Laurent Mauvignier, 2016



Des hommes, Poche "Double",
2011, 288 p. - Première publication aux éd. de Minuit en 2009

Quatrième de couverture :

Ils ont été appelés en Algérie au moment des événements , en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies.
Mais parfois il suffit de presque rien, d"une journée d’anniversaire en hiver, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

Laurent Mauvignier (né en 1967)
Des hommes (2009)

Nous avons lu ce livre pour le 22 octobre 2021, le nouveau groupe parisien pour le 24 septembre, le groupe breton pour le 14 octobre, le groupe de Tenerife pour le 2 novembre.

Nos 35 cotes d'amour
Ana-CristinaAnneAnne-MarieAnnick AAnnick LChantal Danièle •David •Édith •Françoise H •LauraLaureMonique LMonique M Nathalie Bo Nathalie BuNathalie RRozenn
Brigitte •Catherine •ChristineFrançoise D 
Jacqueline
KatherineMarie-Odile •Suzanne
Entreet Audrey
EtienneFannyYolaine 
Denis Manuela Nieves
ClaireJosé Luis


Nous avions lu précédemment Loin d'eux en 2009.
Voici quelques infos en bas de page sur Laurent Mauvignier.
 

Nombre d'entre nous auront vu l'adaptation au cinéma en 2020 de Lucas Belvaux, Des hommes, avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin.

15 cotes d'amour de l'ancien groupe parisien
réuni le 22 octobre
Annick AAnnick LDanièle
LauraMonique LNathalie RRozenn
Brigitte •CatherineFrançoise D Jacqueline
EtienneFanny
Denis
Claire

Danièleà Carpentras
J'aurais beaucoup aimé assister à cette séance Mauvignier. J’avais beaucoup apprécié ce roman/documentaire qui fut une découverte pour moi qui avais vécu les "événements d’Algérie" d’un autre angle de vue, en tant que pied-noir. Et j’aurais aimé vous en entendre parler. Malheureusement je savais que je ne serais pas disponible… et du coup, bêtement, je ne l’ai pas relu.
Annick Aen partance pour une île
Jai lu Des Hommes il y a une dizaine d'années : j'avais beaucoup aimé mais je ne m'en souviens pas assez pour envoyer une critique argumentée. J'ai lu 7 livres de cet auteur qui écrit souvent sur des faits de société. Je vous conseille un tout petit livre Ce que j'appelle oubli sur un faire divers. Le chorégraphe Preljocaj a mis en ballet certains de ces textes notamment Retour à Berratham. Superbe et poignant.
Fannydescendant de l'avion venant d'Abidjan
J'ai fini Des hommes pendant le trajet retour. J'avais lu Apprendre à finir de Mauvignier, texte court et intense sous forme de dialogue, j'en garde un très bon souvenir.
Avec Des hommes, mon sentiment à chaud est très contrasté et je me demande ce qu'il deviendra avec du recul.
Le style est accrocheur dans un double sens du terme. J'ai accroché dans le sens où je me suis trouvée embarquée avec le narrateur, au milieu de ces scènes de guerre et de violence, ou encore dans le café à attendre Mireille. Cette manière d'écrire de façon saccadée, à la fois sans distance et en même temps avec le discours d'un tiers qui relate la scène est je trouve efficace. Seulement dans le même temps cela accroche car la lecture n'est pas fluide et la mienne a été à plusieurs reprises laborieuse, difficile à reprendre lorsque je posais le livre.
Sur la narration en elle-même là aussi je suis partagée. D'une part il y a l'émotion et l'humanité qui se dégage du portrait de ces hommes, j'ai été touchée par ce qui est d'ailleurs écrit vers la fin : la manière dont ils sont sans cesse malgré eux rattrapés par leur passé. C'est très fort je trouve de commencer par le présent et presque sans transition de revenir 40 ans plus tôt.
Mais je ne peux pas me départir en même temps du sentiment vague que ce procédé a un côté factice. Avec peu de recul je ne sais pas dire pourquoi, sinon peut-être par le fait justement qu'il l'explicite dans la toute dernière partie du roman. Était-ce vraiment nécessaire de fournir cette explication de texte ? Cela affadit un peu le propos je trouve.
Je reste très contente de cette découverte. J'ouvre ½, je conseillerai ce livre et j'ai hâte de lire vos avis.
Jacqueline
Je ne pourrai pas être des vôtres ce soir et je le regrette. Je n'ai pas eu le temps de relire le livre qui avait été un vrai coup de cœur au moment de sa parution, comme plus tard et peut-être encore plus Où j'ai laissé mon âme découvert dans le groupe.
Des hommes est un beau récit des ravages de la guerre dans une vie, des fossés qu'elle creuse entre ceux qui les ont vécus et ceux qui les ignorent, entre ceux qui en ont un savoir différent, un beau récit sur les traces qui perdurent... J'ai vu le film dès sa sortie et n'ai pas l'impression qu'il soit encore à l'affiche. Il m'a paru fort et fidèle même si je n'y ai pas vu les mêmes aspects du jeune couple que dans mon souvenir du livre.
N'ayant pas pu relire le roman, je ne peux pas dire comment je l'ouvrirais aujourd'hui, sans doute au moins ¾ !
Etienne
Lecture plus "facile" et donc plus reposante que mes précédentes, des hommes m'a d'abord frappé par ce qui m'a semblé être son intention : arriver à retranscrire un discours, une parole, au sens le plus volatile du terme. Une parole haletante, fugace, une rumeur avec tout ce que cela implique d'intraduisible et d'éphémère. Qui est Bernard/Feu-de-Bois ? La rumeur n'arrive pas à capturer ça dans ses filets et ça travaille le village entier. Sur ce premier point et notamment grâce à son écriture "parlée", cela m'a paru réussi. Rien de révolutionnaire certes et un brin trop appliqué pour me séduire mais tout de même cela sort du lot. Par la suite, j'ai trouvé ça plus décevant : le changement de point de vue narratif est assez maladroit donne l'impression que l'auteur veut trop en dire. Par exemple ça aurait été bien plus intéressant selon moi de ne donner que les souvenirs d'Algérie de Rabut, selon son point de vue. Pas de nous expliquer un peu lourdement comment Bernard a basculé du côté obscur de la force. C'est quelque chose qui peut revenir souvent dans mes critiques mais quand l'auteur est trop didactique ou qu'il me prend trop par la main, (c'est bon tu as vu, tu as bien compris hein ?), j'ai l'impression qu'il ne me prend pas au sérieux et je peux me crisper. Néanmoins les personnages campés en Algérie sont plutôt bien équilibrés et l'ensemble se lit bien, dans un dénouement que l'on connaît mais qui reste poignant. Dans le même genre on peut aussi évoquer Sorj Chalandon.
La dernière partie n'est pas tellement plus réussie et je me demande sincèrement l'intérêt de l'accident de voiture final (conclure sur Rabut qui ressasse ses souvenirs au petit matin aurait été plus poignant non ? Pourquoi une fin aussi téléfilm ?).
Un livre sympathique et facile d'accès sans énormément de relief mais que j'ouvre à moitié.
Nathalieen partance pour Londres
J’ouvre en grand.
Même pas envie de dire quelque chose de négatif même si au début l’écriture organique m’a déstabilisée.
C’est drôlement bien : juste de la violence comme il faut mais pas trop, juste un travail sur les points de vue drôlement bien foutus. De la même façon qu’on peut s’interroger sur les arguments des uns et des autres en ce qui concerne la légitimité à vouloir quelque chose (un territoire, une nationalité, une indépendance), le binôme des deux cousins est vraiment bien construit et on nous balade ! Que penser de l’un ou de l’autre ?
J’en dirai plus quand j’aurai le temps... [voir ci-dessous]
Passez une très bonne soirée !
Monique L
Un livre coup de poing, magnifique et bouleversant. Il est très bien écrit, bien construit, très évocateur de ce qui est ressenti par les divers personnages.
Ça a été une lecture très prenante. L'écriture m'a littéralement happée. Elle est d'une puissance incroyable ! J'ai été portée par le rythme et le style.
Le roman n'explique rien, n'excuse rien, ne prend pas parti, mais dit la douleur des souvenirs, l'horreur, la peur de la guerre et le regret d'une jeunesse perdue, sur le traumatisme qui résulte de l'horreur dont on ne peut pas parler.
Tout cela avec des mots simples, des phrases inachevées, un mélange de phrases longues et de phrases courtes.
La construction est efficace. La chronologie inversée crée une tension qui pour moi, a bien fonctionné :
›APRÈS-MIDI : le malaise que la présence de Bernard suscite parmi les habitants de son village depuis son retour après une absence de plusieurs années.
›SOIR : comment les habitants du village voient le comportement de Bernard et l'expliquent.
›NUIT (la partie la plus longue) : la réalité de la guerre telle que Bernard et ses copains l'ont vécue.
›MATIN : que faire maintenant ?
J'ouvre en entier.
J'ai vu le film après la lecture et, comme presque toujours, j'ai trouvé que le livre est beaucoup plus riche car il nous permet d'entrer dans la tête des personnages.
J'ajouterai qu’un jeune cousin de mon père est revenu cassé de la guerre d’Algérie qu’il a faite en tant qu’appelé et que ça a été un sujet tabou. Ce cousin vient de décéder et ce livre m’a fait un peu mieux comprendre son silence.
Catherinedans le Beaujolais
J'ai débuté ce livre avec un peu d'appréhension et de réticence en raison du sujet. J'ai lu des livres sur la guerre d'Algérie, vu des films ; dans ma famille, certains y sont partis, sans jamais vouloir en parler ; il y avait aussi des pieds-noirs dans mon entourage ; je n'avais pas forcément envie de replonger là-dedans.
J'ai eu d'ailleurs eu du mal au début, sans doute en partie en raison de l'écriture : beaucoup de dialogues sans ponctuation, des phrases tronquées et un rythme haché. J'ai bien aimé qu'on soit plongé dans une fête de famille, sans avoir de détails sur les différents protagonistes, sans précisions sur le contexte et que l'on découvre petit à petit l'histoire des deux personnages principaux, Bernard et Rabut, mais je trouvais ça un peu lent. Il y a, néanmoins, dès cette première partie, des scènes marquantes, l'agression du chien et de la femme de Cherfraoui, la mort de la sœur par exemple.
Ensuite, j'ai lu d'une traite la partie racontant l'Algérie. Puis j'ai regardé le film (que j'ai beaucoup aimé) et je suis revenue vers le livre pour en relire des passages.
C'est un livre très marquant. Il met en scène une poignée de jeunes appelés seulement, mais à travers leur histoire, on comprend beaucoup sur cette guerre, ce qu'ont vécu ces garçons de 20 ans, plongés brusquement dans ce conflit, l'ennui, l'attente la peur, la colère puis la haine, les crimes des deux côtés, le malaise des jeunes harkis, l'impossibilité de raconter au retour... Les actes les plus barbares ne sont qu'évoqués, avec sobriété, mais tout est dit, et rien n'est simpliste. Il y a une grande force d'évocation dans le récit, dans l'écriture, une vraie profondeur des personnages, y compris les personnages plus secondaires, Solange et Février par exemple.
On revient ensuite au présent des deux cousins, qui restent hantés par leur passé, l'un détruit, qui a échoué et abandonné femme et enfants, l'autre qui a réussi tout de même à se construire une vie mais ne peut plus dormir. C'est assez poignant.
Il faudrait citer beaucoup de phrases, y compris la dernière : "je voudrais savoir si l'on peut commencer à vivre quand on sait que c'est trop tard". C'est un livre très noir, mais avec un peu d'espoir dans la dernière page.
J'étais partagée au début ; je ne le suis plus au final. C'est un beau roman, je l'ouvre aux ¾.

