Les Variations Goldberg, Babel, 256 p.

Quatrième de couverture : "Si tu invitais trente personnes chez toi, des êtres que tu as aimés et que tu aimes, pour t’écouter jouer au clavecin, pendant une heure et demie, Les Variations Goldberg de Bach, et si ce concert se déroulait comme un songe d’une nuit d’été, c’est-à-dire si toi, Liliane, tu parvenais à faire vibrer ces trente personnes comme autant de Variations, chacune à un diapason différent — (il te faudrait pour cela osciller entre le souvenir et la spéculation ; il te faudrait surtout maîtriser tes peurs) —peut-être alors tous tes fragments de musique s’animeraient-ils enfin dans une même coulée, et cela s’appellerait Les Variations Goldberg, romance."

C’est ainsi que Nancy Huston caractérise elle-même son premier roman, sa première romance, une suite narrative adaptée à la structure des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach.

Nancy Huston
Les Variations Goldberg

Le nouveau groupe parisien a lu ce livre en mars 2020.
Nous avions lu de Nancy Huston Une adoration en 2004.

Le groupe devait se réunir le 20 mars, troisième jour du confinement. Tous les avis des lecteurs du livre sont bien là !

Les cotes d'amour
 •Valérie    ChristineNathalie    Séverine          Anne-Marie David Monique AnneMargotOlivier

