Julie Otsuka
Certaines n'avaient jamais vu la mer

10/18


Manon
J’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé ce récit poétique, original, par lequel on se sent concerné alors qu’on ne l’est pas. Je me suis sentie journaliste comme si j’interviewais ces femmes.

Mireille
J’ai beaucoup aimé. Je l’ai donné à lire à mon frère. Le nous est très original. C’est comme un lamento répétitif d’une grande force. Ce nous est envoutant. Il met en relief une collectivité de femmes aux destins individualisés. L’auteure est très discrète sur l’histoire ce qui m’a amené à m’informer sur ce qui s’est passé entre l’Amérique et le Japon. Ces femmes ne manquent pas de courage pour affronter le bateau, leur mariage avec des hommes qui ne correspondaient pas à ce qui leur avait été dit et enfin leur exil. Les hommes sont absents. On ne sait pratiquement rien d’eux. La fin est très belle avec la parole donnée à l’entourage. Quand les familles japonaises quittent en hâte leur maison, les voisins, les enfants pensent à eux, les évoquent pour finalement les oublier.

Brigitte
Le titre est bizarre – sur ce titre là je n’aurais jamais acheté le livre... C’est une situation que je ne connaissais pas ; j’ai beaucoup aimé l’écriture. L’auteure a trouvé un moyen, une écriture pas du tout habituelle ; on a toutes les facettes comme un kaléidoscope. J’ai moins aimé la fin, le souffle est moins fort, le début est très bien, la deuxième partie un peu moins bien. Ces femmes étaient dans la grande pauvreté. Je ne sais pas si leur vie était meilleure au Japon. Elles ont eu un rêve – déçu pour la plupart – mais elles ont réussi à s’intégrer.

Annick A
On ne sait pas lesquelles.

Patricia
Il y a une ascension sociale.

Brigitte
Je ne suis pas aussi pessimiste que Mireille car les Japonaises s’intègrent bien. Ce qui est terrible c’est la rumeur à la fin. Je pense que Julie Otsuka avait dans sa famille cette histoire. On oublie c’est cela qui est impressionnant (avec l’histoire du pull). C’est un très bon livre.

Monique
Je n’ai pas été jusqu’au bout du livre. Dans l’ensemble, j’ai aimé mais ne suis pas absolument emballée. La partie du voyage est un parallèle avec les voyages négriers. La déception par rapport aux rêves, les petits boulots, j’ai bien aimé. Quand elles deviennent domestiques dans les familles, on voit la misère affective de certaines Américaines riches. Je n’ai pas réussi à suivre différentes personnes, n’ai pas eu d’émotion pour chaque cas. Le chapitre des naissances m’a semblé comme un « catalogue ». L’auteur a-t-elle trouvé cela dans les archives ? Les accouchements c’est la limite de son usage du nous, la limite de la méthode. L’émotion n’est pas au rendez-vous car c’est trop mélangé. Cela évoque beaucoup de choses qu’on voit encore en ce moment. L’histoire des camps et de la peur quand il y a eu guerre entre Américains et Japonais m’a rappelé que ce fut la même chose pendant la guerre de 1940 en Mayenne. Des Juifs ont été pris pour des Allemands à cette époque ; cela me rappelle les gens du voyage. J’ai été gênée par les stéréotypes. Je ne suis pas d’accord, le travail des champs ce n’est pas le fin du fin. Les maris sont des Japonais qui ont émigré précédemment. Mais ce n’est pas évident pour le lecteur.

Patricia
A la fin ils ont acquis un meilleur niveau de vie.

Monique D
J’ai beaucoup aimé. J’ai un peu décroché concernant les traîtres. Ce nous c’est comme une mélopée, j’ai beaucoup apprécié. Cela évoque bien les problèmes des gens déplacés. A la fin « les Japonais ont disparu de notre ville. » : ils sont partis en camp. On ne sait pas grand-chose de leurs conditions de vie dans ces camps. L’écriture est très belle, avec des phrases courtes. J’ai été prise par le livre mais j’ai un peu décroché à la fin. Le début m’a beaucoup plu : le bateau, la découverte de la situation et de leur nouvelle vie. Tout est dur, pas seulement le travail des champs. C’est un déracinement, la confrontation avec une culture, une langue. Elles sont courageuses, elles s’y mettent.

Annick A
J’aurais aimé dire que j’ai aimé. Mais je n’ai pas vraiment aimé. Le nous vire très vite au catalogue. Dans la vidéo que Claire a indiquée, l’auteur dit qu’elle a utilisé ce nous pour parler de tout le monde. Mais du tout, on ne suit pas l’histoire de chacune. Elles sont dans une grande histoire, mais pas d’histoire individuelle, elles sont dépersonnalisées.
Ce qui est raconté, je ne le connaissais pas et c’est un sujet très intéressant. Cette écriture permet-elle de bien savoir ce que ces femmes ont vécu ? Elles sont très courageuses mais elles ne se révoltent pas, elles subissent. Elles considèrent avec éloge cette soumission. Est-ce culturel cette soumission ? Est-elle typiquement japonaise ?

Manu
Aux USA l’homme et la femme marchent côte à côte alors que chez les Japonaises c’est différent.

Annick A
Ce choix du nous appauvrit la connaissance de ces femmes. C’est très impersonnel. C’est un bon livre.

Mireille
A propos de la soumission ce que tu dis m’évoque la prostitution, cette non révolte des femmes prostituées.

