Extrait de
Swissinfo.ch (1979)

Quatrième de couverture :

" Nous ne vivons plus sous la crainte d'un Dieu, d'une justice immanente, d'un Fatum comme dans la Cinquième Symphonie ; non ! plus rien de tout cela ne nous menace." Notre monde n'est plus hanté que par des pannes. Pannes de voiture, par exemple, comme celle de la Studebaker d'Alfredo Traps, un soir, au pied d'un petit coteau...
Et voilà comment ce sympathique quinquagénaire rencontre ce jour-là son Destin, charmant vieux monsieur qui l'invite à passer la nuit chez lui. Juge à la retraite, celui-ci passe d'excellentes soirées, en compagnie de ses amis, l'avocat et le procureur, à reconstituer de vrais procès.
Celui d'Alfredo Traps commence comme un jeu...

La Panne, ce chef-d'oeuvre d'humour noir, a été porté à l'écran en 1972 par Ettore Scola, sous le titre La Plus Belle Soirée de ma vie.

Traduit de l'allemand par Armel GUERNE


La Panne (version scénique)
éd. Zoé, 2010

Quatrième de couverture

« Traps. Quel crime suis-je donc censé avoir commis ?
Le Procureur. Un point sans importance, mon ami. Il y a toujours un crime à trouver. »

Dans ce texte clé de l’œuvre de Friedrich Dürrenmatt (1921-1990), la différence entre la culpabilité et l’innocence, entre la justice et l’injustice s’estompe, pendant que la toute puissance des mots se déploie.

Nouvelle traduction de la version radiophonique de La Panne (1955). Traduit de l'allemand par H. Mauler et R. Zahnd

Préface d'Hélène Mauler

Friedrich DÜRRENMATT (1921-1990)
La panne (roman publié en Suisse en 1956)

Nous avons lu ce livre pendant notre cinquième Semaine lecture du 7 au 14 juillet 2018 dans les Hautes-Alpes. Les 7 livres lus pendant la semaine : ICI

Nos avis seront développés ultérieurement, à partir de ces premières cotes d'amour (15 participants à la Semaine lecture, 4 à distance).

Chantal, Edith, Rozenn, Manuel, Nathalie, Denis, Muriel, Séverine, Monique S
Suzanne, Fanfan, Claire, Fanny, Françoise, Catherine, Lisa, Marie-Odile
Jacqueline
Monique L

La Panne, une œuvre qui évolue
- 1955 : pièce radiophonique
- 1956 : récit
- 1979 : version scénique
- 1972 : entre-temps, Ettore Scola adapte le récit au cinéma sous le titre La Plus Belle Soirée de ma vie, avec Alberto Sordi, Michel Simon, Charles Vanel ; ce fut le dernier film de Pierre Brasseur, qui mourut au cours du tournage. Claude Dauphin a relaté ce tournage dans son livre Les Derniers Trombones.

