Alaa El Aswany
J'aurais voulu être égyptien

Actes Sud

 

Michael Jackson vient de mourir et les fans se sont regroupés sur le parvis de Notre-Dame de Paris faisant un boucan d'enfer... : nous devons hausser la voix pour donner notre avis...

Jacqueline
J'ai trouvé cela très intéressant, le livre m'a plu. La première nouvelle, je ne m'attendais pas à la chute, l'amoureuse imaginaire. Il y a les mêmes qualités que dans Maupassant : justesse des points de vue, cruauté, regard critique et plein d'humanité du fait de la justesse du regard.

Françoise O
Je suis d'accord avec ce qu'a dit Jacqueline à propos du regard et de l'humanité. J'ai appris ici à distinguer le narrateur et l'auteur ! Mais page 16, je le prends en flagrant délit : il parle de "la corruption et de l'arbitraire" et il se délecte, il y a une noirceur ! C'est à chacun d'imaginer la noirceur de l'auteur, mais oui, il se délecte à l'idée d'imaginer la noirceur. Il porte un jugement.

Annick A
La préface n'est pas si claire. De qui se protège-t-il ? Je dois dire que je n'ai pas aimé l'écriture. J'ai préféré l'Immeuble Yacoubian à ce livre. J'ai été assez déçue. L'écriture m'a plombé. C'est un livre très dur, implacable. La première nouvelle m'a intéressée, la façon dont le personnage évolue vers la folie ; dont il s'isole dans la solitude. J'ai lu la quatrième de couverture après avoir lu toutes les nouvelles : je trouve exagéré de comparer les personnages à ceux de Dostoïevski. Le mélange entre la réalité et le délire paranoïaque est bien fait. Sur le fait d'être égyptien, c'est le déplacement de la question : "qu'est-ce qui déclenche le délire ? La lecture d'Art et décoration ? Lorsque son père reçoit une lettre, elle est déchirée. Les autres nouvelles sont construites autrement, on en sort quelque chose. Celle où le héros fait du vélo est la seule de positive. Dans la nouvelle où ils attendent le guide, cela rappelle la vieillesse et la nostalgie… Et également Sarkozy : "celui que tu ne peux soumettre, mets-le dans ton camp". Le factotum est la nouvelle la plus dure : le surdoué qui est cassé. Tout est changé car le personnage a trouvé comment plaire. Ces nouvelles, ce sont comme des fables de La Fontaine.

Manuel
Je vais être court. J'ai ressenti le même malaise qu'a ressenti Françoise. Les personnages sont noirs. Les histoires sont noires. C'est un voyage dans ce qu'il y a de plus moche. La première nouvelle m'a fait pensée à Kafka. Les rapports entre les personnages sont féodaux. J'ai également pensé à Maupassant pour le côté "fantastique"...

Jacqueline
- C'est plus Gogol que Dostoïevski...

Manuel
- J'ai aimé la chute de la deuxième nouvelle avec le vélo. Mais je pense que le livre ne prend pas à cause de l'écriture.

Annick
- Il l'a écrit avant L'Immeuble Yacoubian, on sent le progrès...

Manuel
Il y a des choses un peu artificielles et maladroites. Je n'ai pas aimé que tous les personnages soient critiqués. Je comprends que le livre ait été censuré... enfin du point de vue de la censure égyptienne. J'ai trouvé qu'il y avait de la distance et pas d'empathie. A force de noirceur, j'ai fini par comprendre le personnage de la première nouvelle qui se tourne vers l'occident.

Françoise D
Je rejoins tout le monde et Jacqueline qui est moins critique. J'ai commencé par lire la préface : il y a tromperie sur la marchandise. C'est hypocrite car c'est bien l'auteur qui dépeint. Il y a un parti-pris qui gâche et l'écriture n'est pas formidable. On ne sait pas sur quel plan on est, si cela s'est passé comme ça. J'ai été déçue pas L'Immeuble Yacoubian. Le fait que cela soit découpé nuit. Il n'y a pas d'épaisseur. J'ai été déçue.

Claire
- Pourquoi avez-vous préféré L'Immeuble Yacoubian ?

Françoise D
- Même si c'est dur, il y a un attachement aux personnages.

Annick A
- Et puis on voit vivre les personnages.

Françoise D
- Dans ces nouvelles, les personnages sont comme morts.

Claire
Je l'ai lu il y a longtemps. Je ne me souvenais plus de toutes les nouvelles. La préface m'a plu. C'est un jeu auteur/narrateur. Oui, c'est noir mais les personnages sont comme des marionnettes. Françoise, quand tu dis que l'auteur "se délecte", il le démontre. J'ai vu le film L'Immeuble Yacoubian, c'est une démonstration brillante, avec un côté ludique. Oui ça m'a fait penser aux fables de La Fontaine en nous montrant comme il les a bien « eus ». L'écriture ne m'a pas bloquée.

 


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"Si je n'étais pas né égyptien, j'aurais voulu être égyptien", la célèbre citation de Mustapha Kamel donne le ton de ce recueil : voici l'Egypte placée sous le feu d'un écrivain amoureux de son pays et qui, par le détour de la fiction, fait apparaître les turpitudes et les contradictions d'une société à la dérive.