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Quatrième de couverture : CRÉER, ÉDITER,
DÉMISSIONNER
CRÉER. Mais cet homme, qui vit seul dans un petit appartement
loin de lagitation de Tokyo et qui parle à son moineau de
Java, ne parvient pas à laisser tomber les mangas. |
Taiyô Matsumoto (né en 1967)
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19 cotes
d'amour parisiennes et bretonnes |
Nous avons lu très peu de BD, il a fallu attendre
que le groupe soit majeur, après 20 ans d'existence, pour en programmer
une première... :
- en 2006 : Là
où vont nos pères de Shaun Tan (album sans texte
!)
- en 2019 : L'Arabe
du futur de Riad Sattouf
- en 2023 : Et
à la fin, ils meurent Lou Lubie
- en 2024 : Tamara
Drewe de Posy Simmonds.
C'est notre premier manga, au bout de 39 ans...
Mégane
(avis transmis)
Commençons par un constat clair : outre les shônen populaires et
agréables à lire, je ne suis pas une immense lectrice de
mangas, loin s'en faut. J'ai donc découvert l'univers des mangas
pour adultes avec Tokyo, ces jours-ci. Alors, sans ambages, les
dessins ne m'ont pas emballée. Ils sont à la fois trop anguleux
à mon goût (mais c'est aussi ce qui me rebute généralement
dans la BD pour adulte, alors visiblement c'est une tendance internationale)
et en même temps trop flous, avec cette abondance de tracés
griffés sur les visages. Ceci étant, je suis contente d'avoir
réussi à m'extraire de cette sensation car l'intrigue des
deux premiers tomes de cette trilogie m'a beaucoup plu.
Dans une ambiance mélancolique diffuse, on suit un personnage principal
tout en retenue, en écoute mais aussi en détermination.
Démissionner parce que sa publication est un échec oui,
certes, mais renoncer à créer le manga idéal, très
peu pour Shiozawa. Il va donc nous faire rencontrer une galaxie de mangakas
sur le déclin ou ayant carrément abandonné depuis
des lustres, tous plus ou moins paumés, malheureux ou noyés
dans leur quotidien, de dessinateur ou non. Nous sensibilisant à
une industrie particulièrement rude, intense et... bourrée
de testostérone - la seule éditrice du roman s'étant
vue comme par hasard octroyer le cas difficile et ne recevant bon an mal
an aucun soutien de sa hiérarchie (la veinarde), l'auteur nous
embarque dans un monde pluvieux, terne et sans couleurs (figurativement
et littéralement tiens). Blague à part, j'ai ressenti ce
même malaise diffus que lors de mon premier visionnage de Blade
Runner, vous voyez l'idée ?
Plus philosophiquement (allons-y, lâchons-nous les amis), je vois
en cette trilogie - qu'il me reste à finir - un questionnement
sur l'humain, l'art/le beau et le profit (j'avais prévenu, c'est
du lourd, et pas le droit à la calculatrice). Je m'explique : dans
un monde en crise - monde pouvant être entendu à diverses
échelles, de l'industrie du manga aux périmètres
de l'ONU -, l'art est ce qui nous permet de continuer à exister
(par opposition, toute existentialiste, à survivre). Cela étant,
comment continuer à faire du beau lorsqu'on vit dans le moche,
qu'on a perdu son élan artistique, qu'on doute de soi ?
Certains fuient leur talent (Arashiyama), mais conservent cette tristesse
des artistes sans création ; d'autres reviennent à
leur art pour fuir leur monotone réalité (Kiso), d'autres
encore se débattent avec leurs contradictions et finissent par
se rebeller contre leurs donneurs d'ordres (Aoki), d'autres enfin acceptent
péniblement de crayonner des productions dénuées
de sens et de valeur à leurs yeux, bien que populaires (Chosaku).
Dans cet univers impitoyable et gouverné par le profit, c'est-à-dire
ici le choix des masses (me voilà devenue marxiste le temps de
cette chronique), Shiozawa incarne un idéal pur, qu'envieux et
pragmatiques taxeront d'irréaliste. Certes. Cela étant,
cette possibilité de beauté onirique qu'il recherche, à
contre-courant du modèle en place, est ce qui le rend admirable
et profondément humain.
Parce que, soyons honnêtes, qui souhaiterait vivre dans un monde
sans Shiozawas ?
