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Nous avons lu pour le 21 décembre 2025

Les aventures de China Iron
de Gabriela CABEZÓN CÁMARA
   
Las aventuras de China Iron, publié en 2017, est traduit de l'espagnol par Guillaume Contré
Les aventures de China Iron, éd. de l'Ogre, 2021, 256 p.
rééd. poche Les aventures de China Iron, 10/18, 2022, 216 p.
rééd. Les aventures de China Iron, préface de Céline Minard, éd. de l'Ogre, 2025, 252 p.


Quelques INFOS autour du livre, avant nos réactions


L'AUTEURE

Quelques repères
Gabriela Cabezón Cámara est née en 1968 dans la province de Buenos Aires. Elle grandit dans une famille ouvrière, sans livres à la maison.
La UBA (Universidad de Buenos Aires), prestigieuse en Amérique latine, où elle fait des études de lettres, est gratuite.
Son premier texte paraît en 2006 et son premier roman en 2009, elle a 40 ans.
Ses articles ont été publiés dans divers médias : supplément SOY du journal Pagina 12 qui traite de questions LGBTQI, pages culturelles du journal Clarín...
En 2013, elle bénéficie d'une résidence d'écriture à l' Université de Californie à Berkeley. Elle dirige l'atelier d'écriture CINO, qui fait partie du programme d'écriture créative de l' Université nationale des arts de Buenos Aires.
Elle participe en 2015 à la fondation du mouvement Ni Una Menos ("Pas une de moins"), contre les féminicides en Argentine.
Sa carrière mêle journalisme, littérature et militantisme féministe.

La liste de ses romans
A
vec la date de publication en Argentine. Tous ses livres sont traduits par Guillaume Contré.
- 2009 : Pleines de grâce, éd. de L'Ogre, 2020 ; rééd. 10/18, 2021
- 2014 : Tu as vu le visage de Dieu suivi de Romance de la Noire blonde, éd. de L'Ogre, 2022
- 2017 : Les aventures de China Iron, éd. de L'Ogre, 2021 ; rééd. 10/18, 2022 ; rééd. avec une préface de Céline Minard, éd. de l'Ogre, 2025
- 2024 : Les griffes de la forêt, Grasset, 2025.

Recueils de nouvelles non traduits
- 2011 : Le viste la cara a Dios
- 2015 : Sacrificios

Romans graphiques
- 2013 : Beya, ill. Iñaki Echeverría, Eterna Cadencia,
- 2015 : Y su despojo fue una muchedumbre, ill. Iñaki Echeverría.

PRESSE ÉCRITE

À propos du roman que nous lisons
- "Gabriela Cabezón Cámara : inventer d’autres mondes possibles", critique et entretien avec Gabriela Cabezón Cámara par Jean-Philippe Cazier, Diacritik, 10 mai 2021 : un article et une interview très fouillés.
- "L'épouse du poète", Bernard Quiriny, Lire Le Magazine littéraire, mai 2021

- "Les aventures de China Iron : Gabriela Cabezón Cámara", Youness Bousenna, Télérama, 2 juin 2021
- "Pampa nouvelle", Anne-Lise Remacle, Le Vif/L'Express, 10 juin 2021
- "Femmes libres de la pampa", Ariane Singer, Le Monde des livres, 17 juillet 2021
- "La femme du gaucho", Melina Balcázar, En attendant Nadeau, 30 juillet 2021. Extrait :

"J’ai toujours été étonnée de voir que Martín Fierro, un déserteur, qui a tué un militaire, soit devenu un héros national, raconte-t-elle dans un entretien. Même si les gens n’ont jamais entendu parler de Hernández, ils connaissent par cœur au moins un vers de son poème. En le relisant, j’ai eu l’idée de raconter cette histoire du point de vue d’une femme – juste quelques vers leur sont consacrés dans le poème – à qui j’avais envie de donner une vie lumineuse. Je voulais à travers ses yeux redécouvrir le monde, comme un nouveau-né."

- "Comme un courant de joie", rencontre avec Ariane Singer, Le Monde, 17 juin 2022. Extrait :

"Les Aventures de China Iron est un roman qui prend sa source dans la plus pure tradition littéraire de mon pays, la littérature gauchesque. Jamais je n'aurais pensé qu'il serait lu en dehors de l'Argentine", confiait-elle lors d'un récent passage à Paris. De fait, ce récit hilarant, qui retrace l'épopée de La China, une adolescente mariée contre son gré à un gaucho brutal, est en fait une réécriture audacieuse et féministe d'un célèbre poème épique argentin : Martín Fierro (1872), de José Hernandez. Il pouvait être difficile à un lectorat non avisé d'en capter l'humour et les subtilités. Mais il y avait davantage, dans ce texte, qu'une simple parodie. "C'est un roman que j'ai écrit sous le signe de la lumière : depuis que j'en ai eu l'idée laquelle m'est venue comme un courant de joie dans le corps -, j'ai su que je voulais pour La China une vie très différente de celle de son ex-mari. Cette joie a déterminé la vitalité du roman. La China commence sa vie en tant que personnage au moment où elle connaît la liberté ; elle commence alors à voir le monde comme si elle le voyait pour la première fois", dit l'autrice.

