Delphine de Vigan
Rien ne s'oppose à la nuit

Le Livre de poche

 

Sandrine
J’avais adoré No et moi et Les heures souterraines, qui étaient à la fois bien écrits, originaux par les thèmes abordés et poignants par leur dénouement. Je me suis donc empressée de lire Rien ne s’oppose à la nuit dès sa sortie. C’est un bon roman, et j’ai eu la joie de retrouver cette écriture agréable et fluide. A nouveau, il s’agit d’une histoire poignante, mais à la différence des précédentes clairement indiquée comme autobiographique. Et même si l’auteur se défend d’avoir écrit un livre de règlement de comptes en expliquant que le manuscrit a été lu par les survivants avant la publication, je ne peux que me sentir mal à l’aise face à ce grand déballage quand on sait que certains antagonistes sont toujours en vie. Les révélations autobiographiques fracassantes sont certes en vogue parmi les auteurs actuels, mais je crois qu’il serait intéressant d’ouvrir un débat sur le respect de la vie d’autrui dans une œuvre assumée autobiographique.

Séverine
Pour ma part, c’est un livre qui m’a marquée. Je ne sais dire si j’ai aimé ou pas mais en tout cas, elle a le mérite de faire monter dans l’horreur la vie tragique de cette femme, de faire tomber le vernis de cette famille qui donnait l’image de la famille parfaite. Je crois que c’est un thème qui parle à tout le monde car à des degrés divers, nous avons tous nos secrets de famille, nos blessures familiales. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle entremêle l’histoire romancée de cette vie et la façon dont elle raconte comment elle s’approprie ce matériau pour en faire un roman. J’avoue que le livre m’a tiré des larmes et je n’arrive pas à savoir si ce sont des larmes faciles car le thème est facile ou au contraire si elle a su conter de façon grandiose une tragédie. Difficile aussi de se positionner sur ce genre de roman autobiographique tendance catharsis, voire voyeuriste. En tout cas, c’est la première fois où je regarde autant la couverture d’un roman en lisant le livre car je trouve que la photo choisie et dont elle parle dans le roman rend vraiment compte du personnage, de sa fragilité, de sa maladie et on se dit presque en regardant la photo qu’elle aurait pu faire l’exercice de se dire : à quoi pense cette femme ? Qu’est-ce qui rend triste son regard ? Cette photo est pour moi très troublante et indissociable du roman.

Jacqueline
J’ai démarré assez péniblement, la première partie ne m’emballait pas, avec la crudité de ce cadavre et ensuite la première partie de la vie de la mère. Je n’arrivais pas à accrocher. Des tas d’histoires de mères sont bien meilleures. Avec la 2ème partie, on se demande a-t-elle été violée ou est-ce un délire ? Les rapports de la mère qui est folle rendent le livre finalement très bien. Au fur et à mesure qu’on lit on découvre des choses. Le début me paraît artificiel. On me disait c’est un livre extraordinaire, je ne comprenais pas.

Monique
Je lis peu de fictions

Claire
Ça tombe bien, c’en n’est pas une...

Monique
Je lis peu d’histoires et j’ai plongé dedans jusqu’au bout. Je me questionne sur ce qui fait l’intérêt de ce livre. J’ai marché à fond. Beaucoup de personnages sont assez intéressants, on s’ennuie rarement. Ce qui m’a scotchée ce sont les faits divers, les morts, les trois suicides, l’inceste. J’aime bien les tribus. Mais il y a beaucoup de répétitions sur la grand-mère (Liane) toujours d’un bloc. Qu’est-ce qui reste s’il n’y avait pas tous ces faits divers ? Cette pâte familiale qui soutient tout le monde. La narratrice est soumise à des choses très lourdes. En tant qu’éducatrice j’ai eu des cas avec des parents fous. Je suis épatée par la narratrice, sa force. Et la créativité des personnages, les amitiés. Chaque chapitre évoque comment la narratrice écrit au vu des documents. Elle aborde un peu l’anorexie. C’est quand même un peu trop dilué.

