Première parution en 1983
La quatrième de couverture
:

Ce livre est écrit sous la forme d'un dialogue entre Nathalie Sarraute et son double qui, par ses mises en garde, ses scrupules, ses interrogations, son insistance, l'aide à faire surgir « quelques moments, quelques mouvements encore intacts, assez forts pour se dégager de cette couche protectrice qui les conserve, de ces épaisseurs [...] ouatées qui se défont et disparaissent avec l'enfance ». Enfance passée entre Paris, Ivanovo, en Russie, la Suisse, Saint-Pétersbourg et de nouveau Paris.
Un livre où l'on peut voir se dessiner déjà le futur grand écrivain qui donnera plus tard une œuvre dont la sonorité est unique à notre époque.

Nathalie Sarraute
Enfance (1983)

Nous avons lu ce livre en février 1997.
Et en complément éventuel...
Vous les entendez ?

Nous avions lu Les Fruits d’or en 1991 (et vu son adaptation au théâtre Paris-Villette par Elisabeth Chailloux, avec rencontre de la metteure en scène) et Entre la vie et la mort en 2014.

Le nouveau groupe parisien lira Enfance en février 2019.

 

Brigitte
J'ai adoré. J'ai lu à toute vitesse, j'ai été prise, passionnée. Sonietchka que nous avons lu la dernière fois n'arrive pas à la cheville (Brigitte cite des passages qui l'ont frappée : champ, peau de singe, langage codé avec la mère). J'ai lu Vous les entendez ? L'œuvre d'art permet de lutter contre la mort.

Monique
Je l'ai lu il y a longtemps. C'est le seul livre de Nathalie Sarraute qui m'ait véritablement accrochée. Les mots l'ont empêchée d'être folle. Elle dit que les mots sont toujours défaillants, mais elle le dit avec les mots. Je n'aime pas les deux voix. Dans la spéléologie, une personne est en rappel. C'est un livre très émouvant. Dans Tu ne t'aimes pas, je n'ai pas aimé toutes ces voix.

Christine
J'aime beaucoup Sarraute, mais moins Enfance, plus classique. Ce qui m'intéresse, c'est sa recherche permanente. Il y a une démarche scientifique sur les tropismes. Elle s'inscrit dans une époque. La lecture est parfois ingrate. Elle n'est pas conventionnelle. Je la rapproche de Godard. Vous les entendez ?, c'est fluctuant. Une réaction à 68. Les gens ont été séduits par ses conférences. Mais il n'y a pas de séduction.

Marie-Christine
J'ai beaucoup aimé Enfance. Le second l'amène à aller plus loin. Les points de suspension : un discours à la Duras, avec le cheminement de la pensée. Vous les entendez ? J'ai été déroutée ; je n'ai rien compris. J'ai été déçue.

Henri-Jean
(Henri-Jean fait l'historique de ses rapports avec Nathalie Sarraute)
Je n'ai jamais aimé. Je préférais L'ère du soupçon. C'était pour moi "la commère de notre vie intérieure", Tadié dit "la musicienne dans le silence". C'est beau, Pour un oui pour un non m'ont réconcilié. Je n'ai pas aimé Les Fruits d'or. J'ai lu Enfance avec plaisir, mais je n'ai pas aimé. Le double, j'ai trouvé ça cucul, artificiel. Tout ce qu'elle raconte est conventionnel : une suite de clichés. Les tableaux ne donnent pas lieu à un approfondissement. Je suis resté extérieur. Je suis mi-figue mi-raisin.

Sabine
(Citant Simone de Beauvoir) "Ah c'est ça, que ça". J'ai lu l'édition scolaire, ça m'a éclairée. La fin du livre est habitée par la gamine. Pourtant il y a des clichés. Avec un double narrateur, le procédé n'est pas gênant. L'austérité m'a frappée. J'ai adoré sa pudeur. Elle ne se regarde pas. Elle ne déteste pas ce personnage. Il y a une présence de l'écriture. Je suis fascinée. J'aime l'écrivain.

Céline
J'ai presque honte. Pour un oui pour un non, j'ai aimé : on va au fond des choses. Ce qui me gêne, c'est l'interview à la Paris-Match. Ça m'a gênée pour le rythme. Les pointillés, ça m'a gênée, comme dans Céline. J'ai donc feuilleté. C'était très triste. Les événements douloureux sont décrits, analytiquement, conséquences => je n'ai rien ressenti. Comment peut-elle relater ce qu'elle a vécu si jeune ? C'est un récit de faits. Je n'ai rien ressenti. C'est comme un livre d'entretiens.

Marie-Christine
Elle raconte des choses horribles sans juger et renvoie le lecteur à son propre jugement.

Christophe
J'ai beaucoup aimé. Je suis content de l'avoir lu. Je me faisais une image de femme de pierre, de gargouille. Il y a une réflexion sur la mémoire et les souvenirs et leur reconstruction. Le je et le tu la poussent à remettre en question ses souvenirs. Je vois un rappel de Pérec. Sans psychanalyse. J'ai ressenti beaucoup d'impressions, et en tant que papa, le monde des enfants et le hiatus avec les adultes. Avec un foutriquet de la plume, ç'aurait pu être une marâtre, la mère. Dans Desideria de Moravia, il y a des questions-réponses aussi. Je suis assez emballé.

Rebecca
Je n'ai pas lu. J'ai lu Les Fruits d'or et Tropismes. Je n'ai pas envie de le lire. Ça me gêne. Je n'aime pas les coupures. J'aime l'histoire du livre, de la poussière. C'est artificiel.

Claire
C'est un livre que j'estime et qui m'agace. Ce que j'ai admiré, c'est le montage de ces fragments qui construisent le personnage et son histoire. Ce qui m'a agacée, c'est son style, ses clichés : les énumérations. Pour approcher le sens, elle met un paquet de synonymes. C'est un procédé. Allez, hop, une énumération ! C'est un tic. Le mot "morne" revient plusieurs fois, comme une faiblesse. Le dialogue a un côté puéril et parfois, cela crée une gêne. Il y a des métaphores (de la matière), cela revient sans arrêt. Mais… ce livre mérite l'attention et je ne vais pas bouder mon plaisir. C'est un pilier de Jules ferry ! J'ai aimé la manière dont elle est "malhonnête". Elle ne distingue pas le temps de l'enfance et le temps de l'écriture Où je ne la crois pas, c'est le coup de la rédaction… Mon avis est très positif, bien que très agacé !

 



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Première parution en 1972

La quatrième de couverture :

« Soudain il s'interrompt, il lève la main, l'index dressé, il tend l'oreille... Vous les entendez ?... Un attendrissement mélancolique amollit ses traits... Ils sont gais, hein ? Ils s'amusent... Que voulez-vous, c'est de leur âge... Nous aussi, on avait de ces fous rires... il n'y avait pas moyen de s'arrêter...
- Oui, c'est vrai... Il sent comme ses lèvres à lui aussi s'étirent, un sourire bonhomme plisse ses joues, donne à sa bouche un aspect édenté... c'est bien vrai, nous étions comme eux... Il ne faut pas grand-chose, n'est-ce pas ? pour les faire rire... Oui, ils sont gais...
Tous deux la tête levée écoutent... Oui, des rires jeunes. Des rires frais. Des rires insouciants. Des rires argentins. Clochettes. Gouttelettes. Jets d'eau. Cascades légères. Gazouillis d'oiselets... ils s'ébrouent, ils s'ébattent... Aussitôt restés entre eux ils nous ont oubliés. 
»