![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
PREMIÈRE TRADUCTION : Quatrième de couverture :
"Quand jeus fini de ranger le bois, je demandai à
Mère de me donner un peu dargent. Jen fis des petits
paquets de cent yen, et, sur chaque paquet, jécrivis ces
mots : Toutes mes excuses. Une femme de laristocratie nippone doit quitter
pendant la guerre son hôtel particulier de Tokyo pour aller vivre
modestement dans un petit chalet de montagne. Sa fille Kazudo, mobilisée,
travaille la terre. Son fils, Naoji, revient de la guerre intoxiqué
par la drogue. Tous font face à « cette période de
transition morale » et clament leur révolte et leur désespoir.
Quatrième de couverture : Une femme de l'aristocratie nippone doit quitter pendant la guerre son hôtel particulier de Tokyo pour aller vivre modestement dans un petit châlet de montagne. Sa fille, Kazuko, mobilisée, travaille la terre. Son fils, Naoji, revient de la guerre intoxiqué par la drogue. Le frère et la sur se durcissent contre le malheur des temps et clament leur révolte et leur désespoir. NOUVELLE TRADUCTION :
|
Osamu DAZAÏ (1909-1948)
|
Sabine(avis
transmis)
Soleil couchant que j'ai lu de façon très fragmentée
ne m'a pas laissé un souvenir impérissable. J'ai eu quelques
flashs cinématographiques, mais rien d'assez forts pour que je
m'immerge vraiment dans l'histoire. Compte tenu de la présence
d'un lecteur "nipponisant", je m'abstiendrai de dire que ce
petit roman m'a gonflée. Bon saké à tous !
Fanny(avis
transmis)
Après
hésitation en ayant lu les deux extraits
envoyés par Claire, j'ai choisi la version des Belles Lettres qui
me semblait plus fluide.
Je me suis assez rapidement laissé emporter par ce roman et j'ai
été très touchée par le lien mère-fille.
J'ai également beaucoup aimé la construction narrative dans
toute la première partie du livre lorsque la narratrice se remémore
ses souvenirs. Je trouve que cela forme comme des boucles entre ses souvenirs
et le moment présent, ces deux dimensions temporelles se juxtaposant
parfois sans transition, comme si elles se faisaient l'une et l'autre
écho dans le cheminement de ses pensées.
J'ai trouvé qu'il y avait de beaux passages, avec une belle écriture.
Je serais curieuse d'entendre ce que cela rend avec l'autre traduction.
Par exemple chapitre 5 à propos des mains de sa mère "cette
main-là n'était pas la sienne ! C'était celle d'une
femme étrangère." et un peu plus loin "des
événements précis revenaient à ma mémoire
et mes pleurs se prolongeaient sans fin, et sans fruits".
Je serais curieuse de découvrir ce qu'il en est de la symbolique
du serpent au Japon.
J'ai par ailleurs trouvé très intéressant le personnage
du frère. À mes yeux insupportable sur la première
partie du roman, il prend progressivement autre dimension, en lien avec
son attachement à sa mère. Ses agissements se lisent d'une
autre manière lorsque celle-ci tombe malade et meurt. Le personnage
du frère prend un autre sens à la lecture de la lettre qu'il
écrit avant son suicide (exemple chapitre 7 : "j'ai
eu beau m'amuser, cela ne m'a jamais apporté la moindre joie")
Enfin sur un plan sociétal, j'ai trouvé intéressant
le portait de décadence financière et morale de cette famille,
d'autant que rien ni dans le fond ni dans la forme ne porte à poser
un jugement moral sur les personnages de ce roman.
J'ouvre aux ¾ car il manque cependant un petit quelque chose que
je n'arrive pas bien à nommer pour avoir été totalement
transportée et ouvrir en grand. La lecture de vos avis me permettra
peut-être d'y voir plus clair.
Annick
L(avis
transmis)
Je ne sais pas bien pourquoi ce livre m'est tombé des mains. Ce
n'est pas seulement à cause du manque de repères sociaux-culturels
qui m'auraient permis, très vite, de situer cette famille d'aristocrates
en pleine décadence, à la fois matérielle mais aussi
morale : entre le personnage de son frère, drogué et alcoolique,
dans un état de profonde dépression autodestructrice, qui
finira par se suicider, ou celui de la mère dont la lente agonie
est décrite avec force détails, personnage qui incarne visiblement
tout un monde en voie de disparition.
Le plus déroutant pour moi a été la forme choisie,
celle d'une sorte de journal, incarné à la première
personne par la voix d'une jeune femme, observatrice et actrice de ce
drame. C'est très factuel, très descriptif, très
plat, très monotone, jusqu'à la mort de la mère.
Ensuite, sans doute parce qu'elle a perdu le fil de ce qui donnait encore
du sens à sa vie, le récit devient désordonné
avec de longs soliloques durant lesquels elle cherche des modèles
qui pourront l'aider à se reconstruire. À partir de là,
j'ai franchement décroché devant le brouillamini des références
: du divin au marxisme révolutionnaire..., c'était trop
!
La fin de cette histoire, autour du personnage caricatural et odieux de
cet artiste dégénéré, a mis un terme à
mes tentatives pour m'y intéresser. Ou bien cette jeune femme est
totalement stupide ou bien c'est moi qui ne comprends rien à rien.
Mais je ne recommanderai cette lecture à personne.
Je l'ouvre à ¼ pour la nostalgie qui s'en dégage.
Jacqueline(en
direct)
J'ai commencé à lire ce livre dans l'édition
des Belles Lettres. L'effet m'a désarçonnée.
Je trouvais ça curieux ; trop japonais ? L'écriture
était inattendue et cela m'intéressait. Pensant à
une traduction maladroite, je suis allée voir l'autre
et je n'ai pas senti beaucoup de différences. Bref, un sentiment
d'étrange dû au livre et pas à la traduction.
Je n'accrochais pas beaucoup avec cette narratrice, complètement
dépendante, même si cela avait à voir avec le statut
de la femme au Japon et dans son milieu. Et puis, alors qu'elle m'avait
donné l'impression d'une très jeune fille, presque une ado,
voilà qu'on lui découvrait tout un passé
La mère est un très beau personnage, bien rendu dans sa
fragilité et sa tenue face aux circonstances. Tous les personnages
secondaires de femmes sont intéressants et bien rendus.
Le frère, Naoji, tient une grande place. Son personnage m'a beaucoup
intéressée, mais pas tout à fait à la première
lecture. Il m'a fait penser au David Segré de La
Storia, ce juif dans l'Italie de la dernière guerre, révolutionnaire,
anarchiste, en rupture avec sa classe et en décalage avec ceux
qu'il voudrait convaincre, qui finit aussi alcoolique et drogué
Je n'ouvre qu'à moitié, parce qu'a priori, le livre me résistait.
Par contre, dans l'après-coup, il ne me laisse pas du tout indifférente
et donne matière à réflexion.
Monique
L
C'est une fin de règne décrite avec le raffinement traditionnel
japonais. Tout y est raffinement : le ton, le maintien, la distance. Il
s'y dégage une grande sensibilité. C'est le désespoir
d'une civilisation en mutation qui reste subit le poids des traditions
et c'est ce qui donne un côté universel à ce texte.
Je le compare, en ce sens, aux grandes tragédies classiques. Ce
qui m'a marquée, c'est que cette déchéance ne se
limite pas à la perte des privilèges de cette aristocratie,
mais à la dépréciation de leur raffinement culturel
et de leur extrême sensibilité.
C'est un roman touchant où la quête de l'amour est très
présente. Les personnages sont tous intéressants.
Je me suis laissé porter par les analyses que fait Kazuko de son
quotidien et des présages qu'elle interprète (comme les
serpents). C'est une femme attachante qui, malgré son jeune âge,
se considère comme vieille, qui voudrait changer, voudrait être
"révolutionnaire" de sa vie et décider de ce qu'elle
veut. Elle fait face et croit encore en un avenir possible. J'ai eu du
mal à croire à son histoire d'amour à sens unique.
