Lahcen
(participe au nouveau groupe parisien
depuis
septembre 2023 et La papeterie Tsubaki)

La lecture et les livres ont toujours fait partie de ma vie. Mon premier souvenir littéraire est le livre de Tomi Ungerer : les Trois Brigands. Je me souviens du graphisme du livre, des yeux et des chapeaux des brigands. Dans le primaire, il y a eu surtout Tintin et Astérix.
J'appartiens à une famille où on ne lit pas beaucoup et où la présence de livres est quasi absente.
Seule ma grande sœur possédait des livres présents dans sa chambre : Boule de Suif, la Métamorphose, les Fleurs du Mal, Les Liaisons Dangereuses. Ma sœur étudiait ces œuvres au lycée. J'avais neuf ans d'écart avec cette dernière et la lecture de ces livres me paraissait insurmontable.

L'entrée au collège m'a permis d'être dans la classe de Madame Pitt, la meilleure professeur de français qui soit. Avec elle, j'ai découvert le théâtre de Molière, le théâtre qui est devenu une de mes passions, mais aussi les œuvres de Victor Hugo, Georges Sand, François Villon. Madame Pitt nous a fait aussi étudier les romans policiers. En effet, mon premier coup de cœur littéraire, à douze ans, fut pour Ils étaient Dix d'Agatha Christie. Au collège, j'ai lu de nombreux romans policiers, se substituant dans le temps aux bandes-dessinées de mon enfance.
Au lycée, j'ai surtout lu les œuvres proposées par les professeurs et parmi lesquelles ont retenu mon attention : Phèdre que j'ai adoré adolescent mais aussi adulte, le Père Goriot qui est l'un de mes romans préférés, Nous autres de Zamiatine, ma première expérience littéraire russe, Des souris et des hommes et enfin Madame Bovary que je n'ai pas apprécié à 16 ans, ni à mes 25 ans (je me suis promis de le relire pour mes 50 ans).
Le travail donné par les professeurs et les activités extra scolaires ne me laissaient pas beaucoup de temps pour lire d'autres livres.
Mes premiers jours à l'Université, seul dans ma chambre, n'ayant ni radio ni télévision, j'ai pris la Condition humaine dans ma valise. Cela fut ma pire expérience littéraire. Pourquoi m'être infligé cela à 18 ans ? Oui, j'ai pour principe de terminer toujours les livres que je commence, même ceux qui m'ennuient, par respect pour l'auteur et l'œuvre. J'ai trouvé Malraux si pédant, j'ai eu l'impression qu'il a voulu nous démontrer que son œuvre était irréfragable. Ce traumatisme littéraire m'ayant décontenancé, pendant mes années étudiantes, je n'aurai lu que sporadiquement des romans policier ou de la fantasy. J'ai surtout découvert l'univers d'Harry Potter, j'ai apprécié lire les aventures de ces sorciers, JK Rowling a su me transporter à Poudlard, m'attacher à ces personnages et aussi acheter ces bouquins et aller voir les films au cinéma.
Au démarrage de ma carrière professionnelle, j'ai quitté ma Province pour Paris : j'ai découvert ces transports et notamment le temps passé dans le RER B. Durant ces trajets, j'ai lu Ken Follett, Millenium, Henning Mankell, etc.
À mes 30 ans, j'ai repris des cours de théâtre. J'ai donc lu toute les tragédies de Shakespeare. Cet auteur, à l'instar de ce qu'il représente pour le genre littéraire et théâtral, est un véritable élément déclencheur dans ces deux passions qui m'animent. Le Roi Lear est dans mon Top 3. C'est une œuvre universelle, moderne, qui résonne toujours avec notre époque. Je ne me lasse pas de la relire. Je suis aussi admiratif de ses comédies, je viens notamment de terminer Comme il vous plaira, j'en ai ri aux éclats au point d'en susciter l'interrogation des passagers assis à mes côtés dans le métro, j'ai eu envie de créer un "fan club" de Béatrice !
Ma passion du théâtre m'aura aussi fait découvrir et apprécier Tchekhov, Pommerat, Brecht, Jelinek, etc.
Shakespeare m'ayant "vacciné" d'André Malraux, je me suis entrepris à la lecture d'œuvres littéraires. Absalon Absalon de Faulkner m'a transi. Son écriture est d'une violence inouïe, implacable. Ce roman est mon numéro Un dans ma liste. J'aime tout ce qu'il a écrit de ce que j'ai pu lire à date. Dostoïevski, dont j'ai commencé "l'ascension" avec les Démons, me fascine par son écriture, la folie, l'intelligence et la brutalité de ses personnages. Les traductions de Markowicz sont fabuleuses. Grâce à cet auteur, j'ai pu ressentir toute la puissance de la littérature russe et que je n'avais pas pu mesurer du haut de mes 16 ans avec Zamiatine. J'ai poursuivi avec Gogol.
