Saneh Sangsuk par Dirk Skiba

Quatrième de couverture :

Les villageois ont surnommé le petit vacher Patte folle, à cause de son bras atrophié. Lui appelle ses vaches Opale ou Émeraude. Il a dix ans et, près du réservoir, il émerveille ses amis avec ses marionnettes. Ils sont sur le territoire de la Mère Sacrée, puissance protectrice du village. Un cobra qui veille sort de terre et s’enroule autour du corps de l’enfant. Qui gagnera, du jeune rêveur ou du serpent ?

Saneh Sangsuk est né en 1957 près de Bangkok. Diplômé en langue et littérature anglaises, romancier, il s'est imposé, notamment avec L'Ombre blanche, comme un talent majeur de sa génération.

"Il y a dans ce texte une beauté d’épouvante. Comme si le cobra Sanek Sangsuk s’enroulait autour de son lecteur et ne le lâchait plus." Le Nouvel Observateur

Traduit du thaï par Marcel Barang



L'Ombre blanche : portrait de l'artiste en jeune vaurien, 2000
Quatrième de couverture :

Tableau tragique et drôlatique de la course au bonheur d'un jeune homme dans un Bangkok violent, où la misère et la débauche, les sentiments exacerbés, les amitiés naïves et salutaires, les trahisons et le crime constituent le seul bagage de héros anticonformistes et sans concession. Dans ce roman autobiographique, Saneh Sangsuk livre une descente aux enfers d'un sombre lyrisme et d'un humour désespéré, confession diabolique d'un désir de sainteté, de la quête sauvage d'une innocence impossible et marquée par l'obsession d'une faute originelle. Par l'érotisme et la transgression, l'écriture opère la rédemption du narrateur devenu ermite, réfugié dans une quasi-ruine, à l'orée d'un village du nord de la Thaïlande...
Cette danse d'amour et de mort, éperdue, folle, pulvérise les clichés platement racoleurs sur un pays thaï qui ne serait qu'un refuge hédoniste ou bouddhiste de notre ère post-moderne.

Une histoire vieille comme la pluie, 2004
Quatrième de couverture :

"Le révérend père Tiane avait un nombre infini de choses à raconter. Ses histoires étaient parfois loufoques parfois tristes parfois effrayantes et maintes fois regorgeaient de formules magiques et de miracles... L'histoire de la fois où il s'était rendu en pèlerinage en Inde et il s'était trouvé confronté à une harde d'éléphants à en avoir le souffle coupé, les enfants l'avaient déjà entendue et voulaient l'entendre encore ; l'histoire de la fois où il en était encore à s'entraîner pour le pèlerinage et où un cobra de douze coudées était venu lui tenir compagnie sur sa couche par une nuit glacée de la saison froide de cette année-là, les enfants l'avaient déjà entendue et voulaient l'entendre encore ; [...] l'histoire du tigre mangeur d'homme dont l'âme de la victime avait fini par l'habiter et par faire de lui un tigre saming au corps de tigre dominé par l'âme maléfique [...] les enfants l'avaient déjà entendue et voulaient l'entendre encore..." S.S.

Seule sous un ciel dément, 2014Quatrième de couverture :

"Aux temps du Bouddha", une très vieille bonzesse, pleine de sagesse et de compassion, raconte son histoire à ses disciples. Jeune femme pauvre, brue dans une famille princière qui la traite en esclave, elle a donné naissance à un fils, Wélou. Ce petit garçon vif et gai est son seul bonheur, toute sa vie et même sa survie : grâce à lui elle a enfin une place dans la maison de son mari. Mais un matin à l’aube Wélou est mordu par un cobra. La jeune femme, affolée, fuit la maison, l’enfant dans les bras, à la recherche de ce qui pourrait le sauver… Commence une longue quête éperdue à travers la jungle, les villages et le temps.

Un livre intense, inattendu, envoutant.

