Extrait du Figaro


Quatrième de couverture :

"De la baie d'Helsinki au delta de l'Orénoque, le narrateur croisera quatre fois la silouhette de l'Alcyon, un vieux tramp steamer crasseux et démantibulé qui possède pourtant la dignité sereine des grands vaincus. A ce rafiot rouillé qui navigue avec une lenteur de saurien est liée une somptueuse histoire d'amour que le narrateur recueille de la bouche même du capitaine du bateau au cours d'une cinquième et ultime rencontre qui marquera le naufrage du tramp steamer. Maqroll el Gaviero est là, bien sûr, ainsi que son compère Abdul Bashur, mais ils se sont faits ombres discètes pour laisser le devant de la scène à Jon Iturri et sa passion pour Warda, une des sœurs d'Abdul

Trad. Chantal Mairot

Alvaro MUTIS (1923-2013)
La dernière escale du tramp steamer (publié en Colombie en 1989)

Nous avons lu ce livre pendant notre cinquième Semaine lecture du 7 au 14 juillet 2018 dans les Hautes-Alpes. Les 7 livres lus pendant la semaine : ICI

Voir en bas de page la documentation sur l'auteur et ses œuvres.

Voici d'abord nos 17 cotes d'amour (15 participants à la Semaine lecture + 2 à distance) :

Édith, Françoise, Manuel
Suzanne, Jacqueline, Chantal, Marie-Odile

Nathalie, Fanny, Catherine
Fanfan, Séverine, Claire, Denis, Monique S Rozenn, Muriel