Ce n'est pas un article, mais une préface
Lirelles avait programmé (en 2013) So long, Luise
de Céline Minard.
Céline Minard est l'auteure d'une préface dans la toute récente réédition des Aventures de China Iron : à ne pas manquer...

Gabriela CABEZÓN CÁMARA en vidéo

- Présentation par elle-même de son dernier livre Les Griffes de la forêt (à partir de la vie de la religieuse s'étant fait passer pour un homme, Catalina de Erauso), 9 juillet 2025, sur le site de l'éditeur Grasset (sous-titres français), 3 min 50 ›youtube.

- Entretien sur la littérature et le livre que nous lisons, Les Artisans de la fiction (sous-titres français), 11 min ›youtube. Exemples de questions : pourquoi réécrire plutôt qu'inventer avec Les aventures de China Iron ? Qu'avez-vous gardé du texte original Martín Fierro ? Comment avez-vous travaillé le personnage de China Iron ? Interview réalisée en 2022.

- Entretien avec Gabriela Cabezón Cámara à propos de La China Iron (sous-titres espagnols mais non traduits), Silvina Iñiguez, clideo.com, 24 août 2023, 9 min ›youtube

Martín Fierro

Martín Fierro est un poème épique composé en 1872 par l'écrivain et journaliste argentin José Hernández. Considéré comme l'un des ouvrages majeurs de la littérature argentine, il a été commenté par de nombreux intellectuels (par exemple Borges, auteur de El "Martín Fierro" : "Martín Fierro est sans doute le seul livre que nous puissions appeler classique dans la littérature argentine. Mais il est regrettable que nous ayons choisi pour héros un déserteur, un fugitif, un assassin") .

L'AFP, dans un article de 2022 repris dans plusieurs journaux français, montre l'importance aujourd'hui, à de nombreux points de vue, de cet ouvrage mythique.

Le gaucho, insaisissable et conflictuel emblème de "l'Argentinité"

(Photo : AFP)

San Antonio de Areco (Argentine), 21 novembre 2022 (AFP) - Il est éternel, et à la fois insaisissable, tant il a fait l'objet d'appropriations. Le gaucho, 150 ans après sa "naissance" en littérature, reste au cœur de "l'Argentinité", et bel et bien à cheval, à mi-chemin entre mythe et témoin de la façon dont le pays s'est construit et transformé.

Un tsunami de poussière enveloppe la folle cavalcade de centaines de chevaux. Au milieu, des cavaliers s'emploient, dans le chaos, à resserrer et garder dans leur croupe leur "tropilla" de 7-8 chevaux. Sans en perdre un, sans briser la course des autres, en une virtuosité de monte et de dressage.

C'est l'"entrevero de tropillas" ("désordre des troupeaux"), clou de l'annuelle "Fête de la Tradition", qui rassemble quelques milliers de personnes à San Antonio de Areco, à 120 km, mais si loin, de la moderne et cosmopolite Buenos Aires.

Ici s'anime le peuple du cheval, de la pampa (plaine), de la tradition gauchesque, du boina (large béret) jusqu'aux espadrilles, de la guitare au "facon" (poignard) porté en ceinture.

Chaque 6 décembre l'Argentine fête le "Jour national du Gaucho". Et en 2022, des expositions, lectures publiques, célèbrent le 150ème anniversaire du Martín Fierro (1872) de José Hernandez, poème épique, chanson de geste, œuvre culte un peu à l'image, ailleurs, de la Chanson de Roland ou du Poème du Cid.

"Ici je me mets à chanter
Aux accords de ma guitare
L'homme que tient éveillé
Une peine extraordinaire
Comme l'oiseau solitaire
En chantant peut se consoler (...)
Ma gloire est de rester libre
Comme un oiseau dans les airs
Je ne fais pas de nid sur une terre
Où l'on souffre tant à vivre".

Pas si blanc que ça

En 2 316 vers (plus de 7 000 avec le tome 2) répartis en sizains, Martín Fierro, traduit en près de 50 langues, conte - ou plutôt chante - l'épopée mélancolique d'un gaucho de la première moitié du 19e siècle, ballotté entre la liberté du vacher nomade de l'immense et rude pampa, et les injustices, discriminations, notamment envers son ascendance de sang-mêlé.

