Klee : Scène guerrière de l'opéra-comique fantastique "Le navigateur" (détail)

Quatrième de couverture :
"Errant seul de nouveau dans ces étendues sans fin où il lui semble que personne avant lui n'a été tenté des s'aventurer... Aucune trace nulle part. Aucun jalon ici ni point de repère qui permette de conserver le sens des proportions. La plus inoffensive bestiole alerte toute l'attention, paraît aussi effrayante qu'un tigre...
Tâtonnant, cherchant, mais quoi ? Il n'en sait trop rien. Cela ne porte aucun nom...

Là où une œuvre littéraire prend naissance, grandit, ou meurt..."

Nathalie Sarraute
Entre la vie et la mort

En présence d'Ann Jefferson, professeure à Oxford, qui a contribué à l'édition de la Pléiade, et qui prépare une biographie sur Nathalie Sarraute.

Nous avons lu ce livre en septembre 2014.

Mireille
J'ai eu beaucoup de mal, j'ai été déroutée. J'avais aimé Enfance et Pour un oui pour un non. Ici, je n'ai pas toujours compris qui est "il" ou "elle". J'ai été intéressée à partir de "Combien t'a-t-on pris pour publier ça ?"… Et quand une mère, peut-être, parle à son fils. Et le passage aussi où c'est ce qu'"il" a lu de mieux depuis 6 mois, l'impression qu'un journaliste intervenait…

Manu
C'est un livre déroutant mais qui me plaît et m'intrigue. J'ai aimé la couverture avec le tableau de Paul Klee qui introduit des changements comme N. Sarraute le fait dans la narration. J'ai aimé les jeux de mots, les répétitions. Malgré tout c'est déroutant car on a envie de comprendre et on ne comprend pas forcément.

Françoise D
J'ai laissé tomber avant même la moitié, on ne comprend rien. Ce sont des effets de langage. Il y a la musique des mots, mais sur la longueur c'est insupportable, je n'ai pas tenu.

Claire
Je me suis rendu compte que j'avais une série de livres de Sarraute dans ma bibliothèque ; j'ai surtout souvenir des pièces que j'avais appréciées, fortes (Isma, Elle est là, Pour un oui pour un non que j'ai vu plusieurs fois dans différentes mises en scène). J'ai lu ce livre avec effort, me demandant qui peut lire ce type de livre aujourd'hui - innovant hier - à part des étudiants : cette écriture fait partie de l'histoire de la littérature, à connaître donc. Je fais l'hypothèse que son théâtre perdure bien davantage. J'ai tapé dans Google "Nathalie Sarraute + chiant" et il y a de quoi lire…

Annick A
Je n'avais rien lu. Le théâtre, j'avais aimé. Au début de ma lecture, j'étais paumée, puis j'ai énormément aimé. Elle dit sans dire. On voit ce que c'est qu'écrire, que l'écrivain devient écrivain, les moments de découragement et les moments de "création", fantastiques, inédits. Les mots sont des êtres vivants Je n'ai pas eu le temps de finir. Je vais en lire d'autres. Et c'est parfois très drôle, par exemple les réactions d'écrivains, les tableaux vivants qu'elle dresse. On n'écrit plus maintenant des livres comme ça.

Brigitte
J'en ai lu d'autres et Enfance, plus facile. Elle me fait penser à Picasso. Elle est capable d'écrire comme on aimerait qu'elle écrive et elle ne veut pas. Dussolier et Trintignant ont bien rendu la subtilité de Pour un oui pour un non. Vous les entendez ? m'avait énormément plu. Celui-là… je me suis dit oh la la et puis je me suis dit je vais me laisser emporter. J'ai testé sur ma petite fille le passage avec l'enfant, elle dit qu'elle n'aimerait pas qu'on lui trace ainsi sa voie. J'ai pensé à nous dans l'épisode de la salle d'attente de la gare : chacun ne voit pas la même chose que les autres (comme pour les livres). Le livre est très intéressant, mais 600 pages je n'aurais pas pu…

