Patrick Chamoiseau
Chronique des sept misères

folio

Françoise O.
À la page 80, j'ai eu le sentiment que c'était une chronique formidable, mais répétitive et donc sans fin. J'ai abandonné. Mais j'ai apprécié les poèmes des dernières pages.

Lona
Ça sent la banane, le romarin, le sucre de canne, la mangue et le tamarin et par dessus tout : ça sent le rhum ! Chamoiseau a un réel don pour croquer ses personnages avec humour et justesse. C'est plein d'esprit : on y rit de bon cœur, on peut y pleurer aussi ! Le langage est populaire, très imagé. C'est également une page de l'histoire des Antilles : la colonisation et l'esclavage, la main mise des Békés sur l'Ile, la déscolarisation des jeunes, la débrouille pour un djob, les croyances et les superstitions, les rituels, le recours à la religion quand cela arrange, la mutation vers la modernité : les importations de fruits et légumes venus par contenairs de la capitale, les supermarchés, le chômage, le statut des départements de l'outre-mer et l'assistanat par les allocations. Haut de couleurs et d'émotions : ça grouille d'enfants souvent illégitimes élevés seuls par leur mère, ça grouille de sexe et d'aventures sans lendemain. Chamoiseau est un merveilleux conteur des déshérités et des anonymes de son île, un défenseur de la créolité.
A lire sans modération.

Claire
Je n'ai rien à en dire ; ça m'a barbichonnée. Je l'ai ouvert à nouveau pour ce soir : j'avais tout oublié, il ne m'en reste rien...

Annick A
J'ai énormément aimé ce livre ; l'écriture me fascine, ce mélange de langues. Il y a un regard tendre sur les gens, mais le livre est dur, pour chaque personnage tout se termine mal. Je voyais les marchés, j'ai écouté ces histoires, fascinée comme une enfant. Le passage sur le jardin miracle est merveilleux. Dans la famine, Pipi arrive à faire un magnifique jardin que les ingénieurs vont totalement démolir : critique de la médecine, de la science... l'histoire du jardin met en évidence un mépris pour le peuple de la Martinique, la colonisation. Il y a de l'humour dans la description des personnages, c'est enchevêtré, ça va dans tous les sens. Il y a parfois des longueurs.

Brigitte
Je m'attendais à un livre formidable. J'ai tout lu, puis les annexes, j'ai fait l'effort, mais j'en avais jusque là.
On découvre un personnage, puis on passe à un autre... L'écriture m'a intéressée : avec le français entendu et modifié. Le français que nous parlons a le même rapport au latin. C'est intéressant de voir comment une langue se crée, in vivo. Je ne suis pas faite pour ce genre de livre, trop haché. Je suis déçue.

Françoise D.
Je suis de l'avis de Brigitte, on passe d'un personnage à un autre, c'est très touffu, brouillon. J'ai été déçue car j'avais beaucoup aimé Texaco, celui que nous avons lu est son premier livre (1986), alors que Texaco date de 1992 ; on peut donc dire avec satisfaction qu'il a fait des progrès... Mais j'ai apprécié l'écriture, riche, agréable, c'est du français enrichi de créole et... d'humour. Je trouve l'écriture plus riche que celle de Dany Laferrière, par exemple. J'ai aimé les anecdotes, les clins d'œil par rapport à la France, comme " FR3 a fait une place de 7 secondes au milieu d'un reportage sur la neige en France " ou des expressions comme " nous prenions courir ", " un jour trop semblable aux autres pour ne pas être différent ". Mais je me suis forcée à le terminer et j'ai fait l'impasse sur les annexes.

