Lydie Salvayre
Les belles âmes

Certains des Parisiens sont allés voir l’adaptation du livre au Théâtre de Chaillot (voir le dossier de presse).
Le groupe avait lu antérieurement (2002) La Compagnie des spectres.

Geneviève
Je l’avais déjà lu, et oublié. J’avais beaucoup aimé La compagnie des spectres, là grande déception, ça n’apporte rien. Une idée à la mode, puis rien... des caricatures !!!!! Par contre au théâtre le texte prenait de l’épaisseur : c’est peut-être plus un scénario qu’un roman.

Sandrine
Je me suis glissée avec les délices de la surprise et de la découverte dans Les Belles Ames de Lydie Salvayre, mais je les ai quittées avec tout autant de joie. Si j’ai apprécié pour son goût acidulé, ses commentaires meurtriers, l’originalité du thème – un voyage organisé et un tour d’horizon dans les banlieues d’Europe – je me suis très vite lassée de cette écriture télégraphique, qui jette de la poudre aux yeux avec de petites phrases assassines tout en traitant le sujet superficiellement et à la va-vite et ne laissant au lecteur aucun souvenir marquant. Ce livre est à la littérature ce que le hamburger est à la cuisine. Et vous aurez deviné, je n’ai pas envie de hamburgers en période de Saint-Valentin. Ce livre ne donne rien au lecteur, il fanfaronne quand il ne profite pas de son auditoire pour régler ses comptes personnels.

Renée (livre « écrabouillé » !)
C’est faux, artificiel, c’est du parisianisme nauséabond. Il y a des allusions personnelles à quelques personnalités en vue, pour ceux qui savent... C’est une lecture « polluante » comme Houellebecq. Il y a un fond « popu », du « cliché ». C’est un livre obscène, et je l’ai pourtant lu avec application.

Françoise D
Je suis en total désaccord avec Renée. Ce n’est pas le livre qui est obscène, ce sont les personnages et comme chez Houellebecq en effet, ça nous gratte là où ça gêne, n’est-ce pas le (ou l’un des) rôle de l’écrivain ? Qui peut prétendre n’avoir jamais fait du tourisme « voyeur », ou au moins s’être posé la question lors de certains voyages ? (Sinon c’est le moment de se la poser !). Et même vis-à-vis de la banlieue, comment se situer ? On trouve bien dans les magazines certaines photos choquantes, genre mannequins de mode dans une décharge, c’est de l’esthétisme trash et l’auteure pense qu’on n’est pas si loin du tourisme trash. Aurait-elle tort ? D’accord, c’est outrancier, caricatural, mais pour autant on ne peut renvoyer Lydie Salvayre d’un revers de main. Elle a un réel talent d’écriture, elle est caustique, drôle, c’est bien tourné. Bien sûr, chaque personnage est effleuré, mais je pense que c’est voulu, son projet n’était pas de nous refaire Balzac, mais un petit livre lapidaire et efficace, d’ailleurs, la meilleure preuve c’est que la mise en scène au théâtre de Laurence Février (qui joue également) tout aussi minimaliste, est aussi très réussie. Aucun personnage n’est sympathique, mais j’ai bien aimé la relation privilégiée de la narratrice avec Olympe sa créature, et la façon dont elle nous en parle, comme de son jardin secret. Question : Est-ce qu’il m’en restera quelque chose ? Je crois que oui, malgré tous ses défauts, à cause des interrogations suscitées. Donc ce n’est pas une lecture inutile (CQFD !).

Monique
Je n’avais rien lu de Lydie Salvayre et j’étais contente. Mais j’ai été déçue. Le sujet, ça existe, mais elle n’a travaillé qu’avec des caricatures et des touristes et des gens de banlieue ! Jason est une caricature dramatique. Je me dis : je ne le prêterai pas et je crois que je l’aurai très vite oublié. C’est un peu comme du nihilisme, c’est noir, ça n’apporte rien. Dans la vie les sketches me font rire, mais en faire un roman, ça passe pas. Aucun personnage ne nous apporte quoi que ce soit.

Jacqueline
Le style « gueulard » est fait pour être dit, pour qu’on l’entende. J’ai apprécié la mise en scène, une comédienne qui fait la narratrice et toutes les voix. En lisant, j’ai beaucoup ri. Elle pose des problèmes fondamentaux : comment ne pas être voyeur ? La fin est abrupte. Dans un entretien elle dit « ça ne m’intéressait plus » ; on le sent. Le spectacle est très fidèle au roman ; mais j’ai été plus gênée à entendre l’outrance de certains propos qu’à les lire. Le danseur apportait de l’humanité.