Toujours notre triple formule inaugurée en septembre 2021 : après avoir lu à haute voix les réactions ci-dessus transmises, notre tour de table alterne entre les rabuts physiquement présents et les feu-de-bois simultanément à l'écran...
Rozenn
C'est un livre époustouflant.
Je l'ai lu en deux fois. Trois fois même parce que la première fois j'ai dû m'arrêter : c'était trop violent ; j'ai laissé le livre jusqu'au lendemain ; ensuite, j'ai été trop occupée et je ne l'ai repris longtemps après que parce que la date de notre rencontre approchait. Mais pendant cette interruption il était resté très présent.
Et avant-hier, après avoir lu un mail de Claire qui signalait le film je l'ai regardé. Pour une fois le film n'a pas gâché la lecture, la fin de la lecture. Parce que l'écriture est tellement plus forte que l'image.
Ce matin j'ai repris la lecture la gorge serrée tout du long.
La composition paraît très simple, mais les retours en arrière dans les souvenirs de la guerre font d'un incident familial une fresque historique, un récit terrifiant.
Le récit horrible de tout ce que j'avais su sans le savoir à l'époque. De tout ce que nous savions sans vraiment savoir, sans avoir vraiment voulu savoir. Alors, j'étais au lycée ; mon frère aîné et moi nous militions contre la guerre d'Algérie ; j'étais à la manif de Charonne, entre autre.
J'ai toujours eu tellement la guerre, toute violence, en horreur que j'ai toujours évité de la regarder de près. Pas besoin de descriptions, de récits, surtout rester à distance. Comme lors des attentats. Condamner, mais ne pas voir, ne pas écouter non plus, éviter de ressentir - à chaud.
En lisant ce livre, on vit la violence. On la sent. On la ressent.
Tout est dans ce livre, tout ce qui était dit, tout ce dont nous étions informés. Et ce que je me gardais d'imaginer.
Comment l'écriture peut-elle rendre les sensations de la violence, la force des souvenirs, les traces laissées ?
J'ai eu un étudiant vers 75 : j'encadrais alors une formation d'adultes sans diplôme qui suivaient une formation longue diplômante pour devenir chef du personnel. Ils étaient agents de maîtrise dans une grande entreprise automobile. Ils avaient brisé des grèves. Ils avaient été choisis par la direction pour suivre ces formations qui justifieraient leur promotion. Lui m'a dit un jour : "après ce qu'on nous a fait faire en Algérie…" C'était un type très sympathique.
Nous étions concernés, militants actifs… et pourtant je ne voulais pas vraiment tout savoir. Ou alors avec distance comme par le livre d'Alleg : témoignage, dénonciation, lecture qui permet de savoir, pas de ressentir.
Ce livre démontre toute la force de la littérature : faire vivre, faire accepter de vivre pour mieux refuser. Un aspect de l'écriture qui me frappe particulièrement, c'est le rythme : rythme des phrases, rythme du récit comme un dévoilement progressif qui résonne avec mes réticences.
Denis
C'est un livre qui peut être vu selon de nombreuses dimensions, mais que j'ai trouvé épouvantable, insupportable, cauchemardesque. À mon âge, je ne supporte plus les descriptions de tortures, de massacres, de supplices. Elles me restent dans un coin de la tête et reviennent aux heures sombres. Avez-vous apprécié le supplice du pal dans Le pont sur la Drina ? Jusque là, j'ignorais que le supplicié pût rester vivant aussi longtemps... Cette vision me hante de temps à autre.
Certes, ce livre est salutaire au sens où il fait bien sentir les horreurs de la guerre (qui ne dit pas son nom, puisqu'on ne parlait à l'époque que des "événements d'Algérie"). J'avais 16 ans en 1962 et je ne comprenais rien aux attentats qui se déroulaient à Paris. Au lycée, j'avais même des copains fachos, mais aussi des "Cocos" ou de la JEC (Jeunesses ouvrières chrétiennes). Les fachos se gargarisaient des supplices infligés à "nos troufions" par les "fellouzes" et parlaient de s'engager dans les paras pour aller "casser du bougnoule". Beaucoup d'exagération, espérons-le, et je n'ai aucune idée de ce qu'il en est advenu.
La réalité de la guerre n'était guère représentée explicitement dans les medias, mais en toile fond de films comme Muriel d'Alain Resnais.
Aussi, je trouve très réalistes les descriptions de la vie militaire par Mauvignier, pour autant que je puisse en juger par ma propre expérience, aussi limitée soit-elle en temps de paix, comme sous-lieutenant dans une ville de garnison où le mess des officiers était lieu de rencontre et de discussion entre officiers d'infanterie de marine (commandos) et officiers des transmissions (dont j'étais).
Je me demande où et comment Mauvignier a obtenu ces descriptions, tant du contexte de l'Algérie de l'époque que de l'état d'esprit des soldats.
Malgré ces aspects positifs et tout le travail littéraire de l'auteur, je n'arrive pas à aimer ce livre. Je ne voudrais pas avoir à le relire. J'ai d'ailleurs parcouru rapidement un certain nombre de pages qui traînaient en longueur, ou dont le suspens me paraît artificiel. Je ne me suis pas attaché au personnage principal, Bernard, ni d'ailleurs à aucun autre. Le style haché ne facilite pas les choses. Sur un livre entier, c'est plutôt irritant.
Je me suis demandé si c'était le "style Mauvignier" et suis allé voir d'autres ouvrages de lui à la bibliothèque. Au hasard, en feuilletant, j'ai trouvé la même tension qui m'est plutôt désagréable.
Je me suis rappelé l'ouvrage de Samuel Beckett, Molloy, que nous avions lu dans le groupe, et où j'avais eu des difficultés avec l'écriture de Beckett qui me paraissait insensée, jusqu'à ce qu'en suivant le conseil d'une amie je le lise à haute voix - et je suis alors tombé sous le charme. Je n'ai pas fait l'essai sur Des hommes, ni vu le film, mais je n'ai pas le courage d'essayer.
En définitive, je fais prévaloir le critère du plaisir de lire et j'ouvre au quart.
Brigitteà l'écran
J'ai vu le film et j'ai lu le livre.
Même si le film est très fidèle au livre, on comprend mieux en lisant le livre.
C'est une époque que j'ai bien connue. Je suis absolument de cette génération, où les garçons devaient faire 28 mois de service militaire, dont une très grande partie en Algérie.
Tout ce qui est raconté ici est vrai. Une seule chose me surprend, c'est la passion religieuse de Bernard, qui part à l'armée avec son missel, n'est-ce pas un peu exagéré !
C'était sûrement un livre nécessaire et le style de Mauvignier est parfaitement adapté pour rendre compte des ressassements mémoriels de Bernard et de son cousin.
Pour ceux qui ont vécu cette époque, c'est une lecture éprouvante, car il nous est difficile de prendre suffisamment de recul.
J'ouvre aux ¾.
Laura
Des Hommes est un ouvrage que j'ai sincèrement beaucoup apprécié, et cela dans sa totalité. Pourtant, quand est venue la période de le lire, j'avais quelques appréhensions, ou du moins quelques préjugés infondés et sans raisons (je n'avais véritablement aucune raison d'être réticente mais je l'étais tout de même). Peut-être était-ce à cause de la bande annonce de son adaptation qui est passée en boucle dans les cinémas au cours de l'été, et que j'ai dû subir à chaque séance ; je n'aime pas plus que ça Depardieu. Mais bon, je savais que le livre allait parler de la guerre d'Algérie et ça m'intéressait.
Alors, pendant toute la première partie (très prenante ceci dit), je me suis demandé quand le sujet allait véritablement être posé. Malgré cette attente, j'ai tout apprécié, et je reprenais ma lecture avec un grand intérêt et un grand plaisir, sans comparaison avec Bouvard et Pécuchet. Bien qu'aucun personnage dans la première partie ne soit franchement attachant, ni Solange qui est déplacée, ni Bernard qui est à la fois touchant et écœurant de par sa description physique, ni Rabut qui ne prend jamais vraiment parti ; j'ai été prise dans le fil de l'histoire, qui a été pour moi un enchaînement incessant de stress. Mon cœur tapait à chaque page. Mauvignier sait bien tenir en haleine son lecteur, et je l'en remercie, bien que je me sente un peu coupable d'être tenue en haleine par l'horreur de faits réels et traumatisants. Toutefois, le bon côté du livre, c'est qu'il parvient à trouver un parfait équilibre en le dit et le non-dit. À chaque massacre, à chaque traumatisme, on sent, on a l'intuition de ce qui a pu se passer, mais on espère toujours se tromper, sauf que non, on sait, tout autant que les personnages eux-mêmes. Autre que l'histoire, l'écriture m'a également énormément plu : ces phrases longues, parfois sans ponctuation, parlantes, haletantes. Elles étaient vivantes et poétiques, elles étaient réelles. Et d'autres plus philosophiques, à mon avis : "Comme une image impossible venue brouiller le réel" (p. 42) ou encore "Mais là, c'est autre chose. Il n'est pas seul à être seul, ils sont seuls tous ensembles." (p. 161), c'est typiquement le genre de choses que je pourrais dire.
Étrangement, à la fin de l'ouvrage j'ai pensé à un autre roman sur la guerre d'Algérie. Sûrement en lien avec le style d'écriture qui est pourtant assez éloigné : Éden, Éden, Éden de Pierre Guyotat. J'ai lu cet ouvrage il y a quelques années avec difficulté. Là, c'est l'horreur de la guerre d'Algérie dans ce qu'elle a de plus obscène et morbide. C'est cru. Mais dans les passages les plus terribles de Des Hommes, j'ai pensé à Guyotat.
Une seule chose me dérange dans ce roman : je ne parviens pas à savoir quel parti prend Mauvignier face à la guerre d'Algérie. Mais au fond, je ne crois pas qu'il soit question d'un quelconque parti à prendre, hormis le parti pacifique. C'est l'horreur de la guerre, des deux côtés, la torture et la mort des civils, la mort et le trauma psychologique des militaires. Et ici je pense encore à un autre livre, Voir du pays de Delphine Coulin qui parle aussi de ce trauma.
Bref, j'ouvre en très grand.
Françoise D
J'ai un gros problème : j'ai lu le livre, j'ai vu le film. Et puis qu'ai-je fait du livre ? Impossible de le retrouver, de savoir à qui je l'ai prêté. Or le film dont je me souviens que je l'avais trouvé fidèle a écrasé le livre et j'ai donc du mal à en parler.
