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Quatrième de couverture :
Esch, 14 ans, n'est pas une adolescente comme les autres. Amenée
à grandir trop vite, elle a appris à prendre en charge,
seule, sa famille... Mais tout se complique quand arrive la saison des
ouragans, et Katrina, qu'elle n'est pas prête à dompter... Ode sublime à l'amour, à la nature et à
la rédemption, Bois sauvage est un roman envoûtant, aux accents
faulknériens, porté par un lyrisme sensuel et une grâce
insensée.
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Jesmyn WARD (née en 1977)
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Manuel
(avis
transmis)
Je ne connaissais pas du tout cet auteur et ce Bois Sauvage ne
me donne pas envie de découvrir le reste de son uvre. J'ai
eu énormément de peine à arriver à la dernière
page. L'ambiance du livre est poisseuse, les corps sont toujours en contact
et en sueur, c'est un livre sanguinolent, est-ce à cause de la
référence à Médée ? La tempête
ne survient qu'à la page 258
auparavant il faut s'infliger
un tas de rebondissements avant la catastrophe avec comme principale problématique
la survie de la chienne China et ses petits et accessoirement l'histoire
de Esch, le secret de sa grossesse, les conflits entre les jeunes, les
chiens.
Il se passe tellement de choses en 11 jours que ça m'a épuisé
et j'ai fini par trouver le récit peu crédible. Est-ce que
j'aurais laissé le père seul amputé de plusieurs
doigts pour aller voir un match de basket ? Je n'ai pas compris l'intérêt
du barbecue à l'écureuil
j'ai loupé quelque
chose ?
L'écriture m'a également paru fabriquée, avec une
accumulation de métaphores assez poussives. Parfois j'ai dû
relire, ajouter les mots de négation quand il n'y en avait pas,
ajouter ou enlever mentalement les pronoms. Ma lecture a été
laborieuse et je n'en n'ai tiré aucun plaisir.
Le seul moment qui s'ancre dans une réalité sociale à
peu près crédible est, à la toute fin, la description
de ce qu'a laissé la catastrophe et l'élan de solidarité
; j'ai trouvé cette famille étrangement isolée.
Je ferme.
Rozenn
(avis
transmis)
Voilà un livre qui bouscule. Il ne se lit pas facilement. Chaque
phrase est à déchiffrer. Chaque phrase surprend. Tout est
raconté du point de vue de la jeune fille : juxtaposition de petits
faits successifs, d'éléments du quotidien, mais d'un quotidien
extraordinaire : à travers le prisme des sensations qui l'amène
à conscientiser le fait qu'elle va avoir un bébé
et comprendre que l'ouragan arrive. Comme si le quotidien, les vies de
son père et de ses frères, de tous ceux autour d'elle, prenaient
le pas sur sa vie à elle. Plus facile de céder que de refuser.
Avec aussi un tel élan physique, une telle sensualité.
Je n'attache aucune importance aux chiens mais en sortant de cette lecture,
dans la rue, je les regardais autrement.
Je me demandais comment l'auteure pourrait raconter l'ouragan et j'ai
été emportée, du rez-de-chaussée au grenier
et du grenier à la maison des grands parents puis à la ville
d'à côté. La force de chaque phrase rend tout visible.
Les personnifications des éléments naturels sont toujours
surprenantes, trop, mais on attend encore plus.
Peut-être est-ce un peu "happy-end", qu'elle soit prise
en charge, si délicatement, par celui qui était là
tout le temps, à côté - discret mais vigilant - mais
c'est aussi un soulagement.
Je lirai d'autres livres de cette auteure.
Mégane
entre
et
(avis
transmis)
C'est prenant.
Mais c'est aussi beaucoup trop pour mon empathie.
Certes, ce roman fleure en partie l'autobiographie, certes l'écriture,
presque parlée, ajoute du réalisme à la narration
de Esch. Et pourtant, je n'ai pas réussi à entrer dans l'histoire.
On a coutume de dire que la misère appelle la misère, c'est
décidément ce qui arrive à cette famille. Pauvreté,
amputation, alcool, blessures qui met fin à des espoirs sportifs,
combats de chien sans chien, grossesse adolescente, manque d'amour...
Non vraiment, c'est tellement affreux que ça en devient presque
tragi-comique. Et comme si ça ne suffisait pas, Katrina va remettre
les pendules à l'heure et détruire le peu qu'il reste. Bon,
vous me direz, ils survivront. Youpi.
Vraiment, le pire dans tout cela, ce n'est pas le roman, l'histoire, le
style etc. Ce sont des considérations bien intellectuelles.
Le pire, c'est que ces choses si pathétiques et atroces sont le
quotidien de bien des familles dans certaines régions de la plus
grande puissance économique mondiale (encore pour l'instant). Si
vous voulez mon avis, c'est là que réside la tragédie
de ce bouquin.
Françoise![]()
Je dois dire en préambule que j'ai été influencée
dans mon jugement par le livre
de Percival
Everett, que nous avons programmé
pour fin juin. Mais de toute façon, J'ai trouvé ce livre
très bavard avec des détails et des métaphores à
n'en plus finir. On a envie de dire bon, alors ? alors ? Trop c'est
trop. Ça manque de sobriété. Ce n'est pas percutant.
C'est misérabiliste, elle est enceinte (à 14 ans), ils sont
pauvres, la mère est morte, les chiots sont malades, etc. N'en
jetez plus. Elle aurait dû s'en tenir au récit du Katrina,
ç'aurait été plus court et plus percutant.
Pour conclure j'en reviens à Everett : deux livres qui se percutent,
mais ce n'est pas à l'avantage de Ward.
Fanny![]()
Je rejoins Manuel, avec le
mot poisseux auquel je n'aurais pas pensé, mais c'est un
mot bien trouvé.
Le thème je le trouvais bien.
J'ai été gênée par l'absence de négation
: elle écrit comme parle Esch, pour moi c'est plausible par rapport
au personnage.
Quelle misère ! Mais cela ne sombre pas pour autant dans le misérabilisme.
C'est sombre et très dur à lire, tant pour le style que
pour le contenu.
Je me suis accrochée. J'attendais Katrina, et c'est prenant.
Après la moitié, j'ai été accrochée,
il y a cet horrible combat de chiens ; je vois un parallèle entre
les chiens déchiquetés, les doigts du père, l'accouchement
dramatique de la mère, la grossesse non désirée de
cette fille, seule fille parmi tous ces personnages masculins : j'ai été
sensible à ça.
J'ai bien aimé aussi ce rapport à la maternité traité
à travers la portée de la chienne China.
Plus j'avançais et plus j'étais happée.
Ce n'est pas du plaisir que j'ai ressenti, mais un véritable intérêt.
Et de l'empathie pour tous ces personnages qui m'ont touchée et
donc j'ouvre aux ¾.
Catherine entre
et![]()
Je ne connaissais pas Jesmyn Ward. J'ai eu du mal au début à
"entrer" dans le livre. J'ai eu l'impression que c'était
la traduction qui me gênait, j'ai donc lu en partie le livre en
anglais en parallèle. Mon niveau d'anglais n'est pas suffisant
pour me permettre de juger véritablement de la qualité de
l'écriture dans cette langue, mais j'ai davantage apprécié.
Il ne se passe pas grand-chose pendant les trois premiers chapitres, mais
petit à petit, j'ai aimé l'ambiance un peu poisseuse comme
a dit Manuel ; je me suis intéressée aux personnages, j'ai
aimé l'évocation de cette famille cabossée et démunie
mais finalement attachante, en particulier Esch, le personnage central,
narratrice et seule fille de la fratrie. Elle découvre dès
le deuxième chapitre qu'elle est enceinte ; la maternité
est un thème important du livre qui débute par une scène
de naissance, l'accouchement de China, la chienne pitbull, mise en résonance
avec la naissance de Junior et le décès de la mère.