Monique S (à Paris)
Le début du livre m'a captée, voire fascinée ; ces apparitions fugitives et répétées du vieux bateau fantomatique dans différents coins du monde, sous des climats extrêmement différents, ébranlent l'imagination. On s'attend à une histoire incroyable... au moins à la hauteur du Vaisseau fantôme de l'opéra de Wagner...
Mais ensuite, quelle déception ! Tout ça pour ça : des personnages en carton-pâte, dans des rôles à peine dessinés. J'ai trouvé lourd le style (souvent je devais relire les phrases pour les comprendre). Lourd aussi le récit rapporté en deuxième main ; parfois on ne sait plus trop qui parle, et quand on revient au voyage sur le bateau, on ne sait plus toujours lequel...
La liste des nombreux ports ("un peu mode baroudeur"), et le sujet à la mode du jour (l'émancipation des femmes du monde musulman), je ressens dans tout cela non pas une profonde implication, mais plutôt des outils à succès.
J'ouvre un quart, pour l'attente suscitée par le début.
Marie-Odile (dans les Pyrénées)
J'ai aimé la composition et le contenu de ce texte, le caractère énigmatique des apparitions successives de l'Alcyon, puis l'étrange coïncidence de la rencontre entre celui qui a vu et celui qui a vécu, entre le narrateur et Jon Iturri qui se transforme en Schéhérazade pour raconter chaque nuit un moment de son histoire. Les deux points de vue m'ont intéressée, le premier par ses descriptions magnifiques, le second par la force du ressenti de Jon. Cependant, l'histoire d'amour, annoncée dès le début, m'a, lorsqu'elle est arrivée, paru plus banale que le reste du récit, et la conclusion que les êtres humains sont les mêmes partout et qu'il n'existe qu'une seule histoire d'amour qui se répète à l'infini m'a effleurée bien avant les dernières pages. Pour moi ce qui fait la force de ce texte c'est la rencontre entre les deux hommes et l'évocation du Tramp Steamer qui semble avoir sa vie propre et mêler son destin à celui des humains. Le pulvis eris de la p. 21, le contraste entre le bateau et la ville de Saint-Pétersbourg, soulignent d'emblée la fragilité du bateau mais aussi de l'homme, "comme une sorte de témoignage de notre destin sur la terre".
L'écriture m'a paru uniformément grave et belle du début à la fin, y compris dans les dialogues, si bien que le charme n'est jamais rompu. Les voix des deux narrateurs se mêlent, préservant toujours la fluidité du récit.
J'ai apprécié le mélange des origines et la succession des univers (Orient/Occident, Nord/Sud, Europe/Amérique). Je me suis laissé entraîner d'un bout du monde à l'autre au gré des navigations. L'abondance des noms propres et des descriptions m'ont plongée dans l'atmosphère des villes et des paysages parcourus. Ce livre est aussi un voyage. Je l'ouvre aux ¾.
Nathalie (à Vars comme ceux qui suivent)
Je pensais l'avoir lu avant en partie, mais j'avais tout lu, et très avant. J'ai trouvé très poétique, et notamment cet anthropomorphisme par rapport au bateau. Les nombreuses références sont téléphonées ; par exemple Madame Chauchat dans La montagne magique de Thomas Mann. Et il y a une vision du Noir raciste ; même chose par rapport à l'Algérien. Des phrases sont absconses. C'est ce qui est maritime qui me plaît (mon mari travaille sur un bateau…). Le rapport entre l'homme de 50 ans et de 24 ans, c'est un peu facile. J'ai partagé un roman d'aventure, qui fait rêver. J'ouvre à moitié pour l'exotisme.
Fanny
Ça partait mal pour moi. C'est pédant, ça sonne faux. Je me suis endormie dessus. La construction est intéressante. Dans la deuxième partie, l'histoire d'amour m'a touchée, ainsi que l'amitié entre les deux hommes, et le parallèle avec le bateau : c'est très riche. L'apparition de la femme m'a fait penser à L'Éducation sentimentale. J'ai aimé quand ils prennent le bateau la dernière fois. La fin, l'avant-dernière phrase semblable au début, c'est plat. J'ouvre à moitié, j'ai été agacée et j'ai eu du plaisir.
Édith
J'ouvre en grand. J'ai aimé l'histoire (de midinette). C'est assez méprisant vis-à-vis des femmes... à travers l'histoire d'amour, et quant aux "races". J'ai aimé la construction. Au début je me suis dit ouille ouille ouille... J'aime bien des personnages avec une situation qui se noue et se dénoue. Moi aussi j'ai eu un marin... avec la nostalgie des vieux bateaux. Le bateau est un personnage. L'écriture est belle. Je l'ai chuchotée…
Françoise
Je l'avais déjà lu. Je l'ai reparcouru. Ce qui reste, c'est ce qui compte. En l'occurrence, peu de l'histoire d'amour. Ce qui reste, et qui m'a subjuguée, c'est l'histoire de bateaux. Conrad, Lord Jim, on y est ! Rien que pour ça, je suis séduite. L'histoire d'amour est pour moi peu importante. Quand il remonte l'Orénoque, c'est fantastique ! Je suis emballée. En espagnol, il y a une musique qui m'a portée. J'ouvre en grand quand même, globalement, car il y a des faiblesses dans les histoires d'amour.
Suzanne
Je peux être sentimentale, quoique de moins en moins fleur bleue, pour ce qui est de l'histoire d'amour. Je rejoins Françoise. Ce qui m'a beaucoup plu, ce sont les traces du destin, ici les apparitions du bateau. C'est assez subtil, elles sont bien mises en scène, on voit les coupoles de Saint-Pétersbourg. Dans Novocento de Baricco que j'avais proposé, il y a un bateau, avec une apothéose, qu'on n'a pas ici. C'est l'histoire du bateau, comme un frère, qui a retenu mon attention. Le hasard est abusif, indéchiffrable, suspect. J'ouvre aux trois quarts.
Jacqueline
