Daniel Keyes
Des fleurs pour Algernon

Annick LJ
J'ai été très déçue par la lecture de Des fleurs pour Algernon, dont j'avais tant entendu parler par des spécialistes de la science-fiction : j'ai trouvé ça fabriqué (le début en particulier), une caricature du roman pour la jeunesse (je parle débile et enfantin puisque mon personnage l'est) et je me suis ennuyée tout du long (c'est très long) car la progression est sans surprise (il devient intelligent puis il régresse). Je sais qu'il est souvent proposé aux ados comme lecture initiatique d'une certaine forme de science-fiction moins technologique et plus humaniste, et que ça leur plaît en général, mais visiblement j'ai passé l'âge ! J'aurais dû me contenter de la nouvelle. Je suis curieuse de connaître vos avis.

Geneviève
Je n'ai pas eu le temps de relire le livre que j'ai lu il y a très longtemps, beaucoup apprécié et beaucoup fait lire à des élèves de lycée professionnel très sensibles au thème.

Séverine
J'ai lu jusqu'au bout ce roman pour jouer le jeu, mais je dois dire que si ça n'était pas dans le cadre du groupe, je n'aurais déjà pas eu idée de lire ce livre et je pense que dès quelques pages, j'aurais fait le choix de stopper ma lecture. Pour moi, ça n'est pas une œuvre littéraire mais le scénario d'un film. Je n'ai cessé d'avoir ce sentiment durant toute la lecture et quand j'ai appris que le livre avait été adapté, cela ne m'a pas étonnée. Et sans vouloir être cruelle, pour moi c'est un film plutôt série B. C'est très pauvre. Il n'y a aucun style. Certes l'idée de départ est intéressante, mais ça aurait pu être mieux exploité. Je finirai en disant que j'ai souri à la lecture des premières pages avec le style phonétique de Charlie : je me suis dit que c'était peut-être un avant-goût de la langue de demain tellement j'avais le sentiment de lire un long SMS en abrégé phonétique… Bref, je l'ouvrirai un quart car je ne peux pas dire que ça ne se laisse pas lire.

Jacqueline
Je suis mitigée. Je l'avais déjà lu à l'époque lointaine où je m'intéressais à la science fiction avec des copains, mais n'en avais aucun souvenir. Il m'est tombé des mains. J'ai été agacée par l'invraisemblance de l'écriture phonétique avec la lecture difficile qu'elle entraîne : une écriture de SMS certes. J'ai eu la larme à l'œil à la fin, j'ai été touchée par Charlie, ça finit bien…Bénédicte
Tu trouves ?!

Jacqueline
Mais il y a trop de bons sentiments et pas assez de littérature.

Danièle
Je suis à peu près du même avis : je n'ai pas aimé le début avec cette écriture invraisemblable concernant l'orthographe. Qu'est-ce que l'intelligence ? Qu'est-ce que l'identité ? Ce sont des thèmes abordés. J'avoue que j'ai pleuré à la fin ; c'est une métaphore de notre vie d'une certaine manière, de notre fin : cela me renvoie d'ailleurs à mes propres parents. Mais il y a beaucoup de choses qui ne collent pas dans ce livre de science-fiction. J'ouvre à moitié pour les larmes.

Claire
Les larmes en font la valeur ?!

Rozenn
Ben oui, dans ce cas c'est une force du livre !

Annick E
Il y a beaucoup de positif dans ma réaction. Le livre me renvoie à des questions d'apprentissage que je connais avec des enfants en très grande difficulté. Je suis partagée : comment transmettre la parole d'un "arriéré" ? J'ai aimé la dimension "affects" de Charlie. J'ai trouvé les questions actuelles. Mais finalement concernant Charlie, c'est "un coup pour rien" : qu'apporte l'intelligence ? Pour quelle valeur ? Mon avis est mitigé. Quant au film, c'est catastrophique. J'attendais une voix off, car ce qui est intéressant c'est l'intériorité du personnage.

Monique L
Mon avis est également mitigé. J'ai aimé la forme de la narration, sous forme de comptes rendus des progrès intellectuels de Charlie. On sent le chercheur ; j'ai moi aussi travaillé sur le cerveau : l'évolution est peu crédible ; il y a une différence entre le Q.I. et l'intelligence émotionnelle. Je suis restée extérieure au vécu de Charlie. Il y a des ficelles psychologiques. J'ai aimé le personnage de Fay qui apporte de la fantaisie.

Bénédicte
L'histoire est originale, mais invraisemblable ; c'est ennuyeux et fastidieux. C'est touchant pour ce qui concerne l'enfance : pour moi, Keyes a décrit une forme d'autisme, le syndrome d'Asperger, avec un QI très élevé, mais sans intelligence émotionnelle. Je suis déçue par la fin car j'aurais voulu que le gamin soit heureux. L'auteur a tout faux sur la fin. Charlie jeune n'était pas aussi arriéré, ses parents n'ont peut-être pas su le reconnaître. J'ai été touchée à la fin.

