James Baldwin
La chambre de Giovanni

Rivages


Rozenn
Je regrette vivement de ne pas être des vôtres ce vendredi. C’est un livre saisissant. J’ai trouvé ce livre fascinant. Difficile d’en parler parce que j’ai lu après Femme fuyant l’annonce qui écrase tout.
J’ai aimé la structure. Les personnages secondaires sont un peu caricaturaux, le personnage central un peu incertain, mais ce n’est pas le premier de ce type que l’on croise dans nos dernières lectures...

Claire BC
Ma belle sœur vient de mourir d'une crise cardiaque, je dois partir au pied levé ; excusez-moi pour mon absence c'est con j'ai aimé ce livre.

Brigitte
Moi non plus, je ne serai pas là pour La chambre de Baldwin. Nous avions déjà lu Harlem quartet du même auteur, que j'avais préféré à celui-ci. J'ai cependant aimé la première partie, la seconde m'a paru plus faible.
Certains d’entre nous apprennent que Baldwin était noir. Ce livre serait largement autobiographique. David est-il noir ? Nous dit-on après tout qu’il est blanc ? Oui, affirme Jacqueline, en lisant le passage où il décrit son reflet (il est blond !)

Annick A
Je n’ai pas aimé car je l’ai lu après Tout ce que j'aimais de Siri Hustvedt que j’aime beaucoup.

Françoise
On l’a lu dans le groupe...

Annick
La première phrase du livre a déjà été catastrophique « Je me tiens beaucoup à la fenêtre de cette grande maison, dans le sud de la France, tandis que tombe la nuit, la nuit qui mène à l’aube la plus terrible de ma vie. » ! : ce n'est pas possible de commencer un livre comme ça !

Yeux étonnés (qu’est-ce qu’elle a cette phrase ?...)

Annick
Je me suis dit c'est quoi ça ? L’intérêt du livre tient au fait qu’il ait été écrit en 1955, d’un point de vue psychologique d’accord ça vaut la peine. Mais l’écriture je la trouve un peu plate. Quant au romantisme... mélo... ! Si on n’était pas en 1955 et s’ils n’étaient pas homosexuels... que trouverait-on à ce livre ?

Henri
J'ai bien aimé. C'est très juste. C'est moins l'histoire qui m’a plu que les contrastes de milieux – par exemple quand il remet les clés à sa logeuse – que j’ai trouvé très justes. De même les interactions entre les vieux homosexuels et les jeunes sont touchantes bien que déplaisantes. Le style je ne l’ai pas vu, mais pourtant il y a un style. Le style n’est pas dans la phrase, il est dans la justesse du ton. J’ai bien aimé le huis clos, la densification de la relation entre David et Giovanni, qui arrive tout d’un bloc dans la vie de cet Américain.

Françoise
Je suis assez partagée. Tu dis Annick que s'ils n'étaient pas homosexuels... Et justement c'est le sujet ! Il y a une dimension intemporelle, ce n’est pas dépassé. L’écriture ne m’a pas emballée. L’auteur nous tient par la construction. Des passages sont très convaincants, par exemple les deux vieux pédés qui se servent de leur argent. L’histoire, les étapes par lesquelles passe le personnage, est intéressante. Le livre était petit ça m’a suffit. Je n’ai pas été transportée, mais intéressée.

Mireille
Peut-être suis-je fleur bleue : après Gore Vidal, et Arenas, j'ai trouvé intéressant le fait de voir le corps comme un tourment. Son énergie est consacrée à ça. Pour moi la sexualité n'est pas simple. J'ai aimé ce tourment permanent. Cette recherche avec une femme m’intéresse. Amis, famille sont peu présents.

Annick
Tout au contraire, le père est très pesant !

Mireille
Il est immature. J’ai aimé l’écriture, étouffante, glauque, la culpabilité, la « sous-mer », le cognac, les requins (les homosexuels déchus), le huis clos étouffé de la chambre, de la prostituée, le bar. On voit un film. J’ai aimé les jeux pervers. Les séparations sont justes. Avec le voyage à la fin, David l’abandonne.

Monique
Encore une histoire de pédé ! Je me suis dit ça va m'ennuyer... Je suis bien rentrée dans cette histoire. Quant au style, je préfère l’écriture de Genet. Ici ça raconte une histoire, je ne vois pas de style, mais dans le regard oui. J’ai des amis qui ont traversé ces affres. Je comprends les hésitations de David : il est amoureux de Giovanni et ne s’est pas encore habitué à un changement de vie. Il est sincère avec les deux (Hella et Giovanni). C’est vrai, c’est juste. À certains moments, il y a du sentimental que je retrouve chez mes amis homosexuels, par exemple, quand il pleure et il raconte l’histoire mélodramatique de l’enfant mort. Ça fait vibrer la corde mélo. Quant à la vision des femmes, la femme est indépendante mais elle endosse un rôle qui m’a choquée ; la description des femmes relève du stéréotype. J’ai aimé la description des halles, des bars, des matins : on entre dans les atmosphères. L’histoire de la chambre, mais pas forcément homo. La prison est dans leur tête.

