Jean-Marie Blas de Roblès
La montagne de minuit

J'ai lu


Mireille
J'ai lu La Montagne de minuit : Bastien et Rose m’ont mollement attirée. Toutefois leur envol pour le Tibet a réveillé mon intérêt pour le Tibet occupé. J’ai regardé sur internet, en images et vidéos, leur périple à Lhassa : le monastère du Drepong, l’ascension de la montagne sacrée du Chakpori et des toits du temple du Jokhang avec une vue grandiose sur le Palais du Potala. J’ai lu un article récent avec photos sur la folie agressive et destructrice chinoise à l'œuvre à Lhassa. Les prosternations répétées et en souplesse des Tibétains d’un âge certain m’ont éberluée...

Claire
Mireille ne parle pas du livre...

Françoise
Elle en a profité pour voyager…

Jacqueline
Je l’ai lu très vite dans le train. J’ai aimé la façon dont l’auteur dépeint les choses ambiantes aussi bien à Lyon qu’à Lhassa : on a l’impression d’y être. Je n’ai pas vraiment accroché à cette histoire de Tibet, mais j’ai voyagé avec eux ; j’ai un souvenir très fort du Tibet après cette lecture. J’ai aimé les retournements, les mises au point réalité/fiction autour du Tibet, c’est un procédé intéressant.

Manon
Je l’ai lu il y a assez longtemps. C’est intéressant à propos du Tibet, mais sans qu’on n’y trouve d’informations nouvelles. Je me demande même si l’auteur y est vraiment allé. J’ai été intéressée par ce qui est dit sur la guerre de 40, le poids de l’histoire ; cette guerre semble loin, mais il existe encore des gens qui l’ont vécue. La place du mensonge est intéressante : Rose, comme Bastien inventent : lui qu’il était SS ; et elle, sa mère : s’est-elle vraiment suicidée ? Par ailleurs il y a trop de détails, par exemple quand elle rencontre le chercheur, où on ne sait plus ce qui est vrai ou pas : mais c’est trop long, trop détaillé.

Monique
Je l’ai lu assez vite. J’ai été captivée par le départ, les personnages mystérieux, la rencontre de Bastien et de Rose avec son petit garçon. Je n’avais pas du tout vu venir le coup du voyage au Tibet. A partir du moment où ils y arrivent, ça m’a beaucoup moins plu, c’est beaucoup plus maladroit ; à quoi servent toutes ces descriptions ? Il y a des coupures dans le récit ; tout à coup ils sont au Tibet. La mort de Bastien reste, elle, très énigmatique. Il est allé là-bas pour voir quelque chose et immédiatement il est mort : c’est une sorte de maléfice qui le tue. Je n’ai pas aimé la rencontre de Rose avec Tom, c’est très cliché ! L’histoire de l’école bouddhiste à Munich a-t-elle existé ? A la fin, on dit que c’est totalement inventé. Rose se demande comment il est devenu bouddhiste. Rose est partie parce qu’elle pensait avoir un cancer du sein, ça pourrait être intéressant et puis ça fait plouf ! Finalement on ne reparle plus du tout de cette maladie... Puis le narrateur devient le fils de Rose, je ne sais pas ce que cela apporte de plus au récit. Y a-t-il ou non une aventure entre Rose et Tom ? J’ai l’impression que ce récit est une sorte de prétexte pour nous raconter quelque chose sur le Tibet, mais la description du Tibet m’a déçue. La fin déçoit aussi par rapport à ce que faisait miroiter le début.

Claire G.
Le début était prometteur. La fin est décevante. En cherchant, j’ai vu que l’auteur a été enseignant au Tibet. J’ai aimé à la fin le dialogue à deux voix. Le ton est poétiquement léger pour un sujet grave. Beaucoup de pistes ne sont pas creusées. Les portraits psychologiques ne sont pas approfondis. Je n’ai pas vu le problème du cancer éventuel de Rose. J’ai apprécié que l’on parle du Tibet, mais c’est plutôt documentaire.