Saneh Sangsuk, né en 1957 près de Bangkok, diplômé en langue et littérature anglaises, s’impose comme un talent majeur de sa génération. L’Ombre blanche (Seuil, 2001) et Venin (Seuil 2001 et Points) l’ont fait apprécier du public français.



Saneh Sangsuk
décoré

L'ambassadeur de France Laurent Bili a remis les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres au romancier Saneh Sangsuk le 7 novembre 2008. Selon les mots de l'ambassadeur, Saneh Sangsuk est indiscutablement le romancier thaïlandais le mieux connu en France. Venin, son bref et captivant roman, a été publié aux éditions du Seuil, puis en poche, et s'est vendu à plus de 25000 exemplaires. L'ombre blanche est reconnu par les critiques européens comme un chef d'œuvre, qui fait de Saneh Sangsuk l'un des grands écrivains contemporains...
La cérémonie s'est déroulée en présence de Marcel Barang, traducteur de l'œuvre de Saneh Sangsuk, et du dessinateur Sera, qui a remis à l'écrivain une toile inspirée de son œuvre brossée pendant la cérémonie... (blog francothai)

Saneh SANGSUK (né en 1957)
Venin (publié en Thaïlande en 2000, en 2001 en France)

Nous avons lu ce livre pendant notre cinquième Semaine lecture du 7 au 14 juillet 2018 dans les Hautes-Alpes. Les 7 livres lus pendant la semaine : ICI

Voir en bas de page la documentation sur l'auteur et ses œuvres.

Voici d'abord nos 19 cotes d'amour (15 participants à la Semaine lecture + 4 à distance) :

Rozenn, Manon Jacqueline, Muriel, Monique S
Édith, Suzanne, Denis, Claire, Lisa, Marie-Odile
Fanny, Séverine, Manuel, Catherine
Françoise, Chantal, Nathalie, Fanfan

Lisa (depuis Paris)
Je ne sais pas vraiment quoi penser de ce court roman... J'ai été un peu agacée lors de ma lecture : je comprends que c'est une sorte de conte, mais quand même ce petit garçon qui se trimballe un serpent de 50 à 60 kilos, mouais j'y crois moyen. Et puis j'ai décidé de faire abstraction de la vraisemblance et le livre m'a quand même plu. Jai beaucoup aimé la fin, un peu cruelle. Je ne comprends pas la morale s'il y en a une. J'ai hâte de lire vos avis. J'ouvre à moitié.
Monique S (dans la Sarthe)
D'habitude, je n'aime pas trop les contes. Mais avec ce récit court et dépaysant, on est plongé dans une vie d'enfant, avec toute sa rudesse.
En même temps que l'histoire, on découvre toute une vie sociale, une vie de famille, des paysages, la vie d'un village avec ses peurs et ses croyances. Autour de l'enfant, on découvre les animaux, les autres enfants, l'accoucheuse, le gourou... Et la nature, sous un autre climat, est très présente. L'enfant a une riche vie intérieure : il nous entraîne dans le rêve (les nuages rouges du soir), dans l'art des marionnettes, et l'art de raconter.
Puis, quand arrive le serpent et son emprise, quelle belle lutte pour "rester debout" d'abord, pour aller chercher de l'aide sans ébrécher les coutumes (la cérémonie au temple), sans surseoir à ses devoirs (aller voir si les vaches sont bien rentrées et attachées : toute la richesse de ses parents) et enfin paraître devant le village dans toute l'horreur de sa situation. La fin évidemment me déçoit : j'aurais voulu que cet enfant si courageux puisse vivre la vie dont il avait rêvé. Sa victoire extérieure ne compte pas pour lui ; l'important, c'est la force de l'esprit, qui à un moment lui a failli. Et c'est pour lui comme si le fil de la marionnette s'était cassé.
J'ai bien aimé ce livre parce qu'il nous fait entrer dans une autre culture de l'intérieur. En ce qui concerne le style, j'ai aimé les répétitions du début (que l'on perd ensuite, c'est dommage) – répétitions très présentes dans les "poésies premières", quand la littérature était encore orale. J'ouvre aux trois quarts.
Marie-Odile (dans les Pyrénées)
J'ai lu d'une traite ce texte court qui a parfois des allures de conte (récit hors du temps, répétitions). J'ai aimé l'innocence de l'enfant, sa façon de nommer les vaches, de jouer aux marionnettes. Mais lorsqu'il devient la proie du cobra, tout change brutalement. J'ai pensé au combat de Gilliat et la pieuvre dans Les Travailleurs de la mer de V. Hugo. La bête maléfique enserre, étouffe. Ici le prédateur et la proie se confondent de façon monstrueuse et effrayante. Et cette frayeur, alimentée par les souvenirs du père, ne m'a plus lâchée, pas même à la fin car la mort du serpent ne délivre pas l'enfant "qui avait décidé d'accepter sa défaite".
Je me suis demandé ce que pouvait signifier un tel récit. Que les vœux ne se réalisent pas ? Qu'on ne lutte pas contre l'imposture ? Que lorsqu'on baisse les bras on perd… la raison ? J'ouvre à moitié.
Manon (à Paris)
Mais quelle scène d'anthologie !! Mais quelle beauté de l'écriture !! Mais quelle bataille !! Mais quel livre !!
J'ouvre en grand !
Manuel (à Vars comme ceux qui suivent)
Je n'aime pas. C'est invraisemblable. Et ce gourou ! C'est cruel, bizarre. Je n'aime pas. Je suis resté complètement extérieur. Heureusement, c'est court.
Françoise
Je n'ai pas aimé non plus. Je n'ai pas grand-chose à dire. Et même dans la perspective d'un conte, quels symboles ? Les descriptions sont longues. Je n'ai pas été embarquée. Je compatis. C'est un enfant qui réfléchit beaucoup pour son âge…. Quelle cruauté ! Je n'ai pas aimé. Je ferme.
Jacqueline