Denis
J'avais lu la nouvelle quand j'étais jeune qui était paru dans la revue Planète que mon père recevait : une nouvelle formidable. Mais j'ai été incapable de lire le roman, beaucoup trop long, je n'ai pas envie de le lire.

revue Planète n°7, nov./déc. 1962

Claire
Nous n'avons jamais lu de science-fiction dans le groupe. Je ne lis pas de polars et je pense que j'ai eu avec ce livre une forme de plaisir qu'on peut avoir avec les polars, "en ayant envie de savoir ce qui va se passer" : le livre ne m'est donc pas tombé des mains, tout en me demandant de façon désagréable s'il s'agissait bien d'un livre pour le groupe de lecture. Le type de plaisir est limité ("une passe"). Ce qui avait renforcé ma question est que j'avais lu les avis des Bretons (ci-dessous), avis qui ne parlent pas d'écriture, de littérature (réflexions sur les handicapés, etc.) L'idée est formidable, mais les réflexions qu'elle pourrait susciter dans le livre même (éthique et science par exemple) sont limitées (côté chercheurs, on s'arrête à leur ego et leur malhonnêteté). L'évolution est intéressante quand Charlie passe de la naïveté à la prise de conscience, mais en même temps elle est invraisemblable quand en quelques mois il acquiert je ne sais combien de langues et maîtrise les recherches scientifiques les plus pointues, inconnues même de ses expérimentateurs. La dégradation est un peu barbante. Les Bretons ont considéré intéressante l'édition augmentée avec un récit autobiographique de l'auteur et la nouvelle originale, du coup je l'ai achetée en plus de ma vieille édition d'occasion : le parcours personnel de l'écrivain est typiquement américain (parti de rien, ayant fait mille jobs, "romanesque"). Quand il aborde l'écriture, je trouve que cela le dessert, tout est mis à plat, raplapla : on a le droit au moindre détail autobiographique source d'éléments du roman. Je reprends le mot "fabriqué" qui a été employé par Annick L. Arrivée à la nouvelle originale, je n'en pouvais plus et n'ai pas eu envie de me la retaper surtout si c'était pour conclure qu'il valait mieux lire la nouvelle que le roman… En conclusion, je trouve que c'est un livre pour la jeunesse - et ce n'est pas très sympa pour la jeunesse ce que je dis...

Rozenn(surtout pour la nouvelle)
J'ai envie de le défendre. Comme Denis j'ai lu la nouvelle il y a 50 ans, elle m'avait beaucoup plu : j'ai lu le livre en anglais sur ma liseuse à la Guadeloupe, j'en suis à 67% : c'était curieux au début de lire en anglais avec toutes les fautes. Les questions d'identité et la métaphore de la vie, ça c'est intéressant. Je n'ai pas envie que Charlie se dégrade, j'en suis triste...

Manon
Je l'ai proposé parce que j'avais envie de le lire en raison de la pièce que je t'avais pas réussi à voir et qui avait eu un grand succès l'année dernière.

Rozenn
Quoi ! Tu l'as proposé sans l'avoir lu ? Mais c'est pas la règle…

Claire
C'est justement une des règles qu'on peut ne pas suivre…

Manon
Ce n'est pas un livre pour le groupe lecture, au mieux c'est pour ados. Il n'y a pas d'écriture. Avec ce compte rendu, l'histoire est mal ficelée et cousue de fil blanc, et dans le pathos. Il y a une bonne astuce, mais c'est mâché pour le lecteur. Il n'y a pas de place pour l'imaginaire. Je ne suis pas intéressée par la fin, il n'y a pas d'évolution, tout est prévisible, sans finesse, l'histoire est tirée en longueur, avec des clichés, un filigrane d'humanité n'est pas développé, et le tout dans une traduction enfantine...

Jacqueline
De mon point de vue, et si l'on considère nos échanges, c'est bien un livre pour le groupe lecture !

Lisa
C'est moi qui ai proposé ce livre… que j'avais beaucoup aimé. J'ai moi aussi j'ai pleuré. Je le recommande aux amis qui ne lisent pas. Je trouve le début intéressant, bien fait et l'évolution émouvante. C'est un livre de science-fiction qui permet la réflexion. Pour ma part, je lisais uniquement des polars et ce livre a été pour moi une transition.

Bénédicte
Pour moi, ce n'est pas de la science-fiction.

Claire
J'ai lu que le récit de science-fiction se fonde sur "que se passe-t-il si... ? concernant des choses improbables dans notre connaissance actuelle du monde, ce qui est le cas de ce livre.
J'ai regardé dans le livre de Bernard Pivot La Bibliothèque idéale au chapitre science fiction si le livre figurait dans les 10, 25 ou 50 classiques de la SF, eh bien non (livre en ligne ICI).

Mireille (qui est en Thaïlande)
Je n'ai pas apporté le livre avec moi en vacances, trop lourd. Je connais la nouvelle, je l'ai vue au théâtre interprétée par Grégory Gadebois. Seul sur scène, sur un fauteuil actionné à distance, il interprétait pendant une heure et demie avec une grande humanité le personnage de Charlie. J'ai ressenti beaucoup d'émotion. Charlie, Gadebois inoubliables !