J'ai aimé la construction, certes pas innovante, sur le thème "Que sont-ils devenus ?" L'histoire paraît tout à fait plausible. De là où certains d'entre nous nous plaçons, Brigitte par exemple, moi dont le frère est parti 24 mois en Algérie, nous sommes peut-être un peu moins exigeants par rapport au livre. Mais il est bénéfique, comme très peu ont parlé. Et puis nous sommes en plein dans l'actualité...
J'aime bien l'écriture, ça glisse bien.
Alors que Depardieu est pour moi un repoussoir, je dois convenir qu'il est très bon acteur dans le film et j'ai adhéré à l'adaptation.
Claire très isolée parmi le concert d'avis très positifs
Quand le film est sorti peu après le confinement, j'ai voulu lire le livre car j'aime beaucoup voir l'adaptation d'un livre après avoir lu celui-ci. Même si le film risquait de ne pas rester longtemps à l'affiche, j'avais le temps de lire et étais vraiment décidée à le faire. Le livre m'est absolument tombé des mains. J'ai trouvé ça mortel toute la partie de l'anniversaire et je n'ai pas pu m'acharner. J'ai vu le film avec un intérêt limité. Pour cette soirée, j'ai voulu reprendre le livre, attentive à ce qui avait pu avoir un tel effet. Je comprenais, sachant l'histoire et la situation, tout l'effort que doit faire le lecteur pour être attentif puisqu'il n'a pas les éléments que j'avais en relisant ; j'ai aperçu les tics des éditions de Minuit (le jeu des temps et des pronoms, les claudesimoneries, les durasseries). J'ai retrouvé l'inintérêt de cette narration longuette pour qu'on pige de quoi ça cause : ceux qui sont revenus d'Algérie ne s'en remettent pas et ça pèse sur les relations... J'ai recherché ma réaction quand nous avions lu de ce même auteur Loin d'eux qui avait eu aussi du succès dans le groupe : même chose, je ne l'avais pas lu en entier et l'avais trouvé mortel. L'auteur me semble toujours aussi sympathique et je m'incline devant la noble ambition du livre et vos réactions sont très convaincantes. Livre fermé, pour moi c'est rare...
Découvrir une étude titrée Poétique de l’incompréhension dans les romans et récits de Laurent Mauvignier ne pallie que superficiellement l'incompréhension de mon incompréhension...
J'avais vu aussi le ballet dont parle Annick au Festival d'Avignon, Retour à Berratham, une pièce rigolote qui avait suscité huées et applaudissements tièdes (un jeune homme revient chez lui après la guerre, son retour attise la haine de ceux qui sont restés piégés, il part sur la piste de sa famille, l'appartement est occupé, les ruines ont remplacé les immeubles, le programme de la visite : viol, meurtre, disparition... : un monde genre Des hommes, quoi !)
Sur l'Algérie, thème qui n'est pas nouveau dans les choix du groupe, j'avais modérément aimé le livre de Jérôme Ferrari que mentionne Jacqueline, Où j'ai laissé mon âme, modérément aimé celui d'Alice Ferney Passé sous silence — impressions fades entièrement relevées par L'art de perdre d'Alice Zeniter que nous avions également lu et que j'avais énormément apprécié.
Annick L qui avait proposé le livre
Ce romancier français aura décidément été ma grande découverte de l'année. J'ai lu d'abord Dans la foule, puis Des hommes et son dernier, Histoires de la nuit.
La lecture de ce roman est une expérience incroyablement forte. On est happé dès le début par cette scène à laquelle on ne comprend pas grand-chose : qui sont ces gens réunis pour une fête d'anniversaire, quels sont les liens entre l'héroïne de la fête, Solange, et celui qui vient faire irruption, ce Bernard/Feu-de-Bois qui suscite immédiatement la réprobation générale ? Qui est au juste ce narrateur qui se cache derrière un "on" générique ? Et puis, petit à petit, les éléments du puzzle se mettent en place et des repères sont posés. Mais il reste le goût rance de toutes ces vieilles haines - incompréhensions qui se sont accumulées depuis des décennies. Nous renvoyant à un passé dont nous ignorons tout. La scène tourne ensuite vraiment au drame lorsque Feu-de-Bois agresse violemment le seul invité arabe qui se trouve là. Alors le narrateur joue enfin son rôle et il commence à dévider le fil à remonter le temps jusqu'à la guerre d'Algérie, 120 pages plus loin. Les protagonistes principaux entrent en scène, Bernard et Rabut, deux cousins qui ont dû quitter leur campagne 40 ans plus tôt, pour répondre à l'appel et se battre dans ce pays lointain, sans rien comprendre à ce qui se jouait vraiment dans cette guerre d'indépendance. Et le lecteur plonge avec eux, à travers des scènes de guerre d'un réalisme sans concession, où l'évocation, au présent de narration, des attaques de l'ennemi, des raids des soldats français dans les villages arables, des trahisons… mettent les deux camps à égalité dans l'horreur.
Des hommes n'est pourtant pas un roman historique sur la guerre d'Algérie, mais un récit intimiste sur les blessures psychiques et morales profondes que cette expérience - d'une violence inouïe - a laissées dans les esprits et dans le cœur de ces jeunes hommes. De même pour les rescapés de la guerre de 1914-1918 (souvent évoquée ici par les anciens : "C'est pas Verdun quand même !"), ou pour les jeunes soldats américains qui sont revenus du Vietnam avec des psycho-traumatismes inguérissables.
Le grand talent de Laurent Mauvignier consiste à nous faire entrer dans l'intimité de ses personnages et à nous faire entendre la voix de tous ces anonymes, tous ces gens de peu, oubliés, méprisés, déclassés. Ici Bernard et sa sœur Solange, Rabut et sa femme, leur vieux copain qui tente de garder le lien avec ceux qui étaient dans son bataillon, Février, etc.
Le silence qui a entouré le retour des soldats au pays après la signature des accords d'Evain a été assourdissant. On voulait oublier cette sale guerre… et le parti-pris de Laurent Mauvignier d'en faire une fiction est d'autant plus intéressant. Une chercheuse, Raphaëlle Branche a récemment publié un ouvrage dans lequel elle rassemble des témoignages authentiques d'anciens appelés : Papa, qu'as-tu fait en Algérie ?
Parmi les personnages du roman, Bernard/Feu-de-Bois semble le plus détruit, "un bloc de silence et de haine qui s'est rétracté, brûlé de l'intérieur" : un clochard alcoolique qui vit aux crochets des gens du village. On finit par comprendre qu'il n'a pas réussi à se reconstruire une vie, malgré son mariage avec Mireille, une jeune fille de colons qu'il a connue là-bas et avec laquelle il s'est marié, a eu des enfants, etc.
Mais Rabut, malgré les apparences d'une vie "normale" avec son épouse, malgré sa bonne intégration sociale dans sa commune natale, est lui aussi hanté par les fantômes du passé et se soigne à coup de neuroleptiques.
Les seules qui les écoutent sont les femmes : Solange bien sûr qui n'a jamais rompu tout à fait avec Bernard et qui continue à le défendre, la patronne du café, l'épouse de Rabut qui sait ce que son mari s'efforce de taire.
Ajoutons que Laurent Mauvignier construit ce récit choral de façon magistrale, jusqu'au dénouement, nous faisant passer régulièrement d'un point de vue à l'autre (le lecteur est très sollicité !) et jouant entre le présent de la scène (fin années 90) et le passé en Algérie dans un découpage rigoureux en quatre actes : Après-midi, Soir, Nuit (très longue !), Matin.
Une œuvre qui m'a bouleversée, captivée… comme son autre roman Dans la foule. J'ouvre en très grand.
En dialogue avec d'autres souvenirs comme ceux de Monique, le sujet de ce roman me touche particulièrement car mon père, militaire de carrière, a fait la guerre d'Algérie et il a été très absent. J'étais encore une petite fille et il m'envoyait de jolies cartes postales : une oasis, un fennec... À son retour, il n'a plus jamais parlé de ses années passées là-bas. Quand j'ai grandi j'ai réalisé qu'il avait fait cette guerre terrible et que ces cartes étaient trompeuses. Plus récemment j'ai fait une demande de récapitulatif de carrière... pour savoir, enfin !
Nathaliede retour de Londres, se retenant d'abord de lire nos avis...
Tout d'abord déstabilisée profondément par la technique d'écriture de Laurent Mauvignier, j'ai peu à peu complètement adhéré et je peux même dire que j'en aurais volontiers redemandé. C'est rare que je sois emballée par un "procédé" (je les trouve souvent très artificiels et ils ont tendance à m'agacer), mais ici ce dernier amplifie de façon brillante la narration. Cette tentative de retranscrire la réalité des échanges et des pensées est géniale. Parce que oui, on parle souvent comme cela, parce que oui, on exprime souvent nos idées de façon floues quand elles ne réussissent pas à dire l'indicible, ou tout simplement parce qu'on ne réussit pas à aller au bout de notre raisonnement. J'ai vraiment aimé les passages de paroles rapportées. Je m'interroge sur la façon dont il a procédé et j'ai envie de penser que Laurent Mauvignier les a prononcées à haute voix avant de les transcrire.
Bien que le roman développe des thèmes récurrents de la littérature  - le hasard, la nécessité, les mauvais choix, l'absurde, le libre-arbitre, l'amitié, la loyauté -, il me semble qu'il ne tombe jamais dans la banalité. C'est fort. On vibre. On a peur. On se met à la place de. On pleure sur. La technique des changements de points de vue, façon "reconstitution" des faits est bien menée. Ça fonctionne parfaitement.
Je considère aussi que le roman peut prendre encore plus d'ampleur grâce à deux lectures. La première pour suivre à l'aveugle, la deuxième pour savourer en tout état de cause et permettre à chaque personnage d'acquérir toute son ampleur. Le personnage de Bernard est terrible car le roman ne donne pas toutes les réponses en particulier, pour moi, en ce qui concerne l'acte inaugural. J'ai eu l'impression que je devais me forger une intime conviction sans pourtant avoir quelqu'un à juger. Le texte est un kaléidoscope qui alterne l'ombre et la lumière. J'ai vraiment eu besoin de relire le tout début. Bernard/Feu-de-Bois est l'homme en morceaux. La technique de narration nous permet petit à petit d'en recoller quelques-uns. L'empathie nous gagne. Le titre m'a fait penser à celui de Primo Levi (Si c'est un homme), à la fois par sa forme bien entendu mais aussi pour ce qu'il peut signifier en termes d'humanité. J'avais adoré le livre d'Alice Zeniter. Il me semble que celui-ci, bien que fictif, a tout autant valeur de témoignage. Je le prête à qui veut savoir ce qu'est un talent littéraire.

