Éditions présentées dans l'ordre chronologique :
La Zone d'Intérêt
,
trad. de l'anglais Bernard Turle, Calmann-Lévy, 2015, 400 p.

Quatrième de couverture :

DÉCOR
Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
PERSONNAGES
Paul Doll, le Commandant : bouffon vaniteux, lubrique, assoiffé d’alcool et de mort.
Hannah Doll, l’épouse : canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle.
Angelus Thomsen, l’officier SS : arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons.
Szmul, le chef du Sonderkommando : homme le plus triste du monde.
ACTION
La météorologie du coup de foudre ou comment faire basculer l’ordre dans un système allergique au désordre.
Comment explorer à nouveau la Shoah sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? En nous dévoilant une histoire de marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis remporte brillamment ce pari. Une manière habile de caricaturer le mécanisme de l’horreur pour le rendre plus insoutenable encore.

"Inventif, terrible, provocateur, et tout comme le Guernica
de Picasso, d’une beauté incongrue."
Herald Tribune

"Amis réinvente l'enfer sur terre. Un acte de courage exceptionnel."
Thee Sunday Times

"Un tour de force de virtuosité verbale, un roman brillant
et bouleversant irrigué par une profonde curiosité morale pour le genre humain."
Richard Ford, auteur de Canada


La zone d'intérêt
,
Le livre de poche, 2016

Quatrième de couverture :

Décor : Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
Personnages : Paul Doll, le Commandant ; bouffon vaniteux, lubrique, assoiffé d'alcool et de mort. Hannah Doll, l'épouse ; canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle. Angelus Thomsen, l'officier SS, arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons. Smulz, le chef du Sonderkommando ; homme le plus triste du monde.
Comment explorer à nouveau une des périodes les plus sombres de l’histoire sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? Avec ce marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis prend le risque.

Un livre d'un cynisme, d'une puissance et d'une intelligence rares. Didier Jacob, L'Obs.

Un grand styliste, une satire terrifiante. Josyane Savigneau, M. le Magazine du Monde


La zone d'intérê
t, trad. de l'anglais Bernard Turle, Le livre de poche, 2016, 456 p.

Quatrième de couverture
 :

Décor : Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
Personnages : Paul Doll, le Commandant ; bouffon vaniteux, lubrique, assoiffé d'alcool et de mort. Hannah Doll, l'épouse ; canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle. Angelus Thomsen, l'officier SS, arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons. Smulz, le chef du Sonderkommando ; homme le plus triste du monde.
Comment explorer à nouveau une des périodes les plus sombres de l’histoire sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? Avec ce marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis prend le risque. Une manière de caricaturer le mécanisme de l'horreur pour le rendre plus insoutenable encore.

Amis affronte l’inexplicable. Éric Neuhoff, Le Figaro littéraire.

Le livre d’Amis nous montre des hommes médiocres qui, de leurs petits bras, permettent à la Shoah d’avoir lieu. Oriane Jeancourt Galignani, Transfuge.


La Zone d'Intérêt, Calmann-Lévy, 2024, 400 p.

Quatrième de couverture :

Il était une fois un roi qui demanda à son magicien préféré de confectionner un miroir magique. Dans ce miroir, on ne voyait pas son reflet. On y voyait son âme : il montrait qui l’on était vraiment."

À l’extérieur des murs barbelés du camp de concentration Kat Zet I se trouve la Zone d’Intérêt. Dans ce secteur résidentiel, les destins de quatre personnages s’entrechoquent : Paul Doll, le commandant du camp, Hannah Doll, sa femme, Angelus Thomsen, un officier SS et Szmul, le chef du Sonderkommando, témoin de la barbarie.

Dans La Zone d’Intérêt, roman choral, le grand écrivain anglais Martin Amis met en scène le mécanisme de l’horreur au sein du système concentrationnaire.


 

Martin Amis (1949-2023)
La zone d'intérêt (2014, traduction française en 2015)

Nous lisons ce livre pour le 8 mars 2024. Le nouveau groupe aura lu le livre pour le 2 février et le groupe breton le 22 février.

Nous aurons vu le f
ilm The Zone of Interest, de Jonathan Glazer (Grand prix du Festival de Cannes 2024).
DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Repères biographiques
Les livres de Martin Amis
Les traducteurs
Zone d'intérêt

   - La zone d'intérêt : qu'est-ce ?