J'ai trouvé intéressante la présence en arrière-plan
de cette mère, à laquelle Esch se réfère tout
au long du livre.
C'est une famille dysfonctionnelle, le père est aux abonnés
absents depuis la mort de sa femme, réfugié dans l'alcool.
Les membres de la fratrie mènent leur vie, ils se parlent très
peu, on est vraiment dans le non-dit, mais on découvre une vraie
solidarité entre eux, Randall qui promène partout Junior
sur son dos, Skeet qui a découvert la grossesse de sa sur
et la protège de loin. Au-delà de la fratrie, il y a aussi
une solidarité au sein de la communauté de Bois Sauvage.
Ils sont pauvres, ils vivent dans un décor misérable, mais
je ne trouve pas que ça soit misérabiliste, ils gardent
un espoir, un objectif, Skeet avec sa chienne, Randall avec le basket
J'ai aimé aussi la tension dramatique qui monte au fil des dix
jours qui précèdent l'ouragan. Le père est le seul
à croire au danger et s'active de façon assez inefficace
pour protéger la maison et rassembler de la nourriture ; le lecteur,
lui, sait bien qu'il va arriver et quelles conséquences dramatiques
il a eues.
Il y a des scènes dont je n'ai pas bien compris la signification :
l'accident de voiture et le barbecue d'écureuil. Il y a aussi des
scènes un peu gore, les doigts coupés, la bataille de chiens,
mais qui ne m'ont pas vraiment dérangée, la lecture permet
de prendre de la distance.
Les chapitres les plus réussis du livre pour moi sont les derniers
consacrés à l'ouragan. Jesmyn Ward a une vraie capacité
d'évocation, on a l'impression d'y être, piégé
dans la maison avec l'eau qui monte jusqu'au grenier : j'ai trouvé
ça très réussi, de même que l'après.
Il n'y a pas vraiment de happy end, mais ça se termine quand même
sur une note d'espoir, avec Big Henry entre autres. Pas très sûr
tout de même que China revienne...
Au final, je ne regrette pas cette lecture, je l'ouvre entre ½
et ¾ ; ça m'a donné envie de lire un autre livre
de cette auteure, Le
Chant des revenants surtout.
Jacqueline
entre
et![]()
Je l'ai lu très facilement et l'ai un peu oublié
Les phrases parlées à négation incomplètes
ne m'ont pas du tout gênée. J'avais l'impression d'être
dans une série noire : cela me donnait du recul vis-à-vis
de la brutalité du récit et de la violence des faits rapportés.
Les personnages sont très intéressants. Il y a beaucoup
d'amour dans cette famille.
Avec Katrina, le suspense devient différent.
Ce n'est pas une série noire (pour laquelle j'aurais ouvert en
grand) puisqu'il n'y a pas d'autre meurtre que celui d'animaux
Et
la fin est un peu trop too much (ce que j'aurai apprécié
dans un polar). Là, ça m'a paru un peu trop "bons sentiments"
La quatrième de couverture qualifie le livre de "faulknérien".
Je trouve que cela n'a pas grand-chose à voir...
Françoise
Dès qu'on parle du sud, on parle de Faulkner ! Faut arrêter.
Jacqueline
La peinture sociale est intéressante et ça sent le vécu.
J'ouvre entre ½ et ¾.
Annick L
(à
l'écran)
Je rejoins le point de vue de Catherine.
J'ai eu du mal à entrer dans ce huis clos familial : le langage
est cru, les relations réduites à l'essentiel - on ne se
parle pas beaucoup - et la jeune narratrice, Esch, seule fille-femme au
milieu de la tribu, cache une grossesse non-désirée ! On
est un peu perdu... Mais petit à petit, le cadre se fixe. On se
rend compte qu'il y a de l'amour entre eux : Esch et Randall prennent
soin du petit Junior et de leur père alcoolique et dépressif.
Sans compter la chienne, China, qui vient de mettre bas, l'amour exclusif
du jeune Skeet. La survie est difficile, mais la figure bienveillante
de leur mère décédée étend encore sa
protection sur eux tous.
Une réserve cependant : j'ai trouvé artificielle la référence
constante à la figure mythologique de Médée.
J'ai aimé l'alternance entre l'évocation de leur vie quotidienne
dans un langage très oralisé et minimal, y compris dans
les dialogues, avec, comme des parenthèses bien nécessaires,
celle de la nature alentour, presque lyrique, qui permet au lecteur de
respirer. Car il y a des scènes d'une violence vraiment insupportable
comme le combat de chiens.
Quant aux pages qui évoquent l'irruption du cyclone Katrina c'est
époustouflant. Et le livre se termine sur une note apaisante.
J'ai beaucoup apprécié la finesse, la sensibilité
du point de vue de la narratrice qui accompagne le lecteur dans sa découverte
de cette histoire au sein de cette communauté afro-américaine
du Mississipi. Et j'ai trouvé ce roman, écrit par une auteure
issue de cette communauté, vraiment intéressant. Je suis
contente de cette découverte. Cela me donne envie
de lire un autre titre.
J'ouvre aux ¾.
Monique L entre
et![]()
C'est un roman déroutant, oppressant et marquant. J'ai été
gênée au début de ma lecture par l'écriture
et par le style.
J'ai fini par accepter qu'une très jeune fille d'un milieu modeste
et peu éduquée parle avec des fautes grammaticales et qu'elle
utilise vocabulaire direct, voire cru, des métaphores très
concrètes. Son style direct contribue au réalisme du récit.
J'ai découvert un territoire oublié, frappé par la
pauvreté où s'exerce une violence qui n'est pas spectaculaire
mais lente, répétée, intégrée. Elle
passe par la faim, la maladie, l'absence d'avenir. Et c'est la façon
dont cette violence est simplement relatée qui, au début,
m'a dérangée et m'a maintenue dans un rôle d'observatrice.
Mais petit à petit, une ode à l'espoir, à l'amour
et la vie, s'est fait jour.
Les personnages sont décrits avec précision et une certaine
radicalité sans jamais tomber dans le pathétique. Ils forment
un vrai clan où chacun s'est construit en s'accrochant à
sa propre raison de vivre. Ils sont bienveillants et attentifs entre eux.
Bien que me sentant éloignée de leur monde, je me suis attachée
à eux, à leur passé, à leurs douleurs et à
leurs espoirs fragiles. Leur humanité éclate malgré
la précarité et la violence du monde qui les entoure. Je
me suis sentie comme une observatrice impartiale.
Esch est spécialement attachante avec son animalité naïve
et son intelligence de la vie. La façon dont elle assume seule
le fait d'être enceinte souligne sa grande solitude.
Le père est le seul qui n'est pas montré avec ses passions
ou ses doutes, sa seule obsession étant l'ouragan qui arrive. Il
m'a émue en emportant comme bien le plus précieux la photo
de sa femme. La mère, morte il y a plusieurs années, reste
très présente dans les souvenirs de tendresse et d'organisation
de la vie de ces gosses livrés à eux-mêmes.
La tension dramatique se construit au fil des pages, à travers
le sort de la chienne China et de ses petits, et la préparation
dérisoire pour échapper au pire de la tempête.
J'ai été happée par l'intensité et le réalisme
de la description de la situation durant le déferlement de Katrina.
