Quatrième de couverture : - Monsieur l'abbé, je voudrais vous dire quelque chose, articulai-je avec difficulté.
Il leva vers moi des yeux attentifs.
- Voilà. Je suis flambée.
- Vous êtes flambée ?
- Oui. Je me convertis. Je suis à vos ordres.
Morin parut consterné...
- Vous êtes peut-être un peu trop fatiguée, ou sous-alimentée, ces temps-ci.
- Non, je ne suis pas fatiguée, et on vient de toucher des pommes de terre...
- Elle est complètement braque, cette fille, murmura Morin.

Léon Morin, prêtre a été adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville, en 1961, avec Jean-Pierre Belmondo dans le rôle du prêtre.

Béatrix Beck
Léon Morin, prêtre
L'Enfant chat

Nous avons lu ces livres en novembre 2010.
Béatrice Szapiro, petite fille de Beatrix Beck, elle-même écrivain, était présente.

Françoise O
J’ai adoré L’enfant chat. Pour Léon Morin, prêtre, je me suis laissé prendre : si vous étiez pasteur, vous m’épouseriez. Est-ce seulement ça qui sépare les protestants des catholiques ? J’ai lu aussi Des accommodements avec le ciel qui m’a fait découvrir les mésententes entre Belges et par rapport aux Français. Il y une détestation profonde entre tous ces groupes.

Béatrice
Ma grand-mère était belge, née dans un hôtel en Suisse. Elle devient française avec le prix Goncourt.

Françoise O
Et puis j’ai lu L’épouvante et l’émerveillement où elle parle de sa petite-fille, Béatrice Szapiro. Le bébé qui parle, c’est énervant. La décharge a été écrit au retour d’un voyage aux USA ; c’est un vrai roman, contrairement aux précédents qui étaient autobiographiques. J’ai été frappée par les fantasmes sur l’inceste paternel. Les textes écrits par l’institutrice sont sidérants. Cette œuvre m’a beaucoup plu, je suis entrée dans toutes ces émotions.

Monique
Je ne connaissais pas du tout Béatrix Beck. J’ai lu Léon Morin, prêtre sans avoir vu le film. J’ai aimé le côté moderne du livre, sa liberté de ton, l’insolence, la provocation. On sent une énergie juvénile.

Béatrice
Elle l’a écrit à 40 ans.

Monique
J’ai beaucoup aimé l’aspect fragmentaire du récit. On passe d’une scène à une autre tout à fait différente. L’auteure ose la méchanceté ; elle refuse la pitié, même quand les gens sont dans des situations difficiles. Le portrait du prêtre est magnifique. Il y a des moments de réflexions philosophiques très poussées, sans que ce soit lourd ni gênant. Il y a un travail sur les songes ; il n’y a pas d’amour charnel, sauf en rêve. On va au-delà de l’érotisme. Je suis étonnée que Béatrix Beck ne soit pas plus connue.

Brigitte
En Normandie, j’habite à 5 km de chez B. Beck et j’ai rencontré Béatrice Szapiro à l’occasion d’une soirée organisée en l’honneur de sa grand-mère. J’avais lu Léon Morin, prêtre ; j’ai été frappée par la modernité, mais aussi par les problèmes existentiels qui sont décrits dans ce livre, à l’époque où se déroule le récit et toutes les questions qu’on pouvait se poser. Il me semble qu’aujourd’hui, ce sont des questions qu’on ne se pose plus. Ensuite j’ai lu L’enfant chat et, bien que je n’aime pas les récits d’animaux, j’ai aimé la description de la région qui est aussi la mienne. J’ai reconnu dans certains des personnages les personnes réelles du village dont elle s’est inspirée.