   - Un thème qui n'est pas nouveau chez Amis
   - La zone d'intérêt refusé chez Gallimard
   - Presse écrite : articles et interviews
   - Radio : interviews
   - Vidéos : interviews
   - Différences entre livre et film

REPÈRES BIOGRAPHIQUES
• Enfance et formation
- Il est né au pays de Galles en 1949 :
"Je suis né le 25 août 1949 : quatre jours plus tard, les Russes testaient avec succès leur première bombe atomique, et la dissuasion était en place. J'ai donc eu ces quatre jours d'insouciance, c'est plus que ce que mes cadets ont jamais eu. Je n’en ai vraiment pas profité. J'ai passé la moitié du temps dans une couveuse. Même les choses étant ce qu'elles étaient, je suis né en état de choc profond. Ma mère dit que je ressemblais à un Orson Welles noir de rage. Le quatrième jour, j'avais récupéré mais le monde avait changé en pire. C’était un monde nucléaire." (Introduction à son livre Les Monstres d'Einstein)
- Son père, Sir Kingsley Amis (1922-1995) est un écrivain à succès, auteur d'une quarantaine d'ouvrages. Ses parents divorcent alors qu'il a 12 ans. Amis est un élève très moyen et ne lit que des bandes dessinées jusqu'à ce que sa belle-mère, Elizabeth Jane Howard (1923-2014), elle aussi romancière, l'initie à l'œuvre de Jane Austen - qu'il cite souvent comme son influence la plus ancienne. Elle le poussera à avoir son bac et même une bourse pour Oxford. D'une longévité artistique impressionnante, elle publiera le dernier tome de La Saga des Cazalet à 90 ans et un de ses romans vient de paraître, ce qui montre que son succès perdure en 2024 : La Longue-vue.

- Le roman Lucky Jim apporte une renommée transatlantique à son père et des voyages par conséquent transatlantiques à sa famille. Martin passe sa 10e année en Amérique à Princeton, une partie de sa 13e en Espagne et plusieurs mois de sa 18e sur le tournage de A High Wind en Jamaïque aux Antilles. À l'âge de 19 ans, il avait fréquenté quatorze écoles et une série de boites à bac (destinés à préparer un étudiant à l'entrée à l'université).

- 1969 à 1971 : il fréquente l'Exeter College de l'Université d'Oxford.

• Carrière journalistique puis littéraire

- Une fois diplômé, avec une licence en littérature, il est embauché pour rédiger des critiques de livres pour le prestigieux hebdomadaire The Observer à 21 ans. Il rejoint également deux autres périodiques britanniques prestigieux : le Times Literary Supplement et l'hebdomadaire de gauche The New Statesman, pour lequel il commence à rédiger des critiques en 1973. Sa carrière journalistique assure sa réputation de membre de l'intelligentsia littéraire de Londres et également approfondit ses allégeances politiques libérales de gauche.

-
En 1980, après avoir publié trois romans et vendu un scénario, Amis démissionne de son poste de rédacteur au New Statesman tout en continuant à écrire des critiques.
Il est désormais une figure littéraire célèbre de Londres : son ascension rapide fait de lui la cible d'attaques dans la presse populaire (le journal satirique Private Eye a pris l'habitude de l'appeler "Smarty Anus", et certains ont attribué ses premiers succès au népotisme) alors même que de nombreux écrivains de moindre importance s'efforcent d'imiter son style : "Son mélange de précocité, de grande intelligence et de grande réussite sexuelle ne manquera pas de provoquer l'envie", déclare son ami l'écrivain Julian Barnes. "Les gens essaient d'écrire comme Martin. Il y a quelque chose de très contagieux et de compétitif là-dedans."

• Histoires de famille

- Les femmes
1984 : mariage avec Antonia Phillips ; ils ont deux fils.
1993 : séparation
1996 : mariage avec l'écrivaine Isabel Fonseca ; ils ont deux filles.
1974 : une "affaire" avec Lamorna Heath produit une autre fille, Delilah Seale, qu'il rencontrera pour la première fois plus de 20 ans plus tard, en 1996...

- Le père
La relation complexe entre la carrière d'Amis et celle de son père mérite l'exploration...
Tous deux ont remporté le prestigieux prix Somerset Maugham pour leurs premiers romans ; tous deux écrivent des fictions qui font la satire des conditions social
es dominantes ; tous deux ont été tour à tour qualifiés de voix de leur génération et de pornographes.

On peut constater que sa fiche wikipédia mentionne ses grands-parents, mais pas ses parents...

