Pascal Mercier
Train de nuit pour Lisbonne

10/18

Jacqueline
J’ai beaucoup aimé, la manière dont le récit est mené est très agréable. C’est une quête, un plaisir de lecture, j’étais portée. Je l’ai lu il y a 3 mois. J’aime la manière dont il parle les langues anciennes, la rencontre avec le portugais. On a en soi des quantités de personnalités qu’on ne développe pas. Et la sœur avec sa petite parcelle d’histoire à elle... Un livre merveilleux, mais assez classique. J’ouvre aux 3/4 à cause de ce côté classique et facile pour le lecteur.

Monique
Un livre très long, très dense. J’étais pas en état pour lire ça. La fin ne m’a pas déçue ; mais il est classique comme tu dis, et ça m’a gênée. Les « rencontres », c’est trop. Au départ, il avait tout pour me plaire, mais après, ce qui m’a déçue, c’est la disparition de cette femme portugaise, les hasards s’empilent, c’est trop, ça m’a pompée. Le Portugal m’a intéressée, heureusement qu’on avait lu Pessoa. Adriana m’a barbée. Le héros a un problème cérébral ? Éclairez-moi. Je n’ai pas appris grand-chose, il y a trop de discours.

Françoise G 
Je commence et au bout de 10 pages, j’en ai marre... Qu’est-ce que c’est ? Où suis-je ? Je ferme. Je file le livre à une amie... et je le rachète... Je m’ennuyais et je continuais. C’est pas intéressant, c’est en dehors de la réalité, il y a des choses sur la vie, l’amour, répétitif, le thé, le ruban noir... je suis allée jusqu’à la moitié. Il veut tout dire ; je n’ai pas cru dans le personnage. C’est un cimetière de sens.

Françoise D 
Je me suis ennuyée, mais j’étais bien obligée de le lire car étant en randonnée, je n’avais évidemment pas emporté d’autre livre... Les personnages secondaires sont finalement plus intéressants que le personnage principal ; ils sont assez bien campés. Mais tout est attendu : on lui réserve toujours bon accueil, il apprend les langues à la vitesse grand V, il achète des vêtements neufs qu’il laisse sur une poubelle et j’étais sûre avant de l’avoir lu qu’il allait les retrouver et les récupérer ! Pareil pour le « jeu » des lunettes anciennes et nouvelles. Tous les passages du supposé livre d’Amadeu sont particulièrement indigestes, ça fait cours de philo « cheap » et ramassis de lieux communs (tout le monde sait qu’on est fait de ses parents, de leur histoire, etc.). Gregorius se met à avoir des maux de tête quand il apprend que Prado est mort d’un anévrisme, l’auteur charge vraiment la barque ! Ça ne m’étonne pas qu’il soit suisse allemand, c’est lourd ! Il est peut-être bon prof de philo, mais pas bon écrivain. Je l’ouvre 1/4 parce que l’idée de cette recherche est bonne, mais la réalisation est ratée.

Claire
Je compare mon intérêt pour ce livre à celui pour Florence Aubenas : c’est l’auteur qui m’intéresse. Le début c’est comme un conte de fées, j’adore les professeurs... mais après j’ai moins gobé les invraisemblances, le lieu en ruines où l’on feuillette des livres, etc. Les passages en italique du livre, j’ai beaucoup sauté. Je comprends mal pourquoi Gregorius s’est intéressé à ce livre et à ce personnage. Je suis déçue de ne pas me passionner pour ce livre que, néanmoins, je n’ai pas abandonné.

Annick L
Il faut avoir du temps. C’est un livre très intéressant, d’abord par le projet : la quête et la langue qui emmènent le personnage ailleurs. J’ai un rapport avec ce personnage très ambigu ; c’est un homme qui souffre d’une impuissance à vivre, il est en même temps exaspérant, il tourne en rond. Le voyage est intéressant, les personnages secondaires aussi, mais il fait abus d’érudition, de citations.

Annick A 
C’est livre que j’ai énormément aimé - c’est moi qui l’ai proposé - pour la dimension du langage et la quête d’un être. J’aime beaucoup le côté invraisemblable. Le mot portugais le renvoie à son rêve, qu’il n’a jamais réalisé dans sa jeunesse. Je me suis sentie Gregorius, pour mettre en mots l’indicible de lui-même. Rêve de cécité, peur d’être aveugle. La dimension politique est très forte.

Monique
Il est vampirique.

Françoise G.
Il avale les livres, plus une lettre ne reste.