Je ne peux pas le fermer. C'est plutôt désagréable. J'ai été prise dans l'histoire. Prise par le conte. J'ai été un peu pressée à le lire. Quant à l'histoire des vaches, je voyais plutôt des buffles, ce sont des bêtes de somme, huit, donc le père accède à une certaine richesse. J'ai beaucoup aimé cet enfant dans le village. Est-ce que c'est un conte… contre ? Il respecte la religion. J'espérais que ces vœux se réalisent. Il le laisse crever le bourreau. J'ai du mal à lire la fin. J'étais tendue vers la fin. C'est terrible. J'ouvre trois quarts. L'effet est très fort. Mais sans que ça me plaise.
Chantal
Je l'ai lu d'une traite, mais comme on lit des mots. Ce n'est pas un enfant, je ne l'ai pas cru. Quant au cobra… j'ai rigolé quand le môme avance avec. Livre fermé.
Fanny

J'ai bien aimé le début notamment les noms donnés aux animaux. Quand arrive le cobra, c'est une peur de cauchemars. Quand l'enfant se balade avec, j'ai cru p. 44 et ensuite à répétition qu'il était mort. J'y ai vu une part de fantastique. C'est un conte fantastique macabre. Je n'ai pas eu de plaisir de lecture. C'était terrible. Le final dans le village avec le serpent, c'est très long. J'étais contente que ça se termine. J'ouvre un quart pour le début. C'est désagréable. Mais j'aime bien l'écriture.
Édith