Synthèse des 5 AVIS DU GROUPE BRETON
réuni le 14 octobre 2021 rédigée par Yolaine
(suivie de trois avis détaillés)

Chantal •Édith
Marie-Odile •Suzanne
Yolaine


La divergence des appréciations ne reflète pas l'unanimité réelle qui nous rassemble autour de ce roman, mais simplement la difficulté plus ou moins aiguë à nous plonger dans une époque douloureuse, et ce d'autant plus que l'écriture de Mauvignier la restitue avec une grande véridicité. Certains ont même refusé de le lire, tout comme on a refusé pendant longtemps de parler de la guerre d'Algérie, et ce livre, loin de nier cet aspect de l'histoire, nous permet de comprendre les raisons profondes de ce traumatisme et de la persistance du silence.
Il faut toutefois distinguer le contexte historique et la fiction littéraire, ce qui est assez compliqué car la mise en scène des différents protagonistes donne un tableau très complet des dommages et souffrances causés par cette guerre qui n'en avait pas le nom, galère vécue par des appelés partis en Algérie pour 28 mois de service militaire. Cette histoire nous impose un travail de mémoire, quels que soient notre âge et notre proximité vécue avec les événements, en raison de la culpabilité collective qui se manifeste encore aujourd'hui et dont le poids, alourdi par deux générations de non-dits, se fait sentir à chaque page du récit de Mauvignier.
La construction de cette tragédie en trois actes, où l'on passe de la réunion familiale catastrophique, dans le modeste village de La Bassée, au passé atroce en Algérie et au retour dans le quotidien désespéré contemporain est savamment menée, et nous avons toutes été "happées" par le texte. Le style oral, haletant avec ses phrases déstructurées en harmonie avec les ravages psychiques des personnages, des propos de bistrot aux querelles familiales en passant par les bagarres entre soldats, la narration de Rabut, cousin (ou double ?) de Bernard qui tient le rôle principal, témoin actif de tous les événements clés traversés, nous font partager de façon presque hallucinante les sentiments des personnages : effroi, culpabilité, colère, violence.
Mais la guerre n'est pas l'élément essentiel du récit. Le centre, c'est l'homme, dans son humanité et sa souffrance, qui est originelle, car l'épreuve de la guerre est venue s'ajouter pour "Feu-de-Bois" à un autre secret destructeur, celui de la mort en couches de Reine, la sœur aînée, secret de famille lui aussi porteur d'une terrible culpabilité, ainsi qu'au rejet maternel dont on ne guérit jamais.
Le titre "Des hommes" comporte plusieurs dimensions. Il reflète en particulier le souci de l'auteur de donner une dimension humaine à tous les protagonistes, de quelque côté qu'ils soient. C'est aussi une expérience très masculine, où les femmes, essentielles et omniprésentes en arrière-plan (Mireille, l'épouse, Reine et Solange, les sœurs, Fatiha, la petite victime algérienne, et surtout la mère) sont toutes des victimes réduites au silence. Mais Mauvignier s'attache moins à la description de la guerre elle-même qu'à la destinée funeste de ses héros écrasés par la catastrophe. On peut ressentir un malaise au fil des pages qui nous plongent parfois dans une atmosphère très glauque.
Ce roman psychologique très touchant, très charnel, nous a toutes bouleversées par sa force. Celles qui ont vu l'adaptation très fidèle de ce roman au cinéma ont trouvé l'écrit supérieur au film. La dernière phrase du livre "je voudrais savoir si l'on peut commencer à vivre quand on sait que c'est trop tard" répond à la citation de Jean Genet placée en préambule, appréciée pour la justesse avec laquelle elle résume l'ouvrage.
La conclusion collective est que nous avons encore fait une belle découverte (personne n'avait lu d'ouvrages de cet écrivain auparavant) et que nous avons affaire à un écrivain de grand talent.
Chantal
Je l'ouvre en GRAND. Sans réserve. Sans aucune objectivité, j'assume.
La construction du livre - présent, passé, présent - m'a convenu. Comme l'auteur dit qu'il a tourné longtemps "autour du pot" avant de partir "là-bas", moi j'ai fait de même. J'ai apprécié la description de cet après-midi déflagrateur, l'impossibilité de dire en même temps que la nécessité de dire, de revenir loin dans ce passé jamais digéré ni par les uns ni par les autres, avec tout le non-dit que l'on ressent si fort chez Solange, chez Rabut. Le narrateur... Rabut ? qui énumère le déroulement des faits, et on est pris.
Et la partie "nuit", ça y est on part là-bas, avec Bernard. Et là... j'ai lu tout ce passage une boule au ventre l'autre dans la gorge... revoyant mes 8 ans, amoureuse de ce voisin si beau si gentil, qui est parti "là-bas", et au retour deux ans après, fou, enfermé chez ses parents, hurlant si fort toutes les nuits, tout le hameau l'entendait... mon dieu...
Et là, l'auteur est fort, très fort. Son style dans cette partie du livre est remarquable pour moi. Ses phrases, hachées, haletantes, courtes, certaines pas finies... deux mots, un seul quelquefois, et l'effet est terriblement efficace : il "anime" - au sens "il donne une âme" - à Bernard, Rabut, Février. Le lecteur les voit vivre, ressent leur peur - peur au ventre -, leur colère, leurs doutes sur ce qu'ils font là, eux qu'on a arrachés à leur vie sans rien leur demander... Mais là encore le non-dit, les choses qu'on peut dire, celles qu'on ne peut pas... : tout ce passage pour moi est remarquable, vraiment.
Et j'ai aimé la fin, qui ne dit rien de la suite des événements de la veille, qui laisse au lecteur toute sa place. Et Rabut, à jamais tourmenté, que seuls le froid et la neige, l'engourdissement, apaisent, pour un moment...
Roman de la solitude, l'extrême solitude "des hommes"...
Marie-Odile
Je n'avais jamais lu Mauvignier.
J'ai entendu le titre comme y étant question des hommes, pas des femmes, pas de l'humanité non plus.
J'aime la phrase de Jean Genet qui précède le roman et le contient tout entier.
Dès le début, j'ai été happée par la haute tension générée par ce texte. On sent que ce n'est pas du bien qui va sortir de la poche de Feu-de-Bois, que l'objet en question va partir comme un projectile et faire du mal en tendant vers son but. Haute tension, jamais de répit. Il s'agit d'"une chose comme ça...qui vient se glisser et brouiller ce moment de notre histoire où tout à coup elle est là, comme un compte à régler vieux de quarante ans, un âge d'homme pour nous regarder et nous dire non, ce n'est pas fini, on croyait que c'était fini mais ce n'est pas fini ". En fait, c'est un mal ancien qui se réveille.
Le fil chronologique bien présent, bien que bousculé parfois, les scènes écrites au ralenti, tout cela m'a dit l'inéluctable.
J'ai eu l'impression d'assister à une tragédie sans majesté, dans un univers glauque, pauvre, réaliste (une salle des fêtes, des prénoms, des vêtements, un personnage malodorant qui emplit l'air autour de lui...)
Me suis laissée entraîner par la syntaxe parfois déstructurée comme le personnage, des groupes de mots se heurtant les uns les autres, s'agglomérant, se reprenant, se tournant sur eux-mêmes, entraînant le lecteur dans ce qui sera une phrase quand même, puis une autre et une autre encore.
Dans la seconde partie, Feu-de-Bois est hors-champ, mais on ne parle que de lui, de son passé, départ, retour. La "guerre" est évoquée en creux, sans qu'on la raconte, mais avec le terrible impact qu'elle a eu.
Lorsque, la nuit, on entre dans le vif du sujet jusque là contourné, abordé de biais (ce qui, pour moi, lui donnait plus de force), les scènes évoquées sont terribles, mais moins inattendues.
On termine, sans surprise, sur la difficulté pour tous de vivre avec le passé, et pour Rabut avec Feu-de-Bois, ce miroir infidèle de lui-même : "ce qu'il aurait dû devenir aussi s'il avait été capable de ne pas accepter des choses".
Curieusement, en refermant ce livre, j'avais un peu envie de l'oublier et très peu envie d'en parler… Envie d'enfouir à nouveau les atrocités, le sentiment de gâchis, l'incompréhension, la révolte qu'il exhume le temps de la lecture? Quoi qu'il en soit, je garderai en mémoire le portrait d'un homme à la dérive, comme on en a tous aperçu un jour, ici ou là, porteur d'un passé qui l'écrase et qui reste aux autres impénétrable.
J'ai pensé à ce que pourrait être un roman parallèle, intitulé Des femmes. Elles sont ici à l'arrière plan : Solange par qui l'incident arrive, la sœur morte en couches, Mireille abandonnée, Nicole qui peut juste proposer un café, Éliane qui n'a pas pu/su attendre, femmes et petites filles massacrées là-bas. Femmes victimes ou impuissantes, silencieuses souvent elles aussi.
J'ouvre aux ¾.
Yolaine
J'ai lu Des hommes en deux jours : écriture efficace et sujet traité de façon assez exhaustive ; mais après coup, j'ai eu une espèce de haut-le-cœur. J'ai commencé Histoires de la nuit que j'avais acheté sans doute par erreur, et là pareil, j'en suis à la page 140 et je n'arrive plus à ouvrir le bouquin. Donc ce n'est pas la guerre d'Algérie qui me rend malade, c'est Mauvignier. Pierre qui vient de terminer Des hommes partage un peu mon sentiment : la littérature ne doit pas faire vomir, et là, on est dans un monde très glauque et sans aucune lueur d'espoir. Je lis pour nourrir ma vie, même pas pour me cultiver, juste pour trouver du sens, et par les temps qui courent, nous avons besoin de charisme, pas de héros qui subissent leur désastre de vie. Il faut regarder le bout du tunnel.
Les copines se sont extasiées sur la citation de Jean Genet, et j'ai aussi beaucoup de mal avec cet auteur, un peu pour les mêmes raisons. Mais c'est peut-être moi qui suis une pauvre midinette...