La mère est décrite comme totalement dévouée
à ses deux enfants, comme une personne digne, mais on sait peu
d'elle si ce n'est qu'elle est très raffinée et a toujours
été servie. La relation entre Kazuko et sa mère m'a
émue. La bonté de ses deux femmes transpire à chaque
page. J'ai été assez étonnée que ces femmes
distinguées qui ont toujours été servies puissent
se mettre aussi facilement au travail de la terre pour subvenir à
leurs besoins. L'épisode du début d'incendie est un épisode
marquant.
Je n'ai pas compris l'oncle. A-t-il été un profiteur ou
non de la situation ? Naoji est décrit comme un fils indigne, opportuniste
et opiomane, qui contracte des dettes contribuant à ruiner sa famille
tout du moins un peu plus vite. Mais c'est un être plus contrasté
que la guerre a transformé. Son retour, qui devait être une
fête, est bien au contraire un accélérateur de la
déchéance familiale. Il perd pied, dans cette société
qui n'a plus de place pour lui. À la fin il se révèle
être un être sensible et conscient de ce qu'il est. Sa lettre-testament
est un texte magnifique et très émouvant. Ça a été
une vraie surprise après la façon dont il s'est comporté
avec sa mère et sa sur. Il devient même attendrissant
quand il demande à être enterré dans le kimono de
sa mère.
Le style épistolaire de ce roman le rend plus efficace que ne l'aurait
fait un récit plus classique. Tout est peint avec un soin particulier
par petites touches.
J'ouvre aux ¾.
Renée
Ce court roman m'a beaucoup intéressée par le portrait de
ces aristocrates ruinés, exactement comme le Japon après
la guerre : destins parallèles.
L'écriture est très poétique, il y a de très
belles images.
L'auteur insiste sur la culture des personnages sur la peinture (sont
cités Monet, Renoir et Utrillo - je crois que c'est au Japon qu'il
y a le plus grand nombre d'Utrillo), ainsi que sur la littérature.
Ils ont gardé l'allure, la façon de se mouvoir, de s'habiller,
des aristocrates, à tel point que certains les croient étrangers.
D'autres les méprisent un peu : princesse de... Madame
de... je ne sais quoi...
La mère représente l'ancien régime : rien ne la touche
que ses enfants. Le fils représente la déchéance
: il rêvait d'écriture, mais sombre dans le désespoir,
la dépravation, ne supportant pas la culpabilité d'être
né aristocrate, sa seule issue est le suicide.
Ce n'est qu'en prenant son destin en main, et en agissant à l'inverse
de son éducation, que Kasuko pourra sortir de la pente descendante
sur laquelle elle se trouve. Kasuko assume sa situation. Elle se révolte
en lisant des révolutionnaires et elle élèvera un
bâtard ; elle est prête à travailler comme les gens
du peuple.
Une phrase (éd.
Belles Lettres, p. 140)
évoque le titre "Soleil couchant" : "Le
couchant dune vie. Le couchant de lart. Le couchant de lhumanité."
... couchant du Japon ? Et ensuite ? La nuit ou la renaissance avec
Kasuko et son bébé. Il semble chez Dasaï comme plus
tard chez Mishima qu'il y ait une esthétisation de la dépravation,
de la déchéance de soi, parallèlement à celle
du Japon. En conséquence : désespoir et suicide sont les
seules options.
J'ouvre aux ¾.
Manuel
Je complète mon avis après avoir terminé ma lecture,
ce qui n'était pas tout à fait le cas lors de notre rencontre.
Il y a beaucoup de références que je n'ai pas, comme lorsqu'on
regarde une estampe dont on ne comprend pas tout - le serpent par exemple
: merci à Antoine qui nous a expliqué que le serpent est
symbole de fertilité au Japon, ce qui apporte un éclairage
à l'épisode des ufs.
J'ai apprécié le mélange de types de narration :
épistolaire, narratif et poésie. Cela donne du rythme et
des ruptures dans le récit. Je ne me suis pas ennuyé.
Le contexte historique m'a énormément intéressé.
L'histoire se passe au sortir de la guerre. Le Japon est ruiné,
la présence américaine est évoquée par des
petits détails. Il en va de même pour cette famille, on la
devine, par petites touches, déchue et ruinée, proche de
l'empereur : ainsi, lors de la mort de la mère, sa coterie ne peut
se rendre dans la montagne car ils seraient trop nombreux.
Les deux enfants appartiennent à une génération perdue
; leur portrait est éclairant : ils prennent deux chemins différents.
L'un n'a pas renoncé à son statut d'aristocrate, ne s'est
pas "mélangé" avec le peuple, tandis que l'autre
décide d'avoir un enfant avec un roturier. Le fils possède
des livres marxistes que la fille lit : elle est convaincue concernant
la révolution et l'amour.
J'ai aimé les descriptions de la nature, c'est très beau
les évocations de changements de saison à travers la végétation
et la forêt.
La fille ne peut nier qu'elle vient de la ville malgré ses tentatives
de s'intégrer (avec ses travaux aux champs) : elle manque de brûler
sa propre maison !
L'auteur évoque aussi bien des références japonaises
qu'occidentales en peinture ou la littérature. Les références
à la religion chrétienne m'ont étonné. Je
pensais que la religion chrétienne avait été éradiquée.
Cela m'a rappelé le livre Silence
que nous avions lu ; c'est étonnant pour l'aristocratie.
J'ouvre aux ¾. C'était un voyage. La mère est bien
campée, j'ai beaucoup aimé l'épisode de sa mort qui
m'a rappelé celle de la grand-mère dans Proust ; c'est la
partie la plus émouvante du roman, de même que la lettre
du frère. Un roman étrange, froid. Le voyage en vaut la
peine.
Etienne
Mon avis rejoint celui de Fanny. J'ai beaucoup aimé cette lecture.
J'ai lu dans la première
traduction, dont l'aspect désuet est finalement parallèle
à la décrépitude de la noblesse.
Cette plongée dans le Japon d'après-guerre m'a beaucoup
plu, avec cette noblesse déchue. Le serpent ah oui, je n'avais
pas remarqué.
Je n'ai pas lu Mishima et cette esthétisation de la décadence
qu'évoque Renée est surprenante, intéressante.
Le rapport à la mère est lui aussi très intéressant.
On est tout de suite dans le vif du sujet.
Il y a de l'humour dont je ne sais pas s'il est au premier ou au second
degré, notamment quand le frère devient alcoolique.
Pour apprécier davantage le livre, pour que je m'attache aux personnages,
peut-être aurait-il fallu pour moi que le livre soit plus long :
j'aurais aimé être au zénith pour apprécier
la décadence. Il manquait quelques petites choses pour m'intéresser
aux personnages. J'ouvre aux ¾.
Claire
Je crois que ce qui résume le mieux mes impressions est le mot
ÉTONNEMENT...
D'abord, en main, un objet-livre splendide, avec sa couverture
légèrement glacée, son rabat délicat, qui
incite à des gestes lents correspondant bien au titre de la collection
"L'exception" des Belles Lettres ; et enfin des notes
en bas de page, sans avoir à tournicoter...
Quelles étonnantes premières pages sur la mère pour
ce chapitre qui se finit en boucle sur la cuillérée de soupe...