Le début m'a beaucoup plu. Je me suis laissé embarquer. Je suis partie dans les bateaux. J'ai fait les voyages avec l'écrivain, dans les ports. La métaphore du bateau représente la vie à bout de force ; il transporte des marchandises. Et il y a cette histoire d'amour. La construction avec l'auteur différent du narrateur se retrouve dans différents livres qu'on lit cette semaine. Au début d'histoire d'amour m'a agacée ; les descriptions de la femme, bof ; je ne comprenais pas bien. Mais finalement, c'est une belle histoire d'amour de cet homme qui n'a pas connu d'amour. J'ouvre aux trois quarts.
Rozenn
Je ne l'ouvre pas. J'ai été énervée ! C'est pédant, artificiel. Je pense le contraire de Marie-Odile. Muriel m'a suggéré de lire à partir de la p. 63, c'était une bonne idée. Il est raciste, macho ; il y a des stéréotypes, c'est odieux. Dans l'histoire d'amour, la femme n'existe pas ; la Libanaise s'émancipe quelques années avant de rentrer : "c'est là, lui expliqua-t-elle avec un sérieux presque doctoral, toute la clé de mon problème et, en général, de celui de beaucoup de musulmans : une soumission superficielle à des préceptes avec lesquels nous nous habituons à composer, et l'oublie de certains vérités essentielles." (p. 107). Le pauvre mec ne connaît rien aux femmes. Je trouve odieux que le narrateur fasse passer ça pour une histoire d'amour. Je déteste l'histoire, les personnages. Réécrit par moi, ce serait bien.
Catherine
J'ai beaucoup aimé le début, le bateau, les cargos (je rêve de faire un voyage en cargo), le delta… Je suis rentrée dans le livre et j'ai aimé la construction. L'histoire d'amour est nulle, convenue, avec des stéréotypes sur les femmes (p. 85 : il "était surpris par la façon dont Wanda parlait d'elle-même, avec une intelligence et une objectivité non seulement peu féminines"…), c'est gratiné ; et il en va de même pour le Basque, le Levantin. J'ouvre à moitié car j'ai énormément aimé le bateau, et sa mort.
Fanfan
Je suis partagée. La première partie, non ! J'ai adoré l'histoire avec le personnage qu'est le bateau. Le seul, les autres sont des stéréotypes. C'est macho, raciste, concernant tous les rapports sociaux. Il y a des stéréotypes, y compris sur les marins. L'histoire d'amour est pouf pouf. La façon dont elle se traîne est banale. J'ouvre un quart pour le bateau et le rapport entre les deux hommes.
Muriel
Ce livre m'a beaucoup ennuyée et je le ferme. L'histoire du bateau ne m'a pas touchée. Je n'aime pas Wagner, sauf un peu son Vaisseau fantôme, pourtant. L'histoire d'amour est invraisemblable, je n'y ai pas cru. Je ne suis pas sensible à la musique de l'écriture et pourtant je l'ai lu en espagnol.
Chantal
J'ai commencé dans la lecture collective et donc les commentaires à voix haute…. Ça me gonfle, il étale ses références. Je me suis endormie avec la presqu'île de Finlande et Saint-Pétersbourg. Au matin, trop de références. Je partirais en voyage avec lui si le récit était oral. Suzanne m'a lu oralement une partie. D'accord il travaille dans le pétrole, mais c'est invraisemblable. Il y a cependant de l'humour, par exemple au sujet du brouillon du rapport qu'il fait. Le "bateau frère" m'a plu. La fille est une "garce", qui le balade. J'ouvre quand même aux trois quarts pour le plaisir oral.
Séverine
Je serai très rapide car je fais partie du club des extrémistes. A la rigueur s'il n'y avait que l'histoire du bateau... et surtout une nouvelle, car il s'est trop étendu. Un seul truc p. 121 m'a retenue quand le tramp steamer se brise. A la rigueur, j'ouvre ¼.
Claire
Annick L avait proposé ce livre à la dernière semaine lecture sans qu'il soit "passé" cette fois-là et en avait parlé avec enthousiasme. Hélas, je suis tout de suite tombée dans un puits sans fond d'ennui. P. 63, je me suis mise à frémir, l'apparition de Warda m'a réveillée. J'ai beaucoup aimé Warda, contrairement à Rozenn.
Le narrateur est écrivain, l'artifice est constant, les références sont agaçantes. Je rejoins sans hésiter le club des négatifs. Il n'y a que l'histoire d'amour qui m'ait intéressée, mais je suis bien la seule apparemment, avec Édith, à être suffisamment midinette. Ce livre fait partie d'une "série" de 7 romans autour du personnage, Maqroll le Gabier, sympathique, mais barbant dans ce livre. J'ouvre un quart pour Wanda.
Denis
J'avais un a priori favorable. J'avais lu La neige de l'amiral que j'ai aimé (j'ai la collection). Ouh la la, quelle déception ! L'écriture est ampoulée, détestable. Et l'histoire d'amour, bof. J'ai cherché quelque chose d'intéressant. Qu'est-ce qui reste à écrire, demandait Dürrenmatt ? Le hasard c'est la rencontre de deux séries causales indépendantes, disait Cournot. Ici c'est le cas, j'ai cherché le hasard, il y a plusieurs points de rencontre avec le bateau. D'ailleurs peu mises en valeur. L'ennui est épouvantable. Pulvis eris (poussière tu es, tu reviendras)... La déesse du hasard, c'est Fortuna. Dürrenmatt éclaire ce livre. J'ouvre ¼. Mais le bateau n'arrive pas à la cheville de Conrad....
Manuel
J'ai adoré. J'ai adoré la description raciste des Basques. Ça tient tout à fait par rapport à Conrad. Les descriptions de la mangrove par exemple. J'ai aimé Helsinki, Saint-Pétersbourg. C'est tiré par les cheveux quand il la voit aussi comme un bateau, mais j'ai été embarqué. Il y a beaucoup d'humour. J'ai cru à l'histoire d'amour. Et il y a une seule femme alors qu'on dit que les marins ont une femme dans chaque port…C'est plausible que le bateau meure comme ça. J'ai été transportée. J'ai été marin… Le narrateur est très pédant, prétentieux, mais j'ouvre en grand.