Les 11 cotes d'amour du nouveau groupe parisien réuni le 14 septembre
Ana-CristinaAnne Anne-Marie DavidFrançoise HLaure Monique M Nathalie B
ChristineKatherine
Entreet Audrey
 


Nathalie B
J'ai apprécié le thème de ce roman, le refoulé de la guerre d'Algérie sur les hommes qui ont dû la faire. La façon dont Mauvignier aborde cette partie de notre histoire, elle-même beaucoup refoulée, que pendant longtemps on a simplement appelée "les événements d'Algérie", est pleine de justesse et de sensibilité. Je trouve que sa composition qui commence 40 ans après la fin de la guerre, et qui donne à voir un homme abîmé, alcoolique, violent, nommé Feu-de-Bois, dont tout le monde se méfie, dans un milieu rural, est très intéressante. Ensuite on verra ce même individu, alors jeune homme, Bernard, qui n'a jamais connu que sa campagne qui part en Algérie faire une guerre dont ce n'est pas le nom et pour laquelle il n'a aucun intérêt. Mauvignier nous raconte une histoire d'Hommes qui rencontrent l'Histoire et se font laminer par elle. Certains meurent, d'autres survivront mais ne seront plus jamais les mêmes. Derrière les photographies des soldats, les appelés, qui envoient à leur famille des instantanés de vie au soleil, entre camarades, se cachent la peur, la violence, le sang, la torture, la haine et la mort. Aucun ne reviendra indemne de toutes ces horreurs dont ils ont été au mieux témoins ou complices, au pire auteurs. Comment se défaire de cela ? Comment retrouver l'innocence perdue ? On ne peut qu'avoir une pitié sourde pour ces jeunes gens qui lorsqu'ils reviendront ne parleront pas de ce qu'ils ont vécu là-bas. Je trouve que la citation de Genet en exergue du roman est très parlante (ce n'est pas toujours le cas). J'ai aimé le style qui dès le début du roman installe le lecteur dans une sorte d'inquiétude. L'auteur parvient à rendre une ambiance menaçante, insécure. On s'attend à ce qu'il se passe quelque chose de grave à chaque page. Et dans le même temps, on ressent de la tristesse. C'est un beau roman très sensible dans lequel aucun des hommes n'est jugé. On pourrait être chacun de ces hommes, qu'ils soient du FLN, harkis, appelés. Car c'est avant tout une histoire d'hommes même si quelques femmes traversent le roman ; elles sont en bordure, même si elles peuvent en être le cœur et la raison. J'ouvre en grand.
Ana-Cristina
Roman captivant. Écriture à fleur de peau, en suspension, fluide. Une tristesse sourde. Une atmosphère électrique. Mauvignier montre la violence sans aucune complaisance. "L'important c'est d'aller son chemin" écrit P. Léautaud dans Le Petit ami (qui n'a, par ailleurs, vraiment aucun rapport avec Des hommes !). Ici, ces hommes, dans leur chemin, on les y a mis de force. On leur a en quelque sorte volé leur destin, et à coup sûr brisé leur avenir. Nathalie, la citation placée en exergue t'a frappée. Elle résume parfaitement pour toi le roman : "Et ta blessure, où est-elle ? Je me demande où réside, où se cache la blessure secrète où tout homme court se réfugier si l'on attente à son orgueil, quand on le blesse? Cette blessure - qui devient ainsi le for intérieur-, c'est elle qu'il va gonfler, emplir. Tout homme sait la rejoindre, au point de devenir cette blessure elle-même, une sorte de cœur secret et douloureux.". Cette citation de Genet me fait penser à cette phrase de Mauvignier (qui l'aurait reformulée) :"Peut-être que ça n'a aucune importance, tout ça, cette histoire, qu'on ne sait pas ce qu'est une histoire tant qu'on n'a pas soulevé celles qui sont dessous et qui sont les seules à compter, comme les fantômes, nos fantômes qui s'accumulent et forment les pierres d'une drôle de maison dans laquelle on s'enferme tout seul, chacun sa maison, et quelles fenêtres, combien de fenêtres ?" (p. 270). Moi je dirai simplement que nous sommes tous des énigmes. J'ouvre en grand.
Laure
Sur la forme : un style haché, quelque peu "asthmatique" qui décrit chaque étape de la pensée, d'un mouvement, d'une préméditation. Retranscription presque fidèle des étapes de la pensée jusqu'aux gestes : les actions, mais aussi les suppositions. Description précise avec les 5 sens ce qui rend l'écrit encore plus vivant et prenant.
Sur le fond : l'histoire de la guerre d'Algérie sans parti pris. Les avantages et inconvénients perçus par chacun et la réalité de l'ambivalence humaine. C'est un beau roman. Quelque peu dur à lire parfois du fait du style. Livre grand ouvert.
Audrey, entreet
Pour le dire un peu gauchement je trouve que le livre de Mauvignier est un livre de gauche.
De manière plus adroite, et non "à droite" !, je dirais que c'est un livre humaniste : d'emblée
quand Mauvignier fait le portrait de Bernard, attablé dans le café, dégoulinant de vin et de gras, ça pourrait devenir malveillant et dégueulasse, mais ça tourne au contraire à la présentation d'un homme posé d'emblée comme une victime. Ce passage se termine ainsi : "mais ce n'était pas un ogre non plus, pas un monstre, juste un type en qui la colère monte pour remplacer l'incompréhension et le sentiment d'injustice, de mépris, de haine dont il se sentait victime" (p. 33)
Et on comprend tout de suite que Mauvignier va chercher à rendre justice à des hommes sur lesquels nous n'avons pas forcément envie de poser notre regard. En somme, oui il y a un côté dégueulasse, mais tâchons de comprendre pourquoi, au fond le livre va se construire autour de cette perspective-là :
›Partie 1 : le constat. En France, les dégâts au présent et les conséquences d'un drame sont exposés.
›Partie 2 : l'explication. En Algérie, le pourquoi, l'entassement silencieux de l'histoire de Bernard et plus généralement de ces hommes, la guerre et l'horreur ainsi que le silence, la volonté d'en finir, une certaine incompréhension et des doutes qui se transforment en fausses certitudes.
›Partie 3 : le retour en France, le poids de la mémoire sans cesse réactivée l'immense poids du silence, des souvenirs écrasés par les faux-semblants.
La forme du livre, de par le peu de dialogues et d'échanges directs, lesquels sont intégrés au récit souvent sous la forme indirecte, donne une impression de masse diffuse, voire confuse, où se brassent les temps et les personnes où s'imbriquent les lieux et les moments de vie.
Et puis il y a des changements de narrateur on passe du "il" (Bernard), au "je" (Rabut), au "on" (les hommes dans la 2e partie, les combattants ?). Et cela rend bien compte d'un point qui me semble important : la complexité de la rencontre, ou la collusion, entre l'histoire individuelle et l'histoire collective.
Je trouve que l'on sent très bien dans ce livre à quel point des individus sont emportés dans un conflit qui les dépasse. Mauvignier cherche à les individualiser, il raconte ceux qui prient, ceux qui lient, ceux qui rient, ceux qui boivent, ceux qui décorent leur lit, ceux qui espèrent, ceux qui aiment...) Et lorsqu'il rapporte leur souffrance, Mauvignier rend très bien compte de ce qui va fusionner chez ces hommes de leur souffrances liées à la guerre, aux souvenirs de l'horreur, à l'indicible, au silence et non-dits, à cette mascarade MAIS AUSSI souffrances liées à cette femme partie avec un autre, ou encore du retour au quotidien banal, etc. En cela, je trouve qu'il cherche à rendre la complexité de ce qui fait l'humain.
Et le titre, "Des hommes", raconte précisément ce qui rassemble ces hommes au sein de l'humanité ET ce qui les distingue il ne dit pas "les" hommes, il dit "des", comme un échantillon de l'humanité, c'est-à-dire parmi les hommes ceux-là. Ce qui permet à la fois de les individualiser et de les rassembler. La première fois que ce terme "des hommes" apparaît, il s'attache à décrire des fellaghas, des Algériens. Parce que, au-delà d'engagements opposés, ce qui les rassemble ce sont leurs peurs, ce sont leurs espoirs, ce sont leurs violences, ce sont leurs capacités d'imagination jusqu'à l'atroce, etc. En bref, ce qui fait l'humain. Et c'est lorsque de vocabulaire change que l'on passe de "des hommes", à "fellaghas", à "bougnoules" et à "bicot" que l'on glisse et qu'on les rend moins humain.
J'ai trouvé sur la forme, outre le fait qu'elle relevait et servait des propos de fond, que l'auteur était trop présent ou le style trop prégnant. Dans la première partie je sentais la plume glisser sur le papier et ça me gênait. Je l'ai beaucoup moins senti dans la 2e partie. Mais je reconnais à Mauvignier une capacité à nous happer, à créer du rythme dans son récit, à accélérer des moments du récit, à créer des situations de suspense, et à nous tenir en haleine (par exemple pendant l'agression de Chefraoui, ou encore à la découverte du corps du médecin).
Pour terminer, j'ai trouvé que c'était un bon livre mais pas un grand livre. J'ouvre ce livre entre ½ et ¾.
Anne
En fait, ayant vu le film Des hommes, j'ai souhaité plutôt commencer ma lecture par Ce que j'appelle oubli, livre qui m'a éblouie, si l'on peut être éblouie par un récit terriblement sombre… et pourtant… C'est un court récit que j'ai lu d'une traite. D'ailleurs, impossible de s'arrêter puisqu'il ne contient aucun point. Si, il y a deux points d'interrogation et j'aurais pu faire là une suspension, mais j'étais sur une lecture trop passionnante. Un homme de loi commente des faits : il s'agit d'un meurtre d'homme. J'ai eu vite le sentiment que c'est l'homme assassiné lui-même qui s'est substitué au procureur et mis à dire comment on l'a tué et ce qu'il ressent de son assassinat. Magnifique jeu de l'écriture. Petit livre que j'ouvre entièrement.