Après la Russie où nous sommes devenus experts en télègue
et tarantass, j'ai aussi aimé faire du tourisme et aller du salon
chinois à la pièce occidentale, imaginer les
paravents, le papier fin, les panneaux coulissants... : comme lorsqu'on
voyage, il y a ce qu'on voit et ce qu'on apprend, avec plein d'indices
sur le contexte historique liés à la vie des personnages
: la présence des Américains ("Pour
la soupe de ce matin, j'avais pris des petits pois en conserve distribués
par les Américains"), la noblesse finissante ("À
l'heure qu'il est, appartenir à la famille impériale ou
à la noblesse, ce n'est plus ce que c'était ; et pourtant,
si cela doit périr, j'ose le dire : périssons en beauté."),
les conséquences de la défaite du Japon ("depuis
la défaite, nous avons perdu toute confiance envers ces aînés,
et nous en sommes venus à nous demander si en toute chose, vivre
dans le vrai, suivre le bon chemin, ce n'était pas prendre le contre-pied
de leur enseignement.")
Tout comme dans nos romans russes, j'ai été épatée
par la présence familière de la culture étrangère
: Hugo, Dumas, Musset, Daudet ; Marie Laurencin, Monet, Renoir, Utrillo
; mais aussi Goethe et Nietzche, Lawrence et Byron ; et surtout Tchekhov,
La Mouette et La Cerisaie (évoquant aussi un monde
finissant ?) ; plus étonnants : l'évocation qu'on pisse
dans les couloirs à la cour de France et surtout les références
à La Bible, Jésus, Judas, Marie, la Pietà... Les
références non japonaises sont plus nombreuses que les Japonaises
("Pendant le voyage
l'oncle était de fort belle humeur et fredonnait des airs du répertoire
de Nô" ; "tu
es comme la petite fille du Journal
de Sarashina").
Très vite, j'ai dit chapeau ! au fait que le narrateur
soit une femme de façon parfaitement crédible - n'apprenant
qu'après que Dazaï s'est largement inspiré de son admiratrice
et amante, qui aspirait à avoir un enfant de lui, qu'elle eut en
échange de son carnet comme matériel d'écriture...
J'ai aimé le fait que le lecteur doive être attentif car,
sous l'apparence d'une prose simple, au détour d'une phrase des
éléments du passé ressurgissent donnant des clés
("Ma mère ne
m'avait jamais, au grand jamais, parlé de sa détresse jusqu'à
ce jour ; et ces violents sanglots étaient un spectacle qu'elle
ne m'avait jamais encore donné. Ni lorsque mon père était
mort, ni lorsque je m'étais mariée, ni lorsque j'étais
revenue enceinte chez ma mère, ni lorsque j'avais à l'hôpital
mis au monde un enfant mort-né ni, lorsque, moi-même malade,
je m'étais alitée, ni non plus lorsque Naoji s'était
mal conduit
non, jamais ma mère n'avait laissé voir
une telle détresse".)
J'ai apprécié que chaque chapitre forme un tout : avec une
nouvelle page, on passe vraiment à autre chose tout en étant
dans le même univers.
Le genre varie : récit, dialogues nombreux, lettres, journal ;
il y a de discrets commentaires sur la narration ("cette
histoire de bottes m'a entraînée dans une digression superflue"),
non sans humour, quand le frère donne une définition inattendue
: "Devant Goethe même
je peux en faire le serment : jai tous les artifices dun
écrivain. Construction irréprochable,
humour parfaitement dosé, pathos susceptible de mettre les larmes
aux yeux du lecteur ; ou encore ton solennel, prose édifiante,
à vous remonter
les bretelles,
comme on dit : bref, le roman parfait !). Et puis,
on a tout à coup des réflexions politiques incroyables de
la part de la narratrice qui veut la révolution...
J'ouvre aux ¾ : j'ai eu une baisse non pas d'intérêt
mais d'adhésion, à partir des lettres qui m'ont semblé
délirantes, difficilement crédibles, et de l'antipathie
ressentie pour le fils (bon d'accord ce n'est pas un sentiment très
littéraire).
J'avais lu un livre de la fille de Osamu Dazaï,
Yûko Tsushima, Territoire
de la lumière, des nouvelles qui ne sont pas vraiment des
nouvelles, étranges aussi, qui m'avaient beaucoup plu.
Enfin, j'ai trouvé extrêmement éclairant l'article
du traducteur sur la traduction de ce livre, éclairant au-delà
du livre, sur la littérature japonaise et le Japon.
Richard
J'ai toujours eu un grand intérêt pour le Japon. J'ai été
directeur d'une agence de publicité à Paris, mais une agence
japonaise : Hakuhodo. J'ai un peu appris le japonais.
J'ai commencé par la traduction en anglais avant de recevoir le
livre en français et la version française m'a semblé
meilleure, car la traduction anglaise employait des expressions désuètes.
Le livre, en tant que document sur les murs japonaises, est un très
bon document.
Les personnages sont intéressants, mais pas très convaincants
: le livre présente plus des représentations de style de
vie, que des personnages.
C'est facile à lire. Il y a des moments intéressants. J'ai
moi aussi aimé le premier chapitre. Quand la narratrice se met
à pourchasser l'écrivain, ce n'est pas très crédible.
J'ouvre à moitié pour la description du Japon.
Brigitte
Je ne connaissais pas du tout cet auteur. Le moins qu'on puisse dire c'est
qu'il est torturé, à l'image du personnage de Naoji.
Le début est très réussi avec l'image de la façon
dont la mère mange sa soupe. Le but est de nous montrer une caractéristique
du savoir-vivre de l'aristocratie japonaise. Cette classe sociale est
à l'agonie à l'issue de la deuxième guerre mondiale.
Le Japon a subi une grave défaite et toute la société
en est transformée. L'aristocratie est appelée à
disparaître.
Le destin de Naoji est l'emblème de cette décomposition
douloureuse. Sa sur Kazuko décide finalement de se donner
un avenir à travers l'enfant qu'elle porte.
Les détails de la vie de Kazuko et de sa mère et de leur
dégringolade sociale sont très typiques d'une certaine culture
japonaise que je découvre ici.
L'écriture est originale, intéressante et poétique.
Je citerai particulièrement ce passage sur le thème de l'arc-en-ciel
: "Ma première
lettre faisait allusion à un arc-en-ciel déployé
dans mon sein. Cet arc-en-ciel n'a pas la beauté fine de l'éclat
des étincelles ou des étoiles. S'il était aussi léger,
aussi lointain, je ne souffrirais pas de cette manière et il est
probable qu'avec le temps je vous oublierais. L'arc-en-ciel déployé
dans mon sein est un pont de flammes. La sensation en est si vive qu'elle
me brûle le sein. Le besoin de narcotiques pour un intoxiqué
privé de drogues ne peut être aussi pénible. Je suis
certaine que je ne me trompe pas, que ce n'est pas perversion de ma part
; mais, bien que j'en sois tout à fait persuadée, je frémis
parfois à la pensée que je peux être tentée
de commettre un acte extraordinairement fou."
Le personnage de Kazuko fait référence à Tourgueniev
(Récits
d'un chasseur), me rappelant les nihilistes de l'époque
où la Russie entamait la transition entre les Tsars et les Bolcheviques,
comparable à celle traversée par la Japon à la fin
des années 1940.
J'ouvre aux ¾.
Catherine
J'avais
très envie de lire ce livre et au final j'ai été
un peu déçue. J'ai commencé par lire la traduction
de
1961 : j'ai trouvé le style
assez désuet, l'abondance de passés simples m'a gênée.
J'ai ensuite lu celle de
2017 que j'ai trouvée plus
agréable, mais je ne sais pas quelle est celle qui correspond le
mieux au texte original.
J'ai plutôt aimé le début, les deux premiers chapitres,
le personnage de la mère, la façon de découvrir les
personnages petit à petit, par des détails, la soupe par
exemple. Il y a un côté poétique, de belles descriptions
de la nature, un peu d'exotisme et de magie, les serpents par exemple.