Laissent carrément tomber...
François Françoise

Anne
Je passerai mon tour pour Nancy Huston que j'ai à peine ouvert et lâché sans état d'âme, son texte m'a agacée, c'est rare ! et je suis passée à un autre livre. Je ne pourrai donc pas dire que je le ferme, car pour cela il faut au moins l'avoir un peu ouvert. En revanche, et en dépit de cette paresse de l'esprit, ce manque d'effort, j'avais l'intention de venir écouter vos avis... puis nous sommes tombés dans les bras de Corona... — sinon de Morphée, je trouve que le virus nous réveille plutôt — alors je vous lirai avec plaisir.
David
J'ai également laissé tomber la lecture de Nancy Houston, après avoir eu un léger plaisir au démarrage dans ce côté "multi-voix", me demandant si une unité allait se constituer entre les divagations de chacun des mini-chapitres. Las, la confusion est allé crescendo, et à force de ne plus rien comprendre de l'unité, l'agacement est monté et a fait remonter les faiblesses propres à l'écriture. Quelque chose d'un peu nombriliste comme si l'auteur voulait absolument nous convaincre de la capacité de sa plume à élaborer un récit entremêlé passionnant, et c'est cette forme de vanité qui m'embête, un peu à l'image du titre qui nous laisse quelque part croire que nous allons lire l'œuvre d'une Glenn Gould de l'écriture ! Hé bien non, contrairement à l'œuvre de Bach, les variations sont finalement assez monochromes à mes yeux (il est vrai que je suis daltonien).
A lire ma vindicte peu équilibrée, je me souviens que d'aucun.e.s étaient plus sévères à la lecture de Marie NDiaye qui ne m'avait somme toute pas déplu et à côté de laquelle Nancy Houston me fait penser à ces vins bien trop jeunes. À boire les jours de disette, mais je préfère poursuivre d'autres lectures de ma cave...
Monique
Ce livre est épuisant. Plus j'avançais plus, plus il me tombait des mains. Déjà, j'avais détesté cette image des doigts qu'elle compare à des "boudins blancs". Cela me semble contradictoire avec l'aspect ailé que prennent les doigts d'une pianiste lorsqu'ils exécutent un morceau. Et puis je n'aimais pas le style, la narration confuse, les allers et retours permanents entre les personnages que l'on a un mal fou à identifier (à un moment je me suis aperçue qu'il y avait en fin de livre une notice identifiant les personnages concernés par le chapitre en cours de lecture : quelle sophistication dans la complexité !). Enfin j'ai continué espérant comprendre l'enjeu et dans l'espoir d'une amélioration ; mais non. Il y a bien la variation XIV — le cancer d'Olga — qui est émouvante, mais cela retombe ensuite. Ce n'est qu'à partir de la variation XXI que le récit prend un peu de chair, que le style devient plus fluide, les histoires plus cohérentes, plus incarnées, moins cérébrales. Mais quel supplice ! J'ai trouvé ça décousu, verbeux, confus, avec un côté mondain, bourge, factice ; des références au sexe qui sont autant de clichés, d'étalages complaisants de scènes érotiques, dans une ambiance factice, demi-mondaine et très snob. Je crois comprendre que l'auteure a voulu assimiler les variations Goldberg à autant de regards sur la vie, à autant de sensations, de différenciations dans nos tentatives d'exister au monde. Mais cette prétention ne me semble pas très convaincante.
J'ouvre au ¼.
Valérie
Je connaissais déjà Nancy Huston avec L'empreinte de l'ange dont je garde un souvenir vibrant et Lignes de faille qui m'avait beaucoup touché.
Pour ce qui est des Variations Goldberg, j'ai été une nouvelle fois conquise par le style, l'écriture intimiste de Huston, qui nous fait percevoir toutes les failles et fissures de chaque être humain, tous nos désirs exprimés, exprimables et refoulés.
Page 69 : "Je voudrais pouvoir vieillir tranquillement en me sentant aimée." Cette phrase ne peut que résonner dans tous les esprits. Car qu'est-on sans amour ? C'est tout ce que nous livre Nancy Huston à travers les différents portraits des protagonistes.
Le deuxième pont essentiel est évidemment porté par la musique : quelle est sa place, quelle est sa valeur, comment l'écouter, l'apprécier ? Doit-on préférer ou mettre en avant un style de musique ?
J'aime aussi le ton caustique et franc d'Huston qui démolit ces préceptes bourgeois : qui peut juger qui ?
À la manière de cercles concentriques, son roman s'inscrit aussi dans une époque précise, sociale et économique, avec la liberté sexuelle, un art de vivre...