Jacqueline
C’est intimidant de ne pas avoir l’écrivain ici, mais sa petite-fille. Je serais plus à l’aise pour donner mon avis devant l’auteure. Je ne connaissais pas du tout B.Beck quand j’ai lu Léon Morin, prêtre et j’ai été touchée par l’atmosphère : la description de l’administration, les conversations des personnages, on rentre complètement dans cette époque. Je n’ai eu aucune éducation religieuse et je ne connais rien à ce sujet. La rencontre avec le prêtre m’a beaucoup intéressée. J’aurais aimé lire les livres qu’il prête à la narratrice, pour mieux comprendre leurs échanges. J’ai été bouleversée par l’histoire de cette femme, par les portraits des Juifs qu’elle accueille : justesse, sans indulgence, férocité, mais elle est complètement solidaire. Les difficultés de la vie, la petite fille cachée à 30 km de là car elle est à moitié juive. La mère de B. Beck était protestante. Mais j’ai quand même des réserves sur cet aspect très catholique.
J’ai lu L’enfant chat, c’est un vrai délice, la description de la nature. C’est une écriture très personnelle. J’ai été touchée par la vieille dame, j’ai été séduite, sous le charme. Puis j’ai commencé Confidences de gargouilles que je n’ai pas fini. C’est une conversation avec une journaliste, et j’ai eu l’impression de parler avec l’auteure. J’ai trouvé des réponses aux questions que je m’étais posées en lisant Léon Morin. B. Beck explique comment elle organise son travail d’écrivain, elle travaille beaucoup, mais l’écriture est très facile. On peut rencontrer la vérité, mais c’est une vérité à soi, dans le rapport auteur/narrateur. Elle explique dans Gargouilles qu’elle était accrochée à l’église, mais à l’extérieur ; elle était mystique, mais pas croyante. De La petite Italie (son dernier livre) j’ai lu la première nouvelle, c’est un point de vue sur une famille italienne qui vit à Grenoble dans la misère.
J’ai été contente de découvrir cette auteure et la justesse de son point de vue.

Muriel
J’avais vu Beatrix Beck à Apostrophes et je l’avais trouvée très sympathique. J’ai vu aussi des bribes du film. Je trouve l’histoire intéressante, le prêtre est très bien, intelligent, humain : cette relation est intéressante, bien que le prêtre ne cède pas. L’héroïne est mystique, elle ressent un appel très fort. Je comprends que des gens se sentent tout à coup attirés. Il y a de l’humour, ce n’est jamais pesant. L’enfant chat, c’est très bien, sauf quand il parle et qu’il va à l’école...

Françoise D
J’avais vu le film. Comparé au livre, il est beaucoup plus lourd, compassé, alors quand j’ai abordé le livre... quelle bonne surprise ! J’ai été bluffée par l’humour, la liberté de ton, le langage du prêtre, très libre, le recul qu’a la narratrice par rapport aux situations dans ce contexte tragique. Ce livre est toujours actuel, étonnamment moderne, il n’a pas pris une ride. Je l’ai recommandé à tout le monde autour de moi, et j’ai bien sûr soutenu ce choix pour le groupe. Ensuite, je n’ai pas lu L’enfant chat mais Une mort irrégulière qui raconte la mort de son mari et qui chronologiquement se situe avant Léon Morin ; j’ai aimé aussi, et j’en recommande aussi la lecture : le ton est déjà là ; mais Léon Morin est plus abouti, plus écrit, plus consistant. J’ai lu aussi Une lilliputienne qui fait partie de sa deuxième période, c’est-à-dire qui n’est plus autobiographique, mais purement romanesque. Mais là, j’avoue que j’ai été moins intéressée, il ne m’en reste pas grand-chose.