AVIS des groupes bretons "VOIX AU CHAPITRE Pontivy" et "VOIX AU CHAPITRE Morbihan" réunis les 14 et 16 janvier 2015 (Sophie, Laurie, Claire, Françoise, Stéphanie, Nancy, Édith, Nicole, Lil, Marie, Chantal, Marie-Claire)

Les 12 cotes d'amour se répartissent ainsi :
7 : 3 : 2 :

Les enthousiastes ont aimé

L'unité des trois parties qui font une œuvre complète :

LE ROMAN
- une histoire extrêmement émouvante et passionnante
- le défi de l'écriture au début du livre et le travail du traducteur
- la montée en puissance du récit
- le thème et les nombreuses pistes de réflexion ouvertes : qu'est-ce qu'un être humain ? Qu'est-ce que l'intelligence ? L'intelligence creuse-t-elle un fossé entre les personnes, crée-t-elle isolement et solitude ? Si oui : y a-t-il apologie de la médiocrité ? Le bonheur est-il le corollaire obligé de l'intelligence ? Intelligence et maturité affective ? La valeur humaine se mesure-t-elle à l'aune des connaissances et des diplômes ? Quelle est la place de la mémoire dans la construction de l'intelligence ? La différence : vivre la différence (sous le regard des autres). La place de la personne handicapée dans la société, au sein de sa famille : relations avec les parents, la fratrie ; pour les parents culpabilité, déni et maltraitance... ; la sexualité des personnes handicapées. L'éthique scientifique : concernant l'expérimentation sur les animaux, sur les humains, objectifs, motivations et limites ? Qu'est-ce que la conscience d'être ? Est-elle synonyme de souffrance ?
- fine analyse du personnage principal : son évolution, la prise de conscience de sa déchéance, sa souffrance ignorée, ses relations avec les différents protagonistes...
- la présence des personnages secondaires
- les relations entre les personnages
- la quête de soi
- l'importance de la mémoire du passé pour se situer dans une famille, dans une société
- aux deux extrêmes de "l'intelligence" : même situation de handicap...
- le mixage très réussi de la philosophie, de la psychanalyse, des mythes, de la religion et de la création littéraire
- l'unité du livre (fond et forme)
- beaucoup de résonances personnelles professionnelles pour plusieurs d'entre nous.

LA GENÈSE DE L'ŒUVRE
- extrêmement intéressante, permet de comprendre les liens entre l'auteur et son œuvre, les apports biographiques dans l'œuvre et les relations auteur/œuvre/éditeur (se lit comme un autre roman)
- la description d'une époque, les années 50-60
- le passage du roman à l'écriture du scénario du film
- le psy (psychologie et psychanalyse) dans la vie de l'auteur et son implication dans l'œuvre.

LA NOUVELLE INITIALE
- très efficace.

Les restrictions des moins emballés

LE ROMAN
- lecture laborieuse et rédhibitoire des comptes rendus de Charly
- écriture et rythme plombants
- ennui, pas d'émotion
- aucune surprise.

LA GENÈSE DE L'ŒUVRE
- cette 2ème partie appauvrit l'imaginaire
- ennui.

LA NOUVELLE INITIALE
- faible et fade.

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :

à la folie, beaucoup, moyennement, un peu, pas du tout

LES ADAPTATIONS

Parmi les nombreuses adaptations auxquelles a donné lieu le livre, certaines peuvent être regardées sur Internet, par exemple :
- un film américain est intitulé Charly, réalisé par Ralph Nelson en 1968 (Oscar du meilleur acteur pour Cliff Robertson), avec une musique de Ravi Shankar ;
- Des fleurs pour Algernon, une adaptation beaucoup plus libre, est un téléfilm franco-suisse réalisé par David Delrieux en 2006, avec Julien Boisselier, Hélène de Fougerolles et Marianne Basler dans les rôles principaux ;
- il a été aussi adapté au théâtre, par exemple par Anne Kessler Des fleurs pour Algernon, au Studio des Champs-Elyséees, interprété par Grégory Gadebois (prix du meilleur comédien et du meilleur spectacle privé au Palmarès du théâtre 2013).

 

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Cela vaut la peine de lire l’édition "J’ai lu" augmentée qui contient, en plus du roman, la nouvelle originale "Des fleurs pour Algernon", ainsi que l'essai autobiographique "Algernon, Charlie et moi".

L'une des quatrièmes de couverture des différentes éditions : "Si l'opération réussi bien je montrerai a cète souris d'Algernon que je peux être ossi un télijen quelle et même plus. Et je pourrai mieux lire et ne pas faire de fotes en écrivan et apprendre des tas de choses et être comme les otres." Charlie Gordon a 33 ans et l'âge mental d'un enfant de 6 ans. Il voit sa vie bouleversée le jour où, comme la souris Algernon, il subit une opération qui multipliera son Q.I. par 3. Charles va enfin pouvoir réaliser son rêve : devenir intelligent. Au jour le jour, il fait le compte rendu de ses progrès. Mais jusqu'où cette ascension va-t-elle le mener ?