Sandrine F
J'ai découvert Nathalie Sarraute grâce à mon fils car Pour un oui pour un non était au bac de français. J'ai regardé aussi la pièce. Si lui n'a pas aimé, ce n'était pas mon cas et heureusement que je l'avais lu avant ce lire. Au début c'était le désarroi, mais tout en ayant envie de continuer. J'ai ressenti le dédoublement de l'écrivain entre la vie et la mort. L'écrivain quand il écrit peut s'affranchir des règles, puis il doit retourner à la vie quand il faut faire connaître son livre. Ce qui l'intéresse est l'indicible, l'invisible ; Paul Klee disait justement : "L'art ne reproduit pas le visible, mais le rend visible". Pour Nathalie Sarraute, écrire semble un besoin, puis il faut revenir dans la vie réelle. Je l'admire car c'est une femme libre qui fait fi du lecteur ; elle est entièrement dans ce qu'elle fait. Quand on met bout à bout ses mots, cependant on a du mal à s'y retrouver. Je cherchais un personnage conventionnel puis j'ai renoncé et du coup c'était mieux. Quand je m'en suis libérée, j'ai pris du plaisir à cette lecture. Mais je devrai la reprendre…

Monique S
J'avais lu Enfance et l'avais étudié à la fac dans un cours de Jean-Yves Tadié. J'ai lu Tropismes que je trouve une bonne entrée dans cette œuvre. Nathalie Sarraute s'attache à des résonnances dans les banalités ; c'est une littérature novatrice, expérimentale, donc datée. Elle a un rapport avec la psychanalyse ; c'est l'époque de Butor, de Queneau, qui travaillaient sur la langue. Au début j'ai eu du mal : les 20 premières pages paraissent difficiles, compliquées. Plus j'ai avancé, plus j'ai été prise : la réaction du père quand son fils lu annonce qu'il est publié, la description de la communauté des écrivains, comment se fait la genèse de l'œuvre littéraire (en général les auteurs ont beaucoup de mal à expliquer comment ils écrivent, elle traite là de ce sujet). Cependant, je n'aime pas comment elle sacralise l'écriture et l'écrivain, je préférerais qu'elle les réfléchisse comme un artisanat ; elle présente une vision très classique de l'écrivain. De même, elle utilise énormément les métaphores et cela aussi c'est très classique. Elle est à la fois novatrice et classique.

Monique D
Je viens d'ailler à un colloque de plusieurs jours sur Marguerite Duras et j'ai eu du mal avec Nathalie Sarraute, il m'a fallu me forcer un peu, car c'est sec, intellectuel. Je suis touchée par la femme, par sa démarche, par le sous-texte. Mais ça me reste extérieur (je préfère Duras).

Geneviève
J'ai lu la moitié. Nathalie Sarraute, c'est un souvenir de fac. Les Fruits d'Or m'ont ennuyée. Pour un oui pour un non avec Balmer, avec Dussolier, cela m'avait plu ; c'est un texte très important. J'ai beaucoup aimé Enfance. Entre la vie et la mort, je ne pensais pas que je réussirais à y entrer : cela se lit comme de la poésie. Je suis surprise, j'ai même réussi à ressentir ce que propose Nathalie Sarraute. Je vais sans doute aller jusqu'au bout. J'admire cette finisse, ce ressenti du minuscule. A mon avis, ce n'est pas daté. Je suis contente d'être parvenue à entrer dans le livre.

Jacqueline
Pour moi, le livre n'est pas daté mais, ici, j'ai le sentiment, moi, d'être datée : quand j'étais jeune, c'était l'engouement pour le nouveau roman et j'avais une estime paticulière pour Sarraute ou Claude Simon. Comme Claire j'ai encore plusieurs de ses livres, Le Planétarium bien usé, d'autres quasi neufs... Enfance que j'ai beaucoup aimé y tient une place à part que je regrette de ne pas avoir su faire partager par ma mère (je le lui avais offert !). J'y ai appris que l'enfant forme sa pensée à travers les désaccords des adultes plus que face à leur unité et je m'y réfère souvent... Je ne connais pas son théâtre. Pour l'instant je n'ai encore lu qu'un tiers de Entre la vie et la mort, une lecture parcellaire sans vision globale, mais c'était un émerveillement. J'ai trouvé des choses extraordinaires sur les réactions de prestance, les relations aux autres, les bribes de conversations... J'ai aimé les passages sur l'enfance, les jeux de mots évoqués par le bruit du train. J'ai pensé à Walter Benjamin qui, un peu différemment, parle aussi de ce qu'évoquent les assonnances. Aussi vais-je continuer cette belle lecture...