Manon
C’est la troisième fois que je le lis. Je suis restée sans bouger pendant un mois et demi, il fallait lire... J’ai tout adoré : la photo de la couverture (la mère), le titre (Bashung), l’écriture qui m’a touchée ainsi que le questionnement : est-ce que je le tais ? Est-ce que je vais trop loin ? Le personnage de Lucile est extraordinaire. Pourtant la folie me fait peur. Elle fait comprendre quelque chose. Elle lui donne une part de lumière. J’aime les livres qui parlent de ma vie. J’habite rue du Faubourg Montmartre, comme elle... J’ai adoré ce livre la première fois comme la troisième fois. C’est un énorme coup de cœur. J’aime No et moi, Jours sans faim. Les jolis garçons moins bien.

Mireille
J’ai été complètement embarquée. J’ai été prise dans cette tribu. J’ai moins aimé la troisième partie quand elle fait des études. Ensuite j’ai oublié, il me restait une impression. Quand elle évoque l’écriture ça m’a peu à peu lassée. J’ai repris le livre avec « les faits divers » et ça fait beaucoup. Elle a un style simple facile à lire. Oui c’est une tribu bobo. J’ai pensé au film Festen qui va plus loin par rapport à l’inceste. J’ai été gênée, comment un personnage ne nous laisse pas de doute sur le viol – Georges – et ça passe... J’ai beaucoup aimé mais en y réfléchissant ce qui se passe autour de Georges (notamment le silence par rapport à ce qu’écrit Lucile à toute la famille) est impressionnant. Qu’est-ce qu’on fait de cela dans la famille ? Des questions restent.

Manuel (un des proposants)
Je suis arrivé à la fin du livre.

Annick
Quoi, tu ne l’avais pas lu !

Manuel
Ce livre a une grande qualité : il est facile à lire. Il y a des talents d’écriture : des formules, des coups de théâtre. J’ai enchaîné avec la Montagne de minuit. Ici aussi le narrateur est écrivain. Ce qui m’a gêné, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de pudeur, le lecteur est à la place du psy. Des choses m’ont gênée sur Jean-Marc. La folie me fait peur, je l’ai côtoyée de près. Elle décrit très bien les états. Cela m’a beaucoup intéressé. C’est la première fois que je lis un livre qui raconte cela aussi bien.

Monique
Si il y a de la pudeur. Elle s’empêche de dire des choses.

Manuel
Je trouve comme toi Monique que le livre aurait gagné à être ramassé. Des scènes ont peu d’intérêt, elle dit des choses très banales. Le grand-père Georges est marquant. C’est un personnage très intéressant. Je ne suis pas un psy. Est-ce que ce livre est pour le groupe de lecture ? Il y a un savoir faire.

Françoise
Oui je trouve que c’est un livre pour le groupe de lecture. Ce n’est pas un roman de gare. Elle se livre mais je pense avec pudeur. Elle nous rend compte de ses doutes, de ses personnages. Ce livre est une délivrance. Elle se déleste d’un gros paquet. J’ai une attirance/répulsion pour ce genre de famille. Elle cite Lionel Duroy dont j’ai lu deux livres Priez pour nous, où il y a une famille avec dix enfants et une mère dépassée par les événements et Le Chagrin. Il y a une espèce d’omerta sur Georges. J’ai adhéré, j’ai bien aimé. Même la fin. Elle se débrouille très bien avec ses allers-retours. Son modèle c’est Liane la grand-mère. Avec un super hommage à sa mère, touchant. Elle mène bien sa barque. Avec un succès certain.

Geneviève
J’ai été happée par le livre, je ne suis pas gênée par les hésitations concernant l’écriture. Je pense à ce qui se passe avec le roman Eddy Bellegueule et la mère de l’auteur qui serait intervenue à la FNAC. J’ai été captée au départ. J’ai été embarquée, touchée par le contenu. Et la grand-mère Liane qui dit ce n’est pas bien de raconter des choses comme ça sur votre grand-père ! Le livre est structuré avec ses deux faces ombre/soleil, côté pile et côté face. Je suis moi aussi d’une grande famille. Avec le côté nourricier de la grande famille. C’est autobiographique. J’ai été touchée mais je ne suis pas sûre que cela a créé un univers littéraire. Il ne va pas m’en rester grand-chose.