Bref, j'ouvre ce livre en très grand, j'ai beaucoup aimé.
Je finirai sur cet extrait page 94 : "Deux choses échappent à cette logique infernale, deux choses seulement : l'amour et la musique. Pour eux, et pour eux exclusivement, j accepte de perdre du temps... L'un et l'autre tentent de dire quelque chose".
Christine
C'est un livre qui, de par ce que j'en avais lu, ne m'attirait pas particulièrement. Beaucoup d'avis négatifs avaient été émis par les membres du groupe quand j'en ai commencé la lecture…
L'aria ouvrant cette romance m'a heurtée. L'auteure y dépeint une interprète technique n'ayant pas des doigts mais des "boudins blanc", dont le corps exécute une musique immortelle. J'ai décidé de poursuivre ma lecture. Si le groupe avait choisi ce roman, c'est que quelqu'un l'avait apprécié et souhaitait partager !
Je suis peu à peu rentrée dans le livre. J'en ai apprécié la construction. Chacune des trente personnes qui sont aimées ou ont été aimées par Liliane et venues l'écouter, va laisser divaguer son esprit dans un temps suspendu. Au fil de ces pensées, une histoire prend forme, une histoire faite de luttes, d'amitiés, d'amours et de séparations. Le temps a passé, chacun a vieilli. La musique les rassemble. Les morceaux de vie qui nous sont racontées sont similaires aux Variations de Bach : une même Vie déclinée sur différentes variations.
L'aria finale est un écho contraire à l'aria introductif : Liliane a retrouvé le plaisir de jouer et entend la musique.
Je regrette le style de l'auteur qui m'a gâché mon plaisir de lecture : l'élision systématique de la négation, le féminin se transformant en masculin (même si elle veut, peut-être, illustré ainsi son propos sur la condition féminine)…
J'ouvre le livre aux ¾.
Margot
Superbe commentaire Monique ! que j'ai partagé sans le savoir dès les trois premières pages…
Mon Dieu ! me suis-je dis, s'il faut voir un pianiste avec des doigts qui sont des boudins blancs, je refuse d'emblée.
S'il faut de surcroît entrer et se figer dans la souffrance du corps de celui qui interprète un morceau comme dans un carcan, je refuse.
Certes, me suis-je dis, tout art peut devenir une torture pour celui qui l'exerce, et la simplicité merveilleuse serait en effet le résultat d'heures de travail délirantes. Oui, d'accord.
Eh bien, je ne veux rien en savoir.
Et présenter l'interprète comme un simple exécutant, sorte de cage de résonance qui n'aurait d'autre posture que la torture, non !
De plus, il se pourrait bien que ce soit là une perspective très sadomasochiste, ce dont je n'ai nul besoin en ce moment.
Hors de question de souffrir avec la lecture d'un roman.
Livre fermé résolument.
Anne-Marie
Ce livre débute élégamment, une femme au clavecin qui parle de ce qu'elle va interpréter pour ses amis dans un concert privé, Les Variations Goldberg de JS Bach. Elle parle bien de la musique, on sent qu'elle maîtrise parfaitement la technique et l'esprit du musicien.
Puis on salue le procédé littéraire qui consiste à diviser le livre en autant de chapitres que de variations, chapitres qui correspondent chacun à un invité, puisqu'elle a réuni dans ce lieu clos une trentaine de personnes choisies. Les invités s'expriment intérieurement pendant qu'ils écoutent ce concert. C'est très habile et original.
Sauf que chacun exprime des choses différentes, ses choses à lui, ses pensées pas toujours en rapport avec le concert, et là, les styles sont variables, littéraires, simples, un peu agressifs, etc. : anciens amants, anciennes amantes, amis, subordonnées, journalistes, etc.
Cela aurait pu être très intéressant, mais c'est décousu, il y a peu de fils conducteurs, on parle du compagnon de la musicienne ou d'elle-même. Par exemple, on sent que ce compagnon en train de perdre la raison, alors qu'il était un intellectuel admiré et respecté. Mais ça s'arrête là, on se sait pas exactement ce qui s'est passé, s'il est devenu fou ou pas, et on passe aux pensées d'un autre invité, et rien de tout cela n'est relié, et finalement cela n'a pas d'importance, ils sont très peu en communion avec la musique, qui n'est qu'un prétexte, chacun reste en lui-même.
C'est un exercice vain, c'est factice, et on n'a pas envie d'entrer dans ces vies esquissées, c'est presque mondain, superficiel, irréel.
J'ai été agacée, presque tout le temps. Je ne connaissais pas cette femme, c'est son premier livre, mais cela ne me donne pas envie de lire autre chose d'elle.
J'ouvre au quart.