À la fin, une lueur d'espoir, car si les ouragans détruisent,
ils peuvent aussi laisser la vie, laisser en vie autrement : "Il
reste plus que du bois et du fer, tout bousillés, et soudain il
y a un grand trou entre avant et maintenant, et je me demande où
le monde qui existait ce jour-là est passé, parce qu'on
est plus dedans."
(p. 328)
J'ai aimé l'écriture précise,
sensorielle, sans pathos et avec une grande force évocatrice. L'auteure
ne cherche pas à attendrir. Elle décrit, elle montre. Rien
n'est édulcoré, rien n'est exagéré. Il y a
beaucoup de non-dits et de pudeur.
Je n'ai pas suivi les liens établis par Esch avec la figure de
Médée, cela m'est apparu comme artificiel.
Il y a dans ce livre de nombreux thèmes abordés : le
deuil, une extrême pauvreté matérielle et morale,
ces fratries délaissées où les parents sont absents
et les enfants prennent soin les uns des autres. Un autre thème
omniprésent est celui de la maternité : la mère est
morte en couches, Esch est enceinte et la chienne China vient de mettre
bas. Ce dernier événement prend une place importante dans
le récit.
Je n'oublierai pas cette peinture d'une communauté américaine
noire et pauvre qui a survécu à Katrina et le ton non misérabiliste
employé par l'auteur malgré l'extrême pauvreté
matérielle et morale qu'elle décrit.
J'ouvre entre ½ et ¾.
Renée
(à
l'écran)
J'ai lu avec mon groupe
de lecture à Narbonne Nous
serons tempête, le dernier roman de Jesmyn Ward :
hormis une lectrice, tout le monde a été déçu.
J'ai préféré Bois sauvage, mais ce livre me
laisse assez mitigée. J'ai trouvé le début intéressant
avec le parallèle entre l'accouchement de China et celui de la
mère. Cependant ça ne me passionnait pas trop. Puis, l'épisode
des combats de chiens m'a été insupportable. Je sais que
ça existe mais je refuse d'y penser. Ensuite arrive Katrina, et
je me suis laissé prendre au récit du sauvetage. J'ai sauté
avec eux de branche en branche, et j'étais si angoissée
que j'aurais arrêté ma lecture si un coup d'il à
la dernière page ne m'avait pas montré qu'ils restaient
vivants.
J'ai trouvé le style du début et de la fin très différents.
Comme si, au début, elle s'était dit : "c'est une petite
Noire qui écrit, restons populaire". Cependant, emportée
ensuite par son propos, elle a oublié et c'est l'intellectuelle
qu'elle est qui a terminé le roman. C'est peut-être pour
cette raison que j'ai "palpité" au récit de Katrina.
Ce n'est pas un livre que je recommanderai à mes amis.
J'ouvre à moitié.
Christelle entre
et![]()
Ma lecture a très mal commencé : l'écriture m'a déplu
dès le départ, avec l'absence de négations notamment
(est-ce bien traduit ?). L'enchevêtrement de personnages des
premiers chapitres, la présence du pitbull (chien que je tiens
en horreur), je ne voyais pas trop l'intérêt. Et si je n'avais
pas confirmé ma venue chez Claire, j'aurais fermé pour ne
plus réouvrir. Et puis au fil des pages, je me suis habituée
au récit "parlé" de cette ado de 14 ans, certaines
comparaisons enfantines et improbables m'ont même fait sourire :
"son cou était
long et plein de veines comme la dinde au four à Noël"...
Le réalisme, avec lequel sont décrits la famille et le quartier,
m'a convaincue. Jesmyn Ward réussit à faire ressentir une
certaine tension avec les scènes dans la remise du chien, la description
des corps, des odeurs, de la chaleur avant l'ouragan... l'ambivalence
des sentiments de Esch qui découvre sa grossesse est également
assez subtile. J'ai aussi été touchée par les liens
d'amour qui unissent les membres de cette famille, amour qui n'est jamais
énoncé mais que l'on comprend par leurs attentions. Enfin
l'arrivée de l'ouragan (un peu tardive) m'a emportée !
J'ouvre donc entre ¼ et ½ si je fais la moyenne entre la
première partie fermée et la dernière ouverte aux
¾ !
Brigitte entre
et
(à
l'écran)
Il s'agit d'un livre dont je n'avais jamais entendu parler, d'un auteur
qui m'était inconnu.
La lecture est facile. Il s'agit d'un groupe d'enfants et de jeunes adolescents
afro-américains vivant sans beaucoup de contraintes dans une forêt
du Mississipi, sous la responsabilité d'un père complètement
dépassé par l'existence.
Esch, la narratrice, nous guide dans ce monde où on aime le basket
et le dressage des pitbulls. Elle est enceinte et cherche dans la lecture
mythologique des aventures de Médée l'interprétation
des événements. On annonce l'arrivée prochaine de
la tornade Katrina.
Même si j'ai tout lu, je n'ai jamais vraiment été
intéressée par cette lecture. On sent l'influence de Faulkner,
mais, selon moi, ça ne marche pas. L'articulation du récit
sur le mythe de Médée ne fonctionne pas non plus. Seul le
passage de Katrina m'a un peu retenue.
J'ouvre entre ¼ et ½.
Jean
(nouveau
lecteur de Voix au chapitre)
Les Italiens sont formels : "traduttore, traditore",
le traducteur est un traître. C'est peut-être là le
problème de ce Bois sauvage traduit en français,
dont le titre original Salvage
the Bones me plaît déjà beaucoup plus. Je
ne suis pas entré facilement dans cette histoire, mais alors vraiment
pas du tout. Le style parlé ne me dérange pas forcément,
mais sa présence constante, agrémentée d'épaisses
fautes de grammaire au sein même de la narration, m'a un peu fait
tiquer. D'autres romans arrivent à parler du point de vue d'un
adolescent ou d'un enfant (je pense à En
attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut), sans sombrer dans cet
écueil.
Les personnages centraux avaient pourtant tout pour me plaire, sur le
papier : une fratrie dysfonctionnelle, taiseuse mais porteuse d'un amour
certain les uns pour les autres, exprimant maladroitement leur tendresse,
unis tous les quatre par le trou béant laissé par la mort
de Rose, leur mère. Mais je n'ai pas du tout réussi à
m'attacher à Esch, alors que c'est la narratrice et la seule dont
les sentiments sont un peu explicites. C'est aussi l'une des seules femmes
du récit avec sa mère disparue, qui ponctue sans cesse le
texte, et cette chienne blanche, China, sur laquelle Skeet a visiblement
fait un transfert d'affection, à la limite de la zoophilie.
Skeeter est le seul personnage que j'ai trouvé vraiment abouti,
presque le plus attachant de tous, obnubilé par sa dévotion
tout entière à China, qu'il finit pourtant par laisser se
noyer pour sauver sa sur. C'est du moins comme ça que je
l'ai perçu au fur et à mesure du texte : quelqu'un qui aime
certainement sa petite sur Esch plus que tout au monde, y compris
sa chienne, mais qui ne le montre que par des regards mutiques, par une
présence, et in fine par son sens du sacrifice. Je pense même
que ce livre est en grande partie pour lui, car son histoire est au moins
aussi importante que celle d'Esch, avec les malheurs de sa grossesse et
ce Manny qu'elle aime mais qui ne l'a jamais aimée et ne l'aimera
jamais. L'auteure dédie d'ailleurs l'ouvrage à son frère
et Esch partage aussi, sans vraiment le dire, un amour presque dévot
pour ce jeune homme étrange, obnubilé par sa chienne au
point de la croire invincible.