 

DOC SUR MUTIS ET SES ŒUVRES

Enfance
- 1923 : né à Bogota, mort en 2013 à Mexico, Álvaro Mutis est fils d'un diplomate colombien qui est nommé à Bruxelles quand il a deux ans ; il est élevé dans la langue française, passe son enfance en Belgique jusqu'à la mort de son père en 1932.
- 1932 : il retourne alors en Colombie, où il vit avec sa mère et son frère dans une hacienda à Coello, à 140 km de la capitale.

Vie professionnelle
- Il n'a pas fait pas d'études. Après s'être marié à 18 ans (il se mariera trois fois), il se lance très jeune dans une série de métiers "improbables" (un mot récurrent sous sa plume) qui participeront à sa légende et nourriront ses personnages.

- Mutis travaille à la radio comme présentateur de journaux et anime une émission littéraire. Au cours des années 1940, il commence une carrière de rédacteur publicitaire et de responsable des relations publiques pour diverses entreprises (assurances, compagnies d'aviation, compagnies pétrolières dont Standard Oil, studios de cinéma). Cette vie de représentant de compagnies internationales transparaît dans son œuvre, notamment dans les romans où il se met en scène comme narrateur voyageant pour affaires, colloques ou visites d'exploitations pétrolières.
- En 1956, il s'installe à Mexico, car des malversations financières portant sur des fonds de la Standard Oil l'obligent à quitter la Colombie. Il travaille dans la publicité et dans les milieux de la télévision, tout en nouant des relations avec les milieux littéraires de la capitale mexicaine. Retrouvé et arrêté par Interpol pour détournement de fonds, il est incarcéré quinze mois à la prison de Lecumberri, séjour dont il tirera son premier roman, publié en 1960 (traduit bien plus tard dans Les carnets du palais noir : journal de la prison de Lecumberri, Grasset, 2015). Il travaille longtemps pour des compagnies de cinéma américaines, vendant des séries B de par le monde, dont il fait le tour plusieurs fois.

Vie littéraire
- De retour chez lui, à Mexico, il retrouve son ami et voisin "Gabo", qui teste sur lui chaque chapitre de Cent ans de solitude avant de le remettre à son éditeur, et qui écrira en 1995, dans Le Journal du dimanche : "Il y a une part importante d'Alvaro dans presque tous mes livres". Il dédiera Cent ans de solitude à Carmen et Alvaro Mutis (Seuil, 1968).
- Le voyage est au cœur de l'œuvre littéraire d'Alvaro Mutis, marquée par ses lectures de Walt Whitman, Pablo Neruda et Henri Michaux pour la poésie, et pour le roman par celles de Jules Verne, Conrad, Melville et Céline, dont il est un admirateur passionné.
- Il est d'abord poète (il publie son premier livre de poèmes en 1947) puis il développe à partir de 1985 une série de sept romans autour d'un personnage, Maqroll le Gabier, aventurier toujours au bord de la misère et marin partout sur le globe, sur les fleuves et les mers.
Sa poésie (où l'on trouve déjà le personnage de Maqroll le Gabier dans Les éléments du désastre paru en 1953) lui a obtenu, dès ses débuts, la reconnaissance d'illustres aînés comme le poète mexicain Octavio Paz ; mais ce sont ses romans qui seront, après la France, traduits dans de nombreux pays, qui lui donnent une notoriété à travers tout le monde hispanophone et au-delà.
Maqroll sera rejoint par Abdul Bashur, "le rêveur de navires", et ses trafics en tous genres. Tous les deux sont aussi des images de Mutis, décrit ainsi en 1996 par son traducteur français François Maspero : "Beaucoup de superbe, un rien de canaille, quelque chose entre l'hidalgo et le bourlingueur" ("Alvaro Mutis, ou le désespoir optimiste", François Maspero, Le Monde, 23 février 1998).
Les 7 romans :
La neige de l'amiral (1986)
Ilona arrive avec la pluie (1988)
Un bel morir (1989)
La dernière escale du Tramp Steamer (1988)
Écoute-moi, Armirbar (1990)
Abdul Bashur, rêveur de navires (1990)