On assiste à la chute d'une famille aristocratique après
la guerre, décrite par petites touches. La fille est au service
de sa mère qui se tait et se laisse mourir, elle se débat
comme elle peut pour continuer à vivre, son frère se réfugie
dans l'alcool et la drogue. J'aurais dû être touchée
par ces personnages, mais je ne l'ai été que rarement, à
certains moments par les échanges entre Kazuko et sa mère,
au moment de la mort surtout. Le plus souvent je suis restée plutôt
extérieure. C'est très descriptif, assez froid, assez japonais
sans doute. La guerre est à peine évoquée, vue par
le prisme de cette famille aristocratique, le souvenir le plus notable
de Kazuko semble être d'avoir mis des bottes en caoutchouc, Naomi
n'a réussi à survivre que grâce à l'opium.
J'ai un peu décroché ensuite, l'obsession de Kazuko pour
ce vieil écrivain, ivrogne, édenté, plutôt
grossier et les lettres qu'elle lui adresse, m'ont paru assez peu crédibles.
J'ai raccroché avec le testament de Naoji, qui permet de mieux
comprendre son histoire et son désespoir, j'ai eu l'impression
d'entendre Dazaï s'exprimer par sa bouche. Le livre, très
noir dans l'ensemble, finit sur une note d'espoir et de renaissance.
Une impression mitigée au final, je suis peut-être passée
à côté de ce livre, considéré comme
un chef-d'uvre de la littérature japonaise. Je l'ouvre à
moitié.
Rozenn
J'ai bien failli passer à côté du livre.
La scène de la soupe m'a agacée. Et ce frère qui
fait des manières. Et la fille, dévouée ! Et le comble,
les lettres ! Quand je les ai lues, j'ai cru que je m'étais
trompée de bouquin. J'ai arrêté là.
Puis, quand je suis revenue au livre, je me suis rappelé qu'il
l'avait embrassée ; et qu'il était le maître de son
frère.
Elle n'a pas de mec. Elle a déjà perdu un enfant. Voilà
ce que je comprends : elle se fabrique un destin comme mère.
Les relations sont inexistantes : j'ai eu l'impression de me les fabriquer,
les relations entre les personnages : entre la mère et la fille,
la relation n'existe qu'au moment de la mort ; entre le frère et
la fille : en fait, avec sa lettre, on découvre qu'il aime sa sur.
Et l'oncle, il pique leurs sous ? J'avais du mal donc à comprendre
les relations. Le serpent je n'ai pas compris.
À la fin, j'ai beaucoup aimé que la fille reprenne en main
sa vie. Hier j'ouvrais au ¼. Ce soir j'ouvre aux ¾.
Françoise
Je fais partie des mitigées.
Je n'ai pas beaucoup accroché.
Mais certains aspects ont intéressée.
Cela m'a rappelé un des livres d'Ogawa, Le
restaurant de l'amour retrouvé, dont le titre est cucuchon
(mais ce n'est pas la traduction du japonais) ; il y a aussi une relation
mère/fille, ambiguë : elles vont ouvrir un restaurant dans
les montagnes ; j'y retrouve une certaine image du Japon, avec une ambiance
très pesante.
Je ne comprends pas qu'elle se soit fait faire un enfant par ce mec ;
c'est aussi une relation compliquée avec son frère. Le passage
obligé de son émancipation ?
Je n'ai pas été emballée par l'écriture.
La référence au catholicisme m'a étonnée :
était-ce la religion de l'aristocratie ?
J'ouvre à moitié.
Danièle
Cette lecture a été pour moi un enchantement. Dès
le début je suis tombée sous le charme, séduite par
les merveilleuses descriptions des gestes quotidiens, de l'osmose entre
la nature environnante et les sentiments des personnages, et aussi, dans
une moindre mesure, par la personnification des animaux familiers. Pour
exemple, ces réflexions de Kazuko, la narratrice (p.
62 dans la traduction
de Didier Chiche) :
"Mais tout en tricotant
[la laine du foulard retrouvé], il m'a semblé qu'à
ce rose pâle se mêlait la couleur cendrée du ciel pluvieux,
et que cela donnait une harmonie chromatique d'une inexprimable douceur.
C'était une chose que j'ignorais : oui, l'importance qu'il pouvait
y avoir à accorder la couleur d'un costume à celle du ciel
m'avait jusque-là échappé. L'harmonie
quelle
belle, quelle merveilleuse chose ! songeais-je, quelque peu étonnée
de ma découverte et tout étourdie." Poésie
pure du quotidien, avec cette laine toute en nuances de couleurs assorties
au ciel nuageux, évocatrice d'un temps oublié puis retrouvé
! C'est très proustien ! D'ailleurs la question s'est posée
de savoir si Dazaï avait lu Proust, son contemporain. Il semble que
non, d'après Chat GTP...
Souvent aussi, dans le roman on retrouve la poésie de l'inattendu.
On lui a prêté des livres politiques, qu'elle n'a pas lus.
Pour s'excuser, elle dit (p.
112) qu'elle n'a pas aimé la couverture...
Peut-on dire de la mère qu'elle est froide et n'inspire pas la
sympathie ? Je ne le pense pas. J'ai trouvé au contraire dans son
comportement une retenue et une pudeur qui font toute sa personnalité
et toute sa force. C'est par respect pour les autres qu'elle n'affiche
pas ses sentiments, ce qui est sans doute typique de la culture japonaise.
Elle laisse son fils libre d'agir, sans pour autant se désintéresser
de lui. "Naoji est chez
Mme Saki, en train de boire, lui ai-je dit. Et ma mère, esquissant
un sourire, m'a répondu : - Ah bon. C'est qu'il ne prend sans doute
plus d'opium
"
Cependant, involontairement, elle est parfois cruelle envers sa fille
en montrant par certains actes où certaines réflexions qu'elle
le préfère à sa fille : "Cette
nuit nous dormirons tous les trois dans cette pièce. Place le futon
de Naoji entre nous deux. - J'avais envie de pleurer".
Tout ce que dit ou fait la mère est empreint d'une certaine élégance
(aristocratique ?). C'est ainsi que le charme opère sur sa
fille.
Kazuko est-elle pour autant une fille soumise ? Il me semble que c'est
une plutôt une femme en pleine émancipation que l'on voit
ici, une femme moderne, qui gère sa vie. Par respect pour sa mère
mourante elle diffère, mais n'abandonne pas, son intention de poursuivre
l'homme dont elle est tombée amoureuse, Uehara.
Tandis que son frère termine sa vie sur une magnifique lettre à
sa sur en affichant en conclusion "je
suis un aristocrate" (et peut-être fier de l'être,
finalement ?), sa sur fait le chemin inverse. Elle vit la révolution
marxiste à sa manière, de l'intérieur, en passant
par son vécu, elle qui tombe d'amour fou pour Uehara : "La
Révolution, je n'y ai jamais rêvé ; je n'ai même
pas été amoureuse. Jusqu'à présent, dans notre
monde, nos aînés nous avaient enseigné que la Révolution
et l'amour étaient les deux choses les plus folles et les plus
haïssables qui existent", puis
: "la Révolution
et l'amour, c'est en fait ce qu'il y a de meilleur au monde, c'est si
exquis et si merveilleux que par malveillance, nos aînés
nous ont enseigné, mensongèrement, que ce n'étaient
là que des raisins verts. Je veux m'accrocher à cette conviction
: c'est pour l'amour et pour la Révolution que l'homme est sur
cette terre" (p.
113).
J'ai aimé le contexte historique d'après-guerre au Japon,
qui m'en a appris sur le Japon de cette époque.
J'ai été surprise par la quantité de références
à l'art et la religion occidentale.
Mais je n'ai pas vraiment compris quand et comment elle a pu tomber amoureuse
d'un être tel que Uehara.
J'ouvre donc aux ¾.
Jérémy
Avant la lecture : J'étais assez enthousiaste
à l'idée de lire ce livre. Je pensais n'avoir jamais lu
d'auteur japonais mais j'ai commencé à lire Confession
d'un masque de Mishima. En plus, le livre est édité
dans la collection "L'Imaginaire" de Gallimard, ma collection
préférée. J'ai choisi la
"vieille" traduction bien sûr, que je trouvais
plus épurée que la
moderne, et par amour pour le passé simple aussi.