Françoise(livre donné je ne veux pas le garder)
Idée intéressante, à la mode, mais alors !!! Mais alors !!! Ce livre est très mauvais, elle est passée à côté du sujet. Tout est moche ! C’est bêtassou !

Françoise G
J’étais contente de découvrir Lydie Salvayre. A lire la quatrième de couverture, elle est « cinglante, ironique », le titre est beau. Dès la première page ça cafouille. Des phrases courtes. C’est arbitraire. Tout est dans la laideur, comme l’écriture. Les noms des touristes sont toujours choisis près du trivial. La narratrice (près d’Olympe) a voulu faire du social, et elle fait du vulgaire, comme une cinéaste qui veut faire un film érotique et qui tombe dans le porno. J’étais curieuse de voir ce qu’on pouvait en faire au théâtre. L’actrice avait une noblesse. La mise en scène est arbitraire, peu convaincante. C’est barbant au théâtre, mais pas vulgaire comme le livre.

Claire entre et
Je suis d’accord avec tout le monde, sauf la dernière Françoise... J’en avais lu 1/3 avant d’aller au théâtre. C’est raté, caricatural, ça sonne faux. L’écriture pourrait être intéressante, c’est de l’oral, du style haché. Elle pose le problème du voyeurisme, mais ne fait pas d’analyse. Le sujet est intéressant mais tout est trop caricatural. J’ai été intéressée par la pièce de Laurence Février, j’ai beaucoup aimé le danseur, le décor. Je n’ai pas poursuivi ma lecture. Livre raté : bon sujet mais pas travaillé.

Marie-Thé
Je l'aurais bien fermé, mais le début m'a plu : personnages, situations, je trouve tout cela bien vu. Et puis il y a cet humour grinçant, pas mal... Le problème, c'est qu'après, ça s'essouffle ; on avance péniblement avec ce car et son contenu, et à la fin, on reste "en rade". J'ai l'impression que l'auteur non plus n'arrive plus à avancer, ni à terminer son livre... Pour moi, c'est un livre raté. Il y avait là de quoi faire une nouvelle, pas plus.

Lil
« Il n'y a pas de limites au pire », morale de ce livre, tout à fait justifiée dans ce voyage au pays du voyeurisme. Lydie Salvayre (langue maternelle : espagnol) manie le français avec beaucoup de talent, elle nous fait passer d'un niveau de langage à l’autre avec aisance et dresse, en quelques lignes, avec précision et justesse, des portraits drôles et décapants. J'ai aimé l'ironie, le rythme rapide, accéléré, haletant, le regard de l'auteure sur ses personnages et sa propre création littéraire, et ses apartés avec le lecteur associé au récit. Je la suis totalement dans cette dénonciation de toutes les formes de reality « choses », en vogue dans notre belle société.
Le livre tourne autour de l'incommunicabilité entre ces deux mondes – de toutes les violences qu'engendre la vraie pauvreté – du mépris des uns pour les autres – de l'enfermement dans sa classe sociale, ses représentations... tout semble dit...
Et cependant, je ne sais trop pourquoi, peut-être le côté caricatural de la plupart des personnages, le récit ne fonctionne pas vraiment : dommage ! Exception faite du portrait d'Olympe, particulièrement émouvant, subtil et tout en finesse. Qui est cette Olympe pour l'auteure qui en prend grand soin ! Et qui est celui dont elle ne peut dire le nom ? Quel est le sens de cette fin en queue-de-poisson ? Autant de questions dont j'attends de vous les réponses.

Nicole
Le sujet, l'auteure (j'avais apprécié La Compagnie des spectres) et les premières pages du livre étaient de bon augure. Puis je me suis ennuyée ; je n'ai pas accroché avec les personnages, excepté Olympe. Tout au long de la lecture, j'ai eu l'impression d'un manque, tous les éléments étaient là, mais...