Merci pour ce choix, je n'aurais jamais découvert cette trilogie
autrement et je serais passée à côté de quelque
chose !
Rozenn (qui a déjà par ses allusions
laissé entendre un avis négatif)
C'est merveilleux d'avoir pu voir tout cela dans ce livre !
Claire
C'est ironique ?
Rozenn
Non, pas du tout ! J'admire vraiment.
Monique
L![]()
J'avoue mon manque de goût pour les mangas, malgré mes essais
liés à l'intérêt que leur portent mes petits-enfants.
J'en avais feuilleté avant de me lancer dans celui-ci, mais je
pense que je n'en avais pas lu un du début à la fin.
L'objet lui-même m'a déçu par la qualité du
papier et je n'ai pas apprécié la plupart des dessins. Quelques
exceptions tout de même dont ceux des pages 56, 186, 204.

Je n'ai pas compris le passage à la couleur au début du
chapitre 4. Est-ce que cela a un sens ?
J'ai eu du mal à apprendre à lire des mangas et comme je
ne les pratique pas souvent, j'ânonne encore pour ne pas me tromper
dans l'ordre de lecture des cases. J'ai eu du mal avec les passages écrits
à cause de la taille et de la forme des caractères.
Je
pense néanmoins avoir suivi le déroulement de l'histoire
de Shiozawa, un éditeur qui vient de démissionner et qui
parle à son oiseau, qui reste passionné par sa collection
de mangas dont il n'arrive pas à se défaire et qui va nous
faire rencontrer des mangakas divers qu'il a connus en nous montrant les
difficultés qu'ils ont rencontrées.
Je dois reconnaître ne pas avoir pris de plaisir à cette
"lecture".
Je n'ai pas aimé le dessin, très différent de ceux
que j'ai entrevus précédemment.
Je suis peu réceptive à toutes les onomatopées et
bruits divers présents dans ces pages.
Pour apprécier, il faut sans doute être initiée et
se familiariser avec des codes spécifiques.
Je suis allée voir l'exposition
au musée Guimet qui m'a intéressée et qui m'a montré
les divers genres de manga.
Mes petits-enfants vont essayer de me faire aimer des mangas en me proposant
des dessins différents. À suivre...
J'ouvre ¼.
Catherine entre
et
Je n'ai jamais été une grande lectrice de mangas alors que
j'ai toujours lu des BD. J'ai fait plusieurs tentatives sans vraiment
accrocher, peut-être en partie à cause du format souvent
petit, et du noir et blanc très fréquent. Sans doute aussi
des thèmes et des sujets abordés. Dans mon entourage, pas
mal de gens lisent des mangas, notamment mon fils et mes petits-enfants,
garçons comme filles - ce qui m'a longtemps donné l'impression
de "rater quelque chose".
J'aime pourtant beaucoup certains animés japonais, les grands classiques
tout au moins, tels que Le
Tombeau des lucioles, Le
Voyage de Chihiro, Silent
Voice ou Le
Château ambulant et j'aime énormément les
estampes japonaises.
J'étais donc plutôt contente de refaire une tentative avec
Tokyo, ces jours-ci de Taiyô Matsumoto, un manga dont les
critiques étaient très bonnes et qui a reçu le prix
du musée Guimet.
J'ai aimé la couverture avec le canari en couleur au premier plan
et la ville en arrière-plan. À la lecture, j'ai été
sensible à certaines planches, notamment les grands formats : les
paysages urbains, les angles de vue originaux, parfois obliques, les gros
plans sur les visages, les yeux, les lunettes... J'ai aussi été
intéressée par le personnage principal, que j'ai trouvé
attachant mais très en retenue. On sait peu de choses de lui ;
il parle à son canari, mais on ne connaît pas grand-chose
de son histoire personnelle. Cette discrétion m'a parfois laissée
sur ma faim, mais elle participe sans doute à l'atmosphère
générale du récit.
Le récit nous propose toute une galerie de personnages secondaires,
un mangaka à succès tourné vers le commercial, un
autre un peu perché et alcoolique, qui vit avec ses chats, assez
attachant, une mangaka devenue caissière pour faire vivre sa famille,
qui se remet à dessiner en s'inspirant de ses clients, un ancien
mangaka reconverti en homme de ménage et qui a tourné le
dos à cet univers et enfin une jeune éditrice plutôt
maltraitée par son entourage. Le sujet ne m'a pas toujours passionnée,
mais c'est une manière intéressante d'entrer dans le monde
des mangakas et dans cet univers très particulier.