Je suis cependant passé sans plaisir d'une page à l'autre,
même si certaines comparaisons ont pu me faire sourire. L'évocation
constante de la mythologie, une façon tragique et maladroite de
rattacher ces personnages miséreux et leur environnement miteux
à la grandeur dorée des dieux antiques, ne m'a pas convaincu.
C'était un peu téléphoné. J'ai fini par me
dire que l'évocation répétée de Médée
n'était qu'une tentative maladroite d'Esch pour avouer son amour
envers son frère, dont on apprend à la toute fin que, bien
évidemment, il s'appelle en réalité Jason.
Je me suis ennuyé jusqu'au moment où la chienne tue un de
ses chiots et où le père perd trois de ses doigts. Là
je me suis dit : enfin, l'histoire s'accélère, quelque chose
va s'écrire, mais le texte est resté relativement plat,
et je l'ai lu en ayant hâte d'en finir. L'ouragan Katrina, annoncé
dès le début, arrive si tard que j'ai presque cru qu'Esch
accoucherait de son bébé en même temps.
Je n'ai donc pas vraiment aimé ce livre, mais je ne l'ai pas tout
à fait détesté non plus. Il y a quelques fulgurances.
Plusieurs choses y couvent : Katrina, le bébé qui grossit
dans le ventre de cette adolescente esseulée, la menace presque
fantomatique du père (et sa violence présumée qui
se traduit surtout par un chagrin résigné, noyé en
permanence dans l'alcool). Une fois le père blessé, encore
plus incapable qu'auparavant de s'occuper de ses enfants, la fratrie laissée
à elle-même montre enfin un peu les crocs. Cette famille
se révèle d'ailleurs assez belle dans son refus de la résignation,
tout comme China, cette chienne de "porcelaine", ce pauvre animal
qu'on oblige à combattre et à sacrifier ses mamelles nourricières
dans un conflit parfaitement inutile puisque les chiots sont morts noyés
et leur mère probablement aussi. L'épisode du combat des
chiens est atroce. La littérature peut tout se permettre, d'accord,
mais laissons les animaux tranquilles.
Jérémy entre
et![]()
Avant la lecture : Le moins que l'on puisse dire, c'est que je
ne me suis pas attelé à la lecture de ce livre avec grand
enthousiasme. Et ce pour plusieurs raisons. D'une part parce qu'il nous
avait été recommandé par Lahcen, auquel nous devions
déjà Mon vrai nom est Elizabeth,
qui m'avait laissé un souvenir pour le moins mitigé. Et
d'autre part parce que l'autrice a le mauvais goût de ne pas être
encore morte et de relater qui plus est des événements relativement
récents.
Après la lecture : Cet a priori négatif
a malheureusement persisté à la lecture. Je dois avouer
que j'ai lu le livre facilement et rapidement. Mais j'ai trouvé
le récit relativement poussif. Jusqu'à la page 162 et le
fameux épisode des doigts sectionnés du père et de
la chienne China qui tue l'un de ses chiots, il ne se passe, si ce n'est
rien, tout du moins pas grand-chose. Mise à part la révélation
qu'Esch est enceinte et l'épisode du chapardage chez les voisins.
Qui plus est, l'épisode des doigts sectionnés du père,
je trouve que l'autrice n'en fait pas grand-chose d'un point de vue narratif.
Il pourrait se passer quelque chose à l'hôpital. Par exemple,
elle pourrait nous montrer quel sort réserve le système
de santé américain réserve aux noirs pauvres, certainement
sans couverture maladie comme eux. Mais elle n'en fait rien.
Du point de vue de l'écriture, c'est trop descriptif à mon
sens. L'autrice se sent obligée de tout nous décrire par
le menu, c'est pénible. Ce d'autant plus qu'au bout d'un moment,
j'ai fini par me rendre compte que les descriptions faisaient toujours
l'objet de comparaisons et que ces comparaisons étaient toujours
amenées de la même manière, avec un "comme".
Cela m'a fait le même effet que lorsqu'on se rend compte que son
interlocuteur a un tic de langage. À partir de ce moment-là,
c'est comme si l'on n'entendait plus que ça. Comme si le tic en
question faisait écran, comme s'il nous empêchait d'entendre
tout le reste. Tout le reste est brouillé. Le tic fait filtre.
À la lecture, cela me fait le même effet. Finalement, je
ne voyais plus que cela, j'étais en quelque sorte obnubilé,
à tel point que je finissais par les compter.
Dans un autre registre, je n'ai pas réussi à ressentir d'empathie
pour les personnages. Ce qui leur arrive m'a laissé relativement
indifférent. Seul Skeet a provoqué quelque chose en moi,
et ce quelque chose, c'est de l'antipathie. Je l'ai trouvé égoïste
et buté, tête à claques. Par exemple, lorsque son
frère Randall a un match de basketball qui pourrait lui permettre
d'accéder à un stage qui lui-même pourrait changer
sa vie, Skeet ne fait pas l'effort de prendre sur lui pour ne pas se battre
avec Marquiz, qui le provoque. La bagarre ruine évidemment toutes
les chances de Randall.
Par ailleurs, bien que le récit soit très descriptif et
se veuille réaliste, j'ai eu du mal à visualiser certaines
scènes. Notamment la fameuse scène de l'épisode Katrina,
dans lequel la famille saute de branche de chêne en branche de chêne
pour fuir sa maison et rejoindre l'ancienne maison des grands-parents
située sur un promontoire. De même, j'ai trouvé peu
crédible l'épisode de la montée des eaux. C'est peut-être
effectivement ce qui se passe dans la vraie vie, mais là, en moins
d'une page, les personnages passent de "j'ai
les fesses mouillées" à "j'ai
de l'eau jusqu'au cou et il faut que j'aille me réfugier au grenier".
Cela ne m'a pas semblé très crédible.
Pour finir, tout le malheur qui accable cette famille, à la fin,
c'est trop. Esch qui est enceinte, qui voudrait ne pas garder l'enfant,
qui est amoureuse de Marquiz dont il n'y a rien à espérer
et qui ne reconnaîtra jamais cet enfant, Randall et sa carrière
de basketteur avortée, China qui tue l'un de ses chiots, chiots
qui sont de toute façon menacés par le parvo, et qui est
ensuite emportée par Katrina, le père dont les doigts sont
sectionnés. Il n'y a que Junior qui ne soit pas accablé
de malheur, mais il est certainement encore un peu trop jeune pour ça.
Il n'est "que" orphelin. Bref, il n'y a aucun espoir. Aucun
espoir non plus que j'ouvre ce livre plus qu'entre fermé et
¼
!
Claire![]()
Même si je ne les ai pas énormément appréciés,
j'ai bien aimé découvrir les deux livres que nous avons
lus grâce à Lahcen, en plus d'auteurs vivants ! De surcroît
d'autrices !
Ici, j'ai apprécié les courtes phrases, le non-dit (ou la
pudeur), l'absence de commentaires. L'auteure s'est formée dans
les creative writing et enseigne à son tour : un des slogans, c'est
"show don't tell" et on voit bien l'efficacité, là.
Ça marche également bien pour faire apparaître sans
les qualifier la dureté des relations, par exemple celle avec Manny ;
les scènes sexuelles m'ont paru atrocement réussies.
Il y a du suspense avec la grossesse et la chienne. La visite chez le
blanc fait flop, à rebours des clichés.
Et j'ai moi aussi trouvé remarquable la scène de l'ouragan.
Voilà pour le positif. Mais...
Une fois le premier chapitre fini, je ne savais plus qui était
qui et de quoi ça parlait (toujours ce qi de géranium...)