Des repères sur l'auteur et ses œuvres majeures
- Friedrich Dürrenmatt naît en 1921 dans le canton de Berne. Fils de pasteur, il
est le petit-fils d'Ulrich Dürrenmatt, célèbre satiriste, poète et politicien bernois, dont il conserve l'esprit provocateur. De son grand-père, il dira : "Mon grand-père a été envoyé en prison pendant dix jours à cause d'un poème qu'il avait écrit. Je n'ai pas encore été ainsi honoré. Peut-être est-ce ma faute, ou peut-être le monde a-t-il tellement périclité qu'il ne se sent plus offensé lorsqu'il est sévèrement critiqué." (voir son autoportrait...)
- A partir de 1941, études de littérature allemande et philosophie ; en parallèle, il dessine et peint ; il interrompt ses études pour devenir écrivain.
- Il s'essaie à la dramaturgie en s'inspirant de Brecht, Kafka et de Lessing ; à 24 ans, il écrit sa première pièce de théâtre Les Fous de Dieu, qui provoque un scandale en 1947.
- Il cherche à gagner sa vie comme écrivain et écrit des nouvelles, des romans policiers (sous forme de feuilletons dans les journaux), et des pièces radiophoniques pour subsister, mais sans renoncer à écrire des pièces de théâtre.
- Son premier roman, Le Juge et son bourreau (1951), utilise un schéma de récit policier pour poser des questions existentielles. Viendront ensuite Le soupçon (1951), La Panne (1956), La Promesse (en 1958) avec pour sous-titre "Requiem pour le roman policier"...
- En 1952, il s'installe à Neuchâtel, dans sa maison du Pertuis-du-Sault où il restera jusqu'à la fin de sa vie. Il perce, en 1952, avec la comédie Le Mariage de Monsieur Mississippi dans laquelle il commence à trouver son propre style théâtral (la comédie sombre pour exposer la nature grotesque de la condition humaine) et devient célèbre en Allemagne.
- En 1956, il atteint pour la première fois un public international avec La Visite de la vieille dame. La pièce est montée, entre autres, à New York (par Peter Brook), Milan (par Georgio Strehler), Londres et Paris et reçoit de nombreux prix ; elle donnera lieu également à de nombreuses adaptations cinématographiques.
- En 1962, en pleine guerre froide, il publie la pièce qui deviendra un grand classique Les Physiciens, où
il soulève la question de la responsabilité politique des scientifiques. En 1966, il connaît également le succès avec une autre pièce de théâtre, Le Météore.
- Dans les années 1970 et 1980, Dürre
nmatt donne de nombreuses conférences devant un public international. Il visite les États-Unis, Israël, la Pologne et le camp de concentration d'Auschwitz. Il écrit des essais : sur Israël en 1975, sur Albert Einstein en 1979, un recueil de textes mêlant philosophie, autobiographie et fiction en 1981.
- Les œuvres de Dürrenmatt ont été traduites dans plus de quarante langues.

Par ailleurs...
- En 1946, il se marie avec l'actrice Lotti Geissler, avec qui il aura trois enfants. En 1983, sa femme meurt, et l'année suivante, il épouse l'actrice, réalisatrice et journaliste Charlotte Kerr. Il meurt en 1990 à Neuchâtel. Mais Dürrenmatt avait souvent annoncé sa mort, ayant déjà subi une série de crises cardiaques. Quand il créa une fondation apparemment "prématurée", avec à sa tête sa future veuve, Charlotte Kerr, il répondit de sa manière goguenarde en ricanant, sur le pourquoi de cette fondation "prématurée" : "Ah, vous savez, quand on a eu déjà quelques infarctus comme moi, il faut bien se préparer gentiment à débarrasser le plancher…"
- Et donc, ouvre en 2000 le Centre Dürrenmatt Neuchâtel, consacré non seulement à son œuvre littéraire mais aussi à son œuvre picturale, moins connue du public (1000 œuvres).
-
En effet, dramaturge mondialement reconnu, Dürrenmatt était également peintre. A peine étudiant, Dürrenmatt écrit à son père : "Il ne s'agit pas de décider si je vais devenir un artiste ou non, car cela ne se décide pas, on le devient par nécessité (...) Pour moi, le problème est ailleurs. Dois-je peindre ou écrire ? Je me sens appelé par les deux." Bien qu'il décide alors de faire de l'écriture sa profession, Dürrenmatt continuera à dessiner et à peindre durant toute sa vie : "Par rapport à mes œuvres littéraires, mes dessins ne sont pas un travail annexe, mais des champs de bataille, faits de traits et de couleurs, où se jouent mes combats, mes aventures, mes expériences et mes défaites d'écrivain" écrit-il en 1978, en introduction au premier volume illustré de ses œuvres. La plupart du temps, les illustrations n'ont qu'un rapport ténu avec ses textes. Elles représentent des thèmes mythologiques et religieux comme le Labyrinthe et le Minotaure, la Tour de Babel ou la Crucifixion. Il a été influencé par l'expressionnisme, ainsi que Bosch, Brueghel, Piranèse, Goya ou le peintre suisse Willy Guggenheim dit Varlin, qui a fait plusieurs portraits de lui (par exemple celui-ci de 1962).