Quand à Des hommes, j'ai été un peu moins prise par l'écriture que dans le premier livre. À peine un peu moins… Mais la problématique familiale m'a immédiatement captivée. Chacun des hommes est prisonnier de ses affects et des méandres de la guerre d'Algérie, et la simplicité de l'écriture (très travaillée !) m'a fait vivre l'horreur et la tristesse de l'histoire de chacun des protagonistes plutôt que montré la guerre comme un spectacle (ce qui est le cas du film). Si j'ai trouvé l'écriture de ce livre moins concentrée que dans Ce que l'on appelle oubli, c'est qu'il se passe des choses à de nombreux niveaux, l'histoire est plus diffractée (utilisation de nombreux personnages), les lieux et les temps plus nombreux, aussi n'ai-je pas ressenti la même émotion que dans l'autre livre, plus continument tendue. J'ai donc été différemment intéressée par Des hommes où l'auteur commence l'histoire par un conflit familial violent : une large main tendue et dedans un petit coffret bleu nuit (que j'ai vu noir), puis de l'autre côté Solange, sa sœur, pleine d'émotions, de compassion, de peine et de refus. Puis des hommes, des femmes, sa famille, qui ne veulent pas du bien à celui qui tend sa main, une main qui a volé. Une vieille histoire de haine exaspérée par l'argent. Le destin de ces personnages nous amène en pleine guerre d'Algérie. Des dialogues y disent la souffrance, l'horreur, la tristesse, y disent des images terribles. Il arrive que Laurent Mauvignier fasse parler un personnage à propos des autres et fasse ainsi vivre tout le monde. Jonglerie qui montre le cirque de la condition humaine. J'ai beaucoup aimé ce livre et si je l'ai trouvé moins exceptionnellement intense que le premier cela ne m'empêche pas de l'ouvrir également très grand.
Katherine
J'étais impatiente de découvrir cet auteur et cette tranche d'histoire française que je ne connaissais pas. Impatiente aussi d'entrer dans le cœur du récit, ce qui explique sans doute pourquoi j'ai trouvé l'histoire lente au démarrage, dans ce village enneigé, des années après la fin de la guerre…
La manière de l'auteur de raconter la guerre d'Algérie et ses protagonistes m'a marquée. Sans omettre l'horreur et le tragique des événements, l'accent était mis sur la vie quotidienne des appelés, leur ennui, leur camaraderie, leurs peurs, leur hâte que tout se termine. On ne ressent pas chez ces hommes l'idéologie pour laquelle on les a envoyés se battre, en fait, "la guerre, l'indépendance, la libération d'un pays ils étaient plutôt pour, mais au fond, ce qu'ils voulaient d'abord et avant tout, c'était juste qu'on en finisse et de rentrer à la maison." (p. 243)
On en vient presque à les considérer comme un autre type de victime de ces événements : de jeunes hommes qui subiront des traumatismes inévitables et qu'ils traîneront comme un handicap tout au long de leur vie. Laurent Mauvignier, en faisant se chevaucher le passé et le présent, parvient à notre démontrer l'impact du premier sur le second des décennies plus tard. Il décrit avec empathie l'impact de la guerre sur ces personnages, le silence qu'on leur impose à leur retour, l'impossibilité de se défaire de ces images et événements, bien que certains semblent le cacher mieux que d'autres. Et autant on peut comprendre la volonté de tous de mettre ces années derrière eux, autant ils sont conscients que cela revient à effacer la mémoire qui y étaient et qui y sont restés, à ne pas remettre en question ce qui a mené à ce drame, à accepter ce qui y est arrivé comme inévitable… Ne pas y réfléchir semble malgré tout être la meilleure solution, contrairement à ce que semble avoir fait Bernard. Comme l'analyse justement Rabut, "il est devenu ce que j'aurais dû devenir aussi si j'avais été capable de ne pas accepter les choses." (p. 267). J'ouvre aux trois quarts.
Monique M(avis transmis)
Ce livre est majeur, c'est un témoignage, une mémoire fondamentale de la guerre d'Algérie et ses conséquences. L'écriture est magnifique par la beauté de son style, la richesse de son pouvoir évocateur, ce sont des mots glissés, des images, une façon à la fois retenue et éruptive de dire les choses, les blessures de la guerre, celles de la vie, les obsessions, le mal d'amour, le souvenir obsédant des combats, du bled, du racisme, des atrocités, mêlé à celui tout aussi obsédant de ce que ces appelés ont laissé au pays et pour Bernard, de la mère. C'est très prenant, l'écriture s'enroule comme un cordon de chair, quelque chose de haletant, des mots qui vont au rythme de la pensée, du doute au souffle retenu avant de la livrer, c'est magnifique de vie et d'humanité. Il sait comme personne donner à certains moments de vie une densité exceptionnelle (la peur au ventre pendant les gardes aux avant-postes, la solitude, l'angoisse, le climat malsain des baraquements, les atrocités des tortures, la découverte des compagnons égorgés au retour d'Oran… Mais aussi de moments plus ordinaires lorsque par exemple Bernard tourne cette chose au fond de sa poche, arme ? couteau ? non petite boîte ronde, un cadeau pour Solange. Celui aussi ou Nicole prépare une tisane alors que tous s'interrogent sur la conduite à prendre après l'agression de Bernard sur la femme de Chefraoui, les bruits de l'eau versée, de la casserole posée sur la gazinière, des papiers remués par Solange dans la chambre…, accompagnent et intensifient les pensées des acteurs).
J'aime la construction du livre ; commencer et finir par les conséquences de la guerre sur la vie de ceux qui l'ont faite, Bernard Feu-de-Bois au début du livre, Rabut à la fin, de mettre en évidence leur destruction physique et morale, leur impossibilité d'oublier ce qui a été, de le mettre entre parenthèses, est très puissant. Je ne sais s'il existe des récits de la guerre d'Algérie aussi intenses, aussi justes dans leur relation. Ce récit vu à travers la voix de personnages multiples dont chacun garde ses convictions, sa personnalité, donne une vision globale de ce qui a été pensé, vécu, des deux cotés. Laurent Mauvignier parle de tout cela de façon magistrale comme s'il l'avait vécu dans sa chair. C'est un témoignage inoubliable, absolument sublime. J'ouvre en grand.
Anne-Marie
Ce livre m'a bouleversée. Il fait comprendre avec une grande finesse, dans une démonstration implacable, comment une guerre sale, sournoise, une guerre qui ne disait pas son nom, a pu briser un homme, comment elle lui a montré ce qu'il y avait de pire dans l'humain et comment le peu de certitudes qu'avait le héros, Bernard, n'y a pas résisté.
Le début montre sa déchéance. Bernard est revenu au pays mais n'est plus qu'une ombre, on l'appelle Feu-de-Bois, il sent la fumée, il est sale, hagard et alcoolique. Il essaie de montrer à sa sœur Solange qui est apparemment la seule à ne pas l'avoir rejeté, combien il l'aime et maladroitement il lui fait un cadeau disproportionné dont on devine qu'il l'a acheté avec de l'argent volé dans la maison de sa mère défunte. Le geste se retourne contre lui et provoque la méfiance, la haine même, et Bernard qui ne comprend pas ce rejet, s'en va, et se met à boire frénétiquement au café local pour supporter le choc. De là il s'en prend à la famille musulmane (algérienne) locale et tout dégénère.
Cette première partie est inutilement longue, l'annonce du drame est interminable, la description de Bernard très détaillée, ses pensées tournent en boucle et les réflexions des uns et des autres aussi. L'inquiétude et l'angoisse des uns et des autres est cependant bien rendue. Cela montre un monde simple où les gens ne comprennent pas ou n'ont pas l'habitude des comportements extrêmes, et la peur les rend cruels.
Voilà deux cousins (ou trois, on ne sait pas, au début j'ai pensé que Rabut était le narrateur, puis on voit plus loin que c'est une autre personne qui parle), donc ces cousins appelés ne savent pas pourquoi ils sont là, 28 mois c'est long. Ils passent leur temps à attendre, leur angoisse est palpable et on sent que l'ennemi, que l'on ne voit jamais, est là tapi en embuscade et guette. Les femmes et les enfants restent seuls dans les villages abandonnés, et les appelés ne savent pas comment se comporter. C'est une sale guerre qui ne ressemble pas à une guerre, parce que "la guerre se fait avec des gars en face", dira l'un des leurs, Février, en revenant "parce que la guerre c'est toujours des salauds qui la font à des types bien et que les types bien là il n'y en avait pas, c'étaient des hommes, c'est tout." (p. 230) Le massacre qui a lieu en l'absence des soldats, qui sont rentrés plus tard que prévu, et qui culpabilisent, représente le tournant, celui qui a marqué les survivants, qui les a transformés. La découverte des lieux comme abandonnés, les grilles déverrouillées, le silence puis la porte de la sentinelle ouverte, mais non fracturée, et tous comprennent que quelqu'un a donné la clé et permis le massacre, et tous comprennent à ce moment-là qui est le traitre.
Le narrateur après son retour, a repris sa vie d'avant et explique pourquoi il repensait à Bernard "et seulement à lui" : "j’ai dû m’avouer que ce que je détestais en lui maintenant ce n’était pas lui, ni ce qu’il avait été quand il était jeune, ni rien de lui, mais seulement de le voir tous les jours, lui, dans la rue, dans la vie, traînant dans tout son corps et sa présence et même aussi dans sa façon d’être devenu ce qu’il est devenu, notre histoire à tous les deux. Et, ce qui me gêne, c’est qu’il est devenu ce que j’aurais dû devenir aussi si j’avais été capable de ne pas accepter des choses."(p. 269)
Le style est fort, imagé, haletant. J'ouvre en grand.

