Ivan Gontcharov
Oblomov

Nous avons lu ce livre en novembre 2013.


Françoise D
Au début, de l’ennui. Une impression de théâtre : unité de lieu, unité de temps. Puis, en définitive, je me suis habituée. Le rêve avec un défilé de personnages, c’est assez marrant. On retrouve son enfance, le domaine. Là, on sort de la chambre.
(La pauvre Françoise a acheté sur internet le livre dans l’application Kindle sur Amazon. Il n’y aurait que la première partie. Le livre serait tronqué. Remboursez !)

Monique S
J’ai proposé ce livre lu il y a 15 ou 20 ans. C’est une de mes trois grandes lectures russes. J’ai été émerveillée par la typologie du personnage. J’étais avec lui car c’est très bien détaillé. Ce n’était pas l’ère de la psychologie... On parlerait peut-être maintenant de dépression. Le livre montre un aspect important de la vie humaine : je ne suis pas proche d’Oblomov, mais chacun a sûrement un petit côté d’Oblomov. C’est une étude fouillée du comportement humain. C’est triste mais aussi très drôle. J’ai oublié les détails. Je me souviens d’Olga et j’ai cru à cette relation puis Oblomov retombe dans l’asthénie.

Françoise
J’ai adoré le serviteur.

Monique
Sans ce personnage, Oblomov mourait.

Claire
Je déteste les gros livres. Assez vite, devant les répétitions, le comique de répétitions, j’ai eu une espèce de découragement ; ça va pas durer comme ça tout le volume ?! Mais j’étais sensible à ce jeu des personnages de Beckett comme dit la préface, on se croirait en effet dans En attendant Godot avec les sketches tragi-comiques d’Oblomov et de son serviteur. Et puis la rencontre avec Olga est d’un romanesque... et là, j’ai été emportée. J’ai adoré ce livre. Je le retrouvais avec du plaisir. Je comprends que ce livre soit un classique. Les Russes se sentent encore plus concernés par ce personnage, paraît-il.
La biographie de l’auteur, la préface et la postface sont passionnantes : un écrin qui met en valeur le texte.
Il y a toute une palette de personnages très divers, Olga est originale. La femme qui aime Oblomov est aussi un beau personnage. Au milieu des événements, il y a des réflexions sur les personnages, fluides, intéressantes. Je suis enthousiaste.

Patricia
Au départ, il y a un aspect ennuyeux comme si le romain se montrait aussi "paresseux". Le livre est composé comme une sorte de cercle, de cycle. Oblomov représente la Russie profonde. Les noms sont particuliers : Stolz : "fier", Oblomov : "carré, brisé".
J’ai beaucoup aimé le livre, très intéressant. La partie qui m’a le plus intéressée est la 4ème partie, mais je n’ai pas fini.

Jacqueline
Je n’ai pas terminé, j’ai lu aux deux tiers. Au départ, j’étais peu séduite, avec ces descriptions à la Balzac. Puis j’ai été gagnée par le sommeil d’Oblomov. Le rêve est passionnant. J’aime bien aussi Stolz. Il y a quand même plein de rebondissements. Je vais poursuivre car j’aime bien.

Manon
J’ai craint la longueur. Mais ensuite j’ai adoré. C’est mon premier roman russe. Je déteste Stolz qui donne des leçons ; il se place comme modèle. Il se marie avec Olga la femme qu’aimait son ami.
On est tous imparfaits. Et Olga aimait Oblomov comme il était, en robe de chambre. Je trouve passionnante la complexité d’Oblomov. Je me suis beaucoup attachée à lui, plus qu’à Olga, plus qu’à Stolz. Tout le monde lui fait la morale mais Oblomov vit sa vie, à sa façon ; il est formaté cependant par son enfance. C’est aussi une satire de la société de l’époque. Je suis contente de l’avoir lu et découvert. Je ne l’aurais jamais lu sans le groupe.

Séverine
J’ai aussi énormément aimé. Oblomov est un grand personnage attachant car il ne demande rien. Il vit selon ses idées. Il n’en souffre pas. C’est l’image des autres qui le renvoie à une incapacité. Il ne fait rien. Il ne travaille pas. Il n’est pas soucieux de ce qui l’entoure. Même sur le plan de l’hygiène. J’ai beaucoup aimé. Aujourd’hui je me demande comment son genre de vie serait accepté.

Mireille
Pour moi, Oblomov ne fait pas rien. Il est dans une jubilation de sa paresse qui est volontaire, qu’il défend et explique de façon passionnante auprès de Stolz (pages 234 à 249). Il pourrait mourir mais Stolz le bouscule, le réveille, lui présente Olga. Il est riche d’une vie intérieure. Il est le "double" de ses parents. Le cordon n’est pas coupé. Il est "captivant". Les autres personnages mettent en valeur sa façon de concevoir sa vie. Je n’ai pas aimé le badinage d’Olga mais qui permet à Oblomov de se réaffirmer dans sa position oblomovienne. J’ai trouvé la fin très belle avec Agafia qui est intéressante aussi. Tellement aimante, si simple, si peu intéressée. J’ai énormément aimé le livre d’une grande richesse.

Muriel (qui n’a pas lu le livre)
C’est quoi "son rien" ?
Oui, j’ai envie de le lire

Marie Thé
J'ai un peu la flemme (genre Oblomov ?), mais j'y vais. J'ouvre ce livre à moitié. (J'ai lu un peu plus de 300 p. seulement faute de temps). Je dirais que c'est un livre qui a tout pour être ennuyeux et qui pourtant ne l'est pas. J'ai aimé me plonger dans "cette Russie patriarcale du XIXe siècle", avec ces personnages "victimes incurables qu'ils sont des formes du passé" (cf. début préface). Mais on voit poindre la fin d'un monde ici.
C'est très théâtral, Guillaume Gallienne a d'ailleurs interprété Oblomov cette année au théâtre.

