Catherine Lépront
Des gens du monde

Nous avons lu ce livre en mai 2011.

Claire
Ce livre m’est tombé des mains, rien ne m’a retenue.

Brigitte
Mon avis est proche de celui de Claire, mais je suis allée jusqu’à la page 60. Je lisais L’aliéniste. Cela m’a posé des questions : le livre raconte des choses qui devraient (m’)intéresser, et ça ne marche pas. Pourquoi ? L’écriture ? On sent le procédé. Je suis restée à l’extérieur ; même si la narratrice dit "je", ça ne suffit pas à faire passer l’émotion. Tout y est : des vies compliquées, des clins d’œil, elle fait des efforts, ça ne marche pas. Il y a une vitre qui me sépare de ce livre.

Françoise D
Au début j’ai eu des craintes, je me suis dit que j’allais m’ennuyer. Et puis Line entre en scène, la narratrice fait presque une déclaration à son égard, et là j’ai pensé "super !"... voilà le fil rouge du récit, ou plutôt le pivot, ça va ajouter une dimension à ce/ces récit(s). Et puis non.
Mais cependant, malgré cela, je suis entrée dans le livre, j’ai été charmée par certains des portraits extraordinaires qu’elle nous offre : Madame de ; Marguerite et son fiancé mort en 14 éternellement jeune à qui elle parle comme s’il était là ; les Pirouelle – c’est du Zola – l’Eulalie qui veut absolument mourir la première et qui en peaufine la mise en scène ; les pensionnaires de Lily Macao, les tziganes qui m’ont fait penser à Grâce et dénuement d’Alice Ferney. Et bien d’autres, tous intéressants. Cette infirmière est constamment confrontée à la maladie et la mort mais ce n’est jamais pathos ni manichéen ; on est plongé dans la France profonde, chez les humbles. Je m’interroge sur le lien narratrice/auteure car c’est criant de vérité, on a vraiment une impression de vécu. Mais la narratrice ne parle jamais de sa vie privée, ses rapports à ses enfants, leur père ?...

Claire
C’est quoi le projet ?

Françoise
La vie des gens justement.

Claire
Y a pas une histoire.

Françoise
Il y a des histoires, mais contrairement à Taxi par exemple, ces histoires font un tout, l’histoire d’une communauté car chaque portrait n’est pas isolé, elle parle en même temps des autres personnages.

Brigitte
C’est convenu quand même.

Françoise
Moi j’y ai cru, ça m’a confortée dans mon idée qu’il n’y a pas de gens ordinaires ; à chaque fois qu’on gratte un peu, on découvre toujours une histoire individuelle, propre, spécifique. J’ai aimé cette palette de descriptions, et l’écriture qui va avec. J’ai été très émue par la dernière page.

Jacqueline
J’ai découvert Catherine Léprond il y a sept ans. Elle est peu connue ; un article du Monde m’avait donné envie de la lire. J’ai été émerveillée par Des lèvres qui remuent. J’aime ses phrases longues. Dans la foulée, j’ai lu celui-ci et j’ai pensé que c’était une autobiographie. J’ai retrouvé sa capacité d’attachement aux personnages. Ce livre est à la fois la description d’un milieu et le roman d’une entrée dans l’écriture. Elle abandonne son métier très dur, elle n’en peut plus. Elle a écrit des tas de romans, le dernier est un récit sur la guerre d’Algérie, Le beau visage de l’ennemi.
Ce livre (Des gens du monde) me rappelle Sortie d’usine de François Bon. Je l’ai proposé parce que je l’ai aimé, et quand je l’ai relu, j’ai eu peur car c’est un gros livre, et aussi peur de la réaction au style, mais je pense que c’est une écriture qui se mérite. C’est son 4e ou 5e livre, ses héros sont toujours inclus dans une réalité de travail. J’ai été sensible à la phrase en exergue de Cormac McCarthy.

Claire
Ça me fait penser à Taxi, où pareillement le narrateur n’est pas assez présent.

Françoise
Elle est beaucoup plus présente quand même, elle parle de ses lectures, elle prend position, elle n’est pas neutre, et elle fait le lien entre les gens (contrairement à Taxi).



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À la toute fin des années 1970, une infirmière prend son poste au cœur de la Charente-Maritime, de La Rochelle à Nieul. Pays d'agriculteurs, de pêche, d'ostréiculteurs, de cultivateurs, d'hommes et de femmes aux mains calleuses, certains poursuivant les traditions, d'autres empruntant les chemins de la modernité (telle que la monoculture intensive). Des êtres qui tour à tour vont se livrer, se confier à cette jeune infirmière à l'occasion de ses tournées le long de la mer, dans la campagne, suivant le rythme des marées, se remplissant d'odeurs d'algues et de coquillages. Des tournées qui plongent directement la narratrice dans l'intimité de ces gens en souffrance, de petites gens, anonymes pour beaucoup, mais qui n'en méritent pas moins un attachement (et donc un portrait brossé par la narratrice).