Françoise
J’ai aimé l’écriture (enlevée, facile à lire), j’ai aimé la construction. Le fils écrit, la mère commente ce qu’il écrit. L’auteur ouvre effectivement beaucoup de pistes qui n’aboutissent pas. La montagne, la mort de Bastien, le nazisme ? On apprend des choses qui aboutissent à des culs-de-sac. L’auteur l’a-t-il voulu ou n’a-t-il pas su faire aboutir son récit ? On apprend que l’école bouddhiste en Allemagne n’a jamais existé, c’est décevant.

Monique
La mort de sa mère, c’est peut-être la clef...

Françoise
Avec cet épisode de la mère de Rose qui se suicide quand sa fille lui révèle que l’homme qui l’a torturée s’est fait passer pour un résistant. C’est un livre intéressant, agréable à lire mais inabouti.

Claire B.
C’est un livre objet très agréable à regarder (la couverture) et ouvrir avec son beau papier et ses caractères délicats. Je l’ai lu il y a un bon mois et demi et l’ai donc bien oublié... Je l’ai reparcouru rapidement. L’intérêt du livre me semble ses mystères. Dans l’écriture même, il y a des décalages : l’écriture est tenue, puis arrive le mot « barbaque » dès la première page. Le début m’a semblé captivant ; j’ai vu des changements de narrateur et je me suis mise à noter si le chapitre était à la troisième personne ou à la première et dans ce cas qui était le je : mais je n’en ai pas tiré grand-chose... ; la mère qui s’adresse à son fils qui a écrit le ou les chapitres précédents, ça m’a semblé artificiel. C’est un livre sur la vérité fluctuante qui nous échappe tout le temps. La construction intellectuelle qui le sous-tend (différents narrateurs + ce thème) ne me semble pas tenir bien la route. J’étais contente de la virée au Tibet, mais les détails m’ont un peu barbée. Le titre « La montagne de minuit » fait référence à ce que Bastien dit de la fin de ses études de bouddhisme avec son maître, mais bof. Le tout dernier chapitre avec les commentaires dans la marge tombe un peu à plat, je trouve. J’aimerais savoir ce que l’auteur a écrit d’autre, si c’est très différent ; il fait aussi de l’archéologie. Je suis d’accord sur cet avis que le livre n’est pas accompli.

Yanis
J’ai apprécié la qualité de l’édition que j’ai entre les mains. J’ai eu du mal à partir du moment où ils prennent l’avion. J’ai bien aimé l’écriture, les images. La relation Rose/Bastien est intéressante. Le début est original. C’est à la page 25 qu’on s’aperçoit que c’est le fils de Rose qui est le narrateur. La dernière petite note c’est « Qu’est-ce que je fais avec tout ça ? », c’est ce que je pense... Que faire de tous ces mensonges ? J’ai aimé aussi la relation de Bastien avec l’enfant. Le fait que Bastien est rejeté par tous alors qu’on ne sait pas pourquoi n’est pas crédible.

Monique
On peut penser que c’est pour des raisons de pédophilie, mais après on voit bien que ce n’est pas crédible non plus.

Yanis
C’est très bien écrit, avec de belles tournures.

J’ouvre pour le début.

Brigitte
J’ai beaucoup oublié... J’aime bien le nom de l’auteur, qui évoque l’Espagne. Et d’ailleurs, on arrive dans un couvent de Jésuites à Lyon. Le début est intéressant, bien parti. J’ai tout lu, mais l’intérêt a baissé. Le Tibet, j’ai peu lu à ce sujet dans la littérature ; je retrouve les temples, comme j’ai vu en Corée ou au Vietnam. Quelque chose manque en effet : ce n’est pas à nous de rechercher la cohérence, quelque chose manque même si c’est bien parti. Qu’aurait-il pu faire pour que ce soit mieux ?... La Montagne de minuit m’évoquait La Montagne magique. C’est bien sur la vieillesse. Il y a des possibilités, mais... peut mieux faire...

Jacqueline
Tout est déconstruit au fur et à mesure. Il y a une réflexion sur la fiction.

Françoise
Il trompe le lecteur.

Claire G.
Il joue avec nous. On doit faire des liens.

Manon
J’aurais aimé que les brigades existent.

Monique.
La mère s’est trompée. Que faire avec le suicide de sa mère ?