J'ai été happé par Guerre et Paix de Tolstoï, j'ai lu les deux tomes en un mois, j'ai été addictif aux aventures de tous les personnages (merci à l'auteur de m'avoir éduqué sur les guerres napoléoniennes).
La lecture du Carnet d'Or de Doris Lessing m'aura procuré un tout autre effet qui ne m'avait encore jamais traversé l'esprit, me projetant littéralement dans le livre, j'étais présent aux côtés des personnages, si vivants si vrais, contemporain du Londres des années 50 ! Sauf que je ne pouvais pas m'adresser à eux, quel dommage ! Avec de la réflexion, voilà un roman que j'aurais aimé écrire.
La Storia d'Elsa Morrante m'a fait pleurer et rire, une histoire sans artifice, cinglante de vérité, violente, puissante.
J'ai été saisi par la modernité, l'humour et la tragédie de Don Quichotte. Sancho Panza est l'un des personnages les plus fascinants et les plus important de toute l'histoire de la littérature. Je suis surpris de lire parfois que cette œuvre est l'une de celles dont la lecture est la plus abandonnée, quel dommage !
J'habite dans le quartier de Vernon Subutex, grâce auquel j'ai redécouvert Virginie Despentes, qui est pour moi l'une des plus grandes autrices françaises contemporaines. Je la remercie de sa sincérité, sa causticité, son laconisme et son humour. Depuis Cher Connard, je retrouve la joie d'écrire des lettres à mes amis.
Après mon divorce, je me suis lancé à la Recherche du temps perdu. J'ai été séduit par le lyrisme et l'intensité de l'écriture de Marcel Proust. J'ai dévoré Du Côté de chez Swann. J'ai eu beaucoup de mal avec les livres II et III. Sodome et Gomorrhe reste mon livre favori de l'œuvre: il m'a fait m'interroger sur moi-même, réfléchir sur la société actuelle, rire grâce à Charlus etc. J'ai apprécié les livres V et VI.
Le Temps retrouvé m'a énormément ému car il est à la fois philosophique et formateur… et c'est le dernier, il y a donc une tristesse de quitter Marcel mais je sais que je reviendrai à cette émotion.
Les livres m'ont toujours aidé à avancer mais aussi à faire face aux coups durs de la vie.
Pendant les confinements, j'ai beaucoup lu. J'y ai rencontré Annie Ernaux avec Les Années dont j'offre désormais le livre à chaque occasion. J'ai été subjugué par sa vie, son écriture simple mais si éloquente, j'ai eu un aperçu de la société française dans les années 40 et 50, ce livre a été une vraie source documentaire pour moi.
J'ai lu aussi Kerouac, Balzac, Kafka, Hemingway, Zweig et bien d'autres. Toni Morrison m'a percuté par l'injustice, l'impétuosité et le drame de l'histoire de son livre Beloved. J'ai été jamais aussi en colère et triste en lisant un roman.
Je remercie tous ces écrivaines et écrivains de m'avoir soutenu pendant cette épreuve.
Les confinements suivants, je me suis aventuré chez Georges Eliot avec Middlemarch, Iris Murdoch avec Sous le filet, Naguib Mahfouz avec les Fils de la Médina, Carson McCullers avec Le cœur est un chasseur solitaire, etc.
J'ai fréquenté Montaigne et ses Essais. C'était vraiment chouette d'échanger avec mon ami Michel.
La Montagne magique de Thomas Mann m'a paru assommant et apathique.
Il y a quelques mois, j'ai dévoré l'Art de la Joie de Goliarda Sapienza. Ce livre est addictif, phénoménal et renversant. Ce livre est d'une importance majeure dans la littérature mondiale. Il devrait être au programme des lycées et des études sur la condition féminine au fil des siècles. À Noël 2022, je l'ai offert à plusieurs amis et membre de ma famille. Et en 2023, vous pouvez compter sur moi pour l'offrir et le diffuser autour de moi.
Je viens de terminer Mon mal vient de si loin de Flannery O'Connor. Je ne pensais pas pouvoir apprécier toutes ces histoires funestes que j'ai trouvé si profonde dans l'écriture de l'autrice.

Comme l'écrit Hannah Arendt, "manque de pensée, signe d'une conscience éteinte". J'ai donc l'intime conviction que les livres restent l'une des solutions pour soulager les maux de la société.
Suis-je utopiste ? En tout cas, je veux bien y croire car les livres m'ont aidé tout au long de ma vie à m'enrichir humainement, à me socialiser, à comprendre et à écouter les autres, à me sentir vivant, à relever la tête, à aimer, à pleurer, à pardonner, à rire, à m'interroger, à exister etc. Et savoir qu'il me reste tant de lectures à découvrir me remplit de sentiments d'allégresse et d'espoir.
Écrire ces lignes afin de partager mon exaltation des livres et de la lecture avec vous m'aura été très salutaire.

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