Rebelle, rétif à l'autorité, à l'avancée de la ville et des clôtures, chapardeur de bétail ou bagarreur à ses heures, mais aussi courageux, fidèle en amitié, "le gaucho devint un emblème populaire, une espèce de +vengeur rebelle+ dans l'imagination du bas peuple, avec des dizaines d'histoires de gauchos, dévorées par les classes populaires", retrace pour l'AFP Ezequiel Adamovsky, historien à l'Institut national de recherche Conicet.

Plus tard, sous l'impulsion d'une droite nationaliste, Martín Fierro se vit consacré "poème national" (1913), et son personnage statufié en figure patriotique, compagnon des luttes militaires de la jeune nation. Un comble pour le gaucho déserteur du poème d'Hernandez.

Rentré dans le rang, et "blanchi" au passage, à une époque - début du XXe - où "les élites de la nation proposaient la vision si saugrenue, mais qui perdure, d'une Argentine blanche et +européenne+", relève Adamovsky, auteur de Le Gaucho indomptable : l'emblème impossible d'une nation déchirée.

Tour à tour anarchistes (pour le rejet de l'autorité), communistes (pour la lutte des classes), péronistes (pour l'appui des travailleurs ruraux) et donc nationalistes, revendiquèrent au fil de l'histoire l'âme du gaucho, une lutte qui d'une certaine manière continue, rappelle l'historien.

Mais toujours avec une touche rebelle : en 2017, un roman Les Aventures de China Iron (Gabriela Cabezon Camara) revisite avec humour le mythe de Martín Fierro, du point de vue de sa femme, délaissée, et qui part à la découverte de l'immensité du pays, avec une amie qui devient son amante.

"Gauchada" toujours là

"Le gaucho, l'homme des champs, continue et continuera d'exister, et s'il utilise la voiture, beaucoup se fait encore à cheval. Notre pays est immense, avec ses reliefs et végétations. Trop d'endroits où les voitures ne pénètrent pas", souligne Victoria Sforzini, directrice du Patrimoine à San Antonio de Areco.

Qui donc est le gaucho de 2022 ? Les cavaliers des spectacles d'"estancias" pour "excursion touristique à la journée" ? Les plus de 350 000 travailleurs ruraux affiliés (3 fois plus de non-affiliés) pour lesquels le syndicat UATRE vient d'arracher 70% d'augmentation, à 100 000 modestes pesos/mois (615 dollars) ? Ou peut-être ceux, comme Julio Casaretto, fils et petit-fils de gaucho, maçon en banlieue, mais qui continue le week-end d'aller monter avec sa fillette, car "même si tous les champs reculent, même si tout se perd un peu, on a ça dans le sang".

À moins que ce soit un peu tout le monde, via l'expression de "gauchada" passée dans le langage courant, pour illustrer un geste solidaire, une aide désintéressée, un coup de main vital. Dont l'Argentine du 21e siècle, de crise en crise socio-économiques, ne saurait vraiment se passer.


Et voici NOS RÉACTIONS sur le livre


LES LECTRICES

Ce 21 décembre 2025, nous étions 12 à réagir sur le livre, puis à faire bombance en cette séance "de Noël" sur les traces de Liz et China à travers la pampa...

           ‹images  clin d'œil... ›   

- En direct (9) : Claire, Flora, Joëlle, Marie-Yasmine, Nelly, Laetitia, Mar, Patricia, Sophie de Paris.
- En visio (1) : Agnès.
- Par écrit (2) : Laure, Véronique.
Étaient prises ailleurs : Anne, Aurore, Felina, Sophie de Nice, Stéphanie.  

LES TENDANCES

Le livre a provoqué des réactions couvrant tout l'arc-en-ciel : depuis celles qui n'y ont trouvé d'emblée aucun intérêt au point d'arrêter rapidement de le lire, à celles qui se réjouissent d'une telle découverte, en passant par celles qui apprécient avec des réserves et plus ou moins mitigées.
Ce qui donne trois tendances et trois groupes parfaitement égaux : 4 - 4 - 4

- Elles ont abandonné le livre pour vaquer à d'autres occupations : Flora, Nelly et Véronique. Elle n'a pas du tout aimé le livre, mais l'a lu... : Agnès.
-  Dans un entre-deux, l'une est mitigée moins : Joëlle ; les autres, mitigées plus : Claire, Laetitia et Laure.
-  Les positive
s, voire plus : Mar, Marie-Yasmine, Patricia, Sophie de Paris.

LES AVIS

Véronique (qui nous a proposé de lire cette autrice et transmet son avis)
En ce qui concerne le bouquin, je ne suis pas rentrée dedans, je n'arrêtais pas de le laisser pour lire autre chose.
Moi qui l'avais découvert à la librairie de Beaubourg, présenté comme un classique féministe lesbien, je n'ai pas été touchée, ni par les personnages, ni par la pampa et encore moins par le voyage type western.
Je me suis ennuyée et en fait je me suis souvenue qu'enfant je détestais les westerns. Ceci explique peut-être cela.
J'ai sûrement manqué quelque chose et j'espère que vos avis m'éclaireront un peu.

