Sophie Calle
Des histoires vraies

Nous avons lu ce livre en septembre 2012.


Monique
Les textes m'intéressent au moins autant que les photos.
Ses petits textes sont des croquis excellents, tirant d'un événement les grandes lignes, avec une force incroyable, sans aucune fioriture ou élément décoratif superflu. Ils sont d'une efficacité redoutable. Pas de mélo, même quand elle exprime parfois une vive souffrance; un sacré humour noir, mais jamais de méchanceté...
Chaque petit texte dessine le squelette dur d'une histoire, sujet potentiel d'un roman.
A chaque touche, on voit la narratrice tenter de sortir de tout cadre et en même temps ne jamais échapper à soi-même; tenter plein d'expériences qui mêlent l'autre, le hasard, ou le vide, mais en fin de compte se dessine une individualité, qui se raconte, qui se cherche..., qui essaie de composer avec ses fantômes.
Chaque artiste compose avec sa propre vie ; de même chaque spectateur et chaque lecteur.
Sophie Calle joue avec les limites, les frontières. Elle arrive à nous faire croire que plus que les autres elle fait son œuvre avec sa vie.
Comme dans les autofictions : on peut se demander qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est imaginaire, dans quelles proportions le réel est-il subjectivé ?
Sophie Calle explore les grands sujets qui nous travaillent, nous extasient, ou nous font terriblement peur : la rencontre, l'amour, l'abandon, la mort.
C'est pour cela que je l'aime, que j'aime tout ce qu'elle fait.
J'adore son œuvre. Tout. Je suis pas à pas tout ce qu'elle fait, depuis ses séries de photos quand elle se fit femme de ménage dans un hôtel de Venise.
Parfois, quand même, on se dit : elle va un peu loin ! Quand elle parle, expose les autres, ses proches (la mort de sa mère filmée - exposition - par exemple). Mais toujours quelque chose de très tenu, d'inexplicable, empêche son travail in fine de de sombrer dans la vulgarité, le sordide, ou l'irrespect.
A chaque fois qu'elle fait quelque chose de nouveau, c'est toujours inattendu, et en même temps, je me dis c'est bien d'elle !

Annick A
En deux mots j'ai trouvé ce livre très plaisant. C'est une très bonne idée d'accompagner le texte par des photos. Sophie Calle a l'art de dissocier le fond et la forme. Ce qui laisse une impression d'un petit livre léger et drôle en contradiction avec le contenu plus douloureux du texte.
Jacqueline
Je l'ai lu dans le métro, ça m'a fait la ligne. C'est de belles histoires, c'est très agréable ; c'est à la fois humoristique et ça soulève des choses profondes. C'est comme si ça faisait partie de notre vie, comme si c'était une amie. Je suis allée voir son expo à la galerie, j'ai été séduite par cette impression de calme ; ça me plait beaucoup. Est-ce de la littérature ? Je ne sais pas ce qui fait son efficacité.

Mireille
Je ne connais pas Sophie Calle. J'avais vu l'expo à la BN où elle demandait à 107 femmes d'expliquer un mail de rupture. Ce sont des histoires très bien écrites, elle a le sens de la chute. Certaines ne m'ont fait aucun effet, je ne les ai pas comprises. Il y a beaucoup d'écrits sur elle. Je suis un peu déçue par rapport à l'expo.
Françoise
J'ai tout aimé. Oui, elle a l'art de la chute. En général, je n'aime pas les nouvelles car ça me frustre ; mais là, non. J'ai savouré chaque histoire comme un bonbon, à chaque fois au goût différent. J'admire son imagination, moi qui n'en ai aucune (mais où elle va chercher tout ça ???) J'avais vu l'hommage à sa mère au Palais de Tokyo et c'était émouvant, pas voyeuriste. Elle est nombriliste ok, mais elle nous touche parce qu'il y a toujours une autre dimension. Pas comme cette artiste américaine qui ne fait que des photos d'elle, c'est d'un ego insupportable. Ce livre n'est pas un chef d'œuvre, certes, mais c'est un beau cadeau à faire, pour ce qui contient, et parce que c'est un bel objet.

Henri
Je suis nouveau dans le groupe et j'essaie de ma caler sur les règles du groupe, et je considère l'objet. J'ai lu cela comme un caramel ou un carambar avec l'histoire qu'on y trouve. C'est amusant. Les photos ne m'ont pas passionné. Les mecs sont anecdotiques. Page 75, la dernière phrase me parle. C'est un objet, pas un livre, C'est pratique à offrir. Je préfère qu'on m'offre Sophie Calle qu'Echenoz, ça s'offre difficilement.
Claire BC
J'ai adoré. J'adore les fragments, Barthes parle du plaisir infini du fragment. Il y a beaucoup de fragments qui pourraient être des romans. Ce n'est pas gratuit. Je crois à son histoire de toute la famille qui veut qu'elle change de corps. J'ai adoré l'avis de Monique. J'ai aimé les photos où il y a décalage avec le texte. Il n'y a pas de complaisance, elle ose dire des choses. Cela m'a fait penser à la liste des chambres de Perec.
Claire B
J'ai vu plusieurs expositions d'elle, M'as-tu vu à Beaubourg ou les menus de la même couleur, j'y pense quand je mange du melon et du gouda, un œuf dur et un yaourt...
Parfois je me dis, c'est puéril, comme le texte où elle envoie son lit à un inconnu, elle a que ça à faire... Ou je m'ennuie, les films devant la mer avec les Turcs qui voient la mer pour la première fois (j'ai vu cette expo à Arles l'été dernier).
Mais je ne suis pas que sous le charme : l'expo sur sa mère à Avignon dans une église m'a vraiment plu (oh non ! oh non ! oh non ! c'est ce que je me dis à chaque tournant de pilier de l'église). Quant à ce livre, c'est vraiment un bijou. J'ai retrouvé ce même livre dans une ancienne édition, plus brève, plus jolie peut-être. C'est vrai que certains rapports texte-image comme dit Claire sont redondants et elle charrie, ne s'est pas fatiguée, mais d'autres, indissociables, sont formidables de surprise, d'humour de vie et de profondeur parfois : ça résonne. L'écriture est dense. Quel talent ! Un livre unique par rapport à tous ceux qu'on lit.
Elle raconte dans un article incroyable du Monde comme naissent ses œuvres ; elle dit ceci de son travail : " Le lien de tout ce travail, depuis près de trente ans, c'est l'absence. Un homme que je suis et auquel je ne parle pas, des tableaux volés, des gens qui ne voient pas, un homme qui ne m'aime pas, la mort de ma mère... Je vais aussi reprendre un projet entamé il y a quelques années avec Florence Aubenas sur des gens qui ont disparu. Ils ont descendu l'escalier familial et on ne sait plus où ils sont passés. On a interrogé des familles. On a travaillé un an. Et puis Florence a été enlevée en Irak, et c'est elle qui a disparu... " (voir l'article sur Sophie Calle du Monde du 1er janvier 2012)


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Sur le bureau traîne négligemment depuis des années une lettre d'amour. Je n'avais jamais reçu de lettre d'amour. J'en commandai une à un écrivain public. Je reçus, huit jours plus tard, une belle lettre de sept pages, écrite en vers, à la plume. Elle m'avait coûté cent francs et l'homme disait : " moi, sans faire un geste, j'ai été partout où vous alliez. " Sophie Calle, Des histoires vraies. ...