: j'ai donc repris avec des notes auxquelles je me suis reportée
régulièrement. J'ai assez vite ressenti un ennui, au point
de tourner très vite les pages pour savoir ce qui allait se passer :
à Katrina, j'ai arrêté de tourner les pages et n'en
ai pas perdu une.
J'ai donc fini le livre vraiment rapidement...
L'ambiance m'a fait penser au Flannery O'Connor que nous avions lu, Les
braves gens ne courent pas les rues. Mais comme Brigitte, je me
suis sentie extérieure ; la réaction du père à
la grossesse de sa fille m'a quand même attendrie. Médée,
revenant discrètement mais régulièrement dans le
récit m'a paru un assaisonnement artificiel.
J'ai eu une interrogation que je confesse naïve à propos de
ce je de la jeune Esch : à qui elle raconte ? À qui
et pourquoi elle écrit ? J'espérais une révélation
à la fin du récit, mais non. Et cela a aussi contribué
à me laisser extérieure face à cet artifice d'écriture
qui ne marche pas vraiment pour moi. Donc, tout ça donne ouvert
au ¼.
Vous parlez de Faulkner. C'est plutôt dans la lignée de Toni
Morrison qu'on place Jesmyn Ward (cf. François
Busnel, enthousiaste sur France Inter).
Françoise
Toni Morrison ? Une fois de plus, overrated [surestimée]
!
(Jean se révolte par gestes.)
Claire
Pour ce qui est de la traduction et de la langue, je n'ai pas repéré
des manques de négation gênants, pourtant présents
dès la première ligne du livre : des négations complètes...
au contraire eussent été déplacées dans le
langage oral. Ma rapidité de lecture m'a empêchée
d'être plus attentive à la traduction, car juste une fois,
j'ai trouvé qu'était too much un rendu de langage oral mal
foutu :
| - On passe pas,
faut pas y aller. - Oui, mdame, dit Big Henry. - Zavez rien à manger ? elle demande. Il lui manque la moitié des dents du haut, elle a ce genre de peau claire que je sais pas si elle est vraiment blanche ou un tout petit peu noire, mais en tout cas elle est plus très jeune. Elle a des rides autour du nez, des yeux, de la bouche, comme les ronds dans leau quand on a jeté des cailloux. |
Cant pass down there.
Cant pass nowhere near down there. |
Mais j'ai trouvé les remarques de Jérémy
sur la multiplicité des comme vraiment accablantes pour
le traducteur ; voici un exemple de déferlement de comme,
sans équivalent dans la version originale :
| Les lignes à haute tension zigzaguent dans la boue comme des gros serpents feignants. On saute par-dessus. Comme y a plus d'arbres, on aperçoit la voie ferrée où passaient les trains qu'on entendait quand on était petits, avec leurs méchants coups de sifflet, quand on allait se baigner dans la baie aux huîtres qui a débordé pour avaler Bois Sauvage et la moitié de St. Catherine, et ensuite elle a tout revomi en morceaux. Une maison jaune est retombée au milieu des rails. Les vitres ont explosé, mais il reste les rideaux qui volent comme des papillons. On fait le tour et on regarde de chaque côté : plein d'autres baraques comme elle le long des voies, un collier en acier avec des perles en bois. |
| Power lines stretch across the mud-clogged road like great lazy snakes; we hop over them. With all the trees gone, it is easy to see that we are approaching the train tracks, the same train tracks that carried the trains we heard blowing raucously when we were younger, swimming in the same oyster-lined bay that came in and swallowed Bois, swallowed the back of St. Catherine, and vomited it out in pieces. A house sits in the middle of the track. It is yellow, and its Windows have been blasted open by the storm, but its curtains remain. They flutter weakly. We climb around it, look east and west along the track, and see many houses lining it: it is a steel necklace with wooden beads. |
La seule mention dans la presse que j'ai trouvée négative concerne justement la traduction, dans une critique québécoise par ailleurs élogieuse pour le livre : "La traduction française est plutôt pénible, mais l'histoire est si captivante qu'on finit par oublier les anglicismes et les phrases boiteuses." (La Presse, 23 février 2013).
|
Repères
biographiques Livres traduits Articles sur Bois sauvage Le livre que lit Esch sur Médée Le traducteur Vidéos Radio et entretiens Faulkner et Jesmyn Ward |
Les parents de Jesmyn Ward étaient originaires de la côte du golfe du Mississippi. La famille de son père a fui vers la baie de San Francisco, en Californie, après le passage dévastateur de l'ouragan Camille dans le sud-est des États-Unis en 1969. Plus tard, sa mère a quitté le Sud pour Los Angeles afin d'y poursuivre ses études, mais elle est partie après un semestre pour s'installer à Oakland et se rapprocher du père de Jesmyn.
- 1977 : Naissance de Jesmyn Ward à Oakland,
Californie.
- 1980 : Retour de la famille dans le Mississippi (Pass Christian puis
DeLisle) : une enfance marquée par la pauvreté, l'absence
du père et le travail domestique de la mère.
- Années 1980-1990 : Jesmyn devient une grande lectrice. Grâce
à l'employeur de sa mère, un avocat fortuné qui propose
de financer ses études, elle intègre une école privée
épiscopalienne où elle est la seule élève
noire.
Ma famille n'avait pas les moyens d'acheter des livres. J'étais donc une enfant de la bibliothèque. Mais ma ville est si petite qu'il n'y a pas de bibliothèque municipale, alors je dépendais de la bibliothèque de mon école celle de l'école primaire, celle du collège pour mes livres. Je les empruntais tous. Je me souviens qu'en CE1, tous les autres enfants de ma classe détestaient lire. On devait faire des exercices de compréhension de texte ils les détestaient. Un jour, j'ai réalisé que tout le monde détestait lire. Mais vous savez quoi ? J'adore ça ! Je me le suis dit très jeune, mais j'étais toujours attirée par les livres dont le personnage principal était une fille, une jeune fille débrouillarde. J'adorais des livres comme Fifi Brindacier [...]. Si le personnage principal était une fille, je lisais le livre. Et s'il y avait des sorcières, j'étais au rendez-vous. Et les bibliothécaires, quand j'étais plus jeune, ne me donnaient pas vraiment de conseils. Alors je parcourais les rayons, j'empruntais des livres et je les dévorais. À l'époque, les livres étaient magiques, et il semblait y avoir quelque chose de magique dans le travail des écrivains. (Entretien avec Jennifer Acker, The Common, 21 mai 2020).
- Années 1990-1999 : Elle poursuit toute sa
scolarité secondaire dans cet établissement, puis prépare
son entrée à l'université.
- 1999-2000 études à Stanford : Licence d'anglais, puis
master en médias et communication.
- 2000 : Mort de son frère Joshua, tué par un conducteur
ivre ; l'injustice du verdict (au lieu d'être inculpé d'homicide
involontaire, le conducteur a été accusé de délit
de fuite et a écopé d'une peine légère) l'aura
poussée vers l'écriture, dira-t-elle.
- 2003-2005 : Inscription au MFA (Master of Fine Arts, en l'occurrence
en creative writing) de l'Université du Michigan après un
passage à New York.
- 2005-2008 : Retour à DeLisle ; l'ouragan Katrina dévaste
sa région. Elle enseigne tout en écrivant. Publication en
2008 de son premier roman, Where
the Line Bleeds (Ligne
de fracture), qui émane, révisé, de ce
qui est nommé "thesis" écrit à l'Université
du Michigan dans le cadre de son MFA : ce n'est pas une "thèse",
mais un manuscrit créatif (roman, recueil de poésie...).