Le rendez-vous de Bergen (1993)
- Mutis recevra de nombreux et importants prix littéraires : Prix littéraire national de Colombie 1974, prix Médicis étranger 1989, prix Prince des Asturies 1997, Prix Cervantes 2001, point d'orgue de sa carrière.

Engagement ?
Raphaëlle Leyris raconte qu'épicurien ne manquant jamais une occasion de glisser une recette de cocktail dans ses romans, cet homme élégant plaçait la littérature et l'amitié par-dessus tout, mais il était aussi jaloux de son indépendance intellectuelle et politique, ne se revendiquant d'aucune école esthétique ni d'aucun parti – à peine se disait-il vaguement "royaliste".
A rebours de son ami "Gabo", farouchement engagé à gauche, Alvaro Mutis se vantait de n'avoir jamais signé un manifeste de sa vie – "et Dieu sait que les écrivains colombiens adorent ça !"
("Alvaro Mutis, écrivain colombien, chantre de la mer et du voyage", Le Monde, 26 septembre 2013).

Les publications d'Alvaro Mutis traduites en français
(avec la date de première publication en espagnol)
- 1953 : Les éléments du désastre (poésie), Grasset, 1993
- 1960 : Les carnets du palais noir : journal de la prison de Lecumberri suivi des Lettres à Elena Poniatowska, Grasset, 2015
- 1973 : Et comme disait Maqroll el Gaviero, Poésie Gallimard, 2008
- 1986 : La Neige de l'amiral, Sylvie Messinger, 1989, prix Médicis étranger 89 ; puis Grasset 1992, puis coll. "Les Cahiers rouges", 2011 : c'est le journal rédigé par Maqroll au cours de son voyage sur un fleuve tropical vers une mystérieuse scierie.
- 1987 : Ilona vient avec la pluie, Sylvie Messinger, 1989 ; puis Grasset, 1992, puis coll. "Cahiers rouges", 2002 ; adapté au cinéma : Maqroll monte avec son amie et amante, la belle Llona Gabrowska, une maison de passe à Panama.
- 1989 : Un bel morir, Grasset, 1991, puis coll. "Les Cahiers rouges", 2012 : série d'aventures sur fond de guérillas et de répression militaire.
- 1989 : La Dernière Escale du Tramp Steamer, Grasset, 1992, puis coll. "Les Cahiers rouges", 2012
- 1990 : Le Dernier Visage (nouvelles), Grasset, 1991 ; puis LGF poche 1994 ; puis Grasset coll. "Les Cahiers rouges", 2012
- 1990 : Écoute-moi, Amirbar, Grasset, 1992 ; Points, 2014 : incursions du gabier dans l'effervescence des mines d'or des montagnes colombiennes.
- 1991 : Abdul Bashur, le rêveur de navires, Grasset, 1994 ; Librairie générale française , 1996 ; coll. "Les Cahiers rouges", 2012 : expériences de Maqroll qui ont révélé les recoins les plus insoupçonnés de son âme...
- 1993 : Le rendez-vous de Bergen, Grasset, 1995 ; Librairie générale française, 1997 ; coll. "Les Cahiers rouges", 2012
- 1993 : les 7 romans sont réunis en un seul volume, Les tribulations de Maqroll le Gabier, Grasset, coll. " Les Cahiers rouges ", 2003
.