L’un des résultats de cette rivalité semble être la recherche de "pères" littéraires de substitution. Les articles que Martin Amis a écrits sur des écrivains tels que JG Ballard, Saul Bellow, Norman Mailer, Vladimir Nabokov, VS Pritchett, Philip Roth, John Updike et Angus Wilson révèleraient un écrivain obsédé par les précurseurs (masculins). Bien entendu, à de très rares exceptions près (Jane Austen, Iris Murdoch, Joan Didion), l'ensemble considérable de critiques littéraires d'Amis concerne les écrivains masculins.

Entre père et fils existent également d’importantes oppositions idéologiques : Kingsley Amis, autrefois membre du parti communiste, devint conservateur dans les années, tandis que Martin Amis se positionne loin à la gauche de son père (d'après Understanding Martin Amis de James Diedrick).

Martin Amis finira par faire un livre personnel qui parle de son père. Voici ce qu'il dit de son livre Expérience :

J'ai toujours le sentiment qu'une autobiographie est chronologique, close. Le temps du bilan n'était pas encore venu pour moi quand j'ai écrit ce texte. Je préfère le mot de Mémoires, récit de souvenirs entre plusieurs générations, celle de mon père, la mienne et celle de mes enfants. Je n'y respecte pas la chronologie. Tout est parti de la mort de mon père, en 1995. On pense être préparé à cette mort, mais ce n'est pas vrai.

Josyane Savigneau commente :

Avec ce père, Kingsley Amis (1922-95), absolument britannique, anobli par la reine en 1990 pour "services rendus à la littérature", il n'était pas facile de décider d'être soi-même écrivain. D'autant que, très vite, Kingsley a signifié à son fils qu'il ne pouvait pas continuer à le lire, car il trouvait ses écrits "peu lisibles". Comme Martin avait pour héros Joyce et Nabokov - que son père n'aimait pas -, il s'est consolé, avec l'arrogance de sa jeunesse, en pensant que celui-ci avait mauvais goût. Mais à sa mort, relisant tous ses livres, il a entrepris ce long récit, Expérience, dont Kingsley Amis est le principal héros. Pour la première fois, les critiques britanniques, qui ont généralement la dent dure avec Martin Amis, l'ont trouvé "émouvant". (Les Echos, 25 octobre 2019).

LES LIVRES DE MARTIN AMIS

Amis a publié 15 romans, 2 recueils de nouvelles et 8 livres de non-fiction. Ses œuvres les plus connues sont les romans satiriques Money, Money et London Fields.
Les livres ont été régulièrement publiés et régulièrement leur traduction en français, et rapidement publiés en poche.
Voici les livres traduits, dans l'ordre de leur publication britannique.
Nombre d'entre eux sont épuisés. Chez Gallimard, il est mystérieusement indiqué pour chaque livre : "N'APPARTIENT PLUS AU CATALOGUE DE L'ÉDITEUR"...

•Romans

- 1973, adapté au cinéma en 1989 : Le Dossier Rachel, trad. Patrick de Rosbo, 1977
- 1975, adapté au cinéma en 1980 : Poupées crevées, trad. Jean-François Ménard, 2001
- 1978 : Réussir, trad. Frédéric Maurin, 2001
- 1981 : D'autres gens, trad. Géraldine D'Amico, 1989
- 1984 : Money, Money, trad. Simone Hilling, 1987
- 1989 : London Fields, trad. Géraldine Koff D’Amico, 1992
- 1991 : La flèche du temps, trad. Géraldine Koff D’Amico, 1993
- 1995 : L'Information, trad. Frédéric Maurin, 1996
- 1997 : Train de nuit, trad. Frédéric Maurin, 1999
- 2003 : Chien Jaune, trad. Bernard Hœpffner et Catherine Goffaux, 2006
- 2006 : La maison des rencontres, trad. Bernard Hœpffner et Catherine Goffaux, 2008
- 2010 : La veuve enceinte, trad. Bernard Hœpffner, 2012
- 2012 : Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, trad. Bernard Turle, 2013
- 2014, adapté au cinéma en 2023 : La Zone d'intérêt, trad. Bernard Turle, 2015
- 2020 : Inside story, trad. Bernard Turle, 2021.

Nouvelles
-1987 : Les Monstres d'Einstein, trad. Géraldine D'Amico, 1990
- 1998 : Eau lourde et autres nouvelles, trad. Jean-Michel Rabaté, 2000

-
1998 : L'État de l'Angleterre précédé de Nouvelle carrière, trad. Jean-Michel Rabaté, 2003.