"Mon premier roman est resté au point mort pendant trois ans, trois années de soumissions et de refus, et je n'ai publié qu'une seule nouvelle durant cette période. Je travaillais à l'Université de La Nouvelle-Orléans dans les années qui ont suivi l'ouragan Katrina. Traverser l'est de La Nouvelle-Orléans pour le travail, ce paysage dévasté, les maisons pourrissantes et taguées, les rues désertes, les déchets de l'inondation encore là où les eaux les avaient déposés, m'a tellement abattue que je n'ai pas écrit une seule phrase pendant trois ans", a-t-elle confié sur son blog. "Très bien, me dis-je, je me tais. Jai dit au désespoir : Tu as gagné. Jai commencé à me renseigner sur les cours préalables nécessaires pour intégrer une formation dinfirmière, à planifier mon retour aux études, mon congé de lécriture. Et puis, Doug Siebold, des éditions Agate, a accepté de publier Where the Line Bleeds." (The Guardian, 17 novembre 2011)
- 2010-2011 : Écrivaine en résidence
à l'Université du Mississipi. Publication en 2011 de Salvage
the Bones (Bois
sauvage), primé par le National Book Award.
- 2013 : Récit autobiographique, Men
We Reaped (Les
Moissons funèbres) finaliste du National Book Critics
Circle Award.
- 2014 : Elle rejoint l'Université
Tulane à La Nouvelle-Orléans comme professeure d'écriture
créative.
- 2016 : Direction du recueil The
Fire This Time: A New Generation Speaks About Race, réunissant
des voix majeures de la littérature noire contemporaine, en écho
direct à James Baldwin et à son recueil de 1963, The
Fire Next Time (La
prochaine fois, le feu).
- 2017 : Publication de Sing,
Unburied, Sing (Le
Chant des revenants), roman polyphonique mêlant histoire
du Sud et surnaturel. Deuxième National Book Award. Bourse
MacArthur.
- 2018 : Discours
de remise de diplômes à Tulane (adapté en livre illustré
sous le titre Navigate
Your Stars, publié en 2020). Décès de son
mari en janvier 2020, évoqué dans Vanity
Fair
("Sur le témoignage et la réparation : une tragédie
personnelle suivie dune pandémie")
- 2022 : Prix de la Bibliothèque du Congrès pour la fiction
américaine, dont elle est la plus jeune lauréate. The Library
of Congress Prize for American Fiction, prix littéraire prestigieux
récompense un·e écrivain·e pour lensemble
de son uvre pour sa contribution exceptionnelle à la littérature
américaine ; il est généralement attribué
à des auteurs confirmés (Toni Morrison, Don DeLillo).
- 2023 : Publication de Let
Us Descend (Nous
serons tempête), roman situé avant la guerre
de Sécession, à propos d'une jeune esclave nommée
Annis.
LIVRES de Jesmyn
Ward TRADUITS en français
Dans l'ordre chronologique de publication aux Etats Unis :
- 2008, roman tiré de sa thèse : Ligne
de fracture (Where the Line Bleeds), trad. Jean-Luc Piningre,
Belfond, 2014 ; rééd. 10/18, 2019
- 2011, roman : Bois
sauvage (Salvage the Bones), Belfond, 2012, trad. Jean-Luc
Piningre ; rééd. 10/18, 2013. Prix : National Book Award.
- 2013, récit autobiographique : Les
Moissons funèbres (Men We Reaped), trad. Frédérique
Pressmann, Globe, 2016 ; rééd. 10/18, 2019
- 2017, roman : Le
Chant des revenants (Sing, Unburied, Sing), trad. Charles
Recoursé, Belfond, 2019 ; rééd. 10/18, 2020. Prix
: National Book Award. Grand Prix des lectrices de Elle.
- 2023, roman : Nous
serons tempête (Let Us Descend), trad. Charles Recoursé,
2025 ; rééd. 10/18, 2026.
ARTICLES SUR BOIS
SAUVAGE
Franchement
pas nombreux pour ce roman dans la presse
francophone, ils seront bien plus nombreux par la suite :
- "Médée du Mississippi",
Nils C. Ahl, Le Monde des livres, 31 août 2012.
- "Jesmyn
Ward, un ouragan littéraire", Jennifer Lesieur, site TF1,
6 septembre 2012.
- "L'ouragan Katrina enfante un
nouveau roman", Bois Sauvage, Hubert Artus, L'Express
(site web), 17 octobre 2012.
- "Vient de paraître...",
Claire Devarrieux, Libération, 18 octobre 2012.
- "Bois
Sauvage, la misère américaine dans l'il du cyclone
Katrina, Laurence Houot-Remy, France Info, 10 décembre
2012.
- "Un roman bouleversant",
Andrée LeBel, La Presse, Québec, 23 février
2013.
Le
titre
Pourquoi
ce titre (Salvage
the Bones en anglais) ? Voici ce que Jesmyn répond, raconte
la doctorante Shelby
Judge :
The word salvage is phonetically close to savage. At home, among the young, there is honor in that term. It says that come hell or high water, Katrina or oil spill, hunger or heat, you are strong, you are fierce, and you possess hope. When you stand on a beach after a hurricane [ ] and all you have are your hands, your feet, your head, and your resolve to fight, you do the only thing you can: you survive. You are a savage.
Le mot salvage (sauvetage) est phonétiquement proche de savage (sauvage). Entre eux, chez les jeunes, ce terme est empreint de fierté. Il signifie que quoi quil arrive, quil sagisse de Katrina ou dune marée noire, de la faim ou de la chaleur, on est fort, on est courageux et on garde espoir. Quand on se retrouve sur une plage après un ouragan [ ] et quil ne nous reste que nos mains, nos pieds, notre tête et notre détermination à lutter, on fait la seule chose possible : survivre. On est un sauvage.
Autres articles et entretiens en anglais à propos de Bois sauvage
- "Salvage the Bones, by Jesmyn Ward: review", Joan Frank, San Francisco Chronicle, 27 novembre 2011. Extrait :
Bois sauvage, le deuxième roman de Jesmyn Ward jusquici largement passée inaperçue et lauréat du National Book Award, est souvent presque insoutenable de douleur.
Il est aussi dune beauté saisissante, tendu, implacable et, une fois refermé, inoubliable. Il a été écrit avec la fameuse plume trempée dans le sang celui de lautrice elle-même. Lhistoire personnelle de Ward est difficile à séparer de sa fiction. Lorsque louragan Katrina a déchaîné son horreur en 2005, la famille de Ward "est sortie dans la tempête, sest réfugiée pendant des heures dans ses voitures, sest vu refuser labri dune famille blanche qui leur a dit quils pouvaient sasseoir dehors dans leur champ mais pas entrer dans la maison, avant de trouver un carrefour où une autre famille, encore blanche, les a accueillis".
Doù Bois sauvage, qui se déroule durant les douze jours précédant larrivée de Katrina.
"Je voulais écrire sur les gens du Sud", Emma Brockes, The Guardian, 1er décembre 2011. Extrait :
Les événements du roman sont en partie inspirés de ce qui est arrivé à sa famille en 2005, lorsque l'ouragan Katrina a ravagé leur ville. Dans le roman, raconté du point de vue d'Esch, son héroïne de 14 ans, la famille échappe à la montée des eaux par un trou dans le toit. Dans la réalité, la famille de Ward a réussi à rejoindre son camion et à se réfugier chez une famille blanche voisine, où le véritable drame a commencé.