Manuel
Le début du livre m'a beaucoup plu: écriture naïve et personnages attachants. La rencontre avec Mme Sévère et la relation avec les voisins a un côté très Amelie Poulain. Le livre se gâte avec le voyage au Tibet. Lla rencontre avec Tom: qu'est-ce qu'il vient faire là ? Le dialogue avec le fils m'a paru artificiel : l'auteur avait peur qu'on s'ennuie ? Je n'ai pas cru un instant à l'histoire du SS et de l'école tibétaine en Allemagne. J'ai lu ce roman sans déplaisir mais fichtre que c'est tiré par les cheveux !

Claire lit quelques extraits d’une interview :

Après le baroque, le foisonnement stylistique de Là où les tigres sont chez eux, La Montagne de Minuit semble extrêmement épuré. Votre écriture semble s’adapter au lieu de votre narration.
C’est le cas. La concision, l’effacement maîtrisé me semblaient nécessaires pour donner tout son poids à cette fable tibétaine.

Une dizaine d’années d’écriture pour Là où les tigres sont chez eux, et un an après La Montagne de Minuit, avez-vous acquis une facilité d’écriture, ou vous sentiez vous plus libre sur le sujet ? Avez-vous acquis une plus grande discipline d’écriture ? et si oui, quelles sont vos habitudes d’écriture ?
J’avais commencé La Montagne de minuit durant la période où Là où les tigres sont chez eux ne trouvait pas d’éditeur. Il s’agit d’un projet auquel je pensais depuis plusieurs années, alors même que je terminais mes Tigres. L’écriture du roman précédent m’a probablement servi, mais je ne sais pas encore de quelle façon. Pas pour la facilité d’écriture, en tout cas... J’en ai retiré sans doute une plus grande conscience des processus narratifs, et peut-être une meilleure compétence dans le maniement de la langue. Quant à la discipline d’écriture, elle est acquise depuis très longtemps. Lorsque tout est prêt, documentation et vision claire de ce que je veux raconter, j’écris de 5 h du matin jusqu’au soir sans me préoccuper d’un délai quelconque.

Ici encore, vous mettez en œuvre votre prédilection pour les structures compartimentées, les narrations à plusieurs voix. Pourquoi ce choix ?
Ce n’est pas un choix délibéré. Cela vient peut-être de mon goût pour les anamorphoses, les reflets, la mosaïque. De ma méfiance instinctive, même dans la fiction, pour ce qui pourrait apparaître comme une vérité absolue. J’ai besoin de cette relativisation, semble-t-il, pour conserver toute sa force au questionnement.

Bastien votre héros, si l’on peut dire, est traversé par une volonté de transcendance, de spiritualité. Pensez vous que cela est une quête moderne ? Est-ce la vôtre ? L’écrivain a-t-il vocation à transcender l’humain ? Doit-il viser une universalité ? Le chemin en est il l’introspection ou le voyage de préférence ?
Bastien est à la recherche d’une sagesse. Il croit l’avoir trouvée – et sans doute à raison – dans le bouddhisme tibétain, mais il ne reflète que le délaissement dans lequel se trouvent nos sociétés occidentales depuis la « mort des dieux » et la chute des idéologies qui promettaient, sinon une transcendance, du moins des lendemains nouveaux. Comme je le fais dire à l’un de mes personnages, ce qui est grave, « ce n’est pas que les hommes ne croient plus en Dieu, c’est qu’ils sont prêts désormais à croire en tout ». Cette quête d’une transcendance de substitution, et comme par défaut, n’est certainement pas la mienne. Elle ouvre grand les portes à la superstition, aux spiritualités de pacotille voire à l’obscurantisme. De mon côté, je suis profondément athée. La seule universalité que je reconnaisse à l’homme est d’être jeté au monde en dehors de tout projet divin et en sachant qu’il est mortel. C’est donc à lui de poser ses propres valeurs, de se construire en tant qu’homme et de faire en sorte d’habiter le monde au milieu des autres. Ce constat sartrien, qui passe par la démystification systématique et le refus de la mauvaise foi, continue à poser, me semble-t-il, les conditions d’un véritable humanisme. L’écrivain fait ce qu’il peut avec tout ça. Il se raconte des histoires en essayant de vivre sa propre vie. Il chante, plus ou moins bien, en alternant les cigarettes et les verres de whisky.