Françoise D
D’accord avec ce qui a été dit par beaucoup : je suis partagée pour ce livre, intéressée par cette forme de narration. Ca va bien sur le bateau, car elles sont une masse. Le but est de raconter l’histoire de ces femmes dans leur globalité. J’ai d’abord cru qu’elles allaient rejoindre des époux américains. J’ai vite compris qu’il s’agissait de Japonais. Mais assez vite le procédé a des limites. Toutes ont des destins différents. Le passage sur la domesticité m’a évoqué le livre La couleur des sentiments. On arrive à l’épisode des camps pour Japonais aux USA mais ce n’est pas le propos premier de l’auteur. Le livre m’a plu mais avec ces limites. Heureusement ce n’est pas un gros livre. Je suis contente de l’avoir lu.

Annick A
J’ai été intéressée par la réaction des gens au moment du départ des Japonais. Quand ils sont partis, une conscience se met en place. On aurait pu faire quelque chose mais on ne l’a pas fait !

Séverine
Je suis partie avec un a priori très positif. Je pensais que c’était pendant la guerre de 1940. Je rejoins beaucoup ce qui a été dit. On est happé par l’exercice stylistique qui peu à peu s’épuise. Je n’ai pu m’approprier aucune histoire, ça n’a créé aucune émotion pour moi. Je ne réussis pas à resituer dans la grande histoire. Donc j’ai eu du mal à accrocher. Je suis un peu déçue. Le début est bon, très poétique mais ne tient pas sur la longueur. J’aurais aimé des cas plus personnels. Je ne suis pas emballée.

Patricia
J’ai beaucoup aimé le livre. J’avais lu un livre sur des orphelins portugais (vers 1600) se mariant au Brésil. Ces deux récits se ressemblent. Le livre brésilien est écrit au « je ». Le nous ici est très original mais il faut un livre court. J’ai beaucoup aimé le chapitre sur la première nuit. Les accouchements, c’est beaucoup moins réussi. Les deux premiers chapitres sont les meilleurs. Il n’y a pas que des choses horribles. Ces femmes acceptent leur situation, elles ne veulent pas rentrer au pays. Elles sont plus soumises au travail qu’au mari. On ne réussit pas à retracer des parcours, cela créé une distance. Il y a un processus de ghetto. Les enfants deviennent américains. Ils s’en sortent et vivent en ghetto. C’est très intéressant avec des inégalités.

Manu
J’ai été passionné par ce livre. Mes parents sont immigrés. Mon père est arrivé en France, puis mère, puis les enfants. Toutes ces femmes dans le livre ont la nostalgie de leur pays. Les ancêtres sont restés au Japon. La fin m’a passionné : quand ils pensent être intégrés eh bien non ! C’est la limite de l’immigration. On passe alors du « nous » des japonaises au « ils » des américains. Mais il y a trop d'histoires : « qui trop embrasse mal étreint ». Heureusement que le roman est court.

Claire
C’est moi qui ai pris le risque de proposer ce livre. J’ai aimé, beaucoup aimé. Je préfère qu’elle ait tenu ce choix de narration. Je n’ai pas été gênée de ne pas suivre une destinée. Quel est le sens des italiques ? Des citations ? Des paroles de femmes ? Personne n’a parlé de la distance de la narration. On n’entre jamais dans la conscience des femmes. Cela évite le pathos. J’ai lu l’autre livre que Julie Otsuka a écrit, Quand l'empereur était un dieu. On est dans une famille, il y a la rumeur, le père est emmené, puis la femme et les enfants doivent partir : la femme détruit ce qui vient du Japon et part dans les camps. On retrouve dans cet autre livre la même distance. C’est aussi un récit de faits. On suit les enfants. Longtemps après ils reviennent, retrouvent la maison saccagée. Ils attendent le père qui revient « l’ombre de lui-même ». Il y a eu un échange de lettres. Ces femmes n’expriment jamais d’apitoiement. Personne ne craque jamais. L’auteur a un site assez sobre. Sur le plan littéraire le plus fort est la distance. On est tenu à distance sans atténuer la dureté. Je regrette qu’on n’ait pas conservé le titre américain en français : Le bouddha dans le grenier. Terrible aussi est le processus d’immigration quand les enfants rejettent leur famille pour mieux s’intégrer.

Patricia
L’enfant renvoie à ses parents le fait qu’ils pratiquent moins bien la langue. C’est mon cas, je suis brésilienne et mon enfant est français. Il connaît des expressions que je découvre.

Séverine
Il n’y a pas d’apitoiement mais c’est typiquement japonais. Ils sont très pudiques. Ils sont fatalistes comme pour Fukushima.

Claire
Dans les remerciements à la fin du livre, elle ne cite que des ressources bibliographiques, elle ne parle pas de sa famille ni des témoignages qu’elle a reçus après son premier livre (puisque c’est le deuxième). Un article de Newsweek présente quelques photos de sa famille arrivant, il y a aussi une photo de camp, c’est poignant. Dans la vidéo où elle parle de ce livre, elle mentionne des témoignages reçus.

Manon
Chaque fois qu’il est question des Chinois, l’auteure explique qu’ils sont moins bien que les Japonais.

Patricia
Ils ne se mélangent pas avec les autres, c’est le cas des communautés asiatiques.

Sandrine
Ce roman a été également sélectionné par un autre groupe de lecture dont je fais partie et sincèrement je ne comprends pas l’engouement pour ce livre. Mis à part le thème qui est passionnant et que nous fait découvrir l’histoire et la vie de ces Japonaises installées sur la côte ouest des Etats-Unis, le style m’a semblé décousu et le sujet effleuré et non évoqué en profondeur comme il mériterait de l’être. J’ai lu ce livre en diagonale et il ne m’en reste que quelques impressions éparses et sans grande consistance.

 



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Au début du XXe siècle, des jeunes Japonaises embarquent par dizaines pour la Californie afin d’y rencontrer leurs futurs maris. Au bout de l’éprouvante traversée, un homme, un pays, une langue inconnus…