"Et voilà", dit Ward, tremblante à ce souvenir. "Moi, ma mère, le mari de ma mère, ma grand-mère âgée, mon grand-père et ma sur enceinte, qui à huit mois était déjà bien en chair. Nous étions trempés jusqu'aux os parce que nous avions dû nous précipiter hors de la maison et nager une partie du chemin. Et ils ouvrent la porte. Le vent secouait la voiture et ils nous criaient dessus, nous leur criions dessus parce que c'était le seul moyen de nous faire entendre, et des arbres volaient dans tous les sens. Ils criaient : 'Vous allez bien ?' Et nous, on était là : 'Vous êtes sérieux ? On est assis dehors en plein ouragan de catégorie 5. On a l'air d'aller bien ?' Elle bégaye. Et ils ont dit : 'Eh bien, vous pouvez vous asseoir dehors dans ce champ, jusqu'à ce que l'eau se retire, mais nous n'avons pas de place pour vous dans la maison. On ne peut pas vous laisser entrer.' Et j'ai pensé : 'c'est n'importe quoi'."
- Jesmyn Ward on writing honest novels with good titles, inhabiting ghosts, and learning to love Faulkner, entretien avec Jennifer Acker, The Common, 21 mai, 2020. Extraits :
J'ai le sentiment que Bois Sauvage est une version idéalisée de DeLisle, ma ville natale, telle que je l'ai connue dans les années 1980, quand j'étais enfant, et qu'elle était encore plus rurale qu'aujourd'hui. DeLisle et Bois Sauvage sont toutes deux de petits villages ruraux où la communauté est primordiale, où les familles vivent depuis des générations, car tout le monde se connaît et connaît l'histoire de chacun. Je crois que dans Bois Sauvage, j'essaie notamment de communiquer ou d'explorer l'idée de communauté, ce à quoi elle ressemble dans un tel lieu, et comment elle peut aider ses membres à survivre de manière très spécifique. Je cherche aussi à transmettre la beauté de cette région. (...)
Dans le passage d'ouverture [dans Le Chant des revenants], Pop est en train d'abattre une chèvre, et j'ai été frappé de constater qu'au début de Bois sauvage, une chienne met bas. Qu'est-ce qui, dans la relation des personnages aux animaux, vous a poussée à écrire ces scènes d'ouverture où animaux et humains sont si étroitement liés ?
Vous savez, pour Bois sauvage, il ma fallu beaucoup de temps pour trouver le bon début, le bon moment pour entrer dans cette histoire. Dhabitude, jécris de façon très linéaire. Je dois écrire du début à la fin. Jai des amis qui ne fonctionnent pas comme ça ; ils écrivent par à-coups, ils écrivent la fin, ils écrivent un tiers du livre, puis ils reviennent vers la fin, mais mon cerveau ne fonctionne pas comme ça. Il ma fallu du temps pour trouver le bon endroit pour commencer cette histoire. Je ne sais même pas comment je lai trouvé soudain, jétais dans cette grange, jétais là avec la chienne qui mettait bas. Et ça ma semblé être le bon moment, peut-être parce que je pense que lacte de donner naissance est souvent porteur despoir et empreint dun certain sentiment de promesse et de potentiel. Ce moment avec les animaux fonctionnait si bien dans Bois sauvage, que je me suis dit : "Tiens, et si jécrivais sur les animaux au début du Chant des revenants ?" Mais là encore, il m'a fallu beaucoup de temps pour déterminer précisément quand et où ce moment se situerait. Puisque Le Chant des revenants parle de mort, de perte et d'au-delà, il serait peut-être judicieux de commencer par ce moment de massacre.
(...) J'ai l'impression que chaque livre que j'écris m'apprend quelque chose. Avec Ligne de fracture, j'ai compris que je devais laisser le récit prendre vie, et je crois que j'ai aussi réalisé que je n'étais pas à l'aise avec l'écriture à la troisième personne. Avec Bois sauvage, j'ai appris que j'étais à l'aise avec l'écriture à la première personne, et j'ai également découvert que je pouvais raconter une histoire à la structure très resserrée Bois sauvage se déroule sur douze jours, chaque jour constituant un chapitre. Dans mes mémoires [Les moissons funèbres], je crois avoir compris que mes histoires n'avaient pas besoin d'une structure linéaire et classique, et que je pouvais raconter une histoire avec une structure plutôt étrange, inattendue. Je pouvais raconter une histoire en faisant des allers-retours dans le temps. Et puis, avec Le Chant des revenants, je crois que j'ai appris que je pouvais faire des recherches et les intégrer de manière organique à l'histoire je ne savais pas que je pouvais le faire avant d'écrire ce livre et aussi que je pouvais raconter une histoire à partir de multiples points de vue, car je ne l'avais jamais fait auparavant.
LE LIVRE QUE
LIT ESCH SUR MÉDÉE
Mythology: Timeless Tales of Gods and Monsters, publié en
1942 par Edith
Hamilton, constamment réédité, et traduit en
français :

éd.
Marabout
LE TRADUCTEUR
Jean-Luc Piningre est un traducteur littéraire expérimenté,
traduisant depuis 30 ans la littérature américaine.
Son site présente
son cv et la liste des livres
traduits : comme Jesmyn Ward, il a un suivi un Master of Arts,
Communications Management, Annenberg School of Communications, University
of Southern California (Los Angeles). Parmi les
auteurs que nous avons lus : Jim Harrison, Colum McCann.
Il a traduit les deux premiers romans de Jesmyn Ward : Bois sauvage
est le deuxième.
VIDÉOS
- Jesmyn
Ward présente son livre Bois sauvage, Place des éditeurs,
14 octobre 2014, 1 min 30.
- François
Busnel rencontre aux États-Unis Jesmyn Ward : La Grande
Librairie, 27 février 2019, 21 min.
- Le discours de Jesmyn Ward en 2011 à l'occasion de la remise
de son premier prix : "National
Award in Fiction acceptance speech".
- Long
entretien dans une librairie : à l'occasion de la publication du
livre Nous
serons tempête, chaîne youtube Politics
and Prose, 30 septembre 2024.
RADIO
et ENTRETIENS
Sur d'autres livres de Jesmyn Ward :
- "Le
Chant des revenants, un texte entre poésie et sordide",
Arnaud Laporte, La Dispute, France Culture, 7 mars 2019.
- "Le
Chant des revenants Jesmyn WARD éditions Belfond",
Marie-Ange Pinelli, Le livre qui vaut le détour, Ici, 8
mars 2019.
- "Nous
serons tempête" : la romancière afro-américaine
Jesmyn Ward plonge aux racines de l'histoire de sa communauté dans
un chant homérique, Laurence Houot, France Info, 17 août
2025, 4 min.
- "Les
Moissons Funèbres, Jesmyn Ward : les nouveaux visages de la
ségrégation aux Etats-Unis", François Busnel,
Écris-moi l'Amérique,
France Inter, 20 février 2020, 5 min. Extrait :
Elle incarne, cette jeune Jesmyn Ward, le renouveau de la littérature noire américaine après la disparition de Toni Morrison lété dernier.
Toni Morrison, cétait en effet la conscience de lAmérique noire, la romancière qui parlait à tous, quelle que soit la couleur de peau, et qui avait su raconter la mémoire de lesclavage Jesmyn Ward en prend le chemin ! Toni Morrison elle-même avait dailleurs adoubé Jesmyn Ward peu de temps avant de mourir.
- "Le
chant des revenants de Jesmyn Ward", Lucie Lemarchand, Livre
de poche, France Inter, 22 août 2020, 3 min.