Après la lecture : J'ai beaucoup aimé le premier
chapitre, cette histoire de soupe, ça m'a tout de suite pris. Je
me suis dit "Ah, ça va être très élégant,
très chic !".
Assez vite pourtant, j'ai déchanté. Je trouve le
livre globalement très noir, crépusculaire, désabusé.
Cela m'a laissé un arrière-goût amer. Je pense que
c'est trop pour moi, ou alors que ce n'était pas le bon moment.
Ce côté sombre et ma déception ont peut-être
également été renforcés par le fait que j'avais
bien aimé le début du livre et que je ne m'y "attendais"
pas.
L'atmosphère m'a fait penser, dans cette espèce de complaisance
envers la dépravation morale et la déchéance physique,
au Feu
follet de Drieu la Rochelle, avec des personnages drogués,
alcooliques, dans un milieu interlope. C'est en tout le souvenir que j'en
ai gardé.
J'ai bien aimé la relation mère-fille, complexe, mais à
mon sens pleine de tendresse et d'amour, faite de petits gestes, comme
les repas préparés avec amour par la fille qui fait en sorte
de se procurer les aliments que sa mère apprécie le plus.
Le triangle formé avec le frère m'a fait penser à
Un
barrage contre le Pacifique. Même si les personnages et
les relations qu'ils entretiennent n'ont rien à voir, hormis le
fait que, dans le Barrage aussi, la mère préfère
son fils à sa fille et que le fils est lui aussi dépravé,
d'une autre manière, et méchant également. Par exemple
lorsque Naoji dit à sa sur : "Tu
t'es vulgarisée. Ta figure semble être celle d'une femme
qui a deux ou trois hommes." Charmant !
L'écrivain dégueulasse qui est le maître de Naoji
et dont Kazudo s'entiche m'a fait penser à Gainsbourg, c'est vraiment
lui que je voyais en lisant. On ne comprend vraiment pas ce qu'elle lui
trouve, encore moins pourquoi elle tient absolument à avoir un
enfant avec lui, voire un enfant tout court. La fin du livre est encore
plus incompréhensible pour moi ! Page 200 : "Jaimerais
que votre épouse prenne mon enfant dans ses bras
une seule
fois suffirait
et que vous me permettiez de dire alors : 'Naoji
a, en secret, eu cet enfant dune certaine femme.'''
Cela n'a ni queue ni tête.
En lisant le livre, j'ai aussi pensé aussi à Cioran, à
De
l'inconvénient d'être né, avec ces phrases :
"En tout cas, on peut
être sûr dune chose : lhomme doit feindre
pour continuer à vivre" ou encore "la
vie est trop douloureuse, la réalité confirme la croyance
universelle que mieux vaudrait nêtre pas né."
C'est vraiment désabusé, cynique. Je crois
que j'y suis resté assez extérieur.
Pourtant, il y a de très beaux passages, des moments très
poétiques que j'ai vraiment appréciés. J'ai beaucoup
aimé cette histoire de serpents.
J'ai été un peu déconcerté par la forme également,
ces longues lettres et le mode narratif, la ponctuation, et la chronologie.
Parfois je ne savais plus si nous étions au temps présent
ou dans le passé.
Enfin, je n'ai pas aimé la dernière longue lettre de Naoji,
je ne suis pas allé jusqu'au bout. J'ai trouvé que c'était
trop plaqué, trop programmatique. On sent vraiment l'écrivain
qui a voulu placer sa petite théorie et bien faire comprendre "Ceci
est mon personnage marxiste".
Bref, je ne trouve pas cela très subtil et je n'aime pas ce genre
de procédés.
En définitive, j'ouvre ¼, pour certains beaux passages.
Antoine
Je n'ai pas lu la dernière traduction de Didier Chiche. Il y a
une mode de retraduire certaines uvres japonaises pour faire un
coup marketing. Les Belles Lettres abusent un peu de cela. J'ai même
trouvé des coquilles dans leur retraduction d'un autre ouvrage
de Dazaï, Déchéance
d'un homme : j'aurais mieux fait de prendre le Poche
plutôt que la nouvelle édition à 24 €...
J'ai donc lu dans la première traduction qui m'a plu.
C'est un auteur qui fait partie des grands du XXe siècle au Japon
avec Soseki
et Akutagawa
(un prix prestigieux
porte son nom). Non pas Mishima - les Japonais ne le lisent pas, c'est
l'Occident qui a fait le succès de Mishima. Et j'allais oublier
Kawabata.
Soleil couchant, c'est pour moi c'est un roman total, avec
tous ses thèmes : la fin de l'aristocratie, l'artiste déchu,
les références à Marx, la mort de la mer, le suicide...
C'est traité d'une manière fluide et cohérente :
c'est une performance et il a été pris comme tel au Japon.
Ça a été un succès incroyable. Et peu après
l'auteur s'est suicidé. La lettre du fils dans le roman est une
sorte de testament de l'auteur.
Le roman est froid ? L'aristocratie, c'est la froideur au carré.
Ce n'est pas froid, au contraire, c'est chaleureux. Il y a des symboles
certes : le serpent est maléfique chez les Chrétiens et,
au Japon, symbole de fécondité.
J'ai étudié le livre en cours : le prof expliquait qu'il
était parvenu à une épuration du style qu'il n'avait
pas début. Bref, c'est une espèce de chef-d'uvre.
Pour ce qui est de la narratrice, l'excentricité passe très
bien au Japon. Pour moi, le livre est très féministe, Kazuko
est divorcée, elle a un bébé toute seule et l'auteur
écrit du point de vue d'une femme.
J'ai aimé également les nouvelles de Dazaï dans Cent
Vues du mont Fuji.
Monique S (ancienne du groupe
devenue spécialiste de haïku, et lauréate de concours
au Japon !)
J'ai lu vos avis. L'histoire me fait penser à mon amie Atsuko,
qui vit à Paris maintenant. Elle était d'une famille de
samouraïs, et elle a vécu tout ce cheminement : son grand-père
fut le premier homme de la famille à travailler pour vivre ;
sa grand-mère est restée fidèle à elle-même
et lui a donné toute la culture japonaise traditionnelle, malgré
tout.
Atsuko a grandi dans les années d'après-guerre, quand les
Américains occupaient le pays durant 10 ans. Elle pensait que c'étaient
comme des dieux, qui savaient comment vivre...
Mais dans sa vie, elle a vécu ensuite à Bruxelles, puis
en Californie (et la Chine après) : quand elle a découvert
la vie américaine, toutes ses pensées d'enfance se sont
effondrées : et elle a compris alors la force et la profondeur
de la culture japonaise.
Par ailleurs, elle est chrétienne ! si ! si. Et pas comme
certains Occidentaux le pensent pour pouvoir s'inscrire dans les grandes
écoles. Il n'était pas rare que les samouraïs deviennent
chrétiens, car ils vivaient avec l'idée de la mort toute
proche, et seule la religion chrétienne leur donnait un espoir
de vie éternelle.
DES
INFOS AUTOUR DU LIVRE Repères biographiques Livres traduits en français Radio et images Traducteurs et traduction Le genre watakushi shishosetsu Quelques éléments historiques Livres japonais lus dans le groupe |
REPÈRES BIOGRAPHIQUES |
Présentation rapide par le traducteur Didier Chiche
"Dazai est considéré comme
le type même de lécrivain décadent
(terme dailleurs souvent transcrit tel quel en japonais),
du marginal assumé et même revendiqué. Ce qui le caractérise,
cest le mal de vivre et la haine de soi. De fait, Dazai a toujours
été en en situation de rupture : rupture dabord avec
son milieu dorigine, une riche et puissante famille du Japon septentrional
; rupture avec le milieu littéraire de son temps ; rupture enfin
avec lui-même, avec la vie, puisquil a tenté plusieurs
fois de se suicider et que la dernière fois a été
la bonne, si lon peut dire (cétait en 1948, lorsque
lécrivain à succès quil était
devenu incarnait justement le désarroi dun pays détruit).