Patricia
Comme Monique, ce qui m’a intéressé c’est le côté faits divers. On est un peu curieux avec ce déballage de la vie intime. Je raconte ou pas ? C’est bien fait. Mais ce n’est pas la seule qui fait ça. Je pense à Christine Angot sur l’inceste que je ne lirai pas ou Marcela Iacub sur DSK. Côté telenovela, c’est pas mal fait. C’est un genre. Je n’aime pas trop ce genre. La littérature c’est plus que la vie. Elle réfléchit à je déballe ou pas, mais elle n’en fait pas grand chose. C’est un livre pour le groupe lecture en raison de la discussion que ça provoque.

Liz
Le problème est qu’il n’y a pas assez de fluidité. L’histoire est un peu faussée avec le commentaire de Delphine de Vigan. Je n’aime pas ça. C’est soit une fiction soit vrai. L’histoire est intéressante. Cette famille apparemment bien a beaucoup de problèmes. Beaucoup de gens ont une façade et en fait leur existence est différente. J’ai connu une famille comme cela. J’ai trouvé les personnages sans connexion possible avec eux ; il est difficile d’aimer Lucile. Elle est comme cela de par son enfance ou en raison de sa constitution ? Pour moi ce livre est plus facile à lire sans argot que Total Kheops (Liz australienne est en France depuis peu...) Ce roman écrit par une femme évoque les drogues, une communauté, c’est intéressant mais je n’aime pas vraiment. Je n’ai pas appris quelque chose.

Monique
On ne s’identifie pas à quiconque.

Claire
La 4ème page de couverture personne n’en n’a parlé : l’auteur présente son histoire à la première personne et quand on retourne le sous-titre est « Roman » ! J’ai détesté ce livre ! J’exagère j’ai sauté des pages – le viol m’a retenue avec tout le silence incroyable autour. Ce n’est pas un livre pour le groupe de lecture parce que vous avez tous confondu l’auteur et le narrateur. Ça ne m’intéresse pas que vous parliez des personnages. Ce n’est pas un livre littéraire. Vos propos me confortent là-dessus... vous parlez des personnages et très peu du livre...

Annick A
Pourquoi je ne l’aurais pas proposé au groupe de lecture ? Je me suis laissé prendre. On est capté. Ce qui m’a intéressée c’est qu’elle essaie de se mettre à distance. En quoi ce livre donne-t-il à penser ? Ce livre m’a émue. Cela touche à l’émotion, à la fascination de ce qui est trouble. Ce qui m’était resté de cette famille, c’est ce côté pervers très peu travaillé, sans analyse et réflexion, elle raconte, et alors... Ça apporte quoi ? Est-ce qu’on attend d’un livre qu’il nous touche ? Pas seulement. Ça ne donne pas à penser. La folie est très bien montrée, avec de belles descriptions. Comme c’est biographique, qu’en sait-on de cette mère ?

Léonore
J’aimais le livre. J’ai été accrochée. J’ai été prise. L’histoire de la famille est intéressante même si ce sont des faits divers. En même temps ce n’est pas très profond. Les horreurs ne m’ont pas vraiment touchée, c’est comme un article que j’aurais lu sans que j’aie un rapport avec les personnages. Lire ce livre c’est un plaisir mais sans profondeur. Le rapport que la narratrice a avec nous quand elle parle de son écriture ça va au début, mais à la fin c’est maladroit. Elle ouvre des questions mais elle n’y répond pas ou donne peu d’éléments pour que le lecteur trouve les réponses. Pourquoi ce livre ?

Annick
C’est un livre thérapeutique.

Geneviève
Elle laisse peu de place aux personnages.

 

 


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Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. D. de V.