Laurent Mauvignier, 2016



Des hommes, Poche "Double",
2011, 288 p. - Première publication aux éd. de Minuit en 2009

Quatrième de couverture :

Ils ont été appelés en Algérie au moment des événements , en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies.
Mais parfois il suffit de presque rien, d"une journée d’anniversaire en hiver, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

Laurent Mauvignier (né en 1967)
Des hommes (2009)

Nous lisons ce livre pour le 22 octobre 2021. Le nouveau groupe parisien l'aura lu pour le 24 septembre et le groupe breton pour le 14 octobre. Le groupe de Tenerife le lit pour le 2 novembre.

Nous avions lu précédemment Loin d'eux en 2009.

Nombre d'entre nous auront vu l'adaptation au cinéma en 2020 de Lucas Belvaux, Des hommes, avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin.


Qui est Laurent Mauvignier ?
Il est l'auteur de romans, récits, pièces de théâtre, scénarios, essais. Il a reçu de nombreux prix. Certains de ses livres ont été adaptés au cinéma et au théâtre. Patrice Chéreau avait voulu adapter Des hommes, mais... il est mort.

Laurent Mauvignier a un site internet avec beaucoup d'informations et articles utiles aux curieux : https://laurent-mauvignier.net/
Mais aucun potin. Et une bio en trois lignes dont les midinettes ne sauraient se contenter...

Quelques repères biographiques
Né en 1967 à Tours, il passe son enfance avec ses deux frères et ses deux sœurs à Descartes (faut le faire !) :

"Ma mère a élevé ses 5 enfants avant de devenir femme de ménage. Mon père a travaillé en usine puis comme éboueur. Il n'y avait pas beaucoup de livres à la maison. L'éveil à la lecture et à l'écriture, je le dois à une tante, qui m'a offert un livre et un cahier lors d'une longue hospitalisation, pour une maladie restée mystérieuse, quand j'avais 8-9 ans. A cet âge-là, je savais déjà que je deviendrais écrivain".

Après une année au lycée professionnel de Descartes et une première année de BEP comptabilité ("ma mère me rêvait guichetier au Crédit Agricole de Descartes"), il entre, en 1984, à l’école des Beaux-Arts de Tours :

"J’ai intégré les Beaux-Arts à Tours avant même d’avoir le bac. J’avais certes le goût de la peinture et du dessin, mais ce qui m’attirait dans les Beaux-Arts, c’était l’idée de la ville. (...) Tours m’a semblé gigantesque. J’y ai vu un escalator pour la première fois de ma vie, et découvert qu’il fallait payer pour prendre le bus."

Il en ressortira diplômé 7 ans plus tard, en 1991 (DNSEP = Diplôme national supérieur d'expression plastique).

"J’avais autour de moi des gens borderline. Certains sortaient de taule. On faisait la fête tout le temps. On arrivait en cours dans des états pas possibles. Une époque d’ivresse, de rencontres artistiques marquantes, comme avec Valère Novarina qui était venu passer quelques jours avec nous. Une période un peu folle, peut-être, au cours de laquelle j’ai réalisé que je n’étais pas le seul à ne pas vouloir devenir comptable."

S’ensuivent plusieurs années passées à l’université : deux ans de Lettres modernes à Tours, deux ans pour la maîtrise d’arts plastiques à Paris 8, puis une année pour préparer le CAPES par correspondance :

"J'ai passé des années à manquer le Capes d'arts plastiques. J'ai tenu comme ça jusqu'à l'âge de 30 ans, jusqu'au chômage de pion."

En 1997, à 30 ans, il décide de se consacrer uniquement à l’écriture.
En 1999, Loin d’eux, son premier roman, est publié quand il a 32 ans aux éditions de Minuit, ainsi que les suivants.
En 2000, il se marie à Bordeaux où il vit alors et a un enfant.
En 2008-2009, il est pensionnaire à la Villa Médicis.
Il a beaucoup déménagé : une trentaine de fois depuis qu'il est parti de chez ses parents à 17 ans. Il est venu habiter à Toulouse où il vit actuellement quand sa femme Aliénor est devenue libraire à Ombres Blanches.

Une sélection pour entendre Laurent Mauvignier
Voici une interview écrite et deux vidéos très différentes :
- Un entretien sur Des hommes dans Les Inrocks, 8 septembre 2008 : "Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire autour de la guerre d’Algérie ?"
- La présentation en vidéo par lui-même de son livre, Librairie Mollat, 7 octobre 2009, 5 min 53
- Une conférence au Collège de France le 6 février 2018, 59 min : "Plier, déplier : mémoires au présent", par Laurent Mauvignier, invité
autour de son roman Des Hommes par Antoine Compagnon, dans le cadre de son séminaire "De la littérature comme sport de combat", où il invite des écrivains et journalistes à la croisée du récit de vie et de l'Histoire. Quelle est la question que pose le passé au présent ? interroge Laurent Mauvignier.