Je suis restée un peu sur ma faim à la fin du tome 1, j'ai
donc acheté les deux autres, j'en suis à la moitié
du tome 2 qui creuse davantage les personnages, ce que j'ai trouvé
appréciable.
J'ouvre le tome 1 et le demi-tome 2 à moitié voire aux 2/3.
Je ne regrette pas mais je ne pense pas devenir une lectrice assidue de
mangas.
Par ailleurs, j'ai vu l'exposition
du musée Guimet, que j'ai beaucoup aimée, surtout l'historique
des mangas.
Françoise![]()
J'avais feuilleté des mangas, mais n'en avais
jamais lu. Par ailleurs je dois préciser que j'aime beaucoup certaines
BD (pour ne pas passer pour une vieille has been).
Ma lecture n'a pas été agréable pour ce qui concerne
la forme, et ses renvois en bas de page
Pourquoi avoir choisi celle-ci
en particulier ? Le sujet ne m'a pas plu. J'aurais été plus
intéressée s'il s'était agi d'un phénomène
social. C'est vrai que le manga en est un.
Celui-ci ne m'a pas donné envie de lire les deux suivants.
J'ai eu du mal avec le dessin, assez rébarbatif. C'est vraiment
noir, à tout point de vue (certaines pages carrément entièrement).
Exception peut-être quand il s'agit du chat et de l'oiseau. Et l'univers,
un vase clos entre mangakas, ça m'a paru très nombriliste...,
mais sans doute qu'au Japon la perception est différente. Pourtant
ce n'est pas inintéressant.
Belle couverture dont on attend un dessin plus clair et léger à
l'intérieur.
J'imagine qu'il y en a d'autres qui m'auraient plus intéressée.
Et j'ouvre ¼.
Claire![]()
Je
n'avais lu qu'un seul manga, découvert dans un autre groupe de
lecture, Bride
Stories de la mangaka Kaoru Mori, avec un univers très
différent de notre manga, dans des villages en Asie centrale. Le
point commun, est que j'ai enchaîné les trois tomes...
J'ai beaucoup aimé le dessin, et j'ai aimé m'y attarder
: les cadrages, plongées, contreplongées, les zoom avant
et les des morceaux de visage, d'oiseau dans sa cage ou regardant - zoom
arrière - le vol de grues dans le ciel, un gros plan sur des fleurs
envahissant la case, et zoom arrière avec les vues de la ville
: des régals. Régals par exemple 21, 22.
J'ai aimé le noir et blanc avec tout à coup un peu de couleur
pastel :

Les inévitables onomatopées m'ont fait sourire : clam, ding,
dong, clap, tatam, clap, tatam, tic. Et le numéro de la page dissimulé
sous le dessin ou les bulles, comme ci-dessus. J'étais contente
de ne pas retrouver les grands yeux et autres conventions.
Le dessin oblige à être très actif, par exemple avec
ses deux pages où le point de vue change à chaque case :

ou encore, plus esthétique :
J'ai aimé retrouver des différences, comme les salutations :
ou la table basse et les gens assis par terre aux funérailles,
la pratique aux oiseaux
en cage...
Le sujet-intrigue, l'arc narratif (comme on dit maintenant...)
m'a intéressée, qui permet de rencontrer éditeurs
(Shiozawa, Hayashi), mangakas divers (le gros Chosaku, Aoki et
ses chats, Reiko Tachibana qui est morte, Shim Arashyama), un assistant
(Kusakari), un bouquiniste, la dimension culte ("Dossard
15", évoqué deux fois, est le tome 15 de Demon Slayer),
des nemus donnés à voir, des exemples classiques
de combats par Arashyama, tranchant complètement avec le style
de ce manga :

J'ai été sensible aussi à la question de la flamme,
côté créateur, mais aussi côté tanto,
qui cherche à l'entretenir, la ranimer : le manga n'est pas un
hobby, mais l'affaire d'une vie.
J'ai aimé les procédés narratifs, qu'ils soient critiqués
(excès d'explications, narrateur envahissant, flashbacks banals,
phrases trop longues) ou utilisés : une morte avec qui l'on dialogue,
des changements de lieu et de temps sans prévenir car il n'y a
aucun récitatif et aucune explication donc, c'est uniquement du
dessin et du dialogue. Et j'ai aimé retrouver le sommaire et les
têtes de chapitres :

Et ce parapluie qu'on retrouvera bien plus tard au-dessus de la ville
à la fin du tome 3, en une boucle close.