Je l'ai lu deux fois, ce conte. Les vaches font comme une comptine. Je retiens les marionnettes, le prêtre avec l'histoire du zizi. Marie-Odile m'influence. C'est une culture différente. Le pouvoir de Songwât ne renvoie-t-il pas à la dictature ? C'est un conte avec une dimension politique. J'ouvre à moitié. Mais ça ne m'a pas emballée. Il devient fou. Peut-être y a-t-il un sens caché.
Nathalie
Je le ferme car je ne vois pas le sens. C'est très triste. Cet enfant est une merveille. La bêtise mène à la folie. C'est un cauchemar. Dans la traduction, j'ai été gênée par gaga (p. 30) et aussi tudieu, enculé, Patte folle, estropié. La haine pour un tout petit... c'est l'enfant sacrificiel de la communauté. La partie avec le serpent est insupportable. Le livre m'oppresse. Il me rend triste. Je n'aime pas du tout.
Suzanne
Je l'ai lu d'une traite. J'aime bien les contes. Je n'ai pas pu penser. La vraisemblance n'a pas d'importance. Le révérend Tiane joue un rôle particulier. Marie-Odile m'a donné des pistes. La folie est une manière de s'en sortir. Cette histoire incroyable se déroule dans une autre culture et donc différemment de chez nous on sauve le gamin. La lecture m'a embarquée sans réfléchir. Il faut se mettre dans une autre pensée. J'ouvrirais aux trois quarts, mais seulement à moitié pour ce que j'en fais.
Séverine
Je ne peux pas dire que j'ai aimé, mais j'ai été indifférente. Si c'est un conte, on devrait trouver une morale. Avant qu'arrive le serpent, l'enfant se voit marionnettiste et il a déjà du succès. C'est pour moi politique : le serpent empêche qu'il soit artiste, qu'il s'exprime. Je n'ai pas eu de plaisir, mais pas de traumatisme... J'ouvre un quart.
Muriel
J'ai beaucoup aimé. Il y a quelque chose de fantastique. J'ai noté la charge contre la religion une charge d'enfer. Face à la pauvreté matérielle et intellectuelle, Songwât a pris le pouvoir. La religion s'impose auprès du petit, qui en danger de mort, n'interrompt pas la prière. Les parents sont sous l'emprise des dieux et des déesses et ils s'enfuient. Il est puni par la déesse. Tout le village le lâche y compris ses parents, c'est ce qui m'a plu : un conte fantastique et une charge contre les superstitions. J'ouvre aux trois quarts.
J'ai lu un autre livre de cet auteur, Seule sous un ciel dément, c'est un peu le même genre, fantastique, mais trop long, j'ai préféré Venin.
Pour moi aussi, la traduction Patte folle pour nommer l'enfant estropié ne va pas.

Claire
Le traducteur traduit peut-être littéralement Patte folle, enculé, etc. Dans ce cas, pourquoi changerait-il…
Rozenn
Il y a plusieurs religions présentes dans le livre, comme le truc de moines en restauration où les parents travaillent et Songwât, ce truand, un tartuffe : toutes les religions sont condamnées. Cet enfant est aussi condamné. Il avait une porte de sortie avec le fait de raconter des histoires. Il se bat comme la chèvre de Monsieur Seguin. Il ne trouve pas d'aide. Les villageois sont en train de l'aider, pensent-ils.
Je viens d'Israël où j'ai ressenti une colère contre les religions. C'est une charge énorme que ce livre, forte : j'ouvre en entier.
Quelques petites phrases avec anaphores m'ont gênée, mais c'est un détail.
Catherine