Avis du groupe de Tenerife
réuni le 2 novembre

Nathalie
Manuela Nieves
José Luis  


Nous avons parlé très longuement de Des hommes. On n'était que quatre, mais avec des opinions très controversées, en particulier de la part de Nathalie qui a beaucoup aimé le livre, contrairement aux autres qui n'ont pas vraiment accroché à cette écriture plutôt décousue dans laquelle il nous a semblé difficile de trouver un sens et qui nous a laissé pas mal de questions sans réponse...
Manuela
Le livre de Mauvignier ne m'a pas emballée, j'apprécie la capacité de l'auteur pour maintenir le suspens tout au long du récit - l'interminable remise de cadeau, le rapport avec sa mère etc.- mais ces choses ne se résolvent jamais, l'histoire est effilochée et les lecteurs, enfin moi, je suis restée sur ma faim. De plus, je sais que la guerre d'Algérie est en ce moment en pleine actualité et que pour vous elle constitue une plaie ouverte, un peu comme notre guerre civile ; on ne finit jamais de tourner la page. Mais je pense que ce roman en est un parmi des milliers et des milliers, déjà écrits, sur les personnes qui ont souffert les atrocités de la guerre. Finalement ils se ressemblent tous.
Nieves
Des romans sur la guerre on en a écrit des centaines. Laurent Mauvignier s'occupe ici de la guerre d'Algérie, cependant j'ai l'impression que ce qui l'intéresse le plus n'est pas le conflit en soi, mais les conséquences de cette guerre sur les hommes, à qui cette lutte armée a causé un traumatisme dont ils ne se sont plus remis.
À mon avis, il y a plusieurs scénarios dans ce récit : celui de la famille et son histoire dans le village, celui de la guerre (la caserne, les relations qui s'y établissent, la parenthèse à Oran où on découvre les avantages de la ville par rapport au village), mais aussi le paysage algérien sec, à couleurs jaunâtres, toujours envahi de poussière, un contexte où des femmes, des vieux et des enfants semblent collés à la terre et où les fellaghas se débrouillent à leur aise dans l'ombre. Il ne faut pas non plus oublier la mer comme une porte qui s'ouvre à une autre réalité… Or, je trouve que tous ces mondes se chevauchent dans ce récit dont l'écriture faite de phrases inachevées, un manque de signes de ponctuation, des énumérations fréquentes et un rythme narratif hatif, très oral, déroute un peu le lecteur. Moi, après une quarantaine de pages, j'avais pensé ne pas pouvoir finir la lecture. Mais dans quel but ce type d'écriture où l'oral et l'écrit semblent se mélanger tout le temps ?
En essayant, donc, de trouver un sens à ce récit, je me demande si ce qui serait prioritaire pour l'auteur ne serait pas de nous tenir accrochés aux tourments psychologiques subis par ces personnes qui ont fait ou qui ont subi la guerre de loin, en particulier, ces trois hommes (Bernard, son cousin Rabut et Février) vivant encore, au bout des 40 ans, dans le cauchemar d'une terrible expérience dont ils n'ont pas réussi à échapper, due à l'absurdité de la tâche, puisqu'ils "sont partis défendre la paix avec des fusils mitrailleurs et des rangers, sauver un pays dont ils n'avaient pas vraiment compris qu'il était en danger…"
Il paraît que Laurent Mauvignier a été très marqué par cette guerre à laquelle avait participé son père qui finit par se suicider. Il est vrai également que dernièrement on a beaucoup parlé en France de la guerre d'Algérie et des rapports entre les deux pays. Il est certain également que le pouvoir avait longtemps jeté le voile sur les horreurs et la violence commis du côté de la France qui, en les reconnaissant récemment, a demandé pardon à cet égard. Voilà pourquoi ce qui m'a paru intéressant, c'est que l'auteur ne prend pas parti, il n'y a ni bons ni mauvais, chaque personnage vit avec ses propres contradictions et souffrances. Il n'y a que des hommes. Et cette question qui met fin au récit : "Je voudrais savoir si l'on peut commencer à vivre quand on sait que c'est trop tard" paraît accentuer encore plus l'impuissance à renouer leurs vies de cette génération marquée par deux conflits.
José Luis
Je dois avouer que j'ai été incapable d'entrer dans ce livre. Je l'ai commencé à plusieurs reprises et l'ai abandonné autant de fois. Ni l'écriture ni le récit ne m'ont intéressé, plus encore ils m'ont rebuté tous les deux. Ce n'est que la veille de la réunion mensuelle de notre groupe de lecture que, pendant six heures de suite, je me suis attelé, pour des raisons de responsabilité - et, il n'y a pas à l'exclure, une certaine dose de satisfaction masochiste - à la lecture de Des hommes. Pendant ce marathon, que j'ai commencé à quatre heures du matin, ce n'est que vers la moitié du livre que j'ai vécu des moments de répit, lors de la lecture des pages dédiées à décrire les exactions commises d'un côté et de l'autre des forces en présence. Mais là, aucune nouveauté, et donc aucun intérêt réel de ma part. Comme je pense l'avoir écrit à d'autres moments, je ne lis pas pour passer le temps petit qui me reste à vivre, mais pour être déplacé, déporté, interrogé, pour, en fin de compte, changer, évoluer. Et ici rien de cela ne m'a été donné.
Le texte m'a semblé froid, confus, long sans justification, et vieux du point de vue littéraire. Je ne veux pas exclure que l'impression que j'ai ces derniers temps d'avoir vieilli de quinze ans en quelques mois soit à l'origine de mes réactions pour le moins surprenantes, et pour moi le premier. D'autres, dans le groupe, ont jugé que ce texte est un véritable chef-d'œuvre, réussi sur tous les points de vue. Pour moi, pour cet homme qui aurait tout à coup vieilli, c'est une œuvre ratée, médiocre sous tous les aspects. Une telle différence de jugement doit quelque part tenir du pathologique ? Et ce serait moi qui pencherais de ce côté-ci ? Je ne me défendrai pas, toujours est-il que l'écriture de ce roman me semble vieillie, dépassée, un mélange indigeste de style nouveau roman et roman de l'absurde, et que l'histoire racontée - par qui et à qui, d'ailleurs ? - m'est apparue - sauf les exceptions indiquées ci-dessus - confuse, diffuse, décousue et répétitive, labyrinthique même, sans nécessité.
Suis-je passé à côté d'un chef-d'œuvre sans m'en apercevoir ? Tant pis pour moi, je suis perdant !
Nathalie
Un roman, un style surtout, au service des non-dits des très jeunes appelés du contingent, revenus broyés à vie par les horreurs vues ou commises lors de la guerre d'Algérie.
Dès les premières lignes, j'ai été fascinée et happée par le style et la construction du récit. De longues phrases sans ponctuation où aucun mot n'est de trop, fait de chair et de sang, transmettant avec une telle intensité le fil des pensées et des regards d'un des protagonistes (le narrateur ?), au fil d'une narration hachée, effrénée, haletante, qui m'a tenue sous tension. Les mots se succèdent, défilent avec rapidité, concision, font mal, arrachent des larmes, tenaillent aux tripes. Chaque simple mot, par sa portée, se resserre dans ma gorge comme un étau et me laisse sans respiration. Chaque mot suinte, chargé, lourd, incarné de la haine, la douleur, la peur des personnages.