J'ai bien aimé les animaux dans cet univers uniquement urbain.
Et les citations (Goethe, Shakespeare dans le tome 1, puis Victor Hugo,
Corot...).
J'ouvre aux 3/4 pour le tome 1, car je suis restée sur ma faim
en termes d'intrigue, attendant la suite. Mais après avoir lu les
deux autres tomes, avec grand intérêt, fascinée par
les dessins, j'ouvre en grand.
J'ai regardé trois autres albums de cet auteur, empruntés
en bibliothèque : son fameux
Amer Béton, Zero,
et Éveil
: c'est ce dernier qui l'a emporté sur les autres ; à partir
d'une pièce de théâtre préexistante, Matsumoto
en a effectué l'adaptation, la transposition
graphique, très belle.
Pour me déniaiser, j'ai lu avec grand intérêt le documentaire
"pédagogique" L'art
du manga, très bien fait, et j'ai visité la belle
et riche exposition "Manga.
Tout un art !". J'ai commencé aussi à
regarder la série documentaire en quatre épisodes de 30
min Animé,
une épopée japonaise : un historique et panorama
de l'animation japonaise, très liée au manga, en ligne actuellement
sur
France TV. Tout
m'est inconnu et je suis bien contente d'"entredécouvrir".
Brigitte
(à
l'écran)
Malgré les critiques très louangeuses entendues sur France
Culture, j'avais prévu de faire l'impasse sur ce manga. Je
ne connaissais pas les mangas et je n'avais pas envie de faire l'effort
de m'y intéresser.
Grâce à Monique, j'ai changé d'avis et j'ai commencé
à le lire.
Pour nous, c'est une lecture un peu laborieuse. Nous ne sommes pas habitués
à lire de la droite vers la gauche. Du coup j'ai mélangé
les textes, je ne les ai pas toujours lus dans le bon ordre.
L'histoire est intéressante : un éditeur de mangas, déçu
par l'évolution mercantiliste du monde des mangas, décide
de le quitter. Nous connaissons ses états d'âme par ses conversations
avec son moineau de Java. Il commence par dire adieu à ses anciens
collègues, puis décide de vendre à un bouquiniste
son énorme collection de mangas. Mais
il ne réussit
pas à quitter le monde du manga. Le manga, c'est sa vie !
À travers ce livre, j'ai découvert l'univers des mangas,
les arrière-plans, les nemus, l'étape de crayonnage. Le
créateur fou, l'éditrice très consciencieuse, la
grande auteure qui vient de mourir, et celle qui est caissière
de supermarché et imagine les répliques de ses personnages
à travers les propos qu'elle échange avec les clients.
J'ai été frappée par la ressemblance de la vie à
Tokyo avec celle des citadins français. Mais aussi par les différences
de culture : les saluts, pliés en avant, les rites funéraires.
Je relève la qualité du dessin. Tous les détails
de la vie quotidienne sont très présents. J'ai particulièrement
apprécié le dessin des mains, par exemple p. 70 en
bas :

À travers tous ces détails prosaïques une vraie réflexion
sur la création artistique se fait jour.
J'ouvre aux ¾.
Christelle![]()
Je n'ai jamais lu de manga ! Et pour en avoir feuilleté ou regardé
par-dessus une épaule, je n'étais vraiment pas sûre
d'en lire un jour. Trop de préjugés, et sûrement des
doutes sur ma capacité à lire à l'envers...
J'avais tort car j'ai fini avec plaisir le premier tome de Tokyo, ces
jours-ci. J'ai trouvé le graphisme remarquable, tant le trait
que le découpage, les gros plans et les vues des villes... J'ai
aimé le noir et blanc, qui convenait bien à l'ambiance (j'ai
toutefois apprécié les quelques plages en couleur), les
titres et la présentation des chapitres...
Pour une découverte du manga, le thème de celui-ci était
parfait pour apprendre sur les mangakas, les relations avec leurs éditeurs,
la dure concurrence, les modalités de publication...
Le thème de la création est également largement abordé
à travers la carrière de plusieurs mangakas, qui n'arrivent
malheureusement plus à produire.