Je n'ai pas été très sensible à ce livre. Je n'ai pas compris. J'aimerais discuter avec un Thai. J'aimerais qu'on m'explique. J'ai un peu aimé le début, c'est pourquoi j'ouvre ¼. Ça ne correspond pas à ce que j'ai vu là-bas, où il y a une influence animiste.
Fanfan
Je ne suis pas du tout rentrée dedans. Pourtant j'aime les contes. Le style est lourdingue. Je me suis forcée. Le petit garçon avec les vaches, je n'ai pas compris ce qui se passe, je suppute en vous entendant, il perd la raison quand il s'arrête de se battre. Pourtant les bouddhistes c'est pas nul, mais là ça ne tient pas debout. Même spirituellement. Livre fermé.
Denis
Je suis encore dans l'atmosphère du livre d'hier, l'idylle avec chien..., et j'ai eu du mal à entrer dans celui-ci. En général, je suis amateur de contes. Je ne leur trouve pas toujours une signification bien claire, et cela ne me pose pas problème. Je me dis que c'est un monde imaginaire qui se passe de logique.
Ici, c'est le thème du venin, du poison, qui m'a intéressé, mais je n'ai pas approfondi. Je me suis rappelé un court métrage de Hitchcock, Poison (un film qu'il a réalisé pour la TV américaine en 1958, d'après Roald Dahl), où un homme, couché dans son lit, croit qu'un serpent très dangereux est caché sous les draps. Il appelle au secours, un autre homme arrive qui, au lieu de l'aider, exploite la situation à son avantage. Un beau petit suspense. Le héros de Sangsuk exploite tout différemment, et de façon très surprenante, la menace du venin.
Ce livre m'a aussi rappelé un récit de Rumer Godden,
Le fleuve, dont Jean Renoir a tiré son film. Cela se passe en Inde, sous la colonisation anglaise. Il s'agit d'un jeune garçon qui s'est fait une cachette dans un arbre, qu'il partage avec un cobra. Il ignore le danger et finit évidemment par être mordu. Dramatique... (c'est la grande sœur qui raconte).
Le canevas narratif de Venin m'a surpris : je m'attendais à ce que le "méchant" soit mordu... Mais la fin d'un conte est souvent difficile à prévoir (par exemple les
Contes africains édités chez Gründ, que je lisais à mes enfants).
J'ouvre à moitié, récit typique ou pas.
Claire
Je n'avais pas vraiment d'avis comme souvent..., mais après vous avoir entendus, pour moi ce n'est pas un conte, mais une fable politique. Le tyran règne dans tous les domaines ; il n'a aucune bonté pour l'enfant qui est mal foutu. Je n'ai pas été "traumatisée"… Dans le long épisode du serpent, j'ai été parfois partagée entre comique et grandiose. Je suis restée sur ma faim. J'ouvre à moitié, j'ai une espèce de frustration. J'ai lu ceci dans Le
Monde ces jours-ci, on se croirait dans l'univers de Venin...

(Il s'agit des 12 footballeurs âgés de 11 à 16 ans et leur entraîneur de 25 ans qui se sont retrouvés bloqués par la montée des eaux de la mousson dans une grotte en Thaïlande.)

"Tout le royaume semblait au chevet des disparus : le premier ministre et chef de la junte militaire, le général Prayuth Chan-ocha, était venu, la semaine dernière, rencontrer les familles des adolescents, qui priaient, mains jointes à l'entrée des grottes. On l'a vu essuyer une larme devant les mères éplorées, les assurant néanmoins être optimiste pour la suite des événements. Le roi Vajiralongkorn a fait savoir, par l'entremise de son secrétariat personnel, qu'il s'inquiétait du sort des élèves footballeurs.
Chamans et autres sorciers s'étaient mis de la partie, dans une nation où le culte des phii (esprits) reste très vivace, en parallèle à la religion bouddhiste. Certains ont sacrifié des poulets et des porcs dans l'espoir que les esprits aident les jeunes footballeurs à rester en vie. Un journaliste de l'Agence France-Presse a rapporté avoir vu un reusee (ermite) vêtu d'une tunique en peau de tigre prier silencieusement à proximité des caves. Le patriarche suprême du Sangha – le clergé bouddhique – a appelé ses concitoyens à prier ensemble pour la survie des jeunes gens bloqués sous terre.
Les représentants des autres religions minoritaires s'étaient associés à la prière générale, les chrétiens chantant des cantiques dans les églises et les musulmans du sud du pays dédiant la dernière prière du vendredi aux enfants." (voir l'article complet)

Plusieurs
Et si on interrogeait le traducteur pour qu'il nous explique ce qu'on comprend mal dans Venin ? (Ce qui est fait immédiatement, grâce à son site où figure son mél.)