- "Esprit,
chaînes et échappée onirique, entretien avec Jesmyn
Ward", Tirthankar Chanda, Chemins d'écriture, RFI,
19 octobre 2025, 3 min 56. Extrait :
Comment êtes-vous venue à lécriture, Jesmyn Ward ?
Jai été lectrice avant dêtre écrivaine. La lecture a été pour moi une expérience si immersive, si magique, que je pouvais me plonger dans une histoire et vivre avec ses personnages, oubliant complètement ma propre vie. Les écrivains que je lisais me fascinaient, car ils savaient faire émerger des mondes par la seule magie de leurs paroles ou de leurs plumes. Je voulais faire comme eux, même si je nai pas la moitié de leurs talents. Depuis lenfance, je nourrissais cette ambition secrète de devenir écrivaine, mais ce nest quà la mort de mon frère que jai véritablement embrassé une carrière de conteuse, avec le souci de donner à voir le monde doù je viens, de raconter cette communauté au sein de laquelle j'ai grandi. Comme les histoires ne manquent pas, jai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée...
- "Jesmyn Ward écrit pour vous aider à traverser lexpérience humaine", entretien avec Kaitlyn Greenidge, The Harper Bazaar, 23 mars 2026. Extraits :
Qu'est-ce que vous pouvez dire dans vos essais que vous ne pouvez pas dire dans vos uvres de fiction ?
La fiction offre une liberté qui me permet de suivre le fil de mon inspiration et de ma créativité, tandis que la non-fiction m'oblige à explorer les profondeurs de mon être. J'ai entendu parler de "travail sur soi". C'est un travail spécifique. Le travail sur soi et l'écriture de non-fiction créative sont indissociables. J'explore les profondeurs de mon expérience pour mieux la vivre et, je l'espère, aider d'autres personnes en difficulté à ressentir une forme de solidarité et à se sentir moins seules.
J'ai grandi dans le Mississippi. Je viens d'une famille nombreuse, très stable, d'une communauté établie depuis des générations. Malgré cela, il y a eu des moments dans ma vie où je me suis sentie très seule.
Je crois que je n'ai commencé à lire de la non-fiction créative qu'à 14 ou 15 ans, probablement après avoir découvert Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage de Maya Angelou. J'ai alors commencé à comprendre que la non-fiction créative pouvait répondre à d'autres besoins, non pas forcément celui de m'évader, mais celui d'explorer des aspects plus profonds de ma vie.
Vous avez évoqué l'expression "shadow work". Nous vivons actuellement une période particulière, notamment dans le domaine de l'art noir. Certains lecteurs disent : "Je nai pas envie de lire quoi que ce soit de douloureux pour un personnage noir. C'est trop dur." Les gens disent : Je nai pas envie de faire ce travail sur les parts dombre. Mais cest une part de ce que vous faites, de ce que fait un artiste. Comment abordez-vous cela dans votre travail ?
Jai deux choses à dire là-dessus. La première, cest que cest normal. Jarrive moi-même à ce moment-là dans ma vie de lectrice. Peut-être que je nai pas envie de regarder le dernier documentaire déchirant ou de lire le dernier livre qui mapprend quelque chose sur lhistoire de lesclavage
Quand je suis dans cet état, je me laisse aller à la légèreté et à la fiction, sans forcément avoir à réfléchir ni à ressentir la gravité des choses. Mais je sais aussi qu'une fois cette soif apaisée, une autre envie se fait jour. J'aurai envie de revenir à une littérature qui aborde des sujets plus profonds et plus complexes. C'est une autre soif qu'il me faut satisfaire.
Et puis, refuser d'affronter les difficultés ne signifie pas que vous ne les vivez pas. Cela ne signifie pas que vous ne les ressentez pas. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles j'écris sur la perte, sur le deuil, sur les personnes qui tentent de se reconstruire après une catastrophe ou un bouleversement. J'ai vécu tout cela, j'ai tout expérimenté.
Il n'est pas nécessaire d'y être constamment confronté. Mais pour apprendre à vivre avec la perte, le deuil, la mort, le bouleversement, il faut se confronter à la réalité.
Ce genre de travail créatif est une clé qui ouvre la porte à une expérience différente et à une compréhension différente, m'aidant à traverser les épreuves que je traverse. La vie est si difficile. On a besoin de l'art pour nous guider dans cette expérience humaine. ("Jesmyn Ward écrit pour vous aider à traverser lexpérience humaine", entretien avec Kaitlyn Greenidge, The Harper Bazaar, 23 mars 2026).
FAULKNER
ET JESMYN WARD
Déculpabilisez-vous !
Faulkner, qui a lui aussi écrit sur une petite partie du Sud des États-Unis, est-il une référence importante pour vous ?
Oui. Mais ça n'a pas toujours été le cas. J'ai découvert Faulkner au lycée. Je crois que j'ai lu une de ses nouvelles et je me suis dit : "Pourquoi les gens aiment ça ? Je déteste ça. C'est d'une complexité insupportable, je n'y comprends rien." Je n'y comprenais rien. Je me souviens précisément d'avoir pensé ça parce qu'un garçon de ma classe disait : "Faulkner est mon auteur préféré." Puis on a lu une nouvelle et je me suis dit : "Mon Dieu, quel prétentieux !" Donc, au lycée, je n'y comprenais rien. Ensuite, à la fac, je l'ai relu, et je n'y comprenais toujours rien. Je comprenais mieux ce qui se passait, mais il n'y avait aucune réaction viscérale, aucune émotion face à son uvre. Puis, après mes études, au début de la vingtaine, à New York, j'ai lu Le Bruit et la Fureur, et je n'y comprenais toujours rien.
Mais vous avez continué d'essayer !
J'ai essayé, j'ai persévéré. Je me disais : "C'est vraiment impressionnant !" mais ça ne provoquait rien en moi. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que je n'étais pas au bon stade de mon développement émotionnel. Je ne sais pas ! Ce n'est qu'à mon arrivée dans le Michigan, à 26 ou 27 ans, que j'ai lu Tandis que j'agonise. Je me souviens l'avoir ouvert et avoir lu les premières pages. Puis je l'ai refermé, et je me suis dit : "Bon sang ! C'est incroyable. Peut-être que je devrais abandonner, parce que je ne pourrai jamais faire ça." J'ai tout reconnu dans ce Sud qu'il décrivait. Et j'ai eu une réaction immédiate et très émotionnelle à son uvre, un mélange d'amour profond et de haine, comme pour ma région natale.
Quand j'étais encore étudiante et que je participais à divers programmes de bourses, il m'arrivait de recevoir des critiques de mes pairs qui me disaient : "Je ne comprends pas, ces gens sont à peine instruits, comment font-ils pour s'exprimer ? Pourquoi utilisent-ils ce langage ? Pourquoi s'expriment-ils de cette façon ?" Je leur répondais en citant Faulkner : "Il l'a fait ! S'il l'a fait, pourquoi pas moi ?" J'adore son uvre, mais j'ai l'impression qu'il néglige ses personnages de couleur. Parce qu'ils manquent de complexité, leur vie intérieure est superficielle. Il y a un grand décalage entre leur existence et la façon dont ils sont décrits, tandis que ses personnages blancs sont pleinement incarnés, complexes et nuancés, et suscitent des émotions très fortes chez ses lecteurs. Ses personnages de couleur sont souvent plats et ne provoquent pas ce genre de réaction. C'est une autre chose qu'il m'a apprise. (Entretien avec Jennifer Acker, The Common, 21 mai 2020).
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Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme
au rejet :
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à
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grand ouvert |
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¾ ouvert |
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