Non-fiction
- 1993 : Visiting Mrs Nabokov, trad. Géraldine Koff-D'Amico, 1997
- 2000 : Expérience, trad. Frédéric Maurin
, 2003, mémoires.
- 2001 : Guerre au cliché, trad. Frédéric Maurin, 2006
- 2002 : Koba la terreur, trad. Frédéric Maurin, 2009
- 2010 : Le deuxième avion, trad. Bernard Hœpffner, 2010
- 2017 : La Friction du temps, : Bellow, Nabokov, Travolta, Essais et reportages, 1994-2017, trad. Bernard Turle, 2017.

Florence Noiville, à la mort de Martin Amis, dresse son parcours littéraire à travers ses livres, permettant d'en saisir les thèmes et les caractéristiques : "Martin Amis", Le Monde, 23 mai 2023.

Faisant partie de la collection "L'Europe des écrivains", le documentaire, L’Angleterre de Martin Amis, est centré sur l'Angleterre et son histoire à travers le regard et la parole de Martin Amis : par Mark Kidel, Films d’Ici/Arte France, 2013, en location ›ici 2,99€, 56 min.

LES TRADUCTEURS

Des traducteurs d'un seul livre

-
Le Dossier Rachel, trad. Patrick de Rosbo, 1977
- Money, Money, trad. Simone Hilling, 1987
- Poupées crevées, trad. Jean-François Ménard, 2001
.

Des traducteurs par époque

- De 1989 à 1997
: Géraldine D'Amico
D'autres gens, 1989
D'autres gens, 1989
Les Monstres d'Einstein, 1990
London Fields,1992
La flèche du temps, 1993
.

- L'année 1998 (et des nouvelles) :
Jean-Michel Rabaté
Eau lourde et autres nouvelles, 2000

L'État de l'Angleterre précédé de Nouvelle carrière,
2003.

- De 1996 à 2009 :
Frédéric Maurin
L'Information, 1996
Train de nuit, 1999

Réussir, 2001
Expérience
,
2003
Guerre au cliché, 2006
Koba la terreur
,
2009.

- De 2006 à 2012 :
Bernard Hœpffner (avec ou sans la collaboration de Catherine Goffaux)
Chien Jaune, 2006
La maison des rencontres, 2008

Le deuxième avion, 2010

La veuve enceinte, 2012.


- De 2013 à 2021
: Bernard Turle
Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, 2013
La Zone d'intérêt, 2015

La Friction du temps, 2017

Inside story, 2021.

Traducteur donc du livre que nous lisons, Bernard Turle a été couronné par les plus grands prix de traduction (prix Baudelaire, prix Maurice-Edgar Coindreau).
On peut l'écouter dans une émission sur France Culture : "Bernard Turle, traducteur transporté et transportant", par Antoine Perraud, Tire ta langue, 15 septembre 2013, 31 min.

LA ZONE D'INTÉRÊT : le livre que nous lisons

•Zone d'intérêt : qu'est-ce que c'est ?

Zone of Interest = Interessengebiet ou la zone d’intérêt au sens économique du terme par lequel, pendant la guerre, les Allemands désignaient une partie du complexe d’Auschwitz, en l’espèce 40 km2 aux mains des SS.

Pourquoi avez-vous choisi d'intituler votre livre "la Zone d'intérêt" ?

Nabokov disait qu'il y a deux sortes de titres. Ceux qui s'imposent quand vous avez terminé le livre, comme quand vous donnez son nom à un bébé une fois qu'il est né - vous l'appelez par exemple… Edouard. L'autre catégorie est celle de titres qui sont là depuis le début. Des titres qui sont plus profondément ancrés en vous. C'était le cas. La "zone d'intérêt" est la formule qu'employaient les nazis pour désigner la région d'Auschwitz. Un nom très surprenant, avec une connotation économique évidente. Et le fait est que, quand on étudie de près la question, on s'aperçoit que l'Holocauste était pour une part une opération commerciale, laquelle devait se révéler, sinon profitable, du moins autosuffisante du point de vue financier. Cette opération reposait sur l'idée, très exagérée, que les nazis se faisaient de la richesse des juifs à l'époque, et sur l'espoir qu'en les envoyant dans les camps ils pourraient leur extorquer des milliards et des milliards. (L'Obs, 20 août 2015)

Un thème qui n'est pas nouveau dans son œuvre

Par le passé, Martin Amis s’était déjà intéressé à l’univers concentrationnaire nazi (en 1991 : La flèche du temps, publié en 1991, traduit en 1993).
Il présentait même Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre (publié en 2012, traduit en 2013) comme "un roman nazi" ; le commandant d’Auschwitz était l’un des narrateurs.