Nous participons à un club de lecture et sommes 19 à avoir échangé ce jour au sujet de Venin que vous avez traduit. Nous avions d'ailleurs avec nous les trois autres livres de Saneh Sangsuk.
Nous nous sommes posé de nombreuses questions :
- sur le sens de ce récit : quelle portée symbolique lui donner : politique, antireligieuse ? Y a-t-il des clés propres à la culture thaï qui nous échapperaient ? Notamment concernant le serpent ?
- sur le genre de ce texte : reçu par plusieurs comme un conte, ou un récit fantastique, ou encore une fable ; en quoi est-il autobiographique (d'après ce que nous avons lu) ?
- sur la traduction : nous nous sommes interrogés sur les termes Patte folle, gaga, Tudieu, enculé
- sur les allusions à la religion : Révérend père, monastère renvoient à quelles religions ?
- sur la réception en Thaïlande de ce livre : est-il lu ? Et comment est-il perçu ?

24h après, nous avons une réponse de Thaïlande : merci Marcel Barang !

Activité fort sympathique, et vous vous posez de bonnes questions.

La religion en question c'est évidemment le bouddhisme, que l'auteur dénonce au même titre que les autres piliers de la société thaie, administration locale (État), esprit communautaire (tous les Thais sont frères et sœurs, pi nong kan) et famille. Le serpent, ici comme ailleurs dans le monde, c'est le mal, c'est l'adversité. A lutter sans concession contre un démon plus fort, plus colossal que lui, l'enfant, tout en en venant à bout, finit par perdre la raison : il y a un parallèle politique à faire avec les événements de 1992 notamment (et des années 2010), où la lutte sans merci de camps opposés conduisait et conduit à une perte de raison collective et d'autodestruction sociale.

Si dimension personnelle il y a, c'est celle qui a fait pendant le plus clair de sa vie de l'auteur, un être asocial et un paria, dont les écrits iconoclastes (voir L'Ombre blanche) affriolaient quelques bonnes âmes, mais étaient traînés dans la boue par les bien-pensants. Grâce au ministère français de la culture qui, en faisant de lui un chevalier des arts et des lettres, lui a donné "une crédibilité" locale forcée, Saneh de nos jours est un grand écrivain reconnu chez lui (mais toujours impécunieux) et, du coup, il s'est éloigné de sa sensibilité jadis mûrie dans le monde livresque occidental, pour tartiner sur des thèmes de sa culture ancestrale, pas toujours de façon réussie.

Peu importe le label, conte, fable, récit fantastique. Ce texte, grâce a son écho a l'étranger, est fort lu ici, a fait récemment l'objet d'un film et a même été diffusé comme livre en trois langues (thai, anglais, français) !

Je ne vois pas en quoi les mots que vous listez posent problème, sauf peut-être tudieu because saut religieux. ;-)

Bonnes lectures.

 

DOC SUR SANGSUK ET SES ŒUVRES

Quelques repères sur l'auteur
- Né en 1957 près de Bangkok, dans une famille paysanne, Saneh Sangsuk est le fils d'un chef de village. J
eune rebelle, il est placé à 16 ans par son tuteur et avec lui dans un camp militaire au moment de la chute de la dictature.
- En 1976, il intègre l'université et en ressort diplômé en langue et littérature anglaises.
- Il a commencé à écrire des nouvelles dès le collège, inspiré par les auteurs thaïlandais et internationaux : Oscar Wilde, Rabindranath Tagore, Juan Ramón Jiménez, Franz Kafka, Hemingway, Henry Miller et James Joyce, ces derniers décisifs (Sangsuk cite Ulysse comme l'une de ses motivations pour écrire).
- Il est confronté à des problèmes matériels importants. En 1994, il publie son unique roman en Thaïlande, L’ombre blanche, à compte d'auteur, dans la maison d’édition Arunthaî qu'il a créée ; ce roman autobiographique dans lequel il raconte ses frasques d'adolescent n'a aucun succès en Thaïlande, mais est bien reçu par un public international (traduit en sept langues).
- Parallèlement à l'écriture, il a travaillé pour l'USAID (Agence américaine pour le développement national), dans la publicité, comme traducteur : La faim de Knut Hamsun, Le soleil se lève aussi d’Hemingway, La Métamorphose de Kafka, et aussi : Rabindranath Tagore, Oscar Wilde, Joyce, Oscar Wilde, David Ogilvy.
- En 2008, il reçoit l'insigne de chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par l'ambassadeur français pour sa contribution à la littérature.
- Aujourd'hui, il vit retiré à Phetchaburi, à 160 km de Bangkok, loin de la vie littéraire d'un pays qui ne s'intéresse que tardivement à son œuvre.