Claire
Je m’attendais à un livre ennuyeux et j’ai été abasourdie par Léon Morin Prêtre. Ce personnage de prêtre, cette rencontre, sont jubilatoires dans un arrière-plan tragique. J’aurais voulu connaître le père Morin ; c’est un personnage sensationnel. La narratrice et lui sont « de grands personnages ». Je l’ai même lu une deuxième fois, toujours avec la même délectation. Quant à L’enfant chat, elle y joue beaucoup avec la langue (Minuit crétins) et, comme remarquait Monique, on glisse tout à coup vers une grande profondeur ; un exemple : « le conseil municipal lui octroie un panier garni pour éviter de l’inviter au déjeuner du troisième âge (elle doit en être au cinquième). Triste façon de fragmenter la vie, un peu comme la pornographie qui parcellise l’être. » Après la guerre la joie avait goût de pléonasme. L’écriture est très travaillée, sans gras. Les descriptions, les perceptions, sont très fines ; par exemple, pour les amis des bêtes, le chat qui dort forme un rond « qui n’a plus ni queue ni tête ».

Annick
Je suis allée de surprise en surprise. J’avais vu le film Léon Morin prêtre il y a très longtemps et n’en avais qu’un souvenir vague. J’ai été happée, saisie par le regard abrupt porté sur les autres, sans concessions, ni nuances, la situation tragique de cette jeune femme et sa fille. C’est travaillé pour être lu de façon directe, simple, juste. Cette histoire de grâce qui lui vient, ça me fascine (car personnellement je n’ai jamais rien ressenti de tel). J’avais peur que ce soit ennuyeux, en fait c’est remarquable, c’est dû à la personnalité des protagonistes. Les questions qui se posent concernent tout un chacun sur la vie, la mort, et dépassent largement le cadre d’une religion. C’est peut être autobiographique, mais il y a une vraie distance, et ce n’est pas gênant. J’ai été très intéressée, et je vais lire d’autres livres de B. Beck.

Jacqueline
Elle dit dans ses entretiens qu’elle ne pouvait écrire que sur ce qu’elle connaissait.

Annick
C’était une vraie rencontre. Le film est plus formel. Morin est un personnage exceptionnel, on ne tombe pas dans la bluette. Je me pose beaucoup de questions sur cette expérience mystique.

Manuel (qui n’était pas présent et dont l’avis tranche)
Léon Morin m'a surtout intéressé pour le contexte historique car, sans avoir lu le premier volume de la série des Barny, on a l'impression de prendre une situation en cours. J'ai trouvé le début laborieux avec toutes les saynètes mis bout à bout... Le livre ne m'a pas paru être un tout cohérent et a quand même vieilli.


Les Bretons
Léon Morin, prêtre n'a pas vraiment séduit tou(te)s les paroissien(ne)s présent(e)s : de l'être exceptionnel, moderne, intègre, communiste, à l'individu qui profite de la situation pour s'aliéner de pauvres femmes en manque de compagnonnage masculin, il s'est prêté à tous les rôles. Certains ont loué la pertinence des dialogues, une autre les a trouvés fastidieux. Tous ont reconnu le talent de la narratrice (de l'auteure) pour camper la vie quotidienne sous l'occupation, banale et cruelle, avec détachement et humour. Des portraits au scalpel : la nature humaine dans tous ses états ! Livre daté.

 


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Quatrième de couverture : « La mère herbe m'a apporté un chaton blotti dans son tablier, vrai patchwork qu'elle tenait relevé à deux mains. Elle a dit : "S'appelle Soizic" en clignant son œil unique... J'ai protesté. N'ayant pas de souris, je ne veux pas de chat. »

Olga Bredaine, veuve et professeur à la retraite, ne restera pourtant pas insensible à cette boule de poils. Surtout lorsque cette dernière, un soir d'orage, vient se blottir contre elle et prononce son premier mot  : « Peur. »
Et ça ne sera pas le dernier...

Qu'on ne s'y trompe pas : nulle mièvrerie dans ce livre mais une perception de la vie toute en cruauté, tendresse et humour.

Béatrix Beck a obtenu lle prix Goncourt en 1952 pour Léon Morin, prêtre. Elle vit aujourd'hui en Normandie.

Préface de Valérie Marin La Meslée, qui a publié un livre d’entretiens avec Béatrix Beck, Confidences de Gargouille (Grasset, 1998).