Un texte très travaillé pour donner voix justement aux non-dits, aux silences de ces jeunes appelés, ces hommes, revenus brisés à vie, de la guerre d'Algérie. Des hommes qui n'osent exprimer l'horreur et vont faire semblant de reprendre une impossible normalité dans un entourage anormalement silencieux qui n'ose non plus poser de questions à ces survivants.
Le seul qui ne fait pas semblant, c'est Bernard, l'autre protagoniste, personnage déclencheur d'une tragédie qui se déroule sous nos yeux sur deux jours. La construction du récit en quatre parties, nettes comme un scalpel, "après-midi, soir, nuit, matin" pour raconter le passé et le présent qui s'enchevêtrent aussi.
Un roman exigeant une grande concentration, de par le style et sa construction. Une reconstruction narrée par des scènes décrites, tantôt comme des touches de peinture, tantôt comme des photographies, tantôt comme des scènes d'un film au ralenti, où chaque détail compte, apporte des nuances, faisant monter la tension d'un cran, en crescendo et où le lecteur atterré, mot à mot, anticipe les drames.
Un récit où drame historique et drame familial s'enchevêtrent dans cette reconstruction où le lecteur devra démêler le récit à partir des allers retours des pensées, souvenirs, de Rabut, construire du sens au récit comme si d'un puzzle il s'agissait, reflétant ainsi peut-être la difficulté de dire de ces hommes bâillonnés.
Tous sont victimes. Á commencer par Bernard, appelé Feu-de-Bois, cousin de Rabut, épave humaine, enfermé dans son mutisme, qui s'autodétruit dans l'alcool, enfant rejeté déjà par sa mère, un mal aimé, incompris, par Rabut lui-même, par ses frères, par sa famille, excepté par sa sœur Solange. Démoli dès l'enfance par ce désamour et détruit, hanté à jamais par l'indicible expérience de la guerre d'Algérie. Bernard, qui disjoncte, devant nous au début du roman.
Rabut, lui aussi, jeune paysan du village, appelé, traumatisé, se fait écho de toutes les pensées, les hantises de tous les protagonistes, mêlant les voix, les récits. Un concert de voix, au style indirect, autre grande trouvaille de l'auteur. Dans les dernières lignes du récit, de cette reconstruction, arrive la "rédemption" de Rabut, qui comprendra enfin son cousin Bernard et son peut-être dernier égarement de raison, geste désespéré et suicidaire.
Tous sont victimes. Des hommes déshumanisés par la guerre dans un récit qui déborde d'humanité. Des Hommes de tous bords, de tous fronts : les si jeunes paysans français du récit, les Algériens, les Harkis.
En lisant le livre, je me disais, ça c'est de la littérature ! Quel talent ce Mauvignier. Une grande découverte pour moi, qui m'a donné envie de lire d'autres romans de lui. Un livre que j'offrirai.



Qui est Laurent Mauvignier ?
Il est l'auteur de romans, récits, pièces de théâtre, scénarios, essais. Il a reçu de nombreux prix. Certains de ses livres ont été adaptés au cinéma et au théâtre. Patrice Chéreau avait voulu adapter Des hommes, mais... il est mort.

Laurent Mauvignier a un site internet avec beaucoup d'informations et articles utiles aux curieux : https://laurent-mauvignier.net/
Mais aucun potin. Et une bio en trois lignes dont les midinettes ne sauraient se contenter...

• Quelques repères biographiques
Né en 1967 à Tours, il passe son enfance avec ses deux frères et ses deux sœurs à Descartes (faut le faire !) :

"Ma mère a élevé ses 5 enfants avant de devenir femme de ménage. Mon père a travaillé en usine puis comme éboueur. Il n'y avait pas beaucoup de livres à la maison. L'éveil à la lecture et à l'écriture, je le dois à une tante, qui m'a offert un livre et un cahier lors d'une longue hospitalisation, pour une maladie restée mystérieuse, quand j'avais 8-9 ans. A cet âge-là, je savais déjà que je deviendrais écrivain".

Après une année au lycée professionnel de Descartes et une première année de BEP comptabilité ("ma mère me rêvait guichetier au Crédit Agricole de Descartes"), il entre, en 1984, à l’école des Beaux-Arts de Tours :

"J’ai intégré les Beaux-Arts à Tours avant même d’avoir le bac. J’avais certes le goût de la peinture et du dessin, mais ce qui m’attirait dans les Beaux-Arts, c’était l’idée de la ville. (...) Tours m’a semblé gigantesque. J’y ai vu un escalator pour la première fois de ma vie, et découvert qu’il fallait payer pour prendre le bus."

Il en ressortira diplômé 7 ans plus tard, en 1991 (DNSEP = Diplôme national supérieur d'expression plastique).

"J’avais autour de moi des gens borderline. Certains sortaient de taule. On faisait la fête tout le temps. On arrivait en cours dans des états pas possibles. Une époque d’ivresse, de rencontres artistiques marquantes, comme avec Valère Novarina qui était venu passer quelques jours avec nous. Une période un peu folle, peut-être, au cours de laquelle j’ai réalisé que je n’étais pas le seul à ne pas vouloir devenir comptable."

S’ensuivent plusieurs années passées à l’université : deux ans de Lettres modernes à Tours, deux ans pour la maîtrise d’arts plastiques à Paris 8, puis une année pour préparer le CAPES par correspondance :

"J'ai passé des années à manquer le Capes d'arts plastiques. J'ai tenu comme ça jusqu'à l'âge de 30 ans, jusqu'au chômage de pion."

En 1997, à 30 ans, il décide de se consacrer uniquement à l’écriture.
En 1999, Loin d’eux, son premier roman, est publié quand il a 32 ans aux éditions de Minuit, ainsi que les suivants.
En 2000, il se marie à Bordeaux où il vit alors et a un enfant.
En 2008-2009, il est pensionnaire à la Villa Médicis.
Il a beaucoup déménagé : une trentaine de fois depuis qu'il est parti de chez ses parents à 17 ans. Il est venu habiter à Toulouse où il vit actuellement quand sa femme Aliénor est devenue libraire à Ombres Blanches.

•Une sélection pour entendre Laurent Mauvignier
Voici une interview écrite et deux vidéos très différentes :
- Un entretien sur Des hommes dans Les Inrocks, 8 septembre 2008 : "Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire autour de la guerre d’Algérie ?"
- La présentation en vidéo par lui-même de son livre, Librairie Mollat, 7 octobre 2009, 5 min 53
- Une conférence au Collège de France le 6 février 2018, 59 min : "Plier, déplier : mémoires au présent", par Laurent Mauvignier, invité
autour de son roman Des Hommes par Antoine Compagnon, dans le cadre de son séminaire "De la littérature comme sport de combat", où il invite des écrivains et journalistes à la croisée du récit de vie et de l'Histoire. Quelle est la question que pose le passé au présent ? interroge Laurent Mauvignier.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

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