François
Si je comprends bien je n'ai pas perdu grand chose à me lancer prématurément dans la lecture toujours jouissive (pour moi) de Marguerite Duras. J'ai hâte de vous retrouver en bonne santé dans des temps un peu moins irrespirables et arrosés comme il faut. Je ne manquerai pas non plus d'y veiller avec quelque bon cru roboratif de mon île natale !
Olivier
Alors à mon tour, pour vous dire combien je suis heureux d'être du même avis que Monique, et cela me réjouit !
Elle a si bien dit ce que je ressentais que je préfère ne pas en rajouter.
D'autant que David et Margot m'ont aussi apporté des points de vue que je partage.
Je n'ouvre pas, pas du tout !

Françoise
Je me joins à vous quelques secondes pour vous dire que ce livre ne m'a pas du tout parlé... Très bavard, confus et clos sur lui-même. Vraiment pas approprié à ces temps difficiles.
Nathalie
Curieux pour moi le désamour de la plupart d'entre vous pour ce roman. J'aime vraiment beaucoup Nancy Huston dont j'ai lu des romans et des essais. J'aime l'intelligence de cette femme, féministe, ses indignations, son style d'écriture. Les Variations Goldberg est son premier roman. C'est la première fois que je le lis. Et je sais déjà que je le relirai. Tout d'abord, j'aime beaucoup les Variations Goldberg de Bach dont j'ai écouté plusieurs versions. Donc un roman portant ce titre ne pouvait que me séduire. L'idée de ce roman polyphonique, qui nous fait entendre 31 voix, dans une composition à la fois respectant les canons du plus pur classicisme (unité de lieu, de temps et d'action) et une composition très originale, m'a d'emblée séduite. En effet, Nancy Huston suit la composition du morceau de Bach débutant par un aria, suivi de 30 variations et se clôturant par une aria. Au féminin, aria est une mélodie. En québécois, au masculin, cela signifie ennui, soucis. Ce n'est bien entendu pas un hasard.
Après avoir écouté les pensées de la claveciniste Liliane, qui donne, après plusieurs années, un premier concert de musique de chambre, dans sa chambre, qui doit être quand même assez grande puisqu'elle peut accepter 31 personnes, nous entendrons les pensées de chacun de ses auditeurs, connaissances, ami.e.s, amant.e.s. Nous passons de l'un à l'autre, parfois en milieu de phrase, les quittant sans obligatoirement entendre la fin de leur phrase pour en écouter un autre. Qui n'a jamais laissé son esprit vagabonder en écoutant un concert et pensé à bien d'autres choses que la musique qui se joue ? Qui ne s'est jamais demandé ce que peuvent bien être les pensées de ceux qui nous entourent ? Chaque personnage nous parle des difficultés de la vie, des problèmes de femmes, les questions de sexualité, de jalousie, d'angoisse, d'incertitudes, de convictions, de jugements... La condition de la femme revient souvent.
Ce roman a été publié en 1981, et moi, j'ai été renvoyé aux années 80. J'y ai bien retrouvé l'ambiance. Ce roman porte les réflexions d'un certain milieu. Une certaine bourgeoisie parisienne. Plutôt intellectuelle. Plutôt de gauche. Mais pas seulement. Moi-même j'y ai retrouvé nombre de mes interrogations de l'époque. J'ai adoré la variation V, celle où on entend la québécoise "Ç'a pas de bon sens. Tout ce beau monde rassemblé, qu'est-ce qu'ils pensent qu'ils font ?" J'ai vraiment entendu sa voix, son accent. Je trouve que ce personnage donne le ton de celui qui regarde de dehors et n'appartient pas à ce petit monde. J'ai bien aimé également les titres génériques qui caractérisaient les pensées de chacun. J'ai bien aimé l'envie d'en savoir d'avantage sur le couple Liliane/Bernald que l'on découvre progressivement au fur et à mesure des pensées des invités. Cela laisse plein de questions sans réponse, de vides, et cela aussi j'aime bien. Ce que dit Bernald, dans la variation XV, sur le choix de Liliane et ses conséquence résume bien pour moi cette œuvre : "le malaise ne provient pas des Variations mais des vies. En rassemblant ces vies, ce sont elles que tu as choisi de mettre en scène autant que la musique. Seulement, chacune d'elles est aussi une facette de ta vie à toi, ou de la mienne, et la charge en est obligatoirement lourde". J'ouvre aux ¾.
Séverine    
A priori favorable, lecture il y a quelques années de Lignes de faille, que j'avais beaucoup aimé. Fort, sensible, bien écrit même si le sujet était plus important que la forme. En fait surtout bien construit. Mais problème : lecture en cours très prenante, à interrompre, difficile (Le Lambeau de Philippe Lançon)… J'ai pensé que cela serait sans doute plus gai… Bof ! Début laborieux, j'ai failli abandonner, comme certains, après les premières "variations". N'ai pas réussi à terminer le livre dans les délais (pourtant démarré lundi dernier !). En suis au ch. XXIII.
Aparté : J'éprouve du mal à lire en ce moment, suis happée par l'actualité, les échanges entre amis, et proches, ou les livres plus en rapport avec la situation (merci à Séverine Vallat pour son calendrier de l'Après (et non de l'Avent) ainsi qu'aux diverses initiatives dans ce sens, sur Libé, le Monde, ou le Net) qui suggèrent des lectures, partagent des expériences ou réactions d'auteurs, en lien avec notre actuel confinement etc.). Un de ses effets sur moi, c'est que le temps se disloque, se détend (ou dé-temps…) il n'y a plus d'horizon palpable, tout est flou, on ne sait pas de quoi demain sera fait, alors on vit l'instant présent, on suit son instinct de survie, de quoi ai-je vraiment envie là, tout de suite, maintenant, et on repousse à plus tard ce qui ne paraît pas essentiel, urgent, vital…
Comme la lecture de ce livre, assez ennuyeux globalement ! Mais parlons-en tout de même ; on comprend assez vite l'idée : donner à plusieurs personnes, présentes ensemble lors d'un concert de chambre sur les variations Goldberg, où une certaine Liliane "exécute" ces dites variations de Bach au clavecin, la possibilité de s'exprimer, silencieusement (ce sont des monologues intérieurs), sur différents sujets. Chaque variation correspond donc à une personne différente, à un sujet, un ton, un style, différent. On devine aussi assez vite aussi qu'ils sont tous reliés les uns aux autres, ce qui est compréhensible puisqu'ils ont été choisis, comme spectateurs, en fonction du lien personnel avec la claveciniste. Le tout devant aboutir à une sorte de polyphonie, pour rester dans le registre musical.
En fait, je n'ai pas trouvé l'exercice très réussi. Pourtant j'aime ce type de livre, ou les points de vue et voix s'entremêlent. Quand c'est bien maîtrisé… J'avais adoré La Maladie de Sachs de Martin Winkler par exemple. Est-ce parce qu'il s'agit ici d'une première œuvre (mais pour Martin Winkler aussi il me semble...) ? En tout cas, ici, je n'ai pas ressenti réellement ces différentes voix. Je n'ai pas ressenti non plus en avançant dans le livre un chemin se dessiner, une intention. Tout juste suis-je parfois arrivée à relier certaines voix aux autres. Mais j'avais un peu du mal, certaines se confondaient, se mélangeaient. Cependant je me suis accrochée, du coup certains passages m'ont tout de même bien plu. En particulier ceux ayant réellement un lien avec la musique (peu en ont finalement, assez paradoxalement !) La variation IV, intitulé Soupirs, sur le silence. La variation XIII, Insomnie, sur le rythme. La variation XXII, Étrangeté, un point de vue décalé extrêmement intéressant sur nos rites occidentaux étranges si vus du point de vue d'un Africain, chez qui la musique se danse ou ne se joue pas.
Je finirai le livre, je ne suis pas loin du but, mais cela aura été en traînant un peu les pieds je dois l'avouer. Comme d'autres, je n'ai pas réussi à me passionner pour les humeurs ou réflexions de la plupart de ces personnes… J'ouvre donc seulement le livre à moitié, par égard pour l'auteure…


                                   
Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

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