Michel Pastoureau
Les couleurs de nos souvenirs

Seuil

Françoise O
J'ai commencé par être très déçue par le livre : le titre Les Couleurs de nos souvenirs m’avait fait rêver ! En fait, l’auteur raconte des histoires familiales de peu d'intérêt et ceci tout au long de certains chapitres. Mais cependant j'ai lu l'ensemble avec plaisir et j'ai appris pas mal de choses : la langue des blasons, les difficultés rencontrées au début du cinéma en couleur, le rôle accordé à certaines couleurs dans des traditions différentes... J'ai trouvée beaucoup d'intérêt au débat (p.114) entre les partisans du dessin et ceux du «coloris» dans l'Italie de la Renaissance. J'ai bien sûr, de par ma formation, une approche très différente de tout ce qui est définition ou classement des couleurs, mais je me retrouve en complet accord avec l'auteur sur une question pour moi fondamentale : deux personnes regardent un même objet coloré. Qui peut savoir quel est leur ressenti, est-ce le même ? Nommer la couleur ne permet pas de le savoir. Pardon de parler encore de mes élèves. Dans une expérience de chimie, un changement de couleur (annoncé) doit se produire en versant très progressivement des gouttes de liquide dans une solution : passage du jaune à un vert très fugitif puis au bleu. Il n'y avait presque jamais accord entre les deux élèves manipulant ensemble : «c'est vert» disait l’un, «mais non c'est encore jaune», disait l'autre (j'ajoute que dans cette époque révolue où le prof était censé détenir la vérité, ils me demandaient de nommer la vraie couleur ce que bien sûr, je ne pouvais pas faire !!!). Conclusion : ce livre soulève de vraies questions. Mais il est trop bavard... comme moi.

Monique
Je n'ai lu que le début. J'ai beaucoup travaillé avec des textes sur l'histoire de la couleur. Dans la collection des symboles, on voit les rappels aux couleurs qui varient. J'étais donc déjà séduite avant de lire le livre. J'ai aimé le passage sur les rayures car j'aime beaucoup les rayures, le bleu marine avec les blasers, une couleur que je n'aime pas, les vrais, les pas "classes". J'ai aimé cette vision que j'ai trouvée masculine. C'est ce qui m'a intéressée. Les anecdotes sont parlantes, comme l'exemple du pantalon rouge. Ça m'a rappelé des souvenir d'enfance lorsque le pantalon ne devait être porté que lorsqu'il faisait froid et avec une jupe seulement. Je me souviens aussi de la mode des fuseaux. Mais il est bavard. J'ai adoré le passage sur les dessous pastel dans les catalogues. Ils étaient en coton et on pouvait les faire bouillir. Les verts amande et parme. Le lavage à 100° faisait partir la couleur, les soutifs ne tenaient plus. Donc quand j'étais petite, le linge était seulement en coton blanc. Le rapport aux couleurs, son histoire, c’est intéressant. Sur les beiges, il m'a vraiment énervée, il est méprisant pour certaines catégories de couleur. Par exemple le "beige provincial". Il vend avec un titre accrocheur, un titre personnel mais il est pervers. Il nous bassine avec son poids : ça ne m'a pas intéressée. Pourquoi il ne fait pas une généralisation de son étude sans parler de lui ? Et le passage sur le cinéma en noir et blanc : je ne m'étais jamais posé la question sur la façon dont la couleur était considérée. En fait le noir et blanc prime. Pourquoi n'a-t-il pas étudié les faire-parts ? J'ai fait lire à mon mari pharmacien le passage sur les médicaments. Mon fils, qui vend des voitures, m'a raconté qu'il a manqué une vente : une cliente voulait une voiture gris foncé alors qu'il y avait des voitures gris clair. Il a même proposé un rabais de 1000€ qu'elle a refusé. Mon fils n'a pas compris ! J'ai envie de faire passer le livre, mais il nous roule car ce n'est pas une autobiographie qui nous intéresse.

Françoise D
Je reste dans la même veine que Monique. Je n'avais pas la tête à lire ce genre de livre. Je n'ai pas aimé les digressions où l'on parle peu de couleur. Le livre aurait été plus intéressant si le livre avait été plus ramassé. Cela étant, il y a des choses qui sont intéressantes comme l'origine de l'expression ventres-saint-gris. C'est vrai que l'on est souvent habillé en foncé. On réassortit à partir de ce qu'on a déjà. Je ne suis pas d'accord sur les couleurs avec le noir des arbitres qui auraient perdu une partie de leur autorité. Dans l'histoire des vêtements, on ne parle pas de la couleur, ni dans l'histoire de la peinture. C'est intéressant ce qu'il dit de la culture africaine. Mais je doute retenir beaucoup de choses de ce livre.