Marie-Thé
Un beau livre, un grand livre, que j'ouvre en grand. J'avais écrit - mon avis et je ne le retrouve plus, effacé apparemment. Pas le courage de recommencer. J'enrage. Amadeu disait que la colère pouvait être bénéfique mais parlait aussi de son venin... Je me rendrai donc directement au Cap Finisterre (p. 463) : " On ne doit pas faire des autres les pierres de construction de sa propre vie, les porteurs d'eau dans la course à sa propre béatitude. ", puis p. 476 : " Il voulait m'emmener faire un voyage qui aurait été tout entier son voyage, son voyage intérieur dans les zones négligées de son âme. "

Françoise O.
Je considère ce livre comme un très grand livre. Mais un livre de tous les excès. Comme Gregorius, j'ai pensé " Je suis en train de me perdr e" (p. 275).Très et trop brillant (dans les descriptions de chaque nouvelle rencontre).Très et trop intelligent dans la profondeur des études (conflits internes, introspection permanente d'Amadeu qui enfermé en lui-même ne pourra jamais trouver un peu de paix). Pas toujours très convaincant dans la trop grande facilité des échanges entre inconnus. Livre très et trop riche en étude de cas de conscience, de situations de conflit, de choix (la permanence du jeu d'échecs). Je peux donc comprendre que ce livre agace par ces outrances. Mais moi je l'ouvre en très grand !!!

Renée de « Ciné-lectures » à Narbonne.
Des deux personnages c’est Grégorius, le prof de latin le plus sympathique : il est conscient d’être passé à côté de nombreuses choses dans la vie : qui serait-il devenu si il avait fait d’autres choix ? Il était heureux dans son métier de prof puisque excellent et aimé de tous. Mais peut-être a-t-il manqué d’ambition ? Peut-être est-il passé à côté de l’amour, d’une profession d’orientaliste à Ispahan, etc. ? Sa myopie symbolise cette étroitesse de vie (pages sur les lunettes attirantes et rejetées à la fois, formidables). Le déclencheur de son périple, c’est une manifestation de la mort (suicide ?) donc de la VIE, et il est entraîné pour un voyage vers l’autre et l’ailleurs qui devient voyage intérieur, naissance à SOI. Il a l’impression que Prado a écrit pour lui, son frère intellectuel. Il entrevoit une autre vie, qu’il n’a pas osé vivre. Prado est un théoricien, un utopiste qui cherche en permanence le sens de la vie, que faire pour être toujours quelqu’un de bien ? Problèmes soulevés : la culpabilité, la responsabilité, le courage, l’amour, la mort, « être et paraître », désir d’être aimé et accepté...
Ce qui m’a profondément choqué dans ce personnage c’est son attitude abjecte vis-à-vis de sa femme. Apôtre de la VERITE (il le clame !) il lui a laissé croire qu’elle était stérile alors qu’à l’âge de 25 ans il s’est fait, lui, stériliser. Inadmissible ! D’ailleurs Mercier la décrit « sous sa coupe ». Vis-à-vis de son amie d’enfance, Maria, il a tellement intégré l’esprit de caste des siens qu’il n’envisage JAMAIS qu’elle est amoureuse de lui et qu’elle attend pendant des années un signe. Jamais aucun doute pour lui, puisque ses parents ne veulent, dès l’enfance, « rien savoir à son sujet ». Cruel ne manque de discernement et de courage. En conclusion notre « orfèvre des mots » a raté sa vie. Lorsqu’il rencontre Estéfania il se réfugie dans son orgueil, et perd la chance ultime de devenir « un homme complet ». (Je suppose qui a aimé avec son cœur et son corps à la fois). Prado, intellectuel que nous admirons à travers Grégorius, n’est qu’un HOMME.
Il me semble qu’il y a des longueurs, des répétitions inutiles mais on ne lit pas souvent un livre de ce niveau-là.
Avez- vous remarqué le thème le plus en vogue chez les écrivains depuis 20 ans ? « Le choix des possibles ». Nous avons eu « l’absurdité du monde » (Camus, Faulkner, Kafka…), « l’incommunicabilité » (Anouilh, Ionesco, Hrabal…), « L’écriture pure », sans personnages (nouveau roman, Sarraute et compagnie...), nous avons actuellement : « les différents possibles  » (Mercier, Durrenmatt (dans Justice : pressentir ce que j’aurais pu devenir... un possible insaisissable qui reposait en moi mais que je n’ai pas réalisé...), Modiano (dans L’Horizon décrit « ce qui aurait pu être et n’avait pas été »), Borges (dans Fictions qui parle du labyrinthe et des bifurcations...), j’en trouverais d’autres en cherchant un peu.

Manu
Un livre dense et passionnant malheureusement plombé par un style boursoufflé. Les passages sur l'histoire du Portugal m'ont beaucoup intéressés. Sans les longs passages du livre d'Amadeu, le livre aurait été presque parfait !

Un entretien qui éclaire sur l’auteur et le livre


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Découvrant par hasard un livre d'Amadeu de Prado, poète portugais, Raimund Gregorius voit sa vie basculer. Bouleversé par ce texte qui semble écrit pour lui, Gregorius prend le premier train pour Lisbonne, bien décidé à plonger dans les méandres du passé de Prado.