Lucie
Ca m'est tombé des mains, ce roman sans personnages, cette réflexion sur l'écriture juxtaposée sans structure aucune. C'est comme une peinture cubiste.

Petronela
C'était ma première rencontre avec Nathalie Sarraute. J'ai beaucoup aimé, je me suis laissé aller sans me poser de questions, dans cette relation entre l'écrivain et les mots, comme un sculpteur avec la matière. J'ai beaucoup aimé ce qu'elle dit de l'écrivain, de l'œuvre comme une cathédrale vide ; cela m'a fait beaucoup réfléchir, notamment comment un mot mal prononcé retarde la mort d'un soldat (p. 645 dans la Pléiade), l'épisode de Michel Ange l'écrivain élaguant son texte comme un sculpteur (p. 647), la relation d'attraction, de rayonnement entre les mots (p. 661) qui s'appellent, se donnent rendez-vous, se recherchent.

Ann
C'est très intéressant pour moi d'entendre les remarques négatives et les perspectives plus enthousiastes. Je suis frappée par la place qu'occupe Pour un ou pour un non. Je prépare une biographie de Nathalie Sarraute et ce qu'elle représente pour les lecteurs d'aujourd'hui m'intéresse beaucoup. C'est vrai que le début n'est pas clair, c'est vers la fin du livre qu'on s'y retrouve mieux. Le texte évoque la fragilité de l'écrivain quand il va dans le monde et essaie de partager son expérience et le monde lui renvoie une image de lui-même qu'il ne projette pas ; ces images qu'on lui renvoie lui font honte, il veut s'en évader, ne pas être enfermé par elles, mais parfois il se laisse aller dans ces projections. Cette instabilité, dont il fait l'expérience, quand on essaie de la partager, tout d'un coup, ça ne communique plus, l'autre devient l'ennemi. Je constate que la Pléiade n'est pas assez aérée. L'édition folio est plus facile à lire.

(Nous comparons avec l'édition de poche qui a des chapitres, des aérations entre paragraphes.)

C'est un texte je crois qu'il ne faut pas lire d'un trait. Nathalie Sarraute pense par morceaux mais pas de façon continue

Claire
A nous entendre, on voit que ceux qui ont aimé, s'ils ont été déstabilisés au début, se sont rapidement "laisser aller" : ne faudrait-il pas donner un mode d'emploi au lecteur ?

Ann
Il y a aussi des gens qui sont sensibles aux expériences qu'elle raconte et d'autres qui ne le sont pas.

Ann Jefferson répond à nos questions, par exemple sur :
- pourquoi-comment elle s'est intéressée à Nathalie Sarraute : elle l'a découverte étudiante à Aix-en-Provence alors que dans ses études on n'allait pas plus loin que Gide…, elle a fait sa thèse sur elle…
- l'édition de la Pléiade dirigée par Jean-Yves Tadié : l'auteure aurait aimé qu'il n'y ait pas d'appareil critique…, elle a écrit un texte après les œuvres complètes…
- l'attitude du mari…, les trois filles…, une petite fille très engagée dans la protection de l'œuvre…
- les manuscrits… accessibles seulement 40 ans après sa mort. Ann consulte en revanche toute la correspondance… elle gardait les brouillons de lettres… elle connaissait "tout le monde"…
- elle était très sollicitée et comme elle parlait plusieurs langues (anglais très bien, elle est née en Russie, elle a passé un an à Berlin…), c'était pratique pour les conférences…
- etc.

Claire
Le groupe avait programmé Nathalie Sarraute (avant d'ouvrir ce site) :
- en mars 1991 : Les Fruits d'Or parce que le texte était adapté au théâtre (de la Villette) par Élisabeth Chaillou ; nous avions eu une rencontre avec elle (rien que "pour nous" après la pièce)
- en février 1997, il y a donc 17 ans : Enfance ; avaient aimé Brigitte, Monique S, Marie-Christine, Christophe. Étaient plus ou moins réservés : Henri-Jean, Christine, Claire, Sabine, Céline, Rebecca.

 

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