Jacqueline
C'est un livre qui se lit facilement, il n'y a pas de difficultés. J'ai aimé les anecdotes comme le pantalon par exemple. Quand j'ai débuté comme instit, nous étions toute en pantalon, il faisait froid. Le directeur nous avait sorti un règlement indiquant la température qui autoriserait le port du pantalon... Je trouve que cela n'apprend pas grand-chose. Les souvenirs ne font pas vibrer. Je suis obligée de reconnaître que j'ai appris quelques petites choses par exemple sur la peinture et ce qui change avec l'électricité. Le découpage des couleurs me heurte, mais c'est injuste ce qui est dit. J'aimerais qu'il m'en dise plus. Il ne va pas assez dans la langue. Je savais par exemple pour la neige.

Monique
Il a fait d'autres livres. Il ne peut que se répéter.

Jacqueline
J'ai pris un livre à la bibliothèque sur les couleurs, ça se répète. Je pourrais m'intéresser à ses souvenirs s'il était un vrai écrivain.

Françoise D
Le vélo jaune, c'était marrant.

Jacqueline
Finalement ça ne m'intéresse qu'à moitié.

Claire
Je trouve que vous avez fait un contresens. Françoise, tu dis que tu n'as pas appris grand-chose...

Françoise D
... j'ai dit que je vais pas mal oublier...

Claire
Mais ce n'est pas un essai sur la couleur.

Françoise D
... ce n'est pas un roman...

Claire
Je suis quand même déçue que le livre ne vous ait pas plu, c'est moi qui l'ai proposé. J'ai adoré ce livre. Je l'ai lu avec un plaisir analogue à celui concernant le livre de Pierre Bayard, où l'esprit savant le dispute à l'humour, au style et, oui, à l'esprit. Il appartenait à une classe qu'il définit, mi-bourgeoise, mi-bohême. Ça m'a rappelé Klaus Mann dans Le Tournant, les histoires de son milieu. Ça m'a passionnée : son enfance, ses rencontres. C'est à travers ces rencontres qu'il découvre la peinture. Les histoires des 5 grand-mères, c'est extraordinaire, de la plus diplômée à la moins diplômée, la dernière. C'est vrai ce que vous dites sur les digressions mais ça quand même intéressée. Ses souvenirs c'est comme un fil où il accroche sa science, qui se déroule avec son histoire. On n'entre pas dans toute l'ampleur de sa science mais seulement par un petit bout : sa connaissance de la couleur. Du coup, on aborde plein de choses, par exemple sa connaissance du drapeau où il n'y a pas encore de spécialiste. Il liste des pistes de recherche (p.168) j'adore. Il est curieux. Jamais je ne suis intéressée à la couleur. Il m'émerveille car il s'interroge sur des aspects sur lesquels on ne s'interroge jamais. Je ne trouve pas qu'il la ramène. Le fait qu'il est gros : il a une espèce de distance. Ce qui m'a plus ce sont les digressions. Il n'y a pas de hasard, c'est composé. La déclinaison sur les couleurs de cheval, les accords des mots des couleurs, le vert administratif, le rouge boniface. Il parle beaucoup du lycée Michelet à Vanves, j'y ai fait du footing. Pour la fin, je regrette ce qu'il a fait : il ne se laisse pas assez aller : il fait une synthèse plus banale, c'est dommage. Je trouve ce concentré autobiographique intéressant. Je devinais qu'il avait une architecture très construite mais je m'y perdais. C'est une autobiographie chromatique. Ce n'est ni un roman, ni un essai.



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Que reste-t-il des couleurs de notre enfance ? Quels souvenirs gardons-nous d'un lapin bleu, d'une robe rouge, d'un vélo jaune ? Ont-ils vraiment revêtu ces couleurs? Plus tard, lesquelles associons-nous a nos années d'études, à nos premières amours, à notre vie d'adulte ? Comment la couleur s'inscrit-elle dans le champ de la mémoire ? Comment est-elle capable de la stimuler ? de la transformer ? Ou bien, au contraire, comment est-elle victime de ses caprices ou de ses intermittences ?