Renée
Ce texte est d'une très grande densité poétique. C'est de la poésie en prose. Il y a un rythme. Les images passent, la description du marché, le jardin riche et désordonné, on est pris dans ce désordre. Comme p.105, avec un " jeu de cannes ", métaphore des mangoustes, immédiate, rapide. Il reconstitue l'oralité des Antilles, il rend vivante la langue française. Il y a une description très précise géographique des lieux ; on repère l'architecture des marchés. Chamoiseau a choisi de s'occuper d'enfants, il est travailleur social. Il a une dimension baroque flamboyant qui évoque Garcia Marquès, avec un imaginaire débordant. J'ai rencontré Chamoiseau à la Martinique où j'ai fait un reportage pour France Culture. J'ai été saisie à l'arrivée à Fort de France, à l'hôtel, tous les clients blancs, tous les employés noirs. J'ai visité le musée historique de la Martinique et des kilos de culpabilité me sont tombés dessus. Heureusement, j'ai rencontré des gens très vivants. J'ai fait une émission entière sur le jardin créole, qui semble désorganisé, mais il y a un sens à découvrir, ce jardin, c'est leur identité créole, c'est un jardin identitaire.
Les gens boivent beaucoup de rhum. Chamoiseau est un personnage très sympathique.
Renée nous fait écouter la voix très agréable de Chamoiseau à propos du marché, dans son émission De bouche à oreille en mars 2003.


Marie-Thé
J'ai aimé ce foisonnement, cette vie débordante, cette fraîcheur et cette bonne humeur souvent là, malgré la misère. C'est une Martinique authentique qui nous est ici "contée" et qui grâce à ces pages ne tombera pas dans l'oubli. L'imaginaire tient une grande place ; le merveilleux est toujours prêt à surgir. Le langage est plein d'images. Tout cela est savoureux ; même dans la description de la déchéance et de la mort de Bidjoule ou de Pipi. Je n'ouvre cependant pas ce livre en grand, car je trouve que c'est parfois un peu fouillis et répétitif. Je connais assez bien cette Martinique dont parle Chamoiseau dans ses livres (je ne parle pas spécialement de Chronique des sept misères) et je l'aime. Mais je sais que beaucoup de choses m'échappent.
De ces pages je retiens particulièrement "les dix-huit paroles rêvées" d'Afoukal. L'auteur "remonte sa propre mémoire", "enterrée au plus loin de lui même", comme Pipi. Et il arrive à aujourd'hui, pose la question à la fin d'une parole : "est-ce que cela s'est perdu ?" (fin parole2), "ça a changé ?" (fin parole 7), "ce mirage n'a-t-il plus cours ?" (parole 9), "est-ce encore comme cela ?" (parole 10), etc. Et enfin "est-ce que la petite marronne se pratique encore aujourd'hui ?" (parole 13), "peux-tu comprendre cette vision morte que j'avais de ma vie si elle devait se continuer sans le maître ? Est-ce que cela se voit encore aujourd'hui ?" (parole 18). Les chaînes ne se voient plus, mais... Et puis cela m'amène au Manifeste pour les produits de haute nécessité, écrit par P. Chamoiseau, E. Glissant... début 2009, en soutien à la Guadeloupe : "nous sommes victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble." "On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement. On peut renvoyer la SARA (Société Anonyme de Raffinerie des Antilles) et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile."
Depuis les paroles d'Afoukal, Chamoiseau a écrit et j'aurais souhaité un livre plus récent. J'avais aimé Biblique des derniers gestes, mais il est trop long (si on manque de temps).
Je terminerai par Chamoiseau et Glissant réunis pour nous parler d'un "tout-monde" métissé et ouvert, "où les murs tombent" et par ces lignes extraites leur Lettre ouverte à Obama : "Et vous voilà, vous, fils du gouffre, qui levez maintenant un espoir entier, pour tant d'Américains et pour tant d'habitants du "tout-monde... Vous êtes un éclair tranquille d'imprévisibilité."
Ah ! Je profite de ce message pour dire que j'ai lu vos avis sur D. Laferrière ; je retiens surtout celui de Françoise O. (le dernier) ; comme je la comprends... Quel gâchis d'avoir abordé cet auteur par ce livre ; c'est vrai, ça ne donne pas envie d'en lire d'autres ; j'avais voté contre ce livre et vous avais proposé L'odeur du café, Le charme des après-midi sans fin... A présent je prévois une indigestion de littérature antillaise du côté de chez vous : Laferrière+Chamoiseau+Diaz…

 



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Les trois marchés de Fort-de-France sont pour les djobeurs les champs de l'existence, une manière de destin à l'intérieur de laquelle ils battent leur misère. Riches de leur seule brouette, mais aussi de leur verve et de leur tendresse, ils transportent les paniers de légumes...