David Grossman
Une femme fuyant l'annonce

Points



Jacqueline
C’est un bon livre. J’ai eu des difficultés avec le début. C’est un bel hommage à l'amour maternel. Un livre pacifique. Un livre très dur ? C'est l'horreur de la guerre. J’ai été prise par le livre. Il fournit une belle entrée dans un pays inconnu. Et la randonnée nous montre des paysages magnifiques ; on quitte ainsi l’ambiance de guerre pour des envolées dans la nature. Il me reste beaucoup d’images. Je garde une image très forte de l’hôpital clandestin. Très curieusement j’ai été surprise par la fin, j’ai l’impression de ne pas l’avoir comprise, comme s’il y avait un changement de perspectives. J’ai lu le dernier livre de Grossman, une sorte de cantate à un enfant mort, Tombé hors du temps (Jacqueline lit un passage à haute voix, correspondant à une parole d’homme sur l’enfant).

Geneviève
Je viens de finir le livre dans un café. C’est un livre que je fuyais depuis longtemps. J’ai eu des difficultés lors des premières pages à l’hôpital. Après ça démarre. J’ai avec le livre un rapport de proximité et en même temps d’étrangeté. J’ai été intéressée par la relation triangulaire, le traitement des rencontres des corps, la structure de la randonnée. On sort des stéréotypes sur Israël : rejet des Arabes mais aussi rejet de la guerre. Après c’est un univers très complexe. Le personnage d’Ora est insaisissable. Elle a un côté jeune et en même temps, vieille. Envahissant parfois. Sur le plan narratif, j’ai été gênée par certains éléments. Heurtée est fascinée par Avraam, le passage ou il rentre après la torture. Reste-t-on humain ? Qu’a-t-on perdu de soi ? Je pense au mythe des guerriers invincibles chez les Israéliens, et le livre montre la faille de ceux qui ont été torturés et qui ne peuvent en faire cas. Il y a une grande force émotionnelle, c’est un grand roman avec des effets dérangeants. Il n’y a pas de parti pris facile. Je suis très contente de l’avoir lu.

Henri
Je n’avais pas trop envie d’y entrer, le livre traînait sur ma table de nuit depuis plusieurs mois. Mais j’ai bien aimé. La construction d’abord, avec des choses inachevées (exemple le chauffeur). De grands moments comme le passage avec les chiens ensauvagés ; je me suis demandé de quoi c’était la métaphore ? Le tirage au sort et la culpabilité qui en résulte pour ceux qui échappent à la torture. La fusion entre la narration effectuée par Ora puis des passages de narration vraie et, cela malgré l’absence de séparations. Arrivée au deux tiers, j’ai un peu peiné, j’ai lu la dernière page, puis je me suis accroché. Je trouve que cette fin, qui n’est pas résolue, est la meilleure fin possible. C’est une façon pour l’auteur de conjurer également l’annonce. Je manquais de références historiques par exemple concernant toutes ses tombes disséminées au fur et à mesure du chemin. Il y a dans ce livre une épaisseur, il en reste durablement quelque chose.

Mireille
J’ai lu le livre à sa sortie. J’avais déjà lu Quelqu'un avec qui courir. Cette mère qui fuit l'annonce sans portable, c'est très touchant. L'auteur a perdu son propre fils durant l'écriture de ce livre. J’ai beaucoup aimé le prologue : ces adolescents abandonnés à eux-mêmes la nuit, dans cet hôpital déserté. J’aime la façon dont le livre distille au fur et à mesure les informations. Ora, elle est ambivalente, parfois attachante, parfois agaçante. Quand elle raconte toute l’enfance, les allergies... c’est un pensum. J’ai été surprise de découvrir qui est le père de l’enfant. La construction est passionnante, pas toujours facile. C’est une femme toute-puissante. Il n’y a pas vraiment de fin.

Françoise D.
C'est moi qui ai proposé le livre. Il a une richesse incroyable : un tas d’histoires, l’arrière-plan effroyable de l'auteur qui a perdu son fils. J’ai aimé le livre dès le début. Je l’ai lu durant une randonnée à pied. Et j’avais hâte de me coucher le soir pour retrouver le livre. Il est vrai que beaucoup de choses nous passent au dessus de la tête car on ne connaît pas assez le contexte. Je lis et recommande les Chroniques de Jérusalem, un roman en bande dessinée d’un auteur canadien qui a vécu en famille un an à Jérusalem, et qui décrit la complexité de la société israélienne.

Manu
Il faut du temps. Beaucoup de choses sont dites en quelques pages. Une seule femme, avec beaucoup d'hommes. Elle n’est pas sympathique. Il y a des plans de coupe dans le récit. La séparation de la mère et du fils est racontée par l'émission de télévision, avec un côté cinéma ; plusieurs événements sont racontés sous plusieurs années. J’ai été quatre fois en Israël et je perçois la complexité des relations avec la Palestine. La lecture est passionnante, c’est un pays fascinant.

Claire
Je déteste les gros livres. J’ai lu celui-ci dans de bonnes conditions, en vacances et avec randonnées... D’abord avec intérêt, relatif à tout ce que vous avez dit. L’héroïne est assez exaspérante. Et la supporter pendant toute la randonnée a été au-dessus de mes forces. J’ai lâché le livre. Je suis allée découvrir la fin ; le texte de Grossman qui suit fait un choc. Bref j’ai été lassée par le compagnonnage avec cette femme. L’auteur épuise son lecteur – en ce qui me concerne...

Monique D.
J’avais lu le livre à sa sortie après un voyage en Israël. Je connaissais l’histoire de l'auteur. Je l’avais lu d'une traite. Puis elle je l’ai relu pour notre séance. Je suis réservée sur la longueur du livre, mais cependant je suis très émue par celui-ci. La mère est pleine de contradictions comme la patrie, le pays. J’ai été portée par le rythme des souvenirs de la mer, de la marche.



La séance se termine par un inventaire des séries télé… Geneviève a écrit sa thèse en regardant des séries télé. Il faut chercher pour trouver quelqu’un, quelqu’une qui échappe à cet engouement...



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Sur le point de terminer son service militaire, le jeune Ofer accepte une dangereuse mission de vingt-huit jours en territoire palestinien. Comme pour conjurer le sort, sa mère décide de s'absenter durant cette période. Fuyant la nouvelle tant redoutée de sa mort, elle entreprend un long voyage en compagnie de son ami Avram. Tant qu'elle continuera à raconter à son ami la vie d'Ofer, tant que les messagers de l'armée ne parviendront pas jusqu'à eux, son fils sera sauf.