Enfin, j'ai trouvé extraordinaire une des premières scènes,
celle où il quitte son lieu de travail depuis 30 ans. À
la fois son motif de démission (un échec) et ses adieux
(toute en retenue) m'ont complètement embarquée au Japon
(où en tout cas dans un univers bien éloigné du mien).
Bref, j'ai mis les deux autres tomes dans ma valise !
Ravie de mon expérience (même si je ne suis pas sûre
d'attaquer pour autant un jour des séries de 20 tomes).
J'ouvre aux ¾.
Jérémy![]()
Avant la lecture : Je n'avais lu que deux mangas que mon copain
m'avait rapportés du Japon, des pornos gays...
Rozenn (avec enthousiasme)
Voilà ce qu'on aurait dû lire !
Jérémy
Mais ce qui est drôle c'est que les images pornos étaient...
floutées ! Je n'avais donc pas approfondi le sujet.
Même si le manga n'est pas un genre vers lequel je me dirige spontanément,
la couverture, que je trouve très belle, m'inspirait bien.
Après la lecture : Mais j'ai finalement été
un peu déçu par le dessin. Je rejoins Catherine car à
la fin je reste sur ma faim et Françoise car je suis resté
extérieur à l'histoire qui ne m'a pas particulièrement
intéressé. Dans le tome 1, on comprend bien qu'il finit
par revenir sur sa décision de quitter le milieu du manga après
que l'une de ses publications a échoué, et qu'il essaie
de rassembler soit d'anciens mangakas qui se sont "reconvertis",
soit des mangakas sur le déclin/en perte de vitesse/plus vraiment
dans l'air du temps, tous étant certainement la représentation
du mangaka à l'ancienne, du mangaka "pur" en lequel l'éditeur
croit et qu'il a envie de continuer à faire vivre. Pour autant,
dans ce premier tome, on ne sait pas vraiment quel est son projet.
Et puis j'aimerais bien savoir ce qu'ils ont de plus ou de si différent
par rapport aux autres. On sait que Chôsaku avait un trait très
fin, mais on n'a pas beaucoup plus d'informations. Si ce n'est sur la
dernière, Kaoruko, qui dessine des mangas dans le style péplum,
que même son mari n'arrive pas à lire jusqu'au bout...
De plus, on passe d'un mangaka à l'autre, mais cela manque de liant.
Et puis, par rapport à un roman, je n'ai pas réussi à
m'attacher et à m'intéresser aux personnages. On n'en sait
pas assez sur eux. On ne connaît pas grand-chose du personnage principal,
Shiozawa, et on ne s'y attache pas.
Les onomatopées m'ont particulièrement gonflé : cui
cui fait l'oiseau, miaou fait le chat, waf waf fait le chien, frsh frsh
quand on ferme un parapluie, slurp quand on boit, clic clic quand on se
coupe les ongles, tout y passe ! Cela m'a fait penser à ses livres
d'éveil pour enfants qui font du bruit quand on tourne les pages
! C'est peut-être un incontournable du genre, mais moi je n'accroche
pas du tout, je trouve que cela finit par parasiter le reste et que c'est
une béquille, une facilité.
Il y a quand même un moment où j'ai été presque
ému quand le mangaka loser perd son chat puis pleure quand il le
retrouve. On a tous connu ça non ?!
Et il faut reconnaître que certains encarts sont beaux, en fait
j'ai assez souvent pensé à un storyboard, je trouve qu'il
y a un côté très cinématographique avec les
gros plans, les contre-plongées...
Enfin, j'ai été obligé de l'acheter, ne le trouvant
pas en bibliothèque et je ne le garderai pas.
J'ouvre ¼ pour le passage sur le chat.
Fanny![]()
Je suis mitigée.
Ce n'est pas mon premier manga. Je n'avais donc pas d'appréhension
concernant le genre. J'avais lu par
exemple Les
années douces de Jirô Taniguchi, très joli,
très poétique (adapté du roman Les
années douces de Hiromi Kawakami).
J'ai bien aimé la réflexion sur la création que j'ai
trouvé intéressante. Il n'y a pas d'explication ? Si, à
propos de la narration.
Les onomatopées, ça fait partie du genre.
Quand on parle avec les animaux, j'ai trouvé ça plutôt
joli.
Je me suis perdue dans l'histoire, j'ai perdu le fil de l'intrigue.
Quant aux dessins, oui pour ce qui est du découpage ou des vues
sur la ville. La couleur, on s'interroge pourquoi elle arrive par rapport
au noir et blanc.
