Peter Handke
La femme gauchère

folio

Françoise O.
J’ai lu ce livre d’une traite il y a un mois. Je viens de le relire... même impression : je suis captivée par une forme d’irréalité. Je n’ai pas voulu lire Une Femme à Berlin parce que tous les malheurs de l’héroïne viennent de l’extérieur, là, tous les malheurs viennent d’elle-même. Il n’y a que des descriptions de faits, de situations. Pas de commentaires sur tout ce qui se passe. On n’a pas d’accès aux pensées de cette femme, c’est au lecteur de reconstruire, d’interpréter. Il y a une mise en place rigoureuse des lieux, comme dans une sorte de pièce de théâtre. L’extrême banalité des mots, des phrases, a une portée incroyable. Sous une simplicité apparente : le désordre intérieur d’un personnage très complexe.

Claire
Manuel, Rozenn, Françoise D ont trouvé ce livre « chiant », pour ma part, je l’ai plutôt trouvé « daté » : il date de l’époque du nouveau roman, avec ce regard objectif, ces « elle » et « il »... Peter Handke était très à la mode, j’avais lu Le Poids du monde (j’essaie toujours de suivre les modes...). C’est intéressant ce qui arrive à cette femme, mais je ressens un artifice qui ne passe plus. Je vois bien le projet, mais je n’adhère pas. L’enfant est attachant. Il se passe des choses, mais... bon.

Jacqueline
Je suis très contente de l’avoir relu. Je me rappelle de l’endroit où je l’ai lu, en Bretagne. Et de cette histoire de séparation d’une fille qui ne va pas bien... une histoire énigmatique. Aujourd’hui, je trouve cela très visuel, très direct, mais j’hésite à trouver un point de vue dans ce roman. Peut-être que cela vient de ce qu’il n’y a aucune expression d’un sentiment, pas de narrateur. J’ai quand même envie de m’identifier à cette femme. Mais va-t-elle vers une libération dans cette solitude ou vers une déchéance ? Cette question qui reste posée jusqu’au bout rend justement la lecture de ce roman intéressante.

Et maintenant les deux qui ont fait programmer ce livre !!!

Françoise G
C’est une époque merveilleuse dont il est question : cette histoire d’enfant, le lent retour, le poids du monde. Je m’en suis régalée, mais la chute fut dure. J’ai tout de suite compris pourquoi ce livre m’avait séduite, mais aussi pourquoi il date littérairement et idéologiquement : post 68... le mouvement féministe... un roman dans lequel une femme se libère... Handke se sépare de sa femme... c’est un grand dépressif... C’est écrit « bizarrement » et paraît factice, exagéré. On voit le désir d’être tout près du quotidien d’une femme, mais seulement de l’extérieur, jamais dans la conscience ; les réactions, les attitudes, paraissent incompréhensibles le plus souvent. Dire vrai (en dehors du romancé) était une sorte de credo. L’écriture est SIMPLISSIME (problèmes de traduction ?), la présentation des dialogues relève du scénario, du théâtre, mais pas du roman. On voit, mais on ne ressent pas. J’ai sauté le milieu du roman et n’ai pu lire que le début et la fin. Malgré tout, il y a quelque chose de vrai : ce que nous avons vécu (dans notre génération) ou la vérité des personnages ? Le plus sensible, c’est la description de la solitude de chacun. Le personnage le plus sensible et juste, c’est l’enfant. On perçoit son inquiétude, sa solitude. Ce qui est plaqué intello : le MLF, la psychanalyse...

Annick A.
Je me retrouve dans ce que vient de dire Françoise. Quand il est sorti, je suis allée voir le film, j’avais même acheté l’affiche ! Il y avait peu de romans sur la vie de femmes. J’étais très intello idéologique, lisant des idées. C’était génial, le côté écriture hyperréaliste, détachée du pathos ; le sujet, la forme étaient nouveaux. Je suis allée le chercher avec plaisir au fond de ma bibliothèque et... je me suis fait chier ! Il y a une paroi de verre entre le narrateur et les personnages, entre eux. Le livre est un univers de dépression, sauf l’enfant. Ça ne marche pas, c’est artificiel. Le sujet est passionnant : qu’est-ce qui lui prend à cette femme ? Ça tourne en rond. On s’ennuie. Il n’y a pas de communication. J’ai été déçue. Je me suis posé des questions auxquelles je ne peux répondre. Je me suis identifiée à cette femme. Drôle d’expérience.

Françoise O.
Moi qui ai moins de culture que vous...

(soupirs du groupe)

...j’ai lu le livre comme un gauchissement

Jacqueline
Je préfère quand même à Annie Ernaux (Les Années).

Avis reçus après la réunion du groupe :

Renée
Chères voix,
Je suis en train de relire La Femme Gauchère et ça me déprime tellement que je suis pas du tout sûre de venir ce soir. Je retrouve le malaise que j'ai eu au moment de la parution : comme une mollesse de tout le corps et une pastèque d'angoisse dans la gorge. Comme j'étais déjà flagada après de récentes épreuves, et qu'en plus je m'étais levée du pied gauche, ça n'a rien arrangé. Cependant je serai très curieuse de connaître les réactions de notre belle jeunesse (du groupe L) devant cet apprentissage zombiesque de la solitude.
Chères voix, je vous embrasse.
REB

Annick L. (en réponse à Renée)
C'est bien l'effet que m'a fait ce roman aujourd'hui. Je mesure à quel point mes goûts mais aussi mon rapport à la vie et à la lecture ont pu changer (remarque, en presque 40 ans cela n'a rien d'étonnant !!!).

Jacqueline
Il me semble, fatigue ou incapacité, avoir très mal exprimé mon avis dans le groupe, ce que je ne regrette aucunement. J'ai aimé. Je considère que ce livre est ancré dans son époque, ce qui est différent de "daté" et je souhaite rédiger un avis ultérieur.

Françoise O.
Le débat "animé" d'hier a changé mon regard ! Si pour l'auteur, la femme est une "banale gauchère", la cause des problèmes n'est pas en elle. L'extérieur prend alors la place centrale. Ma lecture a été faussée par cette méprise ! Le problème de la cause du féminisme m’apparaît, le livre me semble moins intéressant et peut semble daté !!! Alors je reviens sur ma conclusion : je passe de à pour le bonheur de la lecture (bonheur réel pour une lecture biaisée). Autre leçon : se méfier des traductions.

Claire
Tu exagères de revenir ainsi sur ton plaisir !


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" Sans raison ", sous le coup d'une illumination qu'elle n'expliquera pas, la femme de ce récit demande à son mari de s'en aller, de la laisser seule avec son fils de huit ans.