COTES D'AMOUR du groupe breton réuni le 14 octobre
Marie-Odile
Chantal

Cotes à venir : •Édith SuzanneYolaine

Chantal
Je l'ouvre en GRAND. Sans réserve. Sans aucune objectivité, j'assume.
La construction du livre - présent, passé, présent - m'a convenu. Comme l'auteur dit qu'il a tourné longtemps "autour du pot" avant de partir "là-bas", moi j'ai fait de même. J'ai apprécié la description de cet après-midi déflagrateur, l'impossibilité de dire en même temps que la nécessité de dire, de revenir loin dans ce passé jamais digéré ni par les uns ni par les autres, avec tout le non-dit que l'on ressent si fort chez Solange, chez Rabut. Le narrateur... Rabut ? qui énumère le déroulement des faits, et on est pris.
Et la partie "nuit", ça y est on part là-bas, avec Bernard. Et là... j'ai lu tout ce passage une boule au ventre l'autre dans la gorge... revoyant mes 8 ans, amoureuse de ce voisin si beau si gentil, qui est parti "là-bas", et au retour deux ans après, fou, enfermé chez ses parents, hurlant si fort toutes les nuits, tout le hameau l'entendait... mon dieu...
Et là, l'auteur est fort, très fort. Son style dans cette partie du livre est remarquable pour moi. Ses phrases, hachées, haletantes, courtes, certaines pas finies... deux mots, un seul quelquefois, et l'effet est terriblement efficace : il "anime" - au sens "il donne une âme" - à Bernard, Rabut, Février. Le lecteur les voit vivre, ressent leur peur - peur au ventre -, leur colère, leurs doutes sur ce qu'ils font là, eux qu'on a arrachés à leur vie sans rien leur demander... Mais là encore le non-dit, les choses qu'on peut dire, celles qu'on ne peut pas... : tout ce passage pour moi est remarquable, vraiment.
Et j'ai aimé la fin, qui ne dit rien de la suite des événements de la veille, qui laisse au lecteur toute sa place. Et Rabut, à jamais tourmenté, que seuls le froid et la neige, l'engourdissement, apaisent, pour un moment...
Roman de la solitude, l'extrême solitude "des hommes"...
Marie-Odile
Je n'avais jamais lu Mauvignier.
J'ai entendu le titre comme y étant question des hommes, pas des femmes, pas de l'humanité non plus.
J'aime la phrase de Jean Genet qui précède le roman et le contient tout entier.
Dès le début, j'ai été happée par la haute tension générée par ce texte. On sent que ce n'est pas du bien qui va sortir de la poche de Feu-de-bois, que l'objet en question va partir comme un projectile et faire du mal en tendant vers son but. Haute tension, jamais de répit. Il s'agit d'"une chose comme ça...qui vient se glisser et brouiller ce moment de notre histoire où tout à coup elle est là, comme un compte à régler vieux de quarante ans, un âge d'homme pour nous regarder et nous dire non, ce n'est pas fini, on croyait que c'était fini mais ce n'est pas fini ". En fait, c'est un mal ancien qui se réveille.
Le fil chronologique bien présent, bien que bousculé parfois, les scènes écrites au ralenti, tout cela m'a dit l'inéluctable.
J'ai eu l'impression d'assister à une tragédie sans majesté, dans un univers glauque, pauvre, réaliste (une salle des fêtes, des prénoms, des vêtements, un personnage malodorant qui emplit l'air autour de lui...)
Me suis laissée entraîner par la syntaxe parfois déstructurée comme le personnage, des groupes de mots se heurtant les uns les autres, s'agglomérant, se reprenant, se tournant sur eux-mêmes, entraînant le lecteur dans ce qui sera une phrase quand même, puis une autre et une autre encore.
Dans la seconde partie, Feu-de-bois est hors-champ, mais on ne parle que de lui, de son passé, départ, retour. La "guerre" est évoquée en creux, sans qu'on la raconte, mais avec le terrible impact qu'elle a eu.
Lorsque, la nuit, on entre dans le vif du sujet jusque là contourné, abordé de biais (ce qui, pour moi, lui donnait plus de force), les scènes évoquées sont terribles, mais moins inattendues.
On termine, sans surprise, sur la difficulté pour tous de vivre avec le passé, et pour Rabut avec Feu-de-Bois, ce miroir infidèle de lui-même : "ce qu'il aurait dû devenir aussi s'il avait été capable de ne pas accepter des choses".
Curieusement, en refermant ce livre, j'avais un peu envie de l'oublier et très peu envie d'en parler… Envie d'enfouir à nouveau les atrocités, le sentiment de gâchis, l'incompréhension, la révolte qu'il exhume le temps de la lecture? Quoi qu'il en soit, je garderai en mémoire le portrait d'un homme à la dérive, comme on en a tous aperçu un jour, ici ou là, porteur d'un passé qui l'écrase et qui reste aux autres impénétrable.
J'ai pensé à ce que pourrait être un roman parallèle, intitulé Des femmes. Elles sont ici à l'arrière plan : Solange par qui l'incident arrive, la sœur morte en couches, Mireille abandonnée, Nicole qui peut juste proposer un café, Éliane qui n'a pas pu/su attendre, femmes et petites filles massacrées là-bas. Femmes victimes ou impuissantes, silencieuses souvent elles aussi.
J'ouvre aux ¾.


 

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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