Annick
C’est le thème du livre la prison intérieure.

Monique
La prison c’est mélo, je n’y crois pas. En France, c’était exceptionnel (la condamnation à la peine de mort).

Claire
Avant de vous entendre je ne savais pas quoi penser du livre. Je me suis dit comme Monique : encore une histoire sur le thème « j'y vais j'y vais pas ». Par rapport aux autres livres avec des personnages homos que nous avons lus ces temps-ci (Gore Vidal, Arenas) le héros n’écrit pas. Ce livre est original. L’histoire est suspendue et intemporelle. Il n’y a pas d’environnement hostile à l’homosexualité et c’est vrai que cela se joue intérieurement. J’ai trouvé étranges la femme et lui qui ne travaillent pas. La chambre est un univers extraordinaire, un dépotoir. La femme est un personnage remarquable ; le dialogue pages 152, 153 est extraordinaire : un dialogue sur le pouvoir entre hommes et femmes. Elle est indépendante, un beau personnage de femme libre et elle explique sa démarche de soumission, ce passage est saisissant. Pas banal du tout. La structure du livre est intéressante et rythmée. Je n’ai pas été vraiment intéressée même si je trouve les trois personnages attachants. Je n’ai pas suivi avec la peine de mort, bof. Je ressens une frustration, je suis moi aussi dans un entre deux.

Manuel
Je l’ouvre en grand. Je l'ai lu pour la deuxième fois, c'est un classique homo. J'ai eu plaisir à le relire. Je dois être très fleur bleue. Oui, c’est étouffant. C’est bien glauque, cette chambre délabrée. Il me rappelle Franck (Bascombe, le personnage de Richard Ford). Je trouve que le protagoniste est pire que Guillaume et Jacques réunis. Giovanni creuse le mur pour lui faire bibliothèque, Giovanni l’aime. Le bébé mort, je ne trouve pas ça mélo. J’ai par contre aimé la scène de la rupture mélo. La vue de Paris reste valable encore aujourd’hui (avec les gens râlent…). David porte un regard terrible sur Giovanni. Jacques est lucide, pragmatique.

Henri
Giovanni et David ne sont pas de la même classe... Giovanni sait faire le maçon.

Manuel
Je ne trouve pas Giovanni... prolétaire. Hella est en filigrane tout le long du livre. On ne s’ennuie pas, c’est bien construit ; on se retrouve dans le midi au milieu et à la fin du livre.

Jacqueline
J'étais restée sur Conversion de Baldwin, un écrivain qui écrit des choses extraordinaires sur l'Amérique noire, sujet plus intéressant que l’homosexualité pour moi. Mais je retrouve son point de vue inhabituel sur plusieurs des situations, un point de vue pour moi exotique. Paris vu par un américain me paraît nouveau. Il y a des personnages, des portraits : le garçon qui vient le voir pour le mettre en garde ; et le portrait de la femme qui tient le tiroir caisse ! Ce qui me séduit, c’est que cela me renvoie à d’autres livres : Condamné à mort de Genet, Notre-Dame des fleurs. Guillaume est d’une grande famille, il m’a fait penser à Charlus. Ce livre me plaît beaucoup, mais je préfère les romans qu’il a écrits chez les Noirs.

Philippe (qui avait proposé le livre)
C'est de la discrimination positive ! J'ai lu ce livre il y a très longtemps et je l'ai beaucoup aimé. Il a des défauts. Les scènes sont intéressantes, mais un peu longues. L'aspect mélo est en effet pas terrible. Mais j'ai pris le livre tel qu'il est. L'histoire est bien racontée, on ne s’ennuie jamais. J’aime le climat du livre, la façon dont il est écrit, on dirait composé. J’aime bien les romans américains de ce type, bien construits, où l’on pense au lecteur. Je suis un peu fleur bleue ; j’aime trouver ce sentimentalisme, cette candeur. J’aime bien ce côté dramatique qui me touche. Mais c’est un peu daté. Le livre est moins de l’ordre d’une interprétation que de raconter l’histoire. J’ai lu aussi Un autre pays. J’aime bien l’homme (Baldwin), sa trajectoire. Il était pauvre, noir, il est resté en France, à Paris où il a dormi sous les ponts. Il est français dans sa manière d'écrire. Son père était un pasteur très violent. Il reste influencé par la religion, par la notion de péché. Il y a une candeur, une générosité en lui.


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Les histoires d'amour tourmentées et douloureuses d'un jeune Américain à Paris dans les années 50.