Laure (avis transmis)
Quand une amie m'a offert ce livre l'année dernière, sur recommandation de sa libraire avertie, je l'ai lu directement, sans me plonger dans son contexte, pour en faire une réception neutre, sans doute à tort. J'ai souvenir d'une traversée épique du désert, baignée de termes poétiques, de couleurs et de parfums, mais dont j'avais du mal à me représenter l'environnement et à voir advenir le dénouement.
La rencontre de Liz "la Britannique rousse" et China, "la femme indienne" (en langage quechua) m'avait intéressée par son ouverture interculturelle, par la patience qui habite la relation entre les deux femmes - l'amour prend son temps - par la liberté qu'elles font advenir. J'étais intriguée par les termes de mouvement (partir, fuir, voyager, migrer…), par la charrette, personnage à part entière tout au long de leur pérégrination. Mais cette histoire restait à distance de moi car dans un monde trop méconnu, rendu presque onirique par le style contemplatif et l'émergence soudaine du dénouement, une terre idéale, un nouvel éden.
J'ai aimé découvrir dans le dossier envoyé par Claire la matrice de l'œuvre, la référence à un classique argentin, à ce mythe fondateur, El gaucho Martín Fierro, poème de José Hernandez (1872). Car alors que dans le poème Martín Fierro, enrôlé dans l'armée, abandonne femme et enfants pour combattre les indigènes, Gabriela Cabezón Cámara "met ce monument de la littérature argentine au féminin en s'intéressant à sa femme, China Iron" (Bernard Quiriny, Lire Le Magazine Littéraire, 2021). L'auteure nous livre, par l'odyssée fantasque et queer de ces femmes libres de la pampa, un retournement de perspectives : à l'appétit de conquête des Européens sur des terres encore à défricher au mépris des populations autochtones, s'oppose la communauté utopique que construisent les deux femmes, pionnières d'un monde où l'amour se vit librement et où la terre n'appartient
à personne (d'après Ariane Singer, Le Monde des Livres, 2021).

Flora

Je n'ai pas du tout aimé.
"Qu'est-ce que je suis en train de lire ?" me disais-je. "Tu as raté quelque chose"...
J'avais du mal à comprendre l'histoire, je trouvais ça confus. Était-ce la traduction ?
C'est descriptif, mais impossible de me représenter les paysages.
Bref, ça n'a pas pris. Et j'ai arrêté.

Nelly
J'ai eu beaucoup de mal avec ce livre que je ne suis d'ailleurs pas parvenue à terminer. J'ai d'abord été déroutée par l'écriture, trop rapide, trop baroque. J'ai d'abord pensé que c'était par un manque de concentration de ma part : alors je l'ai repris, reposé, ouvert à nouveau, puis refermé ; mais rien n'y a fait. Je me suis néanmoins contrainte à en lire deux pages chaque soir afin de parvenir au moins jusqu'à la fin de la première partie.
Je ne suis pas du tout rentrée dans l'histoire, cela passe d'un thème à l'autre sans arrêt, il y a de nouveaux personnages qui surgissent sans qu'on y soit préparée, des situations inattendues. C'est comme s'il n'y avait pas de respiration possible.
Cela aurait pu ressembler à un road movie, et il y a quelques passages colorés, mais ils surviennent de telle façon que je les ai trouvés ennuyeux. Les personnages ne m'ont ni touchée ni intéressée. Ils n'ont pas éveillé ma curiosité quant à leur devenir. Je ne suis pas habituée à cette forme de roman, et si je suis passée à côté, je ne regrette pas d'avoir renoncé à poursuivre au-delà de la première partie.

Laetitia
J'ai eu du mal à entrer dans ce roman : univers inconnu, termes argentins (je ne savais pas ce qu'était un "gaucho"), absence de dialogues, références que je n'avais pas. Puis, au fil des pages, je me suis finalement laissé embarquer dans la pampa...
L'intérêt principal que j'ai trouvé au final : le projet du livre, c'est-à-dire la réécriture du mythe fondateur argentin "Martín Fierro" sous le prisme du féminisme et de la subversion. L'autrice donne ainsi la parole à une "oubliée", China Iron, l'épouse du célèbre gaucho, à une femme que l'on entend pas, si j'ai bien compris, dans le récit original. J'ai trouvé intéressant ce changement de point de vue qui questionne aussi bien la littérature que l'Histoire.
J'ai apprécié le personnage de Liz, femme anglaise instruite et autonome, qui entraîne China sur les routes. Également la place donnée aux animaux, êtres sensibles.
Quant à l'écriture, "déstructurée", j'ai trouvé qu'elle était au service du projet de déconstruction du fond. Les longues phrases font également écho au voyage - on ne sait pas où on va - formant une sorte de prose poétique parsemée de termes argentins qui donnent une "couleur locale" au texte.
En conclusion, même si j'ai des réserves, j'ai plutôt apprécié la découverte de ce "western féministe" (cf. 4e de couverture).