L'intrigue s'enkyste à mon avis, il n'y a pas assez d'espace dans
les dessins.
J'ouvre à moitié.
Rozenn![]()
J'ai vu cette jolie couverture. Je me suis dit chic, je vais découvrir
un manga. Quelque chose de nouveau, de différent ! Enfin,
je saurai ce que c'est !
Mais je ne sais pas lire les bandes dessinées, ni les romans graphiques,
je ne regarde pas ce qui est dessiné. Je lis seulement le texte.
Et là, il n'y a pas de texte, juste cui cui, grat grat
D'accord, quand les autres le disent, oui, j'ai regardé les villes...
Mais je me suis vraiment emmerdée. Ma petite-fille a commencé
à me rééduquer. Elle me montre ce qu'elle aime dans
les dessins. Des albums qu'elle lit sont très colorés et
très violents (Les
Légendaires) et il
y en a des tas, ça ne finit pas, je pensais que les mangas ressemblaient
davantage à ça.
J'ouvre moins ¼ à cause du passage sur le chat qui m'a prodigieusement
agacée. Donc, je le ferme. J'aime bien quand je lis un livre me
demander à qui je le donnerai, j'ai d'abord pensé le donner
à ma petite-fille pour qu'elle le colorie. Mais il paraît
que mon gendre lit des mangas, c'est donc lui qui l'aura. Et je lui demanderai
de m'en faire lire un autre
suite de la rééducation
Etienne
(à
l'écran)
Comme Claire, j'ouvrirai ¾ pour le premier tome, mais je suis aux
deux tiers du troisième et j'ouvre en grand.
J'ai lu beaucoup de mangas. Sans être un fanatique absolu. J'en
achète régulièrement, ma femme en lit aussi, nous
ne lisons pas les mêmes ; elle apprend le japonais d'ailleurs.
Le manga est un monde. Aimer le manga ne veut pas dire grand-chose, parce
qu'il y a tant de sous-genres ! C'est comme si on parlait DU roman en
général.
Ce mangaka a été très influencé par la BD
franco-belge, par Moebius
notamment. Je parlais de Matsumoto que je lisais à une amie japonaise
qui me disait qu'il n'est pas si connu que ça au Japon. On pourrait
dire que c'est un mangaka plus accessible pour les Européens.
Rozenn
Un peu comme Les Légendaires
?
Etienne
Il y a des Japonais influencés par la BD européenne, mais
aussi l'inverse, c'est un manga à la française.
Influencé aussi par la ligne claire, c'est Jirô
Taniguchi avec Le
Sommet des Dieux qui a crédibilisé le manga auprès
du public européen ; il y a aussi le magnifique Quartier
lointain.
De Matsumoto, j'ai dans ma bibliothèque Amer
Béton et Ping-pong.
Pour ce qui est de son trait, j'en étais familier. Ici je le trouve
plus souple que dans d'autres mangas.
Le livre m'a beaucoup plu : j'admire, j'adore le découpage, avec
des angles improbables, des images de travers qui donnent presque la nausée,
des angles de vue que je n'ai pas retrouvés ailleurs, c'est une
prouesse, ça me touche beaucoup.
Par exemple, au début du troisième tome, on est chez deux
frères, dans cette case du bas de page 6, il y a une richesse des
détails :

l'appareil à vinyles que les Japonais apprécient, la pochette
de Coltrane dont ils sont fanatiques, comme ailleurs l'est le rock. Il
y a plein de choses sur la société japonaise ; on voit à
plusieurs reprises des kei-truck, typiques camionnettes japonaises,
ici p. 90 dans le tome 1 :

Quant au sujet, il y a une rigidité des rapports, un vide émotionnel,
propres à l'univers du manga. Le manga est un phénomène
: une industrie, mais aussi un côté artisanal, et avec parfois
une abnégation, car le mangaka fait tout, différemment des
écrivains français de BD où il y a souvent un scénariste
et un illustrateur.
Claire
J'ai vu que comme les peintres de la Renaissance avaient un atelier avec
plein d'apprentis, les mangakas célèbres ont des assistants
spécialisés pour tenir les délais de production.
Etienne
Oui. Et il y a l'éditeur qui a une relation particulière
avec le mangaka.
J'ouvre en grand.
En ce qui concerne un genre que nous n'avons jamais lus, il y a les comics
: je pense à Chris
Ware, et notamment à Rusty
Brown.