Vidéos
- Entretien avec Bernard Pivot, Apostrophes, INA, 21 mars 1989 (13 min) à l'occasion de la sortie de La neige de l'amiral
- Entretien avec Alvaro Mutis à l'occasion de la sortie de son livre Un Bel morir. Il parle de la vieillesse abordée dans son livre, de la vie, du personnage principal, de la nostalgie, INA, 23 février 1991 (7 min)
- Rencontre au Festival Étonnants Voyageurs 1994 entre Alvaro Mutis et Hugo Pratt, à l'occasion de la sortie de son livre Abdul Bashur, le rêveur de navires, Café littéraire animé par Maëtte Chantrel et Christian Rolland (vidéo à la fin de cette page, 27 min).

Articles et interviews
- "Alvaro Mutis écrivain universel", Le Quotidien de Paris, 11 octobre 1989 (sur trois romans : Ilona vient avec la pluie, La Neige de l'amiral, La Dernière Escale du Tramp Steamer)
- "Alvaro Mutis et son double", Pierre Maury, Le Magazine littéraire, 1er novembre 1989 (sur deux romans publiés en même temps : Ilona vient avec la pluie, La Dernière Escale du Tramp Steamer)
- "Le Colombien masqué", Geneviève Brisac, Le Monde, 17 novembre 1989
-
"La face cachée d'Alvaro Mutis", propos recueillis par Pierre Maury, Le Magazine littéraire, 1er février 1991 (une longue interview)
- "Je n'aime pas l'époque dans laquelle je vis", propos recueillis par Laurence Vidal, Le Figaro, 20 novembre 1992
- "Les vaisseaux", Catherine David, Nouvel Obs, 23 juin 1994
- "Destination Cap de la bonne désespérance", propos recueillis par Arnould Liedekerke, Magazine littéraire, 1er juin 1995
- "Alvaro Mutis, ou le désespoir optimiste", François Maspero, Le Monde, 23 février 1998
- "Alvaro Mutis, écrivain colombien, chantre de la mer et du voyage", Raphaëlle Leyris, Le Monde, 26 septembre 2013

Mutis était-il un délinquant ?
"En tant que chef des relations publiques de la Standard Oil en Colombie, j'avais la gestion d'un budget compliqué et j'ai détourné pas mal de fonds destinés aux dames patronnesses et autres institutions charitables. C'était le seul moyen d'aider mes amis aux prises avec la dictature militaire. Un jour, j'ai été sincèrement étonné d'apprendre que j'avais commis un délit très grave. Un ami avocat m'a conseillé de m'enfuir : "Si tu n'es pas parti dans les vingt-quatre heures, tu vas te retrouver en prison." Je me suis envolé pour Mexico, où mes amis Octavio Paz et Carlos Fuentes m'ont accueilli. Mais le gouvernement militaire a demandé mon extradition et je me suis retrouvé derrière les barreaux du Palais-Noir de Lecumberri à Mexico. Puis le gouvernement militaire colombien est tombé ; j'avais des amis dans le nouveau gouvernement ; ils ont annulé le procès.
La prison m'a permis de donner à Maqroll une présence humaine. Au début, c'était un alter ego avec plus d'expérience. Il était plus âgé que moi. J'écrivais une poésie d'un amer désespoir. Je ne crois toujours pas en l'espoir, d'ailleurs. C'est l'espoir qui fait souffrir. Ce séjour de quinze mois fut important mais non décisif. A 33 ans, j'avais déjà une philosophie personnelle de la vie. En prison, j'ai fait une psychanalyse qui a certainement marqué mon œuvre. En prison, comme à la guerre, tout mensonge et toute illusion finissent. La vérité éclate. Je suis de bonne famille, cultivé, riche, que sais-je encore. Mais ce qui arrive est réel, la boue des tranchées, les obus qui pleuvent, et ma carte de visite n'y change rien si j'ai encore plus peur que le paysan d'à côté. Je ne suis pas un héros. J'ai gaspillé de l'argent, souvent. Je n'ai même pas fini mes études. J'ai passé mon bachot entre le billard et la poésie. Je suis né dans une famille de planteurs de café. Dans ce milieu, on vivait millionnaire et on mourait pauvre. Mes parents voyageaient en Europe, en Belgique, en France. A 12 ans, je faisais naviguer mon voilier sur le bassin du Luxembourg. Je connais beaucoup de villes, mais Paris, c'est autre chose, Paris est inimitable, n'est-ce-pas... ?" (propos recueillis par Catherine David,
"Les vaisseaux", Nouvel Obs, 23 juin 1994)

 


Nos cotes d'amour pour le livre, de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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