Agnès
Je ne vais pas avoir grand-chose à dire de ce livre, du moins de positif. Je l'ai lu jusqu'au bout, mais il a été pénible à lire pour moi ; l'histoire ne m'a pas intéressée et je ne me suis pas attachée aux personnages (à part le petit chien, et je suis reconnaissante à l'autrice de ne pas l'avoir tué, ce qui est le cas dans de très nombreux romans ou films dès qu'un animal familier entre en scène). C'est peut-être le seul point positif que je retiens de cet ouvrage.
Tout du long, je me suis demandé ce que j'étais en train de lire (j'ai lu ensuite que Gabriela Cabezón Cámara s'était emparée d'un classique de la littérature argentine pour en faire un western queer ; l'idée est bonne, mais le résultat ne m'a pas plu).
En ce qui concerne le style, beaucoup beaucoup beaucoup trop de mots, j'ai trouvé ces pages indigestes.
Par ailleurs, la violence de certaines scènes m'a heurtée. Ces petits veaux jetés sur un barbecue à peine égorgés, les tortures décrites dans la deuxième partie. Quant aux scènes de sexe, elles m'ont fait le même effet que les petits veaux jetés sur un grill que je viens d'évoquer.
Pour conclure, ce roman est celui que j'ai le moins aimé de toute l'année 2025, juste avant Madeleine avant l'aube qui détient le record.
Mon avis est sévère, désolée...

Sophie de Paris
J'ai trouvé ce livre surprenant, original, rafraîchissant. Un ovni littéraire dépaysant sur tous les plans.
Cinématographique, picaresque, érotique, humoristique… tous ces qualificatifs ont rendu la lecture plaisante.
J'ai aimé la fluidité des genres, le rapport à la nature, la fantaisie, le mélange des langages, l'énergie du style, souvent (trop ?) foisonnant.
Ma méconnaissance de l'Argentine et du mythe du gaucho Martín Fierro m'a quand même posé problème. Les descriptions m'ont parfois déroutée, avec des paysages, des plantes, des animaux aux noms inconnus et qui ne me permettait pas de me projeter mentalement.
Le projet à lui seul est réjouissant : ré-écrire le mythe du gaucho macho en faisant de China l'héroïne et en transformant le macho en gay.
La dernière partie du roman décrit une société sans contraintes où les sentiments et le désir circulent et se vivent librement.
Ce livre apporte une bouffée d'oxygène dans un monde où chacun et chacune doit porter une étiquette pour se définir.
Dans une interview l'autrice a dit : "N'importe quel être humain est bien plus que n'importe quel élément par lequel il est nommé, défini. Chacun d'entre nous est pluriel. Et tout au long de sa vie, chacun peut assumer n'importe quel élément de cette pluralité comme élément prédominant ou bien n'en assumer aucun en particulier et flotter joyeusement à l'intérieur de cette absence de définition."
"Flotter joyeusement", c'est un bon résumé de ce que m'a procuré ce livre.

Patricia
Je n'avais jamais entendu parler de cette autrice et j'avais un très mauvais a priori sur ce livre.
En effet je me suis demandé qui avait bien pu avoir l'idée de proposer un western, moi qui les déteste : encore un road trip à la Thelma et Louise, ça ne m'emballait pas, d'autant que la lecture des premiers paragraphes de la première page ne m'a pas convaincue non plus. J'ai trouvé cette première page poussive, des phrases très courtes, alternant entre la poussière, la sécheresse, la pauvreté de ce désert, et le côté lumineux du chien, avec beaucoup de répétitions et d'expressions qui tombent à plat ; par exemple : "il irradiait la joie d'être en vie, d'une lumière n'ayant pas encore souffert la triste opacité d'une pauvreté qui, j'en suis convaincue, était davantage un manque d'idées que de quoi que ce soit d'autre. On n'avait pas faim". Et d'un seul coup, sans transition, elle parle d'une crue énorme et part dans des envolées lyriques, par exemple : "C'était un torrent de vaches en rapide chute horizontale : ainsi se précipitent les fleuves dans mon pays, à une vitesse qui est aussi un approfondissement, et me voilà revenue à la poussière du début". Il y a bien une note de poésie mais ça tombe à plat à la fin.
Je pense que ça va être laborieux… Mais je m'accroche et me dis qu'il fallait bien qu'elle commence par quelque chose pour présenter le contexte initial de son désert natal, même si ce quelque chose ne semble pas assez travaillé, à moins que ce ne soit la traduction. Je persévère donc.