Quels sont vos auteurs de prédilection, vous qui aimez les fables représentant la réalité ? Avez-vous découvert dernièrement de jeunes auteurs qui vous passionnent ?
Borges, Flaubert, Lowry, Huysmans, Thomas Mann... Mathias Enard, Arno Bertina, et toute l’équipe de la revue Inculte pour la nouvelle génération.

Extrait de http://chroniquesdelarentreelitteraire.com

Avis de 13 Bretons

Un voyage moyennement apprécié pour la majorité d'entre nous. Voici les cotes d’amour :
- 3, ouvert au quart
- 7, ouvert à la moitié
- 2, ouvert entre moitié et trois quarts
- 1, ouvert aux trois quarts.

Ce que nous avons apprécié :
- les thèmes :
Vérité/mensonge, la vérité fluctuante dans les récits oraux (confessions, souvenirs...) et les écrits (le roman, les lettres...)
Les (bonnes) raisons et les bénéfices du mensonge... : « Entre dire et ne pas dire, il existe toujours une 3ème voie »...
La vérité de nos personnages : les rôles que nous jouons...
Ce que nous sommes et ce que nous montrons et les préjugés et jugements qui vont avec : Bastien, gardien et lettré..., le regard de Rose change lorsqu'elle apprend la vérité...
La culpabilité/le rachat : Rose et sa mère, Bastien et ses père et frère...
Le Tibet : pays, peuple et philosophie, l'oppression chinoise, la dénonciation des rumeurs de collaboration Tibet/nazisme, dénonciation également de l'obscurantisme, de l'eugénisme, des dictatures, de la consommation...
Le sens de la vie…
- la recherche de « la vérité » dans les relations TIBET/NAZISME (une découverte pour beaucoup d'entre nous)
- la facture du livre : joli petit ouvrage aux éditions Zulma
- un début réussi, de bon augure....
- livre qui ouvre des portes, incite à des recherches, pose plus de questions qu'il ne donne de réponses
- le pouvoir de la parole et des mots qui aident ou tuent... des phrases qui aident à vivre (des bagages de sagesse)
- face à face de l'historien et du romancier (qui inventent la vérité)
- le travail sur l’écriture : se livrer au regard des autres...
- le conte : sens, symbolisme et objet
- les propos sur la religion, les Jésuites, le parallèle entre les rites chrétiens et bouddhistes
- certaines descriptions : Lyon (pendant la guerre, la fête des lumières, Baudelaire dans la ville), la foule bariolée des Tibétains, leur ferveur, leur résistance « hors normes », leur dévotion indéfectible au Dalaï Lama...
La destruction du Tibet par les Chinois signalée petites touches par petites touches au fil des pages - très réussi -
- la cohérence des personnages, pris individuellement. (Bastien, le bouddhiste ; Tom, un autre chemin vers l’éveil, etc.)
- l'explication fort intelligente et drôle du Mandala de Kalachakra, la symbolique du Mandala, l'impermanence : le Mandala de sable retourne à la rivière...
- les funérailles célestes (le cheval de Przewalski : sa présence signalée dans les Monts d'Arrée par Mariethé)
- l'écriture simple, tenue et colorée, une navigation aisée jusqu'au « Désaveu ».
Les différents niveaux d'écriture utilisés sont significatifs.
- le voyage initiatique
- les pigeons à sifflet : une découverte !
- l'importance des rencontres
- des passages émouvants : Paul, enfant, l'aveugle, Bastien, l'acceptation du don (parallèle Afrique/Asie)

Ce que nous n'avons pas aimé :
- la platitude du style
- la partie « Désaveu » très indigeste ; des annotations de Paul incompréhensibles
- la construction du livre (roman dans le roman) ; récit dense mais très confus qui ne fonctionne pas.
Personnages et événements semblent plaqués: ils ne sont pas fondus dans le récit.
Livre plein de bonnes intentions mais raté.
- vocabulaire et expressions vulgaires, dialogues basiques
- le nom de Rose SÉVÈRE (un peu facile !)
- personnages sans épaisseur, peu attachants - pas de consistance
- partie romanesque ridicule


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Le vieux Bastien, gardien dans une école de jésuites, est un personnage mystérieux. Vivant seul, il ordonne sa vie selon les préceptes des croyances tibétaines. Le jour où il est forcé de prendre sa retraite, son monde bien ordonné vacille.