La Zone d’intérêt est votre deuxième roman consacré à l’Holocauste. Est-ce que le sujet impose une discipline particulière ?

J’aimerais vous dire que c’est pénible d’écrire sur les camps, mais ce n’est pas le cas. C’est vrai que c’est la deuxième fois que je m’y intéresse, de manière assez incongrue peut-être. Ma femme est à moitié juive, ma belle-mère a eu des membres de sa famille qui sont morts pendant l’Holocauste. Mes filles sont liées à cette tragédie. Cela ajoute sans doute une dimension personnelle. J’aimerais écrire un troisième roman sur cette période avant de mourir. Ça terminerait la trilogie.

Etes-vous allé à Auschwitz ?

Oui, il y a pas mal d’années. À Dachau aussi. La compréhension est immédiate. Il suffit d’y passer quelques secondes, et vous mesurez l’ampleur de la chose. (L'Obs, 20 août 2015)

La zone d'intérêt est refusé chez Gallimard

En Allemagne et en France, les éditeurs habituels d'Amis ont été remplacés : chez Hanser Michael Krüger, chez Gallimard Christine Jordis. Et les deux maisons ont refusé le livre. En Allemagne, la presse a violemment reproché à Hanser ce refus.

La gêne qui entoure le nouveau "Martin Amis" est manifeste : chez Gallimard comme chez Hanser Verlag, on se dérobe aux interviews, se contentant d'invoquer le processus usuel de lectures multiples et croisées qui a conduit au désistement. Contacté par le biais de son représentant, l'auteur n'a pas non plus souhaité s'exprimer. (Le Monde, 17 août 2014)

Une semaine plus tard, Le Monde en sait davantage :

L'éditeur allemand m'a écrit, précise Amis, Gallimard s'est contenté de dire non à mon agent, sans donner de raison. Pour moi, quelle que soit la manière dont on habille la chose ensuite, ce sont les raisons économiques qui prévalent : on se dit qu'on ne va pas vendre le livre, c'est tout.

Et Josyane Savigneau commente dans Le Monde :

Aurait-on été choqué par cette satire, qui fait, en effet, froid dans le dos ? Ce serait étrange dans la maison d'édition qui a publié, en 2006, Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, un gros roman sur les massacres de juifs commis à l'Est sans déportation des victimes. Antoine Gallimard, le PDG, ne répond pas sur le fond et renvoie à la responsable du domaine anglo-saxon, Marie-Pierre Gracedieu, ce qui est légitime, car, en matière de littérature étrangère, il ne va jamais contre l'avis de ceux qu'il a nommés.
Marie-Pierre Gracedieu réfute l'argument économique et nie avoir été choquée. "Nous attendions ce roman avec impatience. Martin Amis est un immense styliste et, comme dans ses précédents livres, on trouve dans
La Zone d'intérêt quelques très beaux passages, notamment quand il s'agit de décrire la nature qui entoure Auschwitz. Malheureusement, les personnages de cette histoire ressemblent trop souvent aux vérités générales déjà énoncées sur l'Holocauste : leurs propos, les détails avec lesquels l'écrivain les décrit. Il nous a manqué un certain relief, des nuances." En un mot, "la seule raison du refus de ce texte est sa qualité littéraire". Sous-entendu : médiocre.

Ce refus fait des heureux :

Si quelqu'un se réjouit du refus de Gallimard, c'est bien Florence Sultan, directrice de Calmann-Lévy, heureuse d'avoir un tel écrivain à son catalogue "dans une maison qui a publié Le Journal d'Anne Frank, Des voix sous la cendre. Manuscrits des Sonderkommandos d'Auschwitz-Birkenau, et qui a un partenariat avec le Mémorial de la Shoah". "Je me réjouis d'accueillir un auteur qui a déjà une grande œuvre, et je souhaite le garder. C'est un engagement personnel d'éditeur, un engagement de la maison, et un engagement du groupe Hachette puisque Money, Money et D'autres gens sont repris dans Le Livre de poche. (Le Monde, 24 août 2015)

Finalement Martin Amis s'exprime auprès des Inrocks le 25 août 2015 :

Martin Amis – J’ai été blessé. Tout cela a été si brusque. Ils ne m’ont même pas envoyé de lettre. Ils ont seulement informé mon agent qu’ils ne feraient pas d’offre. Au moins, mon éditeur allemand (qui a également refusé le livre – ndlr) a eu la politesse de m’écrire et de me donner les raisons de son refus Gallimard ne m’a donné aucune explication.