Ce qui marque son uvre, cest le culte de la souffrance et
la recherche de lexil affectif et intellectuel. Autant déléments
constitutifs du personnage quil se compose non sans un certain narcissisme.
À ce mal de vivre complaisamment affiché, Dazai ajoute un
nihilisme souriant, faisant montre plus dune fois dun humour
cruel et désabusé. Tout cela aboutit à une uvre
au ton très singulier et qui ne raconte le plus souvent que des
échecs."
Des détails
- 1909 : Naissance dans une province retirée
du nord du Japon. Il est le dixième enfant dune riche famille
de propriétaires terriens et de banquiers ; son père est
membre de la Chambre des pairs.
Père et mère
Photo
prise en 1920 : il est le deuxième en partant de la gauche
- Après la mort de leur père en 1922,
son frère Bunji prend en charge la famille et deviendra le principal
soutien financier de Dazaï.
- À 16 ans, il publie dans le magazine du collège sa première
nouvelle critique inspirée de sa famille.
- 1929 : Première tentative de suicide, suite à celui de
son écrivain favori, Ryunosuke
Akutagawa.
- 1930 : Dazaï
s'inscrit à l'Université impériale de Tokyo pour
étudier la littérature française ; ses études
sont marquées par ses difficultés personnelles, il néglige
ses cours et il abandonnera sans obtenir de diplôme.
En attendant..., il se jette à la mer avec une jeune hôtesse
de bar : elle meurt, il en réchappe ; il
sen inspirera plus tard pour la nouvelle La Fine Fleur des Bouffons.
Il adhère au Parti Communiste, alors interdit au Japon, et
mène une vie clandestine. Il se marie avec une apprentie geisha
de 18 ans, Hatsuyo, à qui il apprend à lire. Inculpé
pour ses activités communistes, il cesse toute activité
militante, condition fixée par son frère pour le pensionner.
- 1933 : Paraît la nouvelle Le Train, la première
quil signe de son nom de plume, où il expérimente
pour la première fois le watakushi shosetsu, genre autobiographique
écrit à la première personne, dont il deviendra un
des représentants les plus éminents.
- 1935 : Une appendicite aggravée lui fait découvrir la
morphine et il devient toxicomane. Alors quil est nominé
au 1er Prix Akutagawa, Kawabata écrit dans la presse : "Je
pense que les nuages de scandale suspendus au-dessus de la vie privée
de Dazaï nuisent à son génie." Réponse
de Dazaï : "Je le poignarderai. Ce nest quun
scélérat !" ; Kawabata sexcuse. Il publie
à 26 ans son premier recueil de nouvelles, Mes
dernières années. Il apprend que son épouse
le trompe. Ils tentent de se suicider ensemble puis divorcent.
- 1939 : Il se remarie avec une professeure de collège, Michiko
Ishihara, et se stabilise. Premier prix littéraire pour Le Train (in
Cent
Vues du mont Fuji). Dazaï commence à publier énormément.
- 1941 : Naissance de sa fille Sonoko qui lui donne lespoir dune
vie "normale". Ils auront avec Michiko un garçon, Masaki
en 1944 et une autre fille, Satoko, en 1947 qui fera une carrière
décrivain sous le nom de Yuko
Tsushima. Souffrant de la tuberculose, Dazaï est exempté
de service à lentrée en guerre du Japon.
- 1944 : Dans Pays
Natal, il raconte les retrouvailles avec les anciens domestiques
de sa riche famille.
- 1946 : À partir des carnets tenus par Shizuko Ota, admiratrice
de lauteur, enceinte de lui, il commence à écrire
Soleil couchant (leur enfant, Haruko Ota, publiera un livre sur
cette filiation : père écrivain Dazaï et mère
poétesse Shizuko Ota...)
- 1947 : Au sommet de sa popularité, il publie après-guerre
ses récits les plus marquants, telle la nouvelle La
femme de Villon (1947). D'abord publié
sous forme de feuilleton dans un magazine entre juillet et octobre 1947,
le roman Soleil
Couchant devient immédiatement un bestseller. Luvre
donne naissance à lexpression "les gens du soleil couchant"
qui désigne la société impériale en déclin.
Dazaï est désormais célèbre, particulièrement
auprès de la jeunesse.
- Dazaï, qui sombre dans lalcoolisme,
voit sa santé se détériorer rapidement. Il a quitté
femme et enfants en 1948 pour sinstaller avec Tomie Yamazaki, jeune
veuve de guerre exerçant le métier desthéticienne.
Il écrit alors le roman La
Déchéance dun Homme. Il commence à
rédiger un nouveau texte Goodbye
quil laissera inachevé. Le 13 juin,
après avoir absorbé des médicaments, Dazaï et
Tomie se jettent dans le canal Tamagawa. Les corps
sont retrouvés le 19 juin, jour du 39e
anniversaire de lécrivain. Tous les 19 juin, ses admirateurs
se réunissent sur sa tombe, sur laquelle ils déposent bouteilles
de bière, cigarettes et autres offrandes.
LIVRES TRADUITS en français |
Dans l'ordre chronologique de publication, avec, entre parenthèses, la date de publication au Japon :
-
Mes dernières années (1936), 15 récits, trad.
Juliette et Yuko Brunet, Fayard, 1997.
- Pays natal (1944),
trad. Didier Chiche, Picquier, 1995 ; publié en Poche avec la même
couverture sous le titre
Retour à Tsugaru, Poche, 2022.
- Les deux bossus (1944), quatre contes (Les deux bossus, Monsieur Urashima, Le mont Crépitant, Le moineau à la langue coupée), trad. Silvain Chupin, Picquier, 1997 ; rééd. sous le titre Le mont crépitant, Picquier, 2009.
- La
femme de Villon, trad. Paul Anouilh, Bulletin de l'Association
des Français du Japon, 1969 ; rééd. Sillage,
2017.
- Nouvelle traduction et édition : La femme de Villon
(1947), trad. Silvain Chupin, éd.
du Rocher, 2005.
- Soleil
couchant : crépuscule de l'aristocratie (1947),
trad. du japonais par Hélène de Sarbois
et G. Renondeau, Gallimard, coll. Du monde entier,
1961 ; rééditions coll. L'imaginaire 1986 ; L'imaginaire
1993
- Nouvelle traduction et édition : Soleil
couchant, trad. Didier Chiche, Les Belles Lettres, 2017.
- La
déchéance d'un homme (1948),
trad Gaston Renondeau, Gallimard, coll. Du monde entier,
1962 ; rééd. coll. Connaissance de l'Orient, 1990 ; rééd.
Imaginaire, 1967.
- Nouvelle traduction et édition, La
déchéance d'un homme, trad. Patrick Honnoré,
ill. Aline Zalko, annexes Isabelle Lavelle et Guillaume Loiret, IMHO,
2022.
- La déchéance
d'un homme, manga de Usamaru Furuya, IMHO, 2022
- La
déchéance d'un homme, manga seinen de Junji Itô,
Delcourt Tonkam : Intégrale, 2024 ou trois tomes, 2021-2022.
- Nouvelle traduction et édition : Déchéance
d'un homme
suivi de
Goodbye (1948), deux
romans traduits et présentés par Didier Chiche, Belles Lettres,
2024.
- Écolière suivi de La Boîte de Pandore (1933-1946), trad. Hervé Audouard, éd. Motifs, 2018.
- Bambou-bleu et autres contes (1933-1948), trois
contes (Bambou-bleu, Lanternes romantiques, À propos d'amour et
de beauté), trad. Hélène Morita, Serpent à
plumes, 2008.