Les œuvres de Saneh SANGSUK traduites en français
Toutes publiées au Seuil, coll. "Cadre vert", et traduites par Marcel Barang :
- L'Ombre blanche : portrait de l'artiste en jeune vaurien, 2000, 496 p.

- Une histoire vieille comme la pluie, 2004, 228 p.
- Venin, 2001 (publié en 2000 en Thaïlande) ; puis Points 2005,
96 p.
- Seule sous un ciel dément, 2014, 160 p.

Des articles sur Saneh SANGSUK
- Une présentation panoramique et illustrée de l'œuvre de Saneh Sangsuk par des amoureux de la Thaïlande et de sa littérature : alainbernardthailande
- Un article savant qui donne des éclairages sur l'auteur et sur son écriture : "Le rejet des mythes canoniques bouddhiques dans L’ombre blanche de Saneh Sangsuk : vers un non-bouddhisme", Frédéric Maurel, Moussons (Recherches en sciences sociales sur l'Asie du Sud-Est), n° 4, 2001

Dans la presse généraliste (au fur et à mesure des traductions)
- "Plus fort que moi", Les Inrockuptibles, 9 janvier 2001 (sur L'ombre blanche)
- "Opéra de Sangsuk", Cécile Moscovitz, Libération, 8 février 2001 (sur L'ombre blanche)
- "Une seule vie", La Quinzaine littéraire, 1er février 2001 (sur L'ombre blanche)
- "Morsure entêtante", Livres Hebdo, 11 mai 2001 (sur Venin)
- "Le vaurien thaï", Jean-Luc Douin, Le Monde, 22 juin 2001 (sur Venin et L'ombre blanche)
- "Saneh Sangsuk Venin", Nathalie Agogue, Libération, 28 juin 2002 (sur Venin)
- "Un tigre dans son auteur", Natalie Levisalles, Libération, 16 septembre 2004 (sur Une histoire vieille comme la pluie)
- "Traduit du thaï", La Quinzaine littéraire, 1er novembre 2004 (sur Une histoire vieille comme la pluie)
- "Un conte bouddhique parfait", Maurice Mourier, La Quinzaine littéraire (sur Seule sous un ciel dément), 1er septembre 2014.

Sur le traducteur Marcel Barang
- "Thaï crayon", interview du traducteur Marcel Barang sur la littérature thaï, Natalie Levisalles, Libération, 16 septembre 2004
- Marcel Barang, "La traduction littéraire passe par le mot à mot", Impressions d’Extrême-Orient, n° 3, décembre 2013
- Un portrait du journaliste "Marcel Barang, une histoire française en Thaïlande", Jean-Noël Orengo, Arrêt sur info, 22 juillet 2015
- Un portrait du traducteur sur le site de la belle revue littéraire Jentayu (nouvelles voix d'Asie), réactualisé selon les traductions (Jentayu publie par ailleurs un hors série sur la littérature contemporaine thaïe).
- Le site de Marcel Barang sur la littérature thaïe : thaifiction.com ; et son blog : marcelbarang.wordpress.com

Fiction et réalité
En Indonésie, le corps d'une femme avalée par un python de sept mètres, a été retrouvé intact dans le ventre de l’animal : Le Monde
, 16 août 2018 et pour le voir pour le croire : ICI sur le site witfm

 

 

Nos cotes d'amour pour le livre, de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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