Jackie
J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce livre : le style d'abord est très riche avec différents registres de ton et cette façon de l'auteure de se mettre en dehors de l'histoire faisant mine de ne pas en être maître et de laisser ses personnages agir à leur guise et la surprendre.
Ces personnages ont en commun d'avoir décidé de faire ce voyage pour le moins curieux et dans ce car précisément où sont réunis les plus caricaturaux d'entre eux. Certaines définitions et situations sont très drôles et les "vérités" sont assénées avec habileté : les Défosse, patrons-voyous, existent à notre porte. "Travailler, c'est plus travailler, c'est faire travailler le fric" est complètement d'actualité, et l'on aurait du mal à faire la morale à Jason qui, de guerre lasse, décide de remplacer l'honnêteté et la dignité ouvrières pour 6000 balles par mois, par le chomdu ou la taule.
J'aime Olympe, arrivée par hasard dans l'histoire, petite lumière du roman, porteuse du secret de l'auteure, mais quel secret ? L'espoir peut-être...
Je relirai ce livre car il m'a beaucoup touchée et m'a amenée à me poser des questions sur moi-même, je pense qu'on ne peut pas faire l'économie d'une introspection lorsqu'on lit un livre comme celui-ci.

Jean-Luc
Sans que ce soit un grand livre, c'est un pamphlet acide que j'ai apprécié. A l'ère du tourisme de masse, ce livre met le doigt sur les comportements grossiers des nantis face aux plus démunis.
D'autre part, il montre bien le jeu de rôles qui existe inévitablement dans tout groupe de touristes vivant ensemble un même circuit organisé.

Jean-Pierre
Ah, certes, saperlipopette ! Voilà un court roman qu’on aurait voulu plus long, tant le thème, le style et le climat y sont surprenants et édifiants. Bon, tout est dit en 130 pages, c’est vrai. Les situations et leurs péripéties se succèdent et s‘enchaînent sans erreur. Les personnages sont croqués avec férocité et/ou tendresse, ça dépend lesquels. Tout le monde en prend pour son grade. Les bobos comme les voyous, les intellectuels bcbg comme les déglingués des cités. C‘est un grand vent de folie purificatrice qui souffle dans les pages du livre. On oscille entre l‘ironie, la satire, le désespoir, la dérision, la révolte, la résignation... Mais la grande tendresse de l’auteur va, c’est visible, et c’est dit, vers cette madone des super marchés qu’est Olympe, qui n’est autre que l’auteur elle-même. Elle seule, pauvrette prisonnière d’un destin implacable, se sort indemne, grandie même, de cette tragédie en forme de farce. Il y a bien l’ancien séminariste un peu shooté par l’amour, et le chauffeur complètement englué dans sa misérable routine conjugale qui s’éclairent par-ci par-là de lueurs d’humanité, mais c’est tout. Les autres, y compris Djézonne, asticot grouillant sur sa pourriture, sont à mettre à la poubelle. C’est d’ailleurs très dérangeant, car chacun d’eux porte en lui ou en elle un petit côté que, peu ou prou, nous avons en nous.
Ces touristes d’un nouveau genre ne nous sont cependant pas totalement inconnus : caricaturés, ils sont nous, ceux qui déambulent dans les cités historiques, le Nikon indiscret en main ; qui investissent les merveilles du patrimoine de l’humanité, mouchoirs sur le crâne luisant de sueur et bouteille de Coca ostentatoire aux lèvres ; qui polluent les sites avec leurs papiers gras et leur prospectus de bazar, qui encombrent le ciel avec leur jets low cost ; qui remplissent les coffres des tour opérateurs sans scrupule surfant sur les désirs d’exotisme ; qui s’embarquent pour des croisières où la (jeune) chair fraîche comble leur appétit maladif de commerce sexuel ; qui prétendent connaître des pays et des populations en une ou deux semaines de séjour ; qui, de retour de leurs expéditions lointaines et tellement dépaysantes, nous assomment de leurs récits d’explorateurs de salon... Si je suis sans doute (et comme d’habitude) excessif, vous aurez compris que le tourisme n’est pas ma tasse de café et que je ressens (peut-être à tort) que ce n’est finalement qu’un passe-temps de nantis en mal d’émotions, suscité, entretenu et gouverné par l’esprit de lucre des marchands de voyages.
Revenons à l’ouvrage du jour : de temps à autre on frôle le mystère, mais on sent les clins d’œil de l’auteur, et tant pis si on ne sait pas à qui elle s’adresse, celui qu’on ne peut pas nommer : Dieu ? Cela dit, il y a dans ce livre quelques phrases fortes et jouissives qui éclatent comme des pétards, du genre : « On ne peut concevoir la misère que si l’on devient la misère. »
« On peut vivre sans mer ni rêve de la mer, on peut vivre sans foudre, ni envol, ni baiser, ni tempête, on peut vivre sans mot pour dire la beauté, on peut vivre sans rien et tout de même vivre. »
« La tristesse et la laideur sont partout où l’on supporte de les voir. »
« Qui sont les coupables ? Quels sont les pourvoyeurs de tant d’iniquité ? Où sont ces chiens de l’enfer qu’on les abatte à coups de hache ? Aux dernières nouvelles, le coupable serait le Marché. Qui gouverne le monde à sa guise. Ce qui complique bien des choses. Car on n’a pas encore appris à se dresser contre lui. Autrement qu’avec des grands mots. Mais le Marché se fout des grands mots. Il n’a pas l’esprit poétique. »
« Grâce au mécanisme du trickle down, les plus défavorisés finissent toujours par bénéficier de la prospérité générale... : persévérons dans la prospérité, les pauvres y trouveront leur compte. Et défendons un monde libre. Avec ou sans pom-pom girls. »
« … son papa chéri lui a appris à toujours peser le pour et le contre avant de les mettre dans le même panier. »
« Elle n’a strictement rien de séduisant : premièrement elle est prof, métier le plus ringard qui soit, et le plus mal payé, ce qui revient au même... »
« Enfant, il est pris, dit-il, entre une mère agenouillée et un père militant communiste. Il devient, pour venger sa mère, un militant agenouillé. »
« Existe-t-il un pays où il n’y ait pas de pauvres, please ? »
« La misère a ceci d’ennuyeux qu’elle attaque ceux qui la voient. La misère est méchante. Très. »
« ... il doit bien exister des remèdes pour adoucie le sort des démunis et empêcher qu’un jour prochain ils ne s’insurgent contre nous. Et ne nous pendent. »
Arrêtez, n’en jetez plus, c’est trop jouissif ! Et puis reprenons confiance, rien n’est fatal. Un peu de jugeote individuelle et collective, et peut-être que nous saurons ce qu’il convient de penser, de dire et de faire pour sortir de l’impasse où est actuellement engagé le monde.