- Nouvelle édition : Bambou
bleu et autres contes, Cambourakis Poche, 2019.
- Cent
vues du mont Fuji (1933-1948), 19 récits, trad. Didier
Chiche, éd. établie par Ralph F. Mc Carthy, Picquier, 1993
; Poche, 2003 ; rééd., 2021.
- Souvenirs de saké (1948),
trad. Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré, in Le Club des Gourmets
et autres cuisines japonaises, P.O.L., 2013, poche, 2019.
RADIO et IMAGES |
- "Osamu
Dazaï, le retour à la vie", Aurélie Charon,
L'Expérience, France Culture, 14 septembre 2024, 57 min.
Des variations personnelles, mais aucunement une biographie en ondes.
- Présentation en
images d'Osama Dazaï, Luministe sur YouTube, 2020 (depuis, plusieurs
titres sont ressortis, sans compter les bd), 7 min. Voilà
des informations bien plus claires !
- Hélas, La Vie murmurée, film documentaire de Marie-Francine
Le Jalu et Gilles Sionnet, sorti en salles, en 2011 est inaccessible :
la bande annonce ici.
- En anglais, un documentaire de NHK World-Japan sur YouTube ici.
TRADUCTEURS et TRADUCTIONS |
Ils sont nombreux.
Certains ont des parcours particuliers...
N'ont traduit qu'un seul livre de Dazaï
:
- Juliette et Yuko Brunet : Mes dernières années
- Hervé Audouard : Écolière suivi de La
Boîte de Pandore
- Hélène de Sarbois avec G. Renondeau : Soleil couchant
- Paul
Anouilh (prêtre missionnaire au Japon) : La femme de Villon
- Hélène
Morita (a enseigné la littérature française au
Japon, traductrice, notamment de Haruki Murakami) : Bambou bleu et
autres contes
- Patrick Honnoré (diplômé en japonais, enseignant
à Tokyo, spécialisé dans la traduction de BD, directeur
de la collection Picquier Manga) : La déchéance d'un
homme (en bd).
Deux livres traduits
:
- Gaston Renondeau
(militaire au Japon et traducteur) : Soleil couchant, La déchéance
d'un homme
- Silvain
Chupin (traducteur) : Le
mont crépitant, La femme de Villon.
Plusieurs titres traduits, dont Soleil Couchant, par Didier Chiche (professeur à l'Université à Kôba, traducteur) : Retour à Isugaru, Les deux bossus, Soleil Couchant, Déchéance d'un homme, Goodbye, Cent vues du mont Fuji.
À propos de Soleil couchant :
Deux traductions
sont disponibles :
- 1961
: de Gaston Renondeau et Hélène de Sarbois
- 2017
: de
Didier Chiche, avec un avant-propos
et une postface.
"Jai
pris linitiative de proposer une nouvelle traduction de son texte
le plus connu : Shayô (en français Soleil couchant),
roman publié au Japon en 1947. Une première traduction de
Soleil couchant a été donnée au public français
au début des années soixante. Pourquoi alors retraduire
ce texte ? La traduction déjà existante se lit toujours
avec plaisir et intérêt. Simplement, il me semble que cette
traduction est fondée sur des a priori littéraires qui auraient
mérité dêtre remis en question",
précise Didier Chiche dans son article "Une
réécriture sous contrainte : la traduction dun roman
japonais (Soleil couchant, de Dazai)", revue Trans
(Revue de littérature générale et comparée),
n° 22, 2017.
On voit, dès la première page, des différences et
on a la chance d'avoir, dans un de ses articles, un commentaire sur ses
choix par Didier Chiche.
1961, H. de
Sarbois et G. Renondeau
Mère
poussa un faible cri. |
2017, Didier
Chiche
Le matin,
dans la salle à manger, ma mère, ayant lestement aspiré
une cuillerée de soupe, a lâché un petit cri : Ah ! Un cheveu ? lui ai-je demandé, pensant quelle avait vu quelque chose de déplaisant tombé dans son assiette. Non, a-t-elle répondu. Et comme si de rien nétait, elle a repris une cuillerée de soupe dun geste toujours aussi leste ; puis, tournant la tête dun air serein, elle a fixé, par la fenêtre de la cuisine, le cerisier de montagne en pleine floraison, et dans cette position, a fait glisser avec une agilité gracieuse une autre cuillerée de soupe entre ses lèvres fines. Agilité gracieuse : oui, pour ma mère, cest bien le mot ; absolument rien à voir avec ce quon trouve par exemple dans les magazines féminins sur les bonnes manières de table. Un jour que mon frère Naoji était en train de boire, il sétait tourné vers moi, son aînée, et mavait dit : "Ce nest pas le titre qui fait la noblesse, voyons ! Même sans être titrés, il y a des gens qui sont touchés par une grâce innée : des nobles, des vrais ! Et puis il y a ceux qui sont comme toi et moi : le titre, ils lont, mais en fait, bien loin de le mériter, ils sont tout en bas de léchelle ou presque !" |
Commentaires du traducteur Didier Chiche
: La question cruciale qui se pose et qui déterminera toute
la réécriture en français de ce texte, cest :
où est la narratrice ? Où se situe-t-elle par
rapport à ce quelle raconte, cest-à-dire
quand ? Sagit-il dun journal, cest-à-dire
dun récit écrit au jour le jour, dun
témoignage quotidien, ou bien est-ce un récit de souvenirs,
cest-à-dire un récit écrit avec un certain
recul par rapport aux événements ? Au début,
on ne le sait pas : la première scène, celle du petit
déjeuner, commence par le mot japonais : asa, qui
signifie matin. Un matin, le matin ? Ce
matin ou ce matin-là ? Ambiguïté ; mais
au départ le lecteur français aurait spontanément
tendance à considérer que cest un souvenir plus
ou moins lointain. |
Didier Chiche a également écrit : "Visages de la marginalité chez un intellectuel japonais - le cas Dazai", in Étrangeté de lautre, singularité du moi : les figures du marginal dans les littératures, dir. Ève Feuillebois-Pierunek et Zaïneb Ben Lagha, Classiques Garnier, 2015.
LE GENRE watakushi shishosetsu |
D'où vient le watakushi
shôsetsu ?
Philippe Forest, romancier représentant de l'autofiction, lauréat
de la Villa Kujoyama, sorte de Villa Médicis japonaise, affirme
d'une manière qui peut paraître assez abrupte, dans le cadre
d'un colloque à Cerisy sur les lisières de l'autofiction
: "dès les premières années du XXe siècle,
s'invente au Japon un genre baptisé donc watakushi shôsetsu
(littéralement : "roman du je"), né de l'influence
soudaine exercée sur les écrivains japonais par l'idée
en partie erronée que ceux-ci se font de la modernité européenne,
se revendiquant d'un naturalisme qui n'est aucunement celui de Zola (avec
son projet de produire scientifiquement une sorte de panorama objectif
de la réalité sociale) mais dont la figure tutélaire
est étrangement celle de Rousseau (avec son ambition emphatiquement
exprimée en tête des Confessions d'exprimer la vérité
subjective d'une conscience témoignant, devant Dieu et devant les
hommes, pour toutes les autres). D'une telle méprise naît
donc le watakushi shôsetsu, forme spécifiquement japonaise
du roman autobiographique et qui n'a cessé depuis lors et jusqu'à
aujourd'hui, à travers toute une histoire complexe et controversée,
faite d'éclipses et de retours, de constituer l'un des principaux
genres de la littérature concernée." ("Watakushi
shôsetsu et autofiction : quelques notes en marge dun texte
fameux de Kobayashi Hideo", Lisières de lautofiction,
dir. Arnaud Genon et Isabelle Grell, Presses universitaires de Lyon, 2016)
Quelles sont les différences
entre l'autofiction et le watakushi shishosetsu ?
Ils impliquent toute deux une narration à la première personne
et se fondent sur les expériences personnelles de l'auteur.