Claire
Je l’ai vu ! C’était formidable !

Marie Thé
J'ai assez aimé le songe d'Oblomov, l'évocation du monde de l'enfance, cette contrée merveilleuse où tout n'est que douceur. J'ai pensé à Tolkien, à La Comté, chez Bilbo le Hobbit. A Oblomovka, la maison et la maisonnée sont protectrices, il ne faut pas trop s'en éloigner, plus loin, c'est le monde des ténèbres. Plus tard, Oblomov se réfugie dans sa chambre, "protégé" de l'extérieur, inactif dans ce cadre protecteur, un peu comme autrefois les siens à Oblomovka, souvent victimes de ce "sommeil invincible et tout puissant".
Les histoires racontées par la nourrice à l'enfant occupent une grande place, même si toute réalité y est évitée. Plus tard, Oblomov "déplore que le conte ne soit pas la vie et la vie un conte". A noter le fort pouvoir du conte sur tous et pour toute leur vie. Plus tard, pour Oblomov, croyance aux fantômes disparue, mais peur et angoisse indéfinie. J'ai aussi pensé à Combourg, à Lucile...
Là où je suis arrivée, seule l'amitié fraternelle de Stolz et l'amour (pour Olga) réussissent à bouger Oblomov. Stolz, pour qui "il est compliqué et difficile de vivre simplement." " Les extrêmes opposés, même s'ils ne font pas naître la sympathie...ne l'empêchent nullement."
Pas le temps de continuer...

Avis du groupe breton "Voix au chapitre"
Ils étaient 12 chez Marie-Claire, avec vodka
Cotes d'amour :
1 : entier, 6 : 3/4, 3 : 1/2, 2 : 1/4 et 1 : refus de se prononcer.

Donc, des aficionados, séduits par :
- l'écriture classique, les dialogues alertes
- l'omniprésence d'une nature douce et protectrice
- les personnages complexes, touchants - de très beaux portraits -, fine description psychologique
- leurs relations : valets et maîtres "à la Molière", valets entre eux, amoureux /amoureuses
- une peinture de la société russe en plein changement (chaque classe sociale, avec ses rites, ses contraintes, ses règles dont les membres restent prisonniers toute leur vie)...
- de l'humour, de la drôlerie (par exemple le monde des fonctionnaires), pas d'ennui, malgré le peu d'action ; un récit hypnotique qui maintient en haleine ...
- l'éloge de la lenteur, de la paresse
- les réflexions très actuelles sur la vie, l'investissement dans cette vie, l'éducation, l'amour, la condition humaine
- l'importance de l'amitié et de l'amour (les deux seuls sentiments susceptibles de sortir Oblomov de son inertie)
- le portrait des 2 femmes "chargées de mission d'éveil au désir" auprès d'Oblomov
- la place de l'imaginaire, de l'obscurantisme dans l'éducation russe (qui formatent l'adulte de demain
Un roman fort et dense.

Des réserves, tout de même !
- une indolence épuisante
- une lenteur gavante
- un "récit tsé-sté" très efficace...


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Quatrième de couverture :
Partisan de la position allongée, Oblomov ne trouve le bonheur que dans le sommeil. Ni son ami Stolz, incarnation de l'énergie et de l'esprit d'entreprise, ni la belle Olga avec qui se nouera l'embryon d'une idylle, ne parviendront à le tirer de sa léthargie. Entreprendre et aimer sont décidément choses trop fatigantes.
Grand roman de mœurs, Oblomov offre une satire mordante des petits fonctionnaires et des barines russes. La première partie du texte constitue un véritable morceau de bravoure, irrésistible de drôlerie, décrivant les multiples tentatives toutes vouées à l'échec d'Oblomov pour sortir de son lit.
La profondeur du roman et la puissance du personnage n'ont pas échappé à des philosophes comme Levinas. L'inertie du héros est moins une abdication que le refus farouche de tout divertissement.
L'humour et la poésie sont au service d'une question que Gontcharov laisse ouverte : et si la paresse, après tout, était moins un vice qu'une forme de sagesse ?

 

À savoir :
Publié en 1859 en Russie, Oblomov paraît :

- en 1889, chez Perrin, avec une première traduction française signée P. Artamov et Charles Deulin, excluant des chapitres entiers du texte original
- en 1926, chez Gallimard, dans une traduction également très abrégée d'Hélène Iswolsky
- en 1946, aux éditions La Boétie de Bruxelles dans une première traduction intégrale du roman, par Jean Leclère, rééditée en 1969, illustrée, par le Cercle du bibliophile
- en 1959, au Club français du livre, dans une traduction d'Arthur Adamov, alors considérée comme intégrale ; quand au début des années 1980, les éditions Gallimard rééditent cette version tronquée dans Folio, leur collection de poche, elle est la cible de vives critiques ; en effet, cette édition ne met en évidence que le côté paresseux du héros et supprime une bonne partie de la fin du roman : c'est toujours cette version controversée qui est au catalogue de Folio
- en 1988, aux éditions L'Âge d'Homme, avec une nouvelle traduction intégrale de Luba Jurgenson ; cette traduction est reprise par le Livre de poche, en 1999 :