprendre.
Il y a aussi beaucoup d’humour : en partant d’une histoire dramatique, il ne fait pas du politiquement correct. Il n’a pas de chagrin, ce qui interpelle. Il y a beaucoup de scènes avec des commentaires très marrants.

Claire
La quatrième de couverture est criminelle comme souvent : on raconte toute l’intrigue. J’ai été passionnée jusqu’au bout mais déçue. J’ai été tenue par la situation mais j’ai ressenti une forme de plaisir légèrement honteuse. J’ai été impressionnée par la culpabilité attachée à certaine pratique sexuelle, j’ai trouvé ça complètement décalé avec le personnage et le milieu. J’ai sauté certains passages : le mél, trop long. Ce qui me déçoit, c’est l’invraisemblance. Il y a plein de qualité : l’humour, l’amour pour sa fille. Mais ça ne tient pas la route. J’avais envie de savoir mais cette impression d’invraisemblance nuit au livre : plus ramassé, comme une nouvelle, c’aurait donné plus de poids. La situation m’a rappelé celle de Jean-Claude Roman et L’Adversaire d’Emmanuel Carrère, avec ce type qui tous les matins fait semblant d’aller au bureau et reste dans sa voiture. J’ai été passionnée et déçue.

Katell
Je l’ai lu il y a quelques mois. Je devais traverser un désert de lecture parce qu’il m’a fait l’impression d’une oasis... Je l’ai dévoré, ça se lit très bien. Mais à l’écoute des avis, je suis moins enthousiaste. Je partage quand même le point de vue de Manu... Avec le recul, ça fait un peu bobo... Cependant, j’ai beaucoup aimé ce roman qui parle de gens de nos jours (Lara a mon âge, sa fille a l’âge de ma fille aînée), avec des situations quotidiennes (les parents d’élèves !), beaucoup d’humour et c’est quand même de la littérature. Je ne suis pas d’accord sur le fait que les scènes « d’entreprise » ne soient pas réalistes. Je pense, que de notre « petit » niveau, on n’imagine pas comment certaines décisions en haut lieu peuvent être prises, sur des motifs pas du tout objectifs ni stratégiques... y compris avec des histoires de cul ou de copinage... J’ai passé un très bon moment de lecture. Et j’ai réussi à faire abstraction de Nanni Moretti !

Lil
Là encore, des longueurs, des longueurs... À certains moments, une espèce de logorrhée mentale du narrateur dont je me suis demandée si elle faisait partie de ses stratégies de contrôle anti-douleur, auquel cas, d'une efficacité certaine pour lui, mais d'un ennui mortel pour la lectrice que je suis ! Autre difficulté rencontrée avec ce livre, les invraisemblances : la situation en elle-même, la visite des deux pontes de l'entreprise, le temps que prend le narrateur pour philosopher lors du sauvetage en mer... Les références permanentes aux chansons, au cinéma, à Radiohead m'ont gênée (probablement à cause de mon ignorance dans ces domaines). Voilà pour le négatif !
En revanche, j'ai aimé cette galerie de portraits, souvent drôles, parfois émouvants : l'enfant trisomique, Enoch : son juron et sa Sainte-Trinité, Francesca et ses phrases assassines, le vieux monsieur qui balaie sa maison comme un fou, pendant un an, après le décès de sa femme, le fils de Piquet qui « compte », Piquet et son ordinateur équipé d'un porte-canette , la pseudo tétraplégique dans l'avion, le père de Pietro, etc.
J'ai également beaucoup apprécié :
- la réflexion sur la perte, l'absence, la vie, les accidents de la vie et nos diverses manières de réagir. Pietro, lui, fait tout pour empêcher sa douleur de s'exprimer et lorsqu'il prétend s'occuper de sa fille, il s’occupe, en fait, de lui : tout son être se doit d'être mobilisé afin de ne laisser aucune place pour la douleur. Même stratégie lorsqu'il établit des listes et, lorsque la douleur survient à son insu (lors de la conférence à Gorgonzola) il s'évanouit !
- la question récurrente de la « normalité » : qui est fou, qui ne l'est pas ?
- les relations enfants-adultes, les interprétations hâtives des adultes sur le comportement enfantin.
- la tendresse entre les frères, entre l'oncle et la nièce.
- Claudia, la seule vraie adulte, qui, elle, se soucie vraiment de la douleur de son père.
Ce qui m'a semblé le plus intéressant dans ce livre, c'est le traitement du malheur comme outil de connaissance de soi (la fin du livre est très forte).

Lona
C’est bien écrit, facile à lire et j’avoue y avoir pris du plaisir (peut-être parce que ça changeait des précédents livres ?). Ça commence très fort et c’est tout de suite attachant ! Comment faire le deuil d’une personne aimée, alors que visiblement on ne souffre pas ? Beaucoup de choses se passent dans la voiture du veuf ou sur le banc du parc devant l’école de sa fille. C’est le mur des lamentations, lieu de souffrance pour chacun qui vient dans ce bureau improvisé, chacun avec sa propre histoire douloureuse ! Ce côté « flottement », en attendant que la douleur vienne est bien restitué !!! C’est plein d’humour aussi ! J’ai aimé la rencontre quasi quotidienne du petit trisomique, les séances de gymnastique de Claudia, la relation à l’institutrice et à la jeune fille au chien, le repas de spaghettis et le déménagement. L’amour et la complicité des deux frères : c’est bien écrit. Martha est attachante, mais j’aurai aimé connaître davantage Lara et Claudia !
Quelques longueurs pourtant, ce qui fait que l’histoire semble quelquefois complètement irréelle ! Je n’ai pas compris l’histoire du chien noir et de la comédienne (p.132), ni l’arrivée d’Issac Steiner dans sa limousine parlant de l’or spolié des juifs pendant la dernière guerre. Les retrouvailles de deux quasi noyées me semblnt cousues de fil blanc et très édulcorées... On aurait pu supprimer ces histoires !
C’est une bonne analyse de l’entreprise : ont-elles une âme ? Comment se fait le recrutement ou le licenciement des patrons ? On découvre les relations de travail les uns avec les autres et le monde de l’argent : business, trahisons, intérêts, finalités financières, valeurs humaines...

Pour voir :

- Nanni Moretti dans le rôle (bande annonce du film)

- et l'auteur qui parle de son livre le jour du prix Fémina


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Un après midi de bonheur fraternel va se terminer en drame. Pietro et son frère Carlo vont se battre contre les flots pour sauver deux femmes de la noyade au péril de leur vie. Arrivés sur la plage sains et saufs avec les nageuses imprudentes, ils seront ignorés par la foule. Ce qui fera dire, avec un sourire, à Carlo : « Nous avons sauvé deux connes, au milieu de tas de cons qui, étant cons, ne s’en sont même pas aperçus.