Quand nous l’avions interrogée, Marie-Pierre Gracedieu, éditrice chez Gallimard, a expliqué que le livre n’était pas à la hauteur de votre talent : un vaudeville pornographique” rassemblant “tous les clichés sur la Shoah”.

Vous me l’apprenez. Des clichés ! Je sais ce qu’est un cliché et rien ne s’en approche dans mon livre.

Avez-vous été d’autant plus surpris que Gallimard est l’éditeur des Bienveillantes de Jonathan Littell, autre livre polémique sur le nazisme ?

Oui, et Calmann-Lévy, qui publie aujourd’hui mon roman, avait refusé le livre de Littell ! Mais je pense que le refus de Gallimard ne s’explique pas par des raisons de sensibilité historique. C’est uniquement commercial. Ils ont dû penser que mon livre ne se vendrait pas assez bien.

Presse écrite : articles et interviews

Le livre est un événement de la rentrée littéraire 2015. Revue de presse sur un mois :

- "Martin Amis et son roman à problème", Nicolas Weill, Le Monde, 17 août 2014
- Martin Amis : "L’allemand est la langue maternelle de l’Holocauste", Didier Jacob, L'Obs, 20 août 2015
- "La Zone d'intérêt", Nathalie Crom, Télérama, 19 août 2015
- "Rentrée littéraire : Martin Amis, l'amour à l'ombre des crématoires", par Michel Schneider, Le Point, 4 août 2015
- Martin Amis : "Le plus grand danger, aujourd'hui, est l'autocensure", propos recueilis par Sophie Pujas, Le Point, 22 août 2015
-
"Martin Amis, un écrivain en zone de turbulences", Josyane Savigneau, 24 août 2015
- Martin Amis : “les gens se sentent coupables en lisant mon roman”, par Elisabeth Philippe, Les Inrocks, 25 août 2015
- "La Zone d’intérêt de Martin Amis n’en a absolument aucun", A. C., Le Temps, Genève, 28 août 2015
- "La Zone d’intérêt ou la banalité du mal selon Martin Amis", Nelly Kaprièlian, Les Inrocks, 1 septembre 2015
- Martin Amis : "J'ai écrit La Zone d'intérêt dans une sorte de transe", propos recueillis par Eric Neuhoff et "Martin Amis affronte l'inexplicable", Eric Neuhoff, Le Figaro, 2 septembre 2015

- "La Zone d’intérêt, impact manqué", Natalie Levisalles, Libération, 18 septembre 2015.

Radio : inerviews

- "En terrain miné avec Martin Amis", Augustin Trapenard Boomerang, France Culture, 25 septembre 2015, 29 min
- Martin Amis et La Zone d'intérêt, Catherine Fruchon-Toussaint, Invité Culture, RFI, 1er octobre 2015, 6 min 30
- Martin Amis : "La satire, une forme littéraire très glaçante", Caroline Boué, La Grande Table, France Culture, 7 décembre 2015, 30 min.

Vidéos : interviews

- Martin Amis, une vie partagée entre ambition et anxiété, Euronews, Assises internationales du roman à Lyon, 25 juin 2013, 7 min 20
- Interview de Martin Amis à propos de La zone d'intérêt, Hachette, 14 août 2015 (l'utilisation d'une triple narration, le choix du titre), 5 min.
- La Grande Librairie, 24 septembre 2015, 13 min.

Zone d'intérêt : le roman et le film

Le film est inspiré plutôt qu'adapté du livre.

Pierre Lunn identifie dans un article "les différences entre le livre et le film" (Première, 6 février 2024). En voici quelques-unes :

- La version cinéma de La zone d'intérêt s'écarte considérablement de la construction complexe du roman et de ses personnages bouffons ou tragiques.
- Glazer maintient le spectateur à distance et opte pour une vision froidement objective.
- Contrairement au livre, le cinéaste ne franchit jamais les portes du camp.
- Se débarrassant des biographies fictives du livre - Paul Doll et sa femme Hannah - Glazer reprend les patronymes réels de Rudolf et Hedwig Höss, le véritable commandant d’Auschwitz et son épouse.
- Plus rien de vulgaire ici, plus de rivalités amoureuses ou d’intrigues sexuelles pathétiques…


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
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ouvert ¼
pas du tout
fermé !

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