Lona
Pour ce qui est du choix du titre : où est la beauté et où sont les âmes ? Quelle folle idée d’organiser un « tour operator » dans les bas-fonds des villes européennes ! C’est de la démence, complètement irréaliste, exprimée par une pédopsychiatre. Ses personnages sont tous perturbés : que ce soient les touristes (excités par la misère, la laideur, la tristesse), que ce soient les personnes visitées (pauvreté matérielle et intellectuelle, saleté, laideur nauséabonde, horreur, violence...), ou les accompagnateurs ; les lieux sont lugubres. Quel est l’intérêt d’un tel déplacement ? Aucun personnage n’est sympathique (en faisant une petite exception pour Olympe). Aucun plaisir de vivre l’enfermement dans le bus, dans la cité, de se retrouver dans cette parano collective. Tout cela sonne faux : et si c’était des faux touristes, des faux pauvres, des fausses histoires, comme le faux-curé, le faux-écrivain ?
Je ne trouve pas que cet écrit soit une critique constructive, ni une approche réelle du monde de l’humanitaire qui - il faut l’admettre après tous les scandales de ces derniers temps - prend un sérieux coup de sérieux dans l’aile.
Les avis de Claude, Jacky et Jean-Pierre m’ont permis une autre analyse du livre, beaucoup plus ouverte, plus humaine aussi.




 

Nous écrire
Accueil | Membres | Calendrier | Nos avis | Rencontres | Sorties | Liens

Quatrième de couverture :
Finis le Lubéron ou l'Ile de Ré, complètement dépassées les Seychelles ou la Réunion. Le dernier chic en matière de tourisme c'est d'aller voir les pauvres dans leurs banlieues. C'est ce que propose un "tour operator" qui emmène ses clients en car d'une cité des environs de Paris à un squat milanais en passant par Bruxelles, Cologne et Berlin. Chacun des participants a ses propres motivations plus ou moins honorables qui vont du voyeurisme pur et simple à la curiosité professionnelle, en passant par un souci de se montrer charitable à bon compte. Bref, tous de belles âmes !