Ils se distinguent par leurs origines culturelles bien sûr, leurs
objectifs et leurs techniques narratives.
- L'autofiction est un terme créé par l'écrivain
français Serge Doubrovsky en 1977. Ce genre littéraire combine
l'autobiographie et la fiction, permettant à l'auteur de se raconter
tout en intégrant des éléments fictifs. L'autofiction
dépasse les limites de l'autobiographie traditionnelle en permettant
une exploration plus libre et créative de l'identité et
de la mémoire.
Elle brouille les frontières entre réalité
et fiction et permet d'utiliser des techniques narratives inventives,
avec notamment des ruptures temporelles. Elle est souvent marquée
par une certaine distance ironique et une réflexion méta-narrative
sur le processus d'écriture lui-même. L'autofiction encourage
une lecture active et critique, incitant le lecteur à questionner
la véracité des événements décrits.
- Le watakushi shishosetsu, également connu
sous le nom de "roman du je", est apparu au Japon au début
du 20e siècle. Ce genre littéraire est étroitement
lié au mouvement
littéraire Shirakaba, inspiré par l'individualisme et
l'expression personnelle. Les auteurs de watakushi shishosetsu
s'efforcent de représenter leur vie intérieure et leurs
expériences personnelles sans recours à la fiction.
Le watakushi shishosetsu est souvent caractérisé
par une écriture simple et directe, qui cherche à révéler
la sincérité de l'expérience humaine. Les récits
suivent un déroulement chronologique. Les descriptions détaillées
de la vie quotidienne et les interactions interpersonnelles sont courantes
dans ce genre.
QUELQUES ÉLÉMENTS HISTORIQUES |
La noblesse japonaise
Le kuge
constituait la classe aristocratique japonaise qui a dominé
la cour impériale de la capitale Kyoto jusqu'à l'avènement
du shogunat
au XIIe siècle : ce sont alors les daimyos,
les seigneurs féodaux, qui dominèrent.
Le kuge continua de former une cour restreinte
autour de l'empereur jusqu'à la restauration Meiji.
En 1869, les oligarques de la période Meiji, dans le cadre de leurs réformes d'occidentalisation du système politique, fusionnèrent le kuge et les daimyos en une seule classe aristocratique : le kazoku, qui comporte 5 titres de noblesse, inspirés de la noblesse britannique : prince ou duc, marquis, comte, vicomte, baron.
La Constitution actuelle du Japon, datant de 1947, abolit le kazoku et met fin à l'utilisation des titres de noblesse en dehors de la famille impériale. Néanmoins, les descendants des anciennes familles du kazoku continuent à occuper des postes de première importances dans la société et l'industrie.
La capitulation japonaise
- Le 8 mai 1945 : lAllemagne nazie signe ses actes
de capitulation mettant fin aux opérations militaires en Europe.
- Le 9 juillet : les Américains planifient lopération
Downfall destinée à envahir larchipel du
Japon.
- Le 26 juillet : depuis la conférence
de Potsdam, ultimatum aux Japonais.
- Le 29 : déclaration du Premier ministre nippon, interprétée
comme une volonté d'ignorer cet avertissement.
- Le 2 août 1945 : quittant Potsdam, le président américain
Harry Truman apprend que la première phase de lopération
Downfall consistant en linvasion de l'île de Kyushu prévue
pour novembre 1945 est compromise par laugmentation des forces de
larmée japonaise sur lîle. Loption Bombe
A est alors retenue.
- 6 et 9 août 1945 : bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki.
- 9 août : décision de l'empereur Hirohito dordonner
la fin des combats après l'entrée en guerre de l'Union soviétique
dans les territoires contrôlés par le Japon, débutant
par la Mandchourie.
- Dans la nuit du 9 au 10 : lors d'une conférence, lEmpereur
annonce sa décision de se rendre à lultimatum des
Alliés.
- Le 12 : Hirohito informe officiellement la famille impériale
de sa décision.
- Le 14 : un petit groupe de militaires opposés à la reddition
tente de subtiliser lenregistrement sur disque phonographique qui
venait dêtre effectué.
- Le 15 : le disque sur lequel la déclaration fut gravée
est diffusé sur les ondes de la radio nationale japonaise, bien
que ce jour-là un deuxième groupe de mutins tente, sans
succès là aussi, de prendre le contrôle de la station
de radio. Pour la première fois, plusieurs millions de Japonais
entendirent la voix de leur souverain, mais ne purent saisir tout le sens
des déclarations de lEmpereur, celui-ci sexprimant
dans un japonais archaïque, utilisé uniquement dans lancienne
cour impériale, et qui était donc incompréhensible
pour le commun de la population. De plus, lenregistrement audio
de mauvaise qualité et lEmpereur ne faisant pas directement
référence à la capitulation et à la défaite,
mais plutôt à lacceptation des termes de la conférence
de Potsdam, ajoutèrent à la confusion. Un commentateur japonais
de la radio expliqua clairement aussitôt après la diffusion
du discours le sens du message aux auditeurs, à savoir que le Japon
avait perdu la guerre et que celle-ci était enfin terminée.
- Le 17 : Hirohito ordonne aux soldats et marins de déposer les
armes et lie sa décision de procéder à la reddition
à linvasion soviétique de la Mandchourie, passant
sous silence les bombardements atomiques.
- Le 2 septembre : le Japon signe ses actes de capitulation en présence
du général Douglas MacArthur, commandant du sud-ouest Pacifique
et commandant suprême des forces alliées, ainsi que des représentants
des autres puissances alliées, sur le pont de l'USS
Missouri, ancré dans la baie de Tokyo.
Ce qui de ce fait mit fin :
- à une guerre contre la Chine menée depuis 1931 en Chine
du Nord et depuis 1937 dans le reste de la Chine
- à la guerre du Pacifique liée à la Seconde Guerre
mondiale.
LIVRES JAPONAIS lus dans le groupe |
Auteurs japonais traduits du japonais
- 1987 Yasunari Kawabata Les Belles endormies
- 1990 Abe Kobo La Femme des sables
- 1991 Yashushi Inoué Le fusil de chasse
- 1991 Junichi Tanizaki La confession impudique
- 1994 Saikaku Ihara Les cinq amoureuses
- 1998 Yukio Mishima L'École de la chair
- 2002 Banana Yoshimoto Kitchen
- 2004 Ryû Murakami Ecstasy
- 2004 Yasunari Kawabata Pays
de neige
- 2004 Yôko Ogawa La
Piscine - Les Abeilles - La Grossesse
- 2005 Haruki Murakami Au
Sud de la frontière, à l'ouest du soleil
- 2009 Yukio Mishima Le
Pavillon d'or
- 2012 Akira Yoshimura Le
convoi de l'eau
- 2014 Kobayashi Issa Journal
des derniers jours de mon père
- 2016 Kenzaburô Ôé Dites-nous
comment survivre à notre folie
- 2019 Shûsaku Endô Silence
- 2023 Fumiko Hayashi Vagabonde
(en présence du traducteur)
- 2023 Ito Ogawa La
papeterie Tsubaki
Auteurs écrivant en anglais
- 2004 Kazuo Ishiguro
Un
artiste du monde flottant
- 2014 Julie Otsuka Certaines
n'avaient jamais vu la mer
- 2018 Kazuo Ishiguro Les
vestiges
du jour
Auteurs écrivant en français
- 2016 Ryoko Sekiguchi La
voix sombre
- 2021 Aki
Shimazaki
- 2022 Akira Mizubayashi Une
langue venue d'ailleurs et Âme
brisée.
Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme
au rejet :
|
||||
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |
||||
à
la folie
grand ouvert |
beaucoup
¾ ouvert |
moyennement
à moitié |
un
peu
ouvert ¼ |
pas
du tout
fermé ! |
Nous écrire
Accueil | Membres
| Calendrier | Nos
avis | Rencontres | Sorties
| Liens