Quelques articles
- "En guise de portrait" : un autoportrait extrait d'Écrits sur le théâtre, de Friedrich Dürrenmatt, Gallimard, 1970.
- "Le labyrinthe de Friedrich Dürrenmatt", Jacques Le Rider, Le Monde, 13 septembre 1982 : une savoureuse et éclairante interview.
- "La visite à Friedrich Dürrenmatt", Michel Contat, Le Monde, 19 septembre 1986 ; dans cet article, Michel Contat, en visite donc chez l'écrivain, évoque
Apostrophes du 18 janvier 1985 avec Robbe-Grillet, Philippe Sollers (qu'on peut voir ICI, 7 min) :
Quant aux téléspectateurs, ils ont vu, lors d'un mémorable Apostrophes, une sorte d'Orson Welles alémanique observer d'un œil narquois ou simplement incrédule ces deux numéros que sont Philippe Sollers et Alain Robbe-Grillet, et emporter le morceau par des silences bourrés de sens. Si vous lui rappelez cette émission, il dit placidement : "Le premier, comment l'appelez-vous, était ridicule avec ses vantardises à propos des femmes. Robbe-Grillet est plus malin. Si français ! Mais qui donc voudrait perdre son temps à regarder une telle émission ?"
- "Dürrenmatt, écrivain dehors, peintre dedans", Isabelle Eichenberger, Swissinfo, 31 août 2015

La Panne, texte transgenre : ce qu'en dit Dürrenmatt
Les trois versions ?
"Ce fut d'abord (en 1956) une pièce radiophonique. Ensuite, j'ai écrit le roman et, en 1979, la version définitive de la pièce de théâtre. Ces quelques versions de La Panne sont, pour moi, semblables aux transpositions de Bach. Il m'arrive souvent de traiter le même sujet en théâtre, en roman ou nouvelle, de le reprendre plusieurs fois."
Et le film ?

"Ce fut une entreprise malheureuse, pleine de problèmes. Ce fut aussi le dernier film de Pierre Brasseur qui décéda en cours de tournage. Il a donc fallu le remplacer, doubler sa voix.
Généralement, je n'ai pas un bon rapport avec le cinéma. Je trouve que la plupart des cinéastes sont des rafistoleurs. Ils font leur film aux ciseaux. Même Fellini. Je suis un écrivain et, si j'ai joué dans
Le Juge et son bourreau, ce n'était que pour faire une blague. J'y jouais d'ailleurs si mal que si j'avais été le metteur en scène, j'aurais coupé ma scène."
Et la pièce ?
"Elle dit la même chose que mes autres pièces : dans le monde d'aujourd'hui, la tragédie n'est plus possible, ni la faute qu'elle implique, il n'y a plus que le dérisoire des petits accidents. La Panne est la comédie de la justice, cette idée contre laquelle je m'élève résolument, une des plus cruelles que l'humanité ait inventées. Au nom de la justice, on a fait plus de mal que de bien. S'il y a une justice, elle devrait être au-dessus des hommes, elle devrait être divine. La justice humaine est condamnée d'avance parce que les juges ne sont jamais en dehors de la justice. Voilà pourquoi mon personnage, traduit à la faveur d'une panne devant un tribunal corrompu, est à la fois coupable et innocent. Il peut choisir son verdict. Quand j'ai écrit la pièce, j'ai essayé de me placer au-dessus du jugement. C'est une pièce aristophanesque."
Ces citations sont extraites de l'article suivant :
- "La Panne, le 4 septembre au Carré Silvia Monfort. Friedrich Dürrenmatt : Vive Aristophane !", Anca Visdel, Le Figaro, 21 août 1984 ; des photos de la représentation ICI ; un autre article sur cette mise en scène : "Procès en chambre", Caroline de Baroncelli, Le Monde, 11 septembre 1984 voici un article sur une autre représentation :
- "Trois comédiens singuliers font fonctionner La Panne : Darry Cowl, André Falcon et André Chaumeau jouent Dürrenmatt à l'Atelier", Michel Cournot, Le Monde, 13 septembre 1986.
Et les romans ?
"Un roman ne m'intéresse que s'il affronte à la fois des problèmes formels et les questions qui se posent à l'intelligence humaine face au cosmos. Pour le dernier, Der Auftrag, je suis parti des principes de composition du Clavecin bien tempéré de Bach et j'ai construit vingt-quatre phrases, de plus en plus longues, qui forment les vingt-quatre chapitres du roman. Et j'ai traité une question qui relève de la théorie de la connaissance." (Le Monde du 15 décembre 1990).

 

 

 

Nos cotes d'amour pour le livre, de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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