Et tout à coup, me voilà prise par l'histoire, on apprend qu'elle est mariée à 14 ans à une brute, qu'elle a deux enfants et qu'elle est sur le point de partir en charrette avec une certaine Elisabeth, une Anglaise, sans les enfants, pour retrouver le mari de Liz. On imagine que l'histoire se situe en fin du 19e siècle.
À partir de là, je n'ai plus lâché le livre. J'ai adoré la poésie (déjà annoncée dès la première page, mais je n'imaginais pas à ce point), la description de la nature (aussi bien la faune, la flore, les fleuves, les couleurs des paysages qui me donnaient envie de les peindre par moment, les intempéries). J'ai adoré son écriture, je me suis laissé emporter par l'histoire, sans passer du temps sur les invraisemblances ou sur des explications manquantes, ni sans être gênée non plus par le côté excessif sud-américain. En plus, il y avait un certain suspens : est-ce qu'elles vont s'en sortir et réussir dans leur quête ?
Ce qui ne gâche rien, c'est l'histoire d'amour entre les deux femmes tout le long du bouquin.
Au second chapitre, elle y montre avec dérision les horreurs de la colonisation et de l'exploitation humaine et des territoires (autrement dit l'enfer, qui a donné lieu d'ailleurs à notre civilisation d'aujourd'hui). J'ai trouvé très jouissif la fin du chapitre quand elles quittent le fortin en donnant un gros coup de pied dans la fourmilière, c'était très drôle.
Au troisième chapitre, elles arrivent au paradis, une civilisation idyllique indienne avec laquelle elles vont faire famille en bonne entente et en toute tolérance en vivant sur des barges sur le fleuve Paraná. Où les gens travaillent à tour de rôle tous les deux mois. J'ai eu envie de tout quitter et de partir là-bas :-) Il n'y a pas de jugements vis-à-vis de la couleur de la peau (beaucoup de métissage) et du caractère queer de nombreux personnages, dont le monstre Fierro qui devient un agneau. D'ailleurs, j'ai noté que chez les Indiens, il y a un Conseil des Indiennes.
Évidemment, j'ai voulu en savoir plus sur le texte Martín Fierro dont l'autrice s'est inspirée. Et j'ai trouvé que l'idée de restituer ce texte du point de vue de la femme de Fierro est géniale, de faire d'Hernandez un voleur de poèmes et un salopard et de Fierro une grande folle, c'est très drôle. D'ailleurs, ce serait amusant de reprendre l'idée pour tous les romans dont le héros est un homme :-). Quelques idées : des grands séducteurs comme OSS 117 ou Arsène Lupin, en donnant le point de vue des femmes…
Avec cette inversion des rôles, l'autrice remet en cause le patriarcat et la fausseté de notre société (capitalisme, domination, hétérosexualité, etc.), et redonne la parole aux femmes - surtout dans le cadre d'un western c'était plus que nécessaire -, et en mettant en exergue l'égalité des genres, la liberté sexuelle et la fraternité, et ainsi elle veut montrer que la civilisation indienne peut être la solution à la crise (capitalisme, environnement, etc.).

Bref, j'ai adoré ce livre qui donne à réfléchir par son côté politique, et c'est surtout un livre que j'ai envie de relire rien que pour la description des paysages. Un des meilleurs livres de l'année pour moi.

Joëlle
Dès "l'avertissement aux lecteur.rice.s", je me suis douté qu'il y aurait un problème. Je me suis dit que je m'embarquais dans une lecture difficile, à base d'écriture inclusive, avec des bouts de texte dans une langue que je maîtrise mal (le guarani), et des références qui allaient m'échapper.
Si la lecture n'a pas été si difficile, je pense être effectivement passée à côté de références qui ne me parlaient pas. Notamment le rôle des gauchos, que j'assimilais à de vulgaires cow-boys… En lisant la préface de Céline Minard, j'ai vu l'erreur. Mais il était trop tard.
D'abord, cette lecture m'a fait voyager, mais pas qu'en Argentine. J'ai aussi vécu des montagnes russes intellectuelles. Il y a de tels changements d'ambiance à chaque chapitre que j'ai eu l'impression de lire trois livres différents.
Au début, je me suis trouvée dans un très agréable roman picaresque, drôle et délicat. J'ai beaucoup apprécié les descriptions de la pampa (paysages, phénomènes climatiques) que j'ai trouvées très évocatrices et incarnées. À part ça, j'étais dans une histoire plutôt horrible, celle de la China qui démarrait si mal dans la vie, mais racontée avec distance et humour. Et je me demandais si l'héroïne de l'histoire allait finir par "conclure" avec Liz. Il y avait de la frustration dans l'air.
Avec la partie suivante, "Le fortin", j'ai vite été mal à l'aise. Le texte devenait très grinçant, dérangeant. Je m'en suis tirée en me disant que je lisais un conte de Voltaire, style Candide, où on débite des horreurs sur un ton faussement innocent pour mieux les dénoncer. Mais ce qui m'écartait de Voltaire, c'était le style. Des phrases qui n'en finissaient pas, comme un flux de pensée, mais en moins bien. Est-ce un problème de traduction ?
Enfin, la dernière partie, "La terre de l'intérieur", ne m'a pas récompensée de mes efforts. Je me suis retrouvée dans une espèce de robinsonnade new age et gender fluid, dégoulinante de sirop et d'autres liqueurs plus ou moins intimes, où tout le monde aimait tout le monde, loin des méchants, de la foule et du bruit. Et j'ai terminé sur un sentiment de déception. Mais j'ai quand même prévu de lire bientôt Les griffes de la forêt, histoire de clarifier mon opinion sur cette écrivaine que je découvre.

Claire
Je suis d'accord avec tout le monde... Au sens que ce chacune dit résonne avec mes propres réactions. Je rejoins par exemple Laure en reconsidérant ma lecture, une fois que j'ai appris qu'il s'agissait d'une réécriture du texte célèbre en Argentine de Martín Fierro. Je n'ai lu d'abord que le texte, et si la quatrième de couverture et l'"avertissement aux lecteur.rice.s" mentionnent Martín Fierro, ils n'en disent pas davantage.
D'emblée, l'écriture m'a captée et j'ai été intéressée par les deux personnages féminins, genre haut en couleur. Comme Flora, comme Sophie, j'ai eu du mal à me représenter l'environnement. Au contraire de Patricia et Véronique, j'aime les westerns. Cette charrette au contenu infini aurait dû m'orienter vers un univers de conte, mais je n'ai pas embrayé dans cette direction-là et j'ai cherché des explications que je ne trouvais pas : mais où elles vont, comment elles se dirigent, comment elles se nourrissent ? Etc. Chercher de la vraisemblance dans ce livre est une impasse, mais la romancière ne fait pas ce qu'elle veut de sa lectrice.
China est à bonne école et elle écrit son parcours de formation. La relation entre elles deux évolue de façon... sympathique et contrairement à Agnès, je n'ai rien trouvé à redire aux scènes intimes. Chien et vaches mettent de l'ambiance. L'humour n'est pas absent.
Les courts chapitres aux titres, qui mériteraient d'être réunis en une table des matières manquante, rythment le récit.
Mais bon, heureusement qu'on arrive chez le colonel, car je commençais à me lasser ! Et celles qui ont lâché le livre ont vraiment manqué l'épisode.
En route, Telma et Louise se sont adjointes Rosario devenu Rosa, doux comme un agneau, ça anticipe le monde de la dernière partie où tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil.
La fuite d'une quarantaine de gauchos qui doit rejoindre nos héroïnes en trahissant le méchant colonel accompagne la fin grandguignolesque du séjour chez lui. On finira dans un monde utopique qu'Hélène Giannecchini doit rejoindre : on atteint une forme de kitch avec cette communauté idyllique.
J'avais lu un autre roman de Gabriela Cabezón Cámara, Pleines de grâce publié 8 ans avant celui-ci, et j'avais eu aussi un sentiment de too much.
Si j'avais su que le roman reprenait queerement Martín Fierro, ce classique inconnu de moi, cela aurait-il changé mes impressions ? J'aurais sans doute applaudi l'idée - je l'applaudis - mais ma lecture aurait-elle été plus enthousiaste ? Ou politiquement enflammée ? Je n'en suis pas sûre.
Je fais donc partie, tout compte fait, des mitigées +. Car je reconnais l'originalité du livre et surtout la plume séduisante. Les relations féminines de China ajoutent une petite touche de complicité - elle est des nôtres : un bonus, plus qu'un élément littéraire.

Marie-Yasmine
J'ai tenté une lecture en espagnol, mais le dictionnaire intégré à la liseuse n'arrivant pas à suivre le vocabulaire riche et fleuri du livre, j'ai dû me rabattre sur la traduction. Ce qui est très dommage, car une poésie se dégageait nettement de ce début de lecture que je n'ai pas ensuite retrouvé en français.
J'ai dû ravaler mon ego puisque ma femme m'avait prévenue que je n'arriverais pas à le lire en espagnol à temps, alors que je m'entêtais, mais je l'ai fait pour pouvoir vous présenter mon avis en temps et en heure !
J'ai vite oublié ma fierté égratignée grâce à l'histoire qui m'a emportée dès le départ, et la description de ces paysages inconnus qui m'a permis de m'immerger tout de suite dans l'univers de ce roman très atypique.
Je n'avais aucune notion ni contexte de ce roman en le débutant, et j'en suis heureuse, car j'ai pu être surprise et enchantée par l'incursion subite d'une romance entre les deux protagonistes. Les scènes d'amour sont très réussies et surprenantes (je ne m'attarderai pas sur les détails, mais il y a certains moments qui m'ont laissée très interrogative).
Le début avec la découverte du monde est très émouvant et beau. Le refuge de la charrette qui les protège et la découverte de la beauté et de la douceur par la protagoniste sont très agréables à lire.
J'ai adoré la façon dont l'intrigue bascule dans le fort et la grande évasion était vraiment hilarante. En revanche, les descriptions de tortures m'ont franchement écœurée, mais elles ont leur place dans ce roman très cru et visuel, je n'ai rien trouvé de gratuit.
J'ai eu plus de mal avec la fin et si j'aime les fins heureuses, ici, c'est très exagéré et peu crédible, alors que j'ai trouvé le reste du roman plutôt réaliste. J'en viens à me demander si finalement tout le monde n'a pas été tué en plein trip de champignons et qu'il s'agit uniquement d'une dernière rêverie du personnage principal. C'est peut-être parce que je manque d'imagination sur la réalité d'un élevage bovin sur barges.
C'est quand même globalement une très bonne expérience de lecture qui m'a fait lever beaucoup les sourcils, mais pourquoi pas après tout.

Mar (qui a lu le livre en vo et qui nous avait conseillé de lire ce livre-là plutôt que son dernier, Les griffes de la forêt, qui a lui aussi un lien avec un livre existant, La Nonne-soldat de Catalina de Erauso)
J'ai l'impression que la protagoniste porte une histoire très triste, malgré son jeune âge, et que sa manière d'être et de penser est très touchante.
S'il y a toutefois quelque chose qui me dérange, c'est la distance que l'autrice semble instaurer. Même si nous suivons son point de vue, le regard posé sur elle me paraît parfois un peu froid. J'aurais aimé entrer davantage dans sa tête, dans ses émotions et ses sentiments. Peut-être que l'autrice a fait exprès pour illustrer le fait que China est très jeune et qu'elle n'a pas encore des grandes capacités d'élaboration.
Je ne sais pas si c'est une interprétation juste, mais je me demande si la protagoniste, à un moment de sa vie où son identité est encore en construction, ne serait pas aussi une métaphore de l'Argentine. Un pays violenté par les colons, puis laissé à son sort, où différents modes de vie s'affrontent et où subsiste une blessure ouverte.
Il y a aussi le fait que la protagoniste a été forcée d'épouser un homme nommé Martín Fierro. Ce nom renvoie à une œuvre classique de la littérature argentine, El Gaucho Martín Fierro, un poème épique dans lequel Martín Fierro est un homme opprimé par les colons et que le désespoir transforme en une figure violente. Dans ce texte, Martín Fierro ne fait référence à sa femme qu'en l'appelant "la china" (la fille), toujours en minuscule : elle n'existe pas comme personne à part entière, n'a pas de voix propre, et son nom n'est jamais mentionné. Gabriela Cabezón Cámara reprend ce terme, mais cette fois avec une majuscule, China, comme un véritable prénom, et lui donne le nom de famille Iron, traduction de Fierro (fer en français). Elle redonne ainsi une existence, une identité. Je ne dirais pas qu'il s'agit d'une relecture du classique, mais plutôt d'un dialogue avec lui.
Ensuite, il y a le personnage d'Elisabeth, l'étrangère, qui pousse à s'interroger sur un élan d'appropriation qui, pour elle, semble tout à fait naturel, et que China Iron n'a peut-être pas encore la maturité de remettre en question.

Claire
J'ai découvert après ma lecture la p
réface de Céline Minard et étais fort intriguée. Lirelles a programmé - il y a 12 ans ! - So long, luise et j'avais lu par ailleurs Olimpia - livres qui m'ont tous deux semblé durs à lire, très intellos, et pour tout dire très barbants ; j'étais étonnée qu'elle préfaçât (!) un tel livre, de ce genre ; peut-être une question de genre justement, à tous les sens, car d'une part Céline Minard joue avec les codes des genres romanesques - ce que fait aussi Gabriela Cabezón Cámara - et d'autre part, on peut entendre Céline Minard, d'ailleurs très intéressante, sur Gouinement Lundi : "Écrire en gouine et autres déplacements"... tout un programme, sans masque.
La préface est certainement l'expression d'une complicité... littéraire car j'ai vu qu'elles ont
dialogué à plusieurs reprises en public :
- à la Villa Gillet en 2022, Céline Minard dit justement : "
Il y a chez Gabriela un amour du monde collectif, on fait famille, son roman finit sur une utopie. Chez moi, ce n’est pas le cas, je n’arrive à penser l’utopie que comme un instant de grâce prix dans un flux. On ne fait pas famille, on se détruit."
- à l'Institut Cervantès en 2025 est organisé un dialogue croisé entre elles d'eux autour du roman de Gabriela Les griffes de la forêt.
Finalement